‹ Philosophie du christianismeChapitre 12 sur 29 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

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cette vérité, et les conséquences sont annulées aiœc le principe. Il est clair que l'Église, le Christianisme, l'Evangile, n'ont point de sens pour celui qui n'admet point la chute primitive de l'homme, qui ne reconnaît pas sa misère actudUe ni la nécessité de la rédemption, qui ne croit pas au libérateur venu, comme autrefois la synagogue et le mosaibme n'avaient de signification , que pour ceux qui croyaieiit au libérateur promis. En outre, une créature intdr ligente et morale ne peut participer au bienfait de la rédemption, qu'autant qu'elle le désire; et comment désirerez -vous d'être libéré, si vous ne sentez pas même votre asservissement et vos chaînes? Pourqum auriez-vous recours au médecin et au remède^ si vous ne vous croyez point malade? C'est donc à h considération de vous-même, mon cher Eudore, c'est A l'étude de l'homme intérieur et spirituel, qu'il fienit vous^ appliquer pour apfnrendre ce que vous êtes, ce que vous devriez être et ce que vous n'^s pas; ^ cette étude demande, plus qu'aucune autre, de l'attention, du recueillement et du courage; car il s'agit de reconnaître et de constater notre misère » notre pauvreté naturelle; et ce n'est qu'avec peine que nous pouvons en supporter la vue. C'est dans l'état présent delà créature humaine , qu'il faut démêlar les preuves de sa noblesse et les signes de sa dégradation, les vestiges de sa dignité originelle et les marques honteuses de son asservissement. Or^ esa.consîr

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dèrant rhomme ea général et tel qu'il se montre en chacun de iKms^ un lait singulier et qui Iû$ est propre sr'ofl^ d'dt>ordi; c'est qu'il y a dé^armonie dans son existence, et qu'il est perpétuefleûHo^ en côdfradiction avec lui-ifiéme. Sé9 facilkés kifeHeef uelles vont évidemment au-delà des besoins dé sa vie terrestre ; et ce luse de fe^ullés , loin de feire son bonbeur, le met sam cesse en guerre ay66 lui-même ^ avec la naturey avee le m<»ide. PoU^ssé psûr un instiiict secret , il tend to^oùrs à s'életer, à s'agraindir, à étendre sa poÎBsanee, et partout il rencontre des obstacles, |jar-

teiut il éprouve âés expositions. Ou il veut aa^iélà de ' oe» qu'il peut, ou son vouloir reste en-deçà de son pouvoir et de son devoir. H' y â àcmti, disproportion, eàtarè lesr élémens constitutifs ète sa personM. Si L'heotme ne peut pas autant qu'il veut, c'est sans ddute parce que ses moyens ne répondent pas à Ténorgiede son vouloir; et s'il ne veut pas en raison de ee qiitil peut , Je vice est dans l'ihenie'de sa votohté; G^t paressa Bans l'usn et Tàutre cas il y a désbarnsMKiie 9 par conséquent gène , sottfi&ance dans^ la' par^ lie i^pprimée, il^y a^faiblesse ou excès de force vitale. km de&ors,. nous- vc^oiàs rhomme entouré dë^ ri« ohesses de* Ik nature, comblé' de biens, intesti dé^ lumièies^dw siècle, ^îoiûssant-d^ avantages imittënseà' de la m SiMaalë;<et cependant il n^est jamëls sialiàfait »»^6là*d^un instant, de ce qu^il possède. TmijourÉf iî^ désire et cherche ;i il poursuit satii» rdàche un fen--

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tome de bonheur qui lui échappe toujours.; Il ;y a: donc s^ussi disproportion entre lui et \e moinde^ Ou le» monde n'est pas en mesure de satisfaire au hesoin foncier de Thomme, et, dans ce cas, celui-ci y souf-. frira la faim, le yide, la privation; ou bieii cette oa-> pacité humaine, qui réclame son aliment sans pmir. voir le trouver icirbas, appartient à un autre ordre >de choses; et alors il en résulterait que l'homme ^.dUi moins dans la plus noble partie de lui-mémey n'est» point chez, lui en ce moiide, qu'il y est étranger,, voyageur, et c'est justement ce que la doctrineichré^. tienne lui enseigne. \ Mais si ji'âme humaine est siipé-i rieure au monde terrestre; si l'idéal de perfection qui plane devant elle sous mille formes est comme uneié* miniscence de sa patrie véritable et de son état primi-' tif ; si l'humanité subsiste sur la terre, bien que l'indi-i vidu ne fasse qu'y passer, il faut que l'existence^ de^ l'humanité et l'apparition de chaque homme icb-basait une raison, unbut Ou bien l'homme a une grande mission à remplir ; c'est un délégué de la sagesse .divine qui doit rétablir ou maintenir l'ordre dans nne^ sphère qui lui est inférieure; ou^ s'ila'yr^^epi^ysi au contraire il y est dans la souffrance et rabaissement, <^ monde est pour lui un lieu d'exil, et sonétat présent est un état. d'expiation, de pénitence;

