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toit psychique qui détermine le mode de son existence, suivant son degré dans la hiérarchie des êtres et selon la nature de l'agent qui le pénètre. C'est pi^ la réaction positive et continue que l'individualité se distingue dans la généralité, que la personnidité se dégage et se pose, et que l'homme acquiert la cons* cience de lui*-même , la connaissance de son moL
Encore une fois, l'action objective et prévenanteest la condition nécessaire, pour la détermination de toute existence spirituelle ou physique; et cette action qui féconde ou stimule, qui vivifie ou nourrit, quelle que soit la forme qu'elle revête ou l'instrum^it dont elle se serve pour arriver au sujet , part toujours en principe de l'Auteur de toute vie, du Dieu vivant. La substance posée par l'acte créateur n*est qu'une pure capacité de la vie, ayant la puissance de la sai* sir, ou si vous voulez un germe dans lequel le rayon vital objectif se polarise. Nulle créature n'a l'initiative de son développement, nulle ne peut sortir d'elle^ même par sa seule puissance, passer de l'état de subs* tance ou de germe à l'existence, à l'actualité de la vie; la spontanéité ne peut se manifester qu'après qu'elle a été excitée par une action objective stimiih lant la vie subjective. Notre existence avec sa triple fc»*me physique , spirituelle et psychique est le résultat de l'acte vivificateur d'un côté , et de l'antre , de l'admission de la vie, de la spontanéité ou de la réaction positive vers la vie; et c'est ainsi que toutes
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chose» ont été faites par le Verbe en qui était la vie , et que rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui. (iS. Jean^ chap. i".)
Le lait universel de \ animation ou de la vivification est donc le complément du fait de la création; et ce second fait est la condition absolue de toute existence personnelle ou individuelle , spirituelle ou physique. La vivification de Fàme , substance pure et câeste, ne peut s'opérer que par l'action immédiate du Verbe et de l'Esprit ; c'est là le mystère dont Jésus parla à Nicodème. L'excitation de l'esprit naturel ou de la raison de l'homme , se fait jpar l'action d'agens spi* ritnets et raisonnables déjà formés, ayant conscience d'eux-^mémes , et pouvant engendrer intellectuellement ou transmettre, par la parole, la vie rationnelle à des esprits non encore développés.
L'animation du corps s'opère par des agens phy- «ques , transmettant la vie organique à des formes ou à àeè germes préexistans , puisque tout ce qui a été créé au commencement porte en soi sa semence sui" vant son espèce. Voilà des faits généraux , des vérités et des lois générales qui font la base de la métaphysique , qu'on considère trop légèrement ou dont la spéculation ne tient pas assez compte, en sorte qu'elle rencontre à chaque pas des difficultés inextri* cables, devant lesquelles elle tombe dans les plus étranges contradictions. Confondant la création , premier acte de la manifestation de Dieu esstrà se^ qui
pose la créature en substance ou crée les substances, avec le second acte divin , celui de la vivification qui impose la vie à la substance et l'excite à la réaction , on prétend que. toutes les existences sont sorties de Dieu fortuitement, telles qu'elles nous apparaissent: c'est le panthéisme. Ou bien on affirme dogmatiquement que le Ciel et la terre, les intelligences pures,et l'homme, tout ce qui vit en un mot, vient de rien ou du néant. Moïse, quand il raconte l'origine du monde,, ne parle point de néant. Il affirme que le Ciel , la terre et l'homme ont été créés par la vertu de la parole divine; que Dieu dit que la lumière soit, et la lumière fut. Or la parole divine suppose le .vouloir divin , l'idée et la sagesse divines ; et la sagesse de Dieu , son idée et son vouloir ne sont certes pas néant.
Nous trouverons plus tard la confirmation de ces vérités métaphysiques qui renferment des conséquences morales d'un haut intérêt. En ce moment, pour nous les rendre plus claires par l'application, nous nous bornerons à les considérer dans leur rapport spécial avec l'homme et la liberté.
