‹ Philosophie du budgetChapitre 5 sur 50 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Toutes les natioBS ont leur dépôt de tradiâioiis personneUes^ toutes sont chargées de la fortune d'unci idée; les rapprocheiC! psir des coMmimksH lions plus fiacUes et plus étroîDÉs^ c'est doue les élever à la possession de tendances et de déveiofH pOMSis nànveaux; c'eat les associer dans une

l4o DBPBHWS

large oommunauté de progrés. Les Mées qu'importe le commerce ne restent pas infécondes; dks provoquent Tintelligeneè à les comfiéter^ à les éfendre ; l'activité s'en fait un point de départ d'où elle se répand dans' toutes les voies derhistoire; il n'est pas jusqu'aux utilités économiques^ qui ne deviennent des bienfaits pour lacivilisation; elles enseignent des besoins qu'on ne soi)pçonnait pas, et une fois éveillés, ils forcent l'esprit à faire effort et à gagner par un progrès lapuissance de les satisfaire.

Chacun des peuples dont l'intérêt s'ouvrirait un marché commun, y apporterait des produits obtenus à moins de frais, où, pressé de besoins divers, il estime les mêmes utilités à des prix différens; les valeurs qu'il recevrait en retour, dépasseraient celles qu'il aurait exportées, et accroîtraient sa fortune; sans ce profit, le commerce n'aurait rien de rationnel; il ne chercherait pas au loin , à travers toutes les chances de la spéculation, le bénéfice que, sans risque aucun, ou pouvait réaliser à sa porte. Le commeroen'^t pas seulement un échange de produits, c'est aussi un agent de production; il transporte les utilités sur un marché où elles valent davantage, et le Gouvernement, qui restrdnt sa liberté, les dépré-

ÉCONOMIQUES. i4k

cie ddm leur valeur relative ^ Les diviûoQs du monde et la politique, qui s'y fait sa part, n'ont qu'un teo^ps dans l'histoire; Dieu, la nature et rhumanité sont partout ; quand le droit des gens serarentrédansledroitgénéral, donliln'iestsorti que pour le coi^battre, on comprendra que,r dans tout échange, protéger l'une des parties, c'est opprimer l'autre^ on reconnaîtra quedbanger légalement le rapport naturel des valeurs, c'est frapper leurs propriétaires d'une euctioii patriotiquevToute intervention de la douane est un acte d'égoisme national; ce n'est donc plus ici une question d'avenir , c'est une enquête des causes temporairesqui nécessitent Faction restrictive de l'État, et l'absolvent au nom du progrés*

Les faits n'ont d'importance que par les idées qui les vivifient et les rattachentà Tordre universel,les anticipations matériellesd'un cosmopolitisme mystique n'aboutiraient janiais à un progrés htunanitaire; il faut qu'un développement personnel se généralise et s'y résume. Si les individus restaient isolés dans la foule, sans qu'aucune communion les lie, qu'aucune associatipu^aug-

' Outre la valeur d'utilité humaine, il y a la valeur dTutilité indiifidueile , qui , tout en se basant sur la première , la modifie suivant les circonstances.

l4si DEPEK&ES

mente léi forcesdeiousde la forée de ehâeiui^ sans qu'aucunegravitation comnmne lesemportedan^ un moQvementgëiiéral , ce chaos humain n'eob* pécherait point, sans doute, la moralisation de poursuivre et d'acdompUr son oeuvre, mais ses résultats ne sortiraient pas de la conscience; cette union des forces, cette harmonie de seathnens et d'idées, cette tendance sympathique des espriti à Tunité, uli seul mot exprime leitt réunion, cW la patrie. La patrie n'est donc paqune entité vide ^ que crée le hasaird et que dcdt abolir la rai« son; elle ne périt qu'avec les forces qu'elle oiv* donne, les sentimaisqu'dleconoentce, Im idées qu'elle symbolise, et tes progrès; qui n'ont piis la personne pour dernier terme et seul âiâàtre, s'y réalisent avant de devenir plus généraux encore, et de passer dans Thumamté. Bntre UB intérète et la oausede la civilisation, toute discor* dance estimpossible; ses progrés profitent àl'hu^ manité, comme lesdéveloppemens de Vindindu se concluent dans la patrie; la première nëota* cessité potitiqtte est de la pmtég(^dans tous ses besoins, d'assurer son ordre économique et mo^ rai, et de la maintenir ferme et compacte, cpptre rentneprise de principes abstraits, qui veuk»t s'imposer comme des axiomes.