Yôilà, mon cher ami, des vérités de £aiit qui méritent toute l'attention du philosophe. Ârrétons-nouS' un instant à tes considérer plus en détail;

TRENTE BT CfNIÉME LETTRE. 197

Ce n'est poiot sans doute à rhbntme natulhel ou anmial/que nous prétendons démontrer la dégradation de rhomme moral. Jamais celui - là ne coûipr^Eidra, par ce qu'il appelle le bon senis ou lé sens commun, que l-état où il setrouve soit une dégra- 'dation, ni que le monde où il Vit soit un lieu d'ex* piation et d'exil. Il est né dans ce monde et dans cet état; il n'en connaît pas d'autre; et loin de s'en {daindre, il s'y plaît tellement ^ alors même qu'il souflFre, qu'U ne demanderait pas mieux que d'y teBter toujours , de n'en sortir )amais.<La concupiscence le tient attaché à la terre : il y trouve sa pâture , il y prend ses ébats^, c'est tout ce qu'il lui taut. L'homme naturel sans conviction religieuse n'est qu'un enfant robuste, un animal doué dç raison, qui n'estime que ce qui flatte ses sens. Il est de la terre, il aimé la terre et jouit de ses fruits. La seule chose qui lui paraisse déplaisante en ce monde, c'est la souffrance, c'est la mort qu'elle amène. Il voit que les hommes passent, que les générations se succi^dent; il en conclut qu'il devra passer à son tour ; et cOihfné il ne peut s'élever par sa pensée et; sans la foi, au-dessus du' monde dés sens , la mort qui doit l'enlever de ce monde, lui paraît égalé à la destruction, à l'anéantissemient.

L'homme de raison, fort dans son esprit propre, fier de sa liberté et satisfait de lui-même, n'est guère mieux disposé à entendre parler de là d^a-

r^fajL et «veu^e» lui qui fvéteod oonnailine et fiiger 4e tout suivoitit 4»oa mm propre , <» le déoidar «t *',gir ^ue d'après .^ «eule. lumiète.? €oiiim<» Wfàê^ moa c^r Eudofe, le ratioadUste oitngidère l'hwiiwie dan9 la plénitude de sa vie, à Fappgée de ]Bon dé«e|oppieioeiit pbyâque ^ moral. Il ne s'enir hmme m de sou Migiue m de sa fiu; U ne Itaot /compte ni de Venf^vce m de la décrépitude ; et ainai il est hi^OL plus porté à £aiie l'apothéose de la «éftfture humaine^ qu'i voir en elle un être dégvaâé ou malade. Lui aussi il vous dit avec fierté : Voyet l'I^ipmmei Yoyes-le libre, perfectible, s'avancer d'u« pa9 ferme dans la carrière des sciences et des. arts i Yoyez-le s'élevant par la civilisation, gouvernant le nipode, quand il a la force de le vouloir 1 Lui seul sur la terre se connaît et se commande à lui-même, en même temps qu'il domine tout ce qui l'environae. Quelle puissance est comparable à la sienne? -i- Nous accordons tout cela; mais nous demandons à notre tour : S'il est perfectible , n'est-ce pas une preuvs qu'il natt imparfait? Ses progrès dans la science ne témoignrat-ils pas autant de son ignorance que de sa perfectibilité? Éprouverait-il le besoin de s'ékver, s'il n'avait la conscience de son abaissement? Tra« yaillerait-{l à se libérer, s'il ne se sentait dans des entraves? Oui, la liberté est sa plus belle prérogative, et le plein développement de cette lil^erté, auivantles