Il est certain qu'il faut être pour vivre, et vivre pour exister., La vie est la condition nécessaire de notre développement, de notre existence.individuelle et. personnelle, de toutes nos opérations, de toutes nos actions , de tous nos mouvemens. Il est encore certain que la vie dont nous jouissons n'est point de nous , et qu'elle n'est point tellement à nous, que nous puis-
sions l'entretenir et la conserver à volonté. Nous ne poutODS vivre que par un concours continuel d'agens extérieurs , par une excitation du dehors qui ne soit jamais interrompue. Il nous faut un secours de tous les instans pour ne pas défaillir. Nous avons besoin d'air et de pain pour alimenter notre corps ; il nous faut la nourriture spirituelle de la parole pour vivre par l'esprit ; nous cherchons un objet qui réponde à notre besoin d aimer , pour goûter dans notre âme les délices de la vie. L'actualité de notre existence , sa conservation , sous telle forme que nous la considérions , comme psychique , intellectuelle ou physique , dépend donc toujours des influences objectivés analogues à ses divers degrés , et de la manière dont nous recevons ces influences. Mais si la vie individuelle ne peut être conservée un seul instant, sans une stimulation qui vienne du dehors et se renouvelle sans cesse , si nous ne vivons que sous la condition d'un secours continuellement accordé et reçu , à plus forte raison n'avons-nous pu entrer par nous-mêmes , par nos seules forces en jouissance de la vie. Ce qui n'a point l'être de soi , ne peut arriver par soi à l'existence vivante. Il faut pour cette fin , d'un côté une motion, une impulsion préalable qui communique la vie, et de l'autre, la réception, l'intus-susception de la vie transmise , et la réaction vers ce qui lui sert d'organe ou de véhicule. Telle est la loi universtelle de l'existence.
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L^actualité de votre vie organique est entretenue par le rapport actif où vous vous trouvez avec le inonde physique. C'est par ce rapport, qui s'est établi au moment où vous avez été conçu dans le sein de votre mère , et qui cessera à votre dernier soupir, que la vie générale s'est particularisée en vous, qu'elle est devenue vie individuelle. Ce rapport avec le monde , cette participation à la vie générale suppose dans l'homme un foyer organique , une capacité propre à recevoir la vie qui lui est analogue , à se l'assimiler; puis une spontanéité instinctive ou le pouvoir de réagir vers ce qui l'affecte ; et ce foyer, quoique tenant à la nature physique , doit être plus pur dans sa substance , plus noble que le centre organique de l'animal , puisque l'animal tout en participant à la vie générale , ne vit cependant que d'une manière restreinte , sous une forme infiniment inférieure à la forme humaine , tandis que l'homme vit spirituellement , rationnellement , organisé qu'il est pour la pensée et la parole. La force vitale a son siège dans ce foyer qui est l'élément fixe de la forme , le point central de l'organisme , sur lequel la volonté n'a aucun pouvoir. Elle ne peut commander à ce foyer organique d'attirer la vie, de la saisir, de la retenir, ni l'empêcher de la recevoir : elle ne peut lui donner la spontanéité instinctive ni l'en priver. £lle peut employer les membres de son corps pour lui nuire , pour l'entraver ; mais il lui est impossible de
Tatteindre dans son fond , non plus que la force radicale qui y siège. Là est la substance, le principe physique voulu et créé par Dieu , et qui Comme tel est indestructible.
Il est donc bien constaté que nous ne jouissons de la vie du corps que conditionaellement , et que nous n'avons point l'initiative des conditions sous lesquelles elle nous est donnée et conservée. Ces conditions sont les lois mêmes de la vie, et ce n'eét que par i'accomplissement de ces lois que nous avons le droit et le pouvoir de vivre dans notre corps. Ce pouvoir et ce droit nous ont été donnés en une seule fois et par un seul acte; mais ils doivent être entretenus cpnstam*^ ment, dans leur exercice et dans leur efficacité , par Falimentation et par le jeu des fonctions organiques. Voilà pour la vie naturelle ou physique de Thomm^*
Il en est de même de la vie de l'esprit, qui natt en nous dès que nous entrons en relation avec nos sem-* blables par la parole. La vie à ce degré est encore un don qui nous a été fait, et qui nous est conservé S0U8 des conditions que nous n'avons point posées , mais qui nous sont imposées par la vie elle-même et avec elle. Si nous avons du sens, du jugement, de la raison , c'est que la parole a réveillé notre esprit ; et die l'a réveillé, parce que nous portons dao&botre nature spirituelle le sens verbal, la capacité de faisir, de comprendre et de retenir l'esprit de la parole, ainsi que la puissance de réagir vers elle» Capacité
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et spontanéité d'intelligence qui réagît soudaînenient Vers la parole entendue, soit pour Fadmettre, l'approuver, la sanctionner pour ainsi dire quand elle présente un sens vrai et raisonnable, soit pour la repousser, la condamner, lorsqu'