BCONOMtQcnes. 143

La liberté du commerce, c'est la licence de la concnrrence étrangère avec toute$ ses brutalités et ses ardeurs de butin; ce n*est plus une lutte dont rÉtat garde au moins sous sa surveillance la lice et les armes , c'est une guerre acharnée, où tout succès légitime son moyen, tout lucre absout la violence et la fraude, où l'État lui-même se met en bataille derrière son industrie; les pro-* fits ne sont plus seulement déplacés , ils sont àrrachés au pays; on le pressure, on le tord jusqu'à ce que Tor liii sorte des entrailles; ses capitaux Sont détruits par des spéculations systématiques pour s'enrichir de sa ruine; sa main«d*œuvre est frappée de stérilité d^us scm emploi, et il n'y a point de résistance possible; lesctroonstàncessont plus fortes que son travail, que son économie, plus puissantes que tous ses efforts , et ces circonstances, ce ne sont point des faits arbitraires que Ton modifie avec une loi, ou qu'annule la di^lar^tion d'un priijicipe ; c'est la vie du pays eUe-cttéme, les néoessitésde 9on soletleQ résultats de son kistom.

La liberté du comûierce universalise Toffire et la demande, mais le prix ne dépend point exclusivement de leur rapport : il représente la valeur des matières premières, il rembourse les

l44 DÉPENSES

frais de leur fabrication et indemnise le capitaliste de ses ri$t}ues et de ses àyances. Ces divers élémens^ dont né peut s'affranchir Findustrie, résultent nécessairement de la situation économique et de la civilisation des peuples ; l'État non plus n'y saurait rien changer par une réforme directe et soudaine^ toute modification doit se préparer lentement dans leurs principes.

.. La valeur des matières premières ^ varie suivant la fertilité du sol qui les produit et le capital auxiliaire qui l'a développée; et, loiil que le travail soit jamais en état de neutraliser ces différences, qui se répandent dans toutes les bran-

' ' Noos n'entendonft pas seulement les matières qui foiment la ba^e du pnxluit , niais encore celles qui les modifient, comme, parexemgle, les substances employées à la teinturerie ou que la fabrîcadon consomme. La houille, qui ne coûte en Angleterre que 75 c. l'hectolitre , se paie à Montereau 2 fr. 7 5 c. {Enquêté comnier^ ciale, Dép. de M. Lebœuf); elle ne vaut en Belgique que I fr. 10 ou 20 c. , et revient à Sedan à 4 fr« 20 c. ( Dép. de M. Gunîn-Gridaikie ) ; la dépense du combustible, qui s'élève en France jusqu'à 76 c. par pièce d'indienne, ne monte en Angleterre qu'à 19 (Dép. de M. Barbet). L'influ^ce de la houille sur le prix de revient n'est pas uniforme , elle dépend de la quantité des produits ; suivant M. Godard , elle entre-pour 1 1 ou 12 p. 100 dans le prix de la fabrication de la veirerie ; M. Paris la

ches de Tindustrie et l'aifectent d'une inégalité fatale , c'est précisém^at sur les productions na-^ turelles que son influence^ est plus limitée.

Le salaire n est pas uniforme^ ni entièrement dépendant d'une fixation arbitraire; il y a des besoins propres à chaque pays , des nécessités factices, que créentla civilisation et une apprécia^ tien différente des exigences de la vie^ au des^ sons desquels il ne se laisserait pas réduire. Les ouvriers n'ont point partout la même intelligence, le même esprit d'ordre, la même activité^ et des frais divers de surveillance, un travail plus prompt ou plus parfait varient encore les dépenses de la production.