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lois de Tordre et de la justice, rexercîce de son esprit et de ses facultés pour son perfectipilnement iatellectudl et son avancement moral, tel est le but de son ^tfsteace sur la terre, et c'est à ce but qu'il tend par fous «es travaux, avec conscience ou à son insu. Mais un but posé n'est pas un but atteint, et le bien qu'on poursuit n'est pas encore acquis^ Non, ami» 1^ Christianisme ne méconnaît auôun des magnifiquéa attributs qui distinguent l'homme si éminemment^ au milieu de tous les êtres de ce monde. Nulle Qutre doctrine ne le montre aussi élevé dans son origine , «ossi Doble<lans sa vraie nature, aussi riche en moyens, M^ sublime dans sa fin; mais nulle autre aussi ne hri parle avec autant de sagesse et d'autorité, de sa fa3>lesse, de son dénûment, de sa misère et des conditiotis indispensables de sa réintégration dans sed droite primitifs.

Nous dironé donc aussi, comme philosophe et comme Chrétien, avec le sentiment d'une vive admi-> ratioii : Voyez l'homme! Yoyes^-le dans le déploi^ient de tomfes ses facultés , ayant consciehce de lui-même et de sa force, jouissant avec déliœs des beautés de l'univers, ^itouré de tout l'éclat de la civilisation, et exploitant pour son bien^^être et pour sa glpire les richesses du monde et de la science. Il maîtrise les éiémens par son génie , il dirige et perfectionne le travafl de la nature par son industrie. Lui seul dans le monde porte l'insigne du commandement , le

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sceptre de la parole. Il a le pouvoir de rappeler le passé, de sô&der le présent, de scruter ravenir; il s'approprie l'expérieiice des siècles et concaUtre danft son esprit la scieDce detous les âges. U grave^aforme» sensibles ses conceptions et ses idées, ses pensées et ses jugemens, et il se lègue ainsi lui'^même à la pM-* tenté avec tous les trésors d'intelligence qu'il a acquis. Voyez4e s'élever par le vol rapide et hardi de sa peàH sée jusqu'au ciel, planer au-dessus des astres, mesurer de son regard l'immensité, embrasser l'univers dans son entendement; et cependant il désire sans cesse, il cherche toujours quelque chose qui lui manque ! Éprouvant dans son fond un immense besoin de vivre , de savoir et d'aimer, il aspire à ixue gloire infinie, à une science sans limites, à un bonheur impérissable! Gomment ne pas reconnaître à ces traits sublimes le fils du ciel, le roi de la terre? C'est la partie lumineuse du tableau : en voici l'ombre. Cet être si noble, cette créature douée de facultés si brillantes et d'une si belle organisation , ce monarque du monde ; considéirez en quel état il apparaît dans son empire. U arrive au jour, au milieu des gémissemens, des angoisses et des douleurs. Le corps renversé , la tête en bas, il est jeté sur la terre, comme s'il devait ramper à sa surface. Il naît dans le dénûment le plus complet, dans la situati^ la plus abjecte, exposé à toutes les influences, soumis à toutes les impressions, sans pouvoir par lui-même

TRENTE HT UNIÈME USTTRB. âO 1

se soustraire à rien de ce qui le menacé. Véritable objet de pitié, il 'ne yit que par grâce ^ il n'est nourri Ajfjae d'aumônes, et la conservation de sa frêle existence réclame les soins les plus tendres et les plusassidus. Tel est Thomme, le roi de la terre^ à son entrée dftnslavie! « ^

A cette époque, qu'est^-ce que sa liberté, son intelligence, sa raison^ toutes ses facultés spirituelles? ^es sommeillent. L'enfant les a en puissance, car il est une créature humaine; mais elles sont enfouies et comme absorbées dans la chair et' le' sangi Son esprit est enveloppé de ténèl^es; lalumiè^ ne l'a point encore éveillé. Il ne voit point, n'entend point, du moins il ne sait ni écouter ni regarder. Il ne distingue rien , ne comprend et -ne connaît rien; il n'a pas même le sentiment dé son existeïice. Il éprouve des' sensations, des besoins physiques qu'il exprime par lé cri de la détresse, et c'est tout ce qu'il peut. Quel contrasté entre cette ignorance complète d'où nous sommes tous partis, et cette fierté de la raison qui n'a pu se développer que par un seéouirs extérieur sous l'influence de la parole', mais qui devenue forte et active, prétend ne devoir qu'à elle-même ce'qu*«lle est et ce qu'elle sait. C'est pourtant de 'ce cahos ténébreux où l'âme est comme ensevelie ; que doit jaillir la lumière de Tintdligehce ; c'est par cet ceilsi débile que s'échappera le premier rayon de l'âme , et ce regard d'aigle qui 'Contemplera un jour