La proportion des capitaux du pays à leur em-» ploi, la chargé d'un intérêt différent qu'elle doit retrouver dans ses prix , et leur concentration dans la fabrique par larges masses diminue les frais généraux de chaque spéculation indus* trielle, et permet de réduire le taux du profit en le

compte pour un quart de la dépense totale, et M. Bontemps pour un tiers ; mais nous croyons ces dernières évaluations fort exagérées. Les matières premières font une diJBerence, de la France a l'Angleterre, de 33 p. loo pom- les tissus , 5o pour les lastings et les stoffis , et 5$ 1/2 pour les ^tulles. Dép. de M. Mimerel.

Philosophie (lu Budget, i. 10

l46 DEFENSES

répartissantsur uneplus fortequantiié de produits . Vainement espérerait-on^ dans la tendance des valeurs métalliques, à chercher et à trouver leur niveauéconomique^ l'attente consommerait la ruine de l'industrie, et c'est un axiome de théwie plus qu'une vérité d'expérience; les pays pauvres n'ont point de retour à ofirir, l'argent ne s'y échange point, il faut qu'il s'y natundise, et son estimati<m n'est pas seulement intrinsèque , ^lle dépend dé la quantité des produits qu'il représente *, et des profits qu'il rapporte; l'égalité du prix ne prouve pmnt l'alité des valeurs.

Il y a des machines qui, par la promptitude et la régularité de leur production, rendent au travail humain toute concurr^ice impossible, et l'État à qui les nécessités actuelles du payis n auraient point permis d'autoriser leur introduction ne pourrait, en proclamant lalibertéducommerce, condamner son industrie à se faire ruiner par l'industrie d'autres États qui méconnaîtraient leur devoir ou le rempliraient dans des circonstances différentes.

' Plus des trois quarts de la différence entre les. prix du blé) au Bengale et en Angleterre , tiennent à la différente valeur dç l'argent. Malthus , Prindpies ofpùliikal Economy, p. igS.

éoùtmaquÉs. 147

La fabrique a'est {loiiitaur lemarcéié^ il faut quefesprodkiit^vieniieiil s'y offiîr et k loa-^ goenir de la route, les risques et les chargea dtt transport mddifient leur Valeur primitiTe *( la facilité de la veate les inftienceàson tour^ ses retards plus ou moiofi |Hrdoiigës capitalisent avec le prix de retient des intérêts divans ^*

Souvent une taxe plus forte qu'à Tëtringer réduirait k production à Timpossibiltté de soota^ nir la concurrence ; il faut compnser le torlde k omtributionpar un droit à k frontière, et cette iMTOtection équivalente ne peut s'arrêter à l'im^ pot, <{ui frappe directemen t la matiète première, eUe doit neutraliser toutes les diarges fiscales du travail qui remploie , et du capital qui spécule snrsa inise en œuvre. Ce n'ebt pas là ouvrir I0 trésor social à la rapacité de rindustrie , t'est la rembourser des avances qu'on eh avâfit exigées

' Les frais de transport 8itrdiat|;ent k prodactioii française dbs 1 1 p. 100 sur le totd de k prodnctioii aib* glaise. Enquëie commerciale y'Ùip, dett. SGmerd.

* Selon M. Bacot ^ de Sedan , k différence dli prix des matières premières , de k main-d'oearre , dé Fintë* rêt de l'argent et des fiais de premier étabUssement 9 ne s'élèrepas à mobs de 3o p. 100 sur les prix de re$neni des draps français et belges.

l48 > DEPENSES

par: là voie de L'impôt^ c'est équilibrer les charges et- réunir tous les citoyens dans une communauté d'intérêt à l'abaissement des dépenses publiques *.

Chargé dé conduire les destinées du peuple , l'JËtat réunit dans sa main tous les moyensd'assurer son avenir ; sans nianquer à son principe et compromettre sa mission^ il ne saurait en abandonner un seul à une influen<:e extérieure^ indépendante d&sa volonté^ et là liberté du commerce rendrait solidaire de' l'industrie étrangère. Un niveau universel s'établirait dans tous les prix, et des spéculations inintelligentes pourraient provoquer des crises, engorger les débouchés et, par une production désordonnée, écraser du dehors la production nationale ^; ailleurs, des différences ^ • * » • . . j . .