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la beauté, la yérité. Dieu kiinnéme! Mab que de soins, que de travaux yusqUe-là! Quef courage y quelle patience sont nécessaires pour £aiciliter ro»«> verturc de Toeil intérieur, le dégageaient du sens de la vérité, et pour le diriger peu à peu vers son oi^etl  peine la raison commence à poindre dans ren&nt,* qu'elle se montre méfiante et hostile contre toute raison plus dévdoppée, A peine sa volonté entre-4-«Ue en exercice , qu'elle veut dominer tout ce qui Fent-? totire, et sa liberté affecte déjà Tindépendance. Si ses vouloirs capricieux et désordonnés l'emportent sou-« vent sur Tautorité qui le protège et qui doit le donuh ner, la nature animale en profite^ elle s'exalte et Vin^ telligeace reste opprimée. Si la parole d'autorité parvient à réveiller en lui la conscience morale^ à lui faire comprendre le sens et la raison de la loi , et é le porter à s'y soumettre , alors l'opposition ee déclavs en luinnéme^ il rencontre l'ennemi dans son camp. C'est contre la gourmandise et l'envie, contre la co* -lère et la paresse, contre l'entêtement et la pétulance qu'il £aut lutter ; ce sont des appétits désordonnés, des dispositions malignes , des penchans vicieux qui devront être combattus , réprimés. Heureux l'homme qui, dès son bas âge, a été exercé à cette luttel Heu-* reux celui à qui on a £sât comprendre de bonne heure la gloire de se vaincie soi-même ! Car si la raison se développe sans règle, die décidera toujours suivant l'impression du moment, et les impressions se suc-

TRENTE ET OlflilIE LETTRE. â03

oédantiet Tariant sans ceêfe^ die ne sera pas deux instans de suite semblable à elle^métne. Partagé dans ses affeetions^ combattu dans ses peosées, inoertain dans ses résolutions^ yersatUe dans toute àa condmte, riiomme sans princq^es fléchit à toute impulsion, tourne à tout vent. Véritable Protée , il change d'ap* parence, de couleur, ou de masque avec les circonstances et suivant la poskion.

Suivez-le dans les diverses périodes de son déve* loppement , dans toute3 les phases de son existence ; et sauf ce qu*ilest par ses croyances religieuses, vous trouverez toujours en lui un être double et plein de contradiddon. Dans l'enfance, tour à tour naïf et rusé, ouvert et dissimulé, doux et rétif, docile et intraitable, obéissant et mutin. Dans l'adolescence et la jeunesse, il est généreux et égoïste, magnanime et cruel, timide et audacieux; tantôt enflé par le succès, ivre de joie et d'espoir ; tantôt abattu par. le mécompte, découragé par Topposition, troublé par la vanité, tourmenté par le remords. A Tâge mûr, quand la dissimulation a passé en système ou en habitude, quand l'usage du mondera rompu aux convenances sociales, il se montre au ddiors grade ux, bienveillant , dévoué , tandis qu'au dedans il est dé-^ vorépar l'^ivie, par l'ambition, par la cupidité. Il tend toujours à se distinguer, à s'élever, et rien ne lui coûte plus que de descendre. Toujours il travaille à acquérir, à amasser, et rien ne lui est plus pénible

que de perdre. Et pourqum donc 'ama89e-t<41*?: Afin d'avoir de quoi vivre, -vous dit ^U^ ^t de quoi Tivté avec honneur; car il craint toujours que là vie et la gloire ne lui échapfpent; il est poursuivi par lesiatH tomes^de la misère j de l'opprobre, ^ la mcnrt; et il en est d'autant plus épouvanté , qull porte les. g^met de tous ces maux dans sa personne, et qu'il ne peut jamais s'étourdir assez pour ea étouffer le sentiment et la conscience. Aussi pour échapper à > ces spectres, se jette-t-il au dehors le plus qu'il peut, se réfugiant dans la foule. Là il s'agite et s'empresse; il poursuit ifes chimères, et des chimères lé poursuivent. Huîtreprend telle chose , puis telle- autre. L'ambition j le saisit; il veut faire son chemin dans le monde, comotie on dit, et pour cela il s'attache à un parti et court de toute sa force, souvent au milieu des débri» et des ruines, au but qu'il veut atteindre:, espéi^nt y trouver le boiiheur et la stabilité, et n'y rencontrant le plus souvent que la mort, si endore elle ne l'a pas enlevé au milieu de sa course. Tel est l'homme dans le cours de sa vie terrestre^ quand il la traverse au hasard ; et il marche au hasard , quand il ne sait ni à qui il est, ni d'où il vient, ni où il va. Ce tableau de la ^vie humaine est sérieux et sombre sans doute, mon cher Eudore; mais l'observation attentive de vous-même et de ce qui se passe autour de vous ^ vous prouvera qu'il n'est ni faux ni chargé.