' Gomme on serait en concurrencé avec tous les pays , et que tous ont un système particulier de contributions , il serait impossible d'égaliser le&,coinditiqiis de la production , ù.^ moins de .droits divers perçus sur. certificats. de provenance , et c'est une source plus abondante de fraudes et ^e contestations que toutes les auti^es opérations dejl^dpuane^

. . * Dans la crise de 1826 , une seule maison anglaise perdit, à NewrYork, 6qo,oop &.- sur les pr;x de fabrication; on vendait , à Calcutta , des drapç Icgeis- anglais à

i^coNOftnQUEs. p/|r)

dans la législation des faillites et4iaTis lesmaiiirs ne laissent, aux fabrieaiig que ia cromte de ne point réustir; dan& leur emportement à^coorti; après la fortune, ils entaseént inifirudeBoe. simp impmd'enoe, fraude sur fraude, et la rékotioni dé leurs banqueroutes sur Findustrie des nationé plus iQ^olraled mulcterait leuc capital Les pays lies plus riches ont des fantaisies de lu|:& qui-passent et se rénouvèUent sans oeate, des inqdes qui ne durent qu'un jour, et emportentavec elles hi meilleure part des valeurs à leur usage;. la pert^e est couverte d'avance par Jes prQfits,4eleur plus* value, pendant le règne du caprice,; et ses rebuts iraient s'offrir sur un mard&é étranger/ et écra-* ser de leur concurreuce au rsdMuis: des fabricans^ qui ne seraient point indemnises par des bénéfices antérieurs *.

I scli. 1/2 le yard. En i83o et i83i , on exporta de France en Angleterre jusqu'à des indiennes qui coûtaient 3o ou 4o p. loo de plus sur le prix de revient. Énquùr commerciale , Dép. de M. Barbet. Suivant l'^cZccA/c Rcnew , les manufacturiers en coton exportent même constamment avec perte. Revue Britannique , avril i83î,

^ Les pays riches ne manqueraient pas non plus de

faire des sacrifices pour étouffer les manufactui es qui

T«i( dfâéflKM divers à reeiseiUkr dans la Mh tteti^edtt msmâe, k dmcr^ à dLffftédMfÊetàM prémioniJoiqaiin vaipiesetwaTentaii^ilrsdres^ W0 pcvflMMrakat 1ù6bm pas eiàGore d'flsimner que Fkidwtrii^ fiâtt assez ft»rte powr ftfttsler à toutes IsséteutuaUlér 4b k doneorraDeeç descmes, trop fâivdî^iei pour qu'on ne soit pou forcé de s'eu pvéoeeiipar»et d'une g^tUë^ d'une ëteodiie trop ioceiUttiies pcMv que l'État puiese lescidculer et kaprévi»i^ ééfone^^ eantàoàs. VwUau», routerturedu pays au eom* msTfciélnuiger dnagerakla oondîtion deFtndus- IfieMrtiûBalejtSes frab^et ses bénéfices nécessaires se rëpartissaîeiit sur une niasse de produits , qm réduirait rivpartasioB de produits simitai^ rea : pdor festar indeaope , il fiiudrait b^ihincer

leur nuiraient ; c'est ce qui est arrivé dans le canton de Saiqt-Gall , ppur la fafari^e de mousselinçs que lea An|;Iaiâi8dnt parvenus à tuer ^ des villages entiers ont été réduits à la nécessité d'émigrer. Lorsque les habitudes, sont perdues 9 les ouvriers disséminés et les capitaux réduits par les pertes du chômage et la dépréciation des produits^ il est bien difficile 4 l'industrie de reprendra la concurrence. Pendant trob ans^ les Anglais ont vendis, à Rio-Janeiro, à 25 et 3o p. loo de perte , afin de s'assurer le monopole de la place , et ils y ont réussi. Er^qu^te commerciale^ Dép. de M. Ghauviteau.