Que la raison me dise maintenant, car c'est à elle

ipie-)e «l'adresse ; qu'elle me dise ce que c'est que cet être contradictoire, cette créature si noble par ses &cultés et. si abjecte par ses penciians. L'homme esirilifils de la terre, produit de la nature physique? Alors je demande pourquoi il apparaît* comme une anomalie presque monstrueuse au sein de cette même ns^ure;. pourquoi, seul en ce monde , natt-il nu, sans défense, dans l'impuissance complète de se soustraire aux dangers qui le menacent de toutes parts, dane^ l'impossibilité de chercher l'aliment nécessaire à sa TÎB? 'Pourquoi la nature, si prodigue pour piarer un ifA insecte^ si ingénieuse à munir et orner- une fleur, s^est'^lle montrée marâtre à ce point envers son fnïit le.pltts ^noble et le plus merveilleux?

K bn médit que l'homtne n'est qu'un animal, je demande pourquoi seul d'entre les animaux il est obligé de déchirer la terre, de l'arroser de sa sueur pour en surracher sa nourriture ? Pourquoi faut-il qu'il se fasse le pourvoyeur, le valet et le bourreau des autres bétes, afin d'obtenir de 'quoi couvrir sa nudité et^assouvir sa faim? Si l'homme^n'est qu'un animal, c'est à coup sûr le plus cruel comme aussi le plus àadsérable de tous. Au con^aire, s'écrie la raison, c'est le souverain des animaux, c'e^ Fanimal-roi,' puisqu'il a la conscience de lui-même, et* qull [^eut discerner ce qui lui est utile ou nuisible,' ce qui con-^ lîent à sa nature ou lui répugne. J'admets que cette faculté de discerner et de choisir librement est une

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précieuse prérofative^ dam Tétat actaeide- Yhi placé entre toqtes les oppositions de la nature, entre toutes les contradictions de l'esprit. Mais encore que fait -elle pour le bien-être physique de rhommè? N'est-ce pas sa raison au contraire, qui le gâilé dans la satisfaction de ses appétits, qui le fait roognr quand il s'y li^re sans retenue ? N'estrce pas elle qm le met à tout instant aux prises avec lui-même, en lutte avec ses semblables et avec le monde? N'est-ce pas eUe tpn l'inquiète par la prévoyance, qui le tom> Biente par la crainte, en lui représentant la mort comme le terme inévitable de son existence? LaTaF son , vous en conviendrez, sert bien plus souveotà aggraver les maux de la vie , à les doubler par 1« réM flexion , qu'à nous faire jouir avec sûreté des biens qui nous sont accordés; et ainsi loin de résoudra le proMème de notre existence mixte , elle* en vend la contradiction plus évidente. L'âge de l'innocence eil aussi celui de la sécurité, des plus douces* jouissances;» et l'innocence , qui n'est que l'ignorance da dangery s'évanouit et se perd à mesuM cpielaraiscHrae fonne et se fortifie*

Si enfin vous me dites que l'état actudde Fkommti est celui d'une créature libre et intdKgente, tempiH rairement unie à- un corps qui a ses besoins*^ et par lequel elle se trouve accidentdlement soumise aux in-' fluences et aux lois du monde physique ; quel'hottime est moins un animal raisonnaUe qu'une intdligence

TRENTE ET UNlilfE LETTRE. 207

setwie par des organes, je serai pleinement d'accord avec TOUS» Mais encore , puisqu'il est de Fessence de rintelligence humaine d'être libre, puisqu'elle ré<dame sans cesse l'exercice de sa liberté comme un droit inhér^it à sa nature, comme mi droit tm^on^ testable, inaliénable, comme sa plus belle pcéroga* ti¥e, pourquoi donc se trou¥e-l-el|e entravée dans son action par une forme, pesante et matéridie ? Fourifuoi^ si elle doit être seryie par des organes, eslrelle opprimée par la masse organique? EslHce coùtre son gré qu'elle est incorporée malgré sa nature ^ à son^ en* ¥doppe et par elle à la terre? Alors elle est esclave par le fait. Est-ce volonfaiirement qu'elle est descendue dms cette boue? Alors c'est une imtettigence avilie^ et tcmtes ses facultés, comme leurs produits, duvent porter ie cachet de sa dégradation.