ECONOMIQUES. l5l

la diininiiii<m de la yente par Taugmentatipu du profit^ et cela ne suflBrait pas encore, la perte des Taleurs, qui ne trouveraient plus à se placer, devrait se compenser aussi par rélévation du prix des autres, et cet enchérissement indispen-saUe à Texistence de l'industrie, la liberté du commerce le rendrait impossible; en multipliant lesproduits sur le marché, elleaviliraitfcNrcément tous les prix \

Les raisons qui déterminent l'État à s'immiscer dans la fabrique, s'appliquait au commerce avec toute leur force; cette seconde intervention résulte même logiquement de la première; il ne saurait, en administrant la production, se déclarer indifférent aux débouchés. Pour diriger la spéculation, il lui faut des renseignemens positifs sur le prix, iine appréciation suffisante des éventualités et le pouvoir d'annuler toutes les pertes qui ne viennent point de la responsabilité de l'homme, mais de la fatalité des choses, et l'extension illimitée du marché ne permettrait point aux

' L'ouverture d'un Douveaii mardié diange aiuâ la position dellndustne étrangère ; elle lui permet d'étendre sa iisdnrication et réduit; par conséquent , son prix de retient ; les circonitaiioes qui aTsient autorisé la liberté du cmuDierce cbangent à l'instant même qu'il devient libre.

l52 DÉPENSES

prévisions de calculer le cours. A la lobgue, il esl vrai, quand toutes les nations seraient entrées dans le mémesystème d'unité industrielle^ il arriverait à une fixité que les restrictions ne lui donneront jamais^ mais jusqu'à ce traité d'économie universel^ il flotterait à tout amendement particulier de la législation commerciale, étonne saurait lui garantir quelque fermeté que par des mesures dédouane, qui neutralisent les chances de variation créées par les gouvernemens et les peuples étrangers. Ce n'est pas là, comme on l'a dit, exploiter les consommateurs pour le compte de l'industrie; leur intérêt tient au bon marclié bien moins qu'à la fixité des prix , les fluctuations imprévues sont la cause la plus puissante de ruine et de soufirance; plutôt que de l'efréner un besoin habitué à dominer la volonté, on lui pro^ digue, jusqu'au bout, ses dernières ressources, etl'oi;! tombe dans une misère désespérée, que des souvenirs d'aisance rendent encore plus poignante. Le bon marché n'est souvent d'ailleurs qu'une économie trompeuse, que l'on a bientôt reperdue sur la durée * ; la qualité la plus bien-r

' GVstà ce &UX abaissement de prix que ¥tse néce^ sairement la concuiTence ; la solidité n'est pas une qiia<r lité apparente à tous, et les produits diminués se trour

ËCONOSUQUPS. id5

faisante d^un produit^ c'est sa bonté; l'ordre devient plus nécessaire , le soin plus important^ et lorsque lasatisfactîon des besoins factices et les jouissances du hixe coûtent de plus longis efforts, on s'y forme insensiblement à des habitudes d'épargne et de travail , qui né tardent pas à se fixer dans les mœurs.

Dans. la poursuite de leur utopie, les économistes n'ont pas reculé devant une contradiction flagrante , leur théorie de la richesse nationale dédaignede pirendre la consommation en quelque considération , et, pour légitimer la liberté du commerce, ils refusent de faire compte aucun de la' production ; tour à tour ils sacrifient , l'un à l'autre, les deux élémens nécessaires de la prospérité sociale, pour les immojer.àlafois tous deux aux mobiles intérêts d'un individualisme étroit.

, L'importation de3 produits ne se continuerait que moyennantune exportation de valeurs équivalentes; l'industrie n'est pas ainsi une superfétationsans influence, que VÈtxt abandonne négligemment à ses destinées, il lui faut l'encourager ou renoncer de fait à la liberté du commerce.

vent à portée de bien plus de consommatcui-s ; on tes demande davantage, et, relativement ; le bon maiclic est plus chei que les hauts prix.

l54 DÉPENSES

Les retours en ai^nt compromeUraient trop gra* ▼ement les intérêts du peuple pour ne pas accorder une protection sufl&sante aux productions qui poiuraient y mettte un terme *; l'épuisement graduel de son numéraire le réduirait bientôt à rûnpliissanoe de subvenir aux nécessités de sa consommaiion, et, de plus en plus, affecterait, à son détriment, les conditionsderéçbange; l'étranger, qui neoonsentirait pas àdiminuer lesprix métalliques de son marché, profiterait de la baisse commerciale dont renchérissement de Toraurait frappé lés marchandises nationales K

' Jfous ne paxlons pas de ce que les vieux économistes appelaient la balancedu commerce ; ellene tenait compte ni des fausses déclarations, ni des exportations et impor* tations par contrebande ; les évaluati<»is étaient d'une fiiusseté évidente. Ainsi, par exemple, pour ésdmer les écoffesdesoîe, on les pesait et IVxi cotepitût aoo fr. par kil. (Histoire de Vjtdmùditrûiion , U i«, p. 3i4)> on égalîwît lamain-d'csuvre ; aussi les exportations de soieries en Angleterre , que le. Afinistre du Gomînerce évaluait , pour i83i , à 17 millions ( Rapport sur la situation générale du Com, et de l' Indus t. en i832. Moniteur dti I*' décembre i832) , l'étaient-elles , parla Chambre du Commerce ^e Lyon, à a5.

^ Puisque, outre sa valem* intrinsèque, l'or d'un pays est la représentation de ses utilités , là où sa masse est

éomiOMiQUEs. i55

Lft firoduction n'est pas le fait absolu de l'homme^ elle s'applique au sol^ utilise ses acd* dens, se soumet à ses néoessités ' ; elle a des brandies dont mille circonstances locales entra* yent la marche et empédient les succès^ àqnd* ques autres dUesassurent le plul barillant arenir^ et les inléréts matériela demandent eux^méines qu'on ne la laisse pas étouSor par une ooncurrence prématurée; la protection que l'on dispœse àses premiers essais, un temps viendra bientôt 00, l^einedevieetdepuisaancé, elle la paiera avec une généreuse usure. D'ailleurs, la Providence m^ une raison au fond de toutes ses volontés ; entre ridéequ'elle confie à un peupleet le champ où il a charge de faire sa fortune, il se trouve une harmonie coûtante, et céder aui: ins[4rations du sol, c'est toujours abonder dans son sens et travailler à son idée.

U y a des indpstries dont la disparition engagerait l'existence politique des nations, des industries dimX le dépérissement pourrait mèmecompromettR laviephysiquedeaindividus, sansmân^

moins considérable, chaque fraction nominale équivaut 4 une portioR plus fiorte de tons les aulres produits.

" Les mines, le climat , le terroir, le cours des eaux , leur nature , etc. , etc.

l56 DEPENSES

quer à ses premières conditions^ l'État ne les saurait abandonner aux hostilités de la concurrence ; il en est dont les émanations délétères , ou les labeurs ^uisans^ ruinent rapidement Torganismc et brisent jusqu'à la volonté sous la souffrance^ c'est un devoir de favoriser celles dont l'action ^ moins insalubreparviendrait à satisfaire les mêmes besoins; d'autres occupent plus dé bras^ salarient plus de travail, et lorsque l'emploi manque déjà aux ouvriers, il n'est pas seulement de bonne politique de ne point le laisser resserrer davantage, c'est une nécessité instante.

Les droits d'importation sont donc protecteurs du peuplé entier *, ils rétablissent son industrie

' On ne prend pas en assez sérieuse considéralpoii ni la diversité , ni la solidarité des intérêts* différens. Dans la Gironde , on saisit le vin pour le paiement des contributions 9 et on le vend à l'encan pour les deux tiers du coût de la production (Mémor. BordcL), 12 à i5oo barriques sont en consignation à Hamboui^ pour le compte de propriétaires qui s'abonneraient à ne perdre que leur capital ( Pétition des propriétaires de vignes du départe^ ment de la Gironde, p. 33). Pendant les quatre années de 1824 à 1827, il y a eu un déficit qui excède i5o,ooo ki. log. dans les e:^péditions de soieries pom* l'Allemagne ( Oùscrçations adressées à la Commission d'EnquÙc par le délégué de la Chambre du Commerce de Lyon, p. u)-

ÉCONOMIQUES. l5j

sur UD pied d egaliié commerciale avec l'industrie extérieure ' et lui permettent d^accomplir ses