Vous voyez., cher ami , qu'il n'y a pcMnt d'issue à ce labyrinthe , et qu'à moins* que votre raisou cour* sente à s'iab jurer elle-même, it faut qu'elle convienne qufiiiie créature intelli^nte, divisée en elle-même, soumise dans son unité à des lois contraires,, et ainsi en coo(tradiction perpétuelle avec dlenoiéme; qu'une créature libre ^ mais aollzcitée contiimrilement psff des agens opposés, pressée an dedans^ .arrêtée, contrariée au dehors; qu'un être spirituel, Bsdtpour k. lumière et a'^n pouvant supporter l'écbit, désirant fat vérité et poitrsuàvant sans cesse rîUusioii:; qu'un êlie moral, qui admire la vertu €t n'a pas la force de

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la pratiquer, qui veut le bien et ne sait pas le réaliser, qui déteste le mal et le commet ; qu'une créature vivante, qui a le besoin et le désir de la vie, le sentimait et la conscience de ce désir et de ce besoin, et qui sait qu'il faut mourir, qui meurt à tous les instant dans une partie d'elle-même; il faut, dis^e, que la raison couTienne qu'une telle créature est dans un état violent. Mais, un état violent est contraire à la nature et à ses lois; c'est le désordre. L'homme natt dans cet état et il en soufire toujours , tantôt dans son corps par le besoin et la maladie ; tantôt dans* son esprit, par l'ignorance, Fincertitude, le doute; dans son âme, par le vide et l'ennui, par la peur, par le remords. Il soufire en naissant; il soufire pour croître et pour décroître; il meurt en soufirant. Mais s'ilna^^ vit et meurt dans un état de désordre et de combat^ il faut qu'il soit , ou un animal dépravé, ou une intelligence dégradée , hors de sa loi. Et si les auteurs de ses jours, les parens de chaque homme sont nés dans le même état, si ses aïeux les plus reculés s'y sept . trouvés, si c'est la condition native de tout mortd, que reste-t-il à dire logiquement et philosophiquement , sinon que la race humaine se trouve dans un état faux, contraire à sa nature et à son besoin fpn* cio? , contraire à sa loi essentielle. Ce n'est pas Dieu qui a pu la faire ainsi ; car Dieu est amour, et l'amour crée pour donner la vie et le bonheur, et non. pour le livrer à la mort et au tourment. Il faut donc adr

mettre la perversion de rhumanité dans sa souche. Elle doit être sous le poids d'une grande prévarication; elle porte les suites et la peine d'une faute grave, commise par le premier des humains.

Voilà, cher ami, ce que j'ai appelé le fait de la dégradation de rhomme , et dont la tache s'étendant à tonte la postérité d'Adam et sans cesse reproduite en elle, est appelée par l'Eglise chrétienne le péché dé notre origine ou le péché originel , fait que le philosophe est obligé d'admettre sous, telle dénomination qu'on voudra , parce qu'il est la clé unique de la connaissance du monde et de nous-mêmes avec toutes les contradictions que nous y voyons, parce qu'il explique seul les mystères de l'homme , sa dignité et son ignominie , son élévation et sa bassesse. Jamais vous ne comprendrez rien à cet être double , moitié ange et moitié brute , si vous ne reconnaissez son origine céleste et sa dégradation actuelle. Pascal l'a très bien dit : Le nœud de notre condition présente prend ses détours et ses replis dans cet abîme , et l'homme serait encore plus inconcevable sans ce mystère, que ce mystère n'est inconcevable à l'homm^.

Mais, dites-vous, en admettant le fait que le premier homme ait péché, qu'il se soit rendu coupable, comment concevoir la culpabilité de toute la race pour la faute d'un seul? Quelle part ai-je pu prendre, moi, à un délit commis il y a six mille ans? Comment me persuader que tout ce que notre état présent a

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