IVautrcs faits iiionlrent tout ce qu'il y a de commun dans nntérètdu pays , malgré la diversité des appareil'^ ces ; Tindustriedu Nord ^ttiit tombée en i83i , tfliese relevait en iSZo- et florissait en i833 ; le mouvement des Tins fut y au port de Dunkerque où s'approvisionne tout le département, de 28,555 hectolitres en i83i , en i83a, de 78,150, et s'éleva , en i833, à 93,545 liectol. [Enquête comtn, , Dép. de M. Mimerel). La Revue du Progrès social donne des chiffres différens (en ]83i, 42,750 bectol., et, en i833, ^i^^iSùo^ t. III, p. 228), qui montreraient d'une noanière plus sensible encore la liaison des divers intérêts. Le statut i4 Charles II, pour protéger la marine -nationale , a diminué les vaisseaux aoglais, en restreignant le commerce, et empêché de soutenir la concurrence des Hollandais pour les pêcheries ( Matfaew Decker ^\Essajr on the cause of the décline of fordgn Trade y p. €0, ^. 1756). En i653, deux ans après son exécution , l'Angleterre avait perdu la plus grande partie du commerce de la Baltique (Roger Foke, Tretuise ofi Trade, éd. 1671, p. 48)9 et, en 1691, les ^eox tiers du commerce de l'Orient (Çhild , On Trade , p. 89, éd. Glascow).

' En 1786 , il n'y avait pas en France un seid mérinos ; oa estimait* qu'il y avait , en i833 ,• 5oôxOOO mouflons purs , 3,600,000 de races améliorées par divers croisemeiis successifs , et i ,400,000 dont l'amélioration 4^iait commencée ; aussi les importations ilircc tes de laine

l58 DÉPENSES

évolutioiis morales et hiitnanitaireSy mais les circonstances, qui les autinnsent en les rendant nécessaires, cliaque jour, la civilisation travaillé à Ten affiranchii'; (sst si jamais la taxe dépassait les limites de la production indispensable au pays^ elle deviendrait i];npoUtique et injuste ; le producteur exotique ne pourjhait plus l'acquitter avec son profit, elle le repoussiérait par une prohibition véritable \ et constituerait Un monopole

d'Espagne,' qu'on évaluait, en 1786, à 6 millions , ne se 6ont-eIles élevées, en r83i, qu'à 1,173,487 fr., et encore n'y avait-il pas de laine superfine. ( Rapp. du Min* du Corn. , Moniteur, i" décembre iSi%. )

' La prohibition crée nécessairement la contrebande ; d'après sir H. PaméU {Ref.finané , p. 3^) , il en coûte annuellement, pôurFeinpécher, de 7 à 800,000 Uv. sterl.; M. Huskisson a dit , lé 25 mars i825 , en plein parlement , que l'on trouve partout , de Bngfaton à Ehstings , des hommes qui se chargent de fournir toutes les. marchandes prohibées, moyennant 3o pour 1 00 du piîk de l'achat à Paris, et suivant M. Dean , président du Gonsâl des ^Douanes ', les assurances pour la contrebande ne montent qu'à toou i5pour 100. D*après M. Gréterin, Directeur g^éral des Douanes , elles s'élèvent peut Paris^ c'est à dire pour une double ligne, de 20 à 22 pour 100 ; et M. Snûth a prétendu, dans l'Enquête commerciale , qu'elles ne dépassaient pas 10 pour 100. Nous

national avec toutes ses conséquences «Tengour* dissemoit , d'avidité et de mauvais ménage ^

La douane une fois légitimée, son acCion s'étend et se complique; quand l'intérèl de l'agriculture

/ n'inmleioiis pas sur ses mauvais eCEets moiani et so^ ciaux y ils n'ont pas empêché Téconomiste qui a fait le Catechism on the Corn-law , de célébrer Futilité du contrebandier, de la comparera celle du soldat, et de déclarer (p. 87 ) qu'il a plus de droits à une pension que la moitié de ceux qui sont portés au budget de rÉtat.

' Les machines coûtent, eu France, à peu pris un tiers de plus qa^en Angleterre ( Enquête sur les fers, p. io(5), et tout le matériel de la ialMication tfois fois plus ( Id. , p. i55); le monopole nuit à Findostrie favorisée ellemime. Dans un mémoire inédit au AGnistre de l'Intérieur, M. BroDfptiart étaUit que nous aTons, en France, Favantage sur FAngleterre, dans le prix de la plupart des choses nécessaires à la fabrication de la poterie , l'aigile plastique , le kaolin , le silex calciné ; de sorte que nous pourrionscevtaiBementftiMriqaec, mémeà un prix moindre, de la poterie fine aussi bonne qu'en Angleterre -y grâce au mcmopole , elle est honteusement inférieure , et cottteao pour 100 de plus ; on est sur de Tendre , et Ton ne s'expose pas aux risques et aux embarras de tentattTes noûveUes. Les assertions de M. Brongniart viennent d'iue fortanent comredites dans l'Enquiçte; mais nous les croyons justes en.grande partie.

l6o : DEPENSES

demande que la matière brute soit imjioséc à son entrée, celui de la main-d'œuvre exige, à son tour, qu'on lui rembourse la taxe, à son exportation de la fabrique ^ Quelquefois, pour eneoura-^ ger une industrie spéciale, les gouvememens étrangers accordent une prime à la sortie de ses pmduits, çt leur permettent de s'offrira un taux

' L'intérêt de Fajjriculture peut cependant s'oJ)poser à la restitution des droitis à la sortie , et nous devons re^ connaître que rien ne donne ouverture à plus d'abus. L'importateur vend ses quittances à vil prix à l'exportateur; en idSi , le gouvernement perçut des droits, à i'cntrcedes laines , pour 1,733,002 fr. , et en remboursa 2,4969728 à la réexportation. Il faut remarquer que plus des 14/15 de laine, étant classés parmi leâ communes (3,670,272 kil. sur 3,836,207), n'avaient pu servira faire des draps ; mais il est juste aussi de tenir compte des malheureuses ciit:onstances qui obligeaient l'industrie à exporter à tout prix tout ce qui était exportable. Le dràw-back ne peut jam^s compenser réellement le droit perçu à l'entrée sur les matières premières; étaUi ad valorem , il est trop fort sur les produits de prenûèrc tpialité , dont le prix dent en grande partie à la maind'œuvre ', et trop faible sur les autres : le droit au poids serait beaucoup plus juste, en principe ; mais on ne saurait non plus comment l'appliquer aux ctoâfes mélan- }>ées , et pour les produits tout à fait grossiers , il équivaudrait presque à un prix d'achat.

ECONOMIQUES. l6l

iaférieur au prix de la fabrication ;^ aloF8, si cette branche de Findustrie indigène n'était pas assez avancée pour lutter contre de pareils avantages , et qu'on eût quelques raisons pour ne pas la lais^ ser dépérir, l'État devrait rétablir la balance par un droit d'importation; souvent aussi la demande étrangère augmente les prétentions de l'offine sur les mardiés nationaux \ et lorsque des considérations valablesl'intéressentà ne pas souffrir cette élévation factice du prix, il réduit l'exportation, en la frappantd'une taxe à la frontière^. La liberté du commerce n'est donc pas une simple question de profits d'argent, il en est de plus précieux que détruit, dans leur pifincipe, son extension illimitée avant le temps; les industries Les plus morales et [la civilisation du pays sont sacrifiées à de misérables intérêts; cette importance de l'or que l'on fait dominer l'existence des nations , tous les individus lui soumettent leur vie, une

' Sur le simple bruit répandu en Angleterre , que le droit d'importation sur les fers allait être réduit en France , leur prix s'est élevé de ao p. loo,

* Le droit devrait s'établir au poids , quand la différence des deux pays est dans le prix des matières premières, et à la valeur , lorsqu'elle résulte des conditions diverses du salaire.

Philosophie du Budget, i . 1 1

insatiable avidité de lucre s'empare de toutes les classes^ et l'on dirait du peuple entier une caravane de marchands. L'estime publique, cette conscience du dehors^ ne veille plus sur la pureté de la vie et cesse de marquer les rangs , qu'importe la moralité? qu'importe le passé? C'est l'argent qui fait les positions ^ l'aient qui mesure la considération , l'argent qui moralise tous les moyens. La patrie devient une espèce de banque, qui n'oblige que jusqu'à concurrence du bénéfice, l'intérêt individuel se pose en regard et compte insolemment avec elle. La liberté de commerce à titre de principe, c'est la négation de l'État , c'est la souveraineté de l'égoîsme , qui destitue la raison et s'intronise à sa place sur les décombres de la société.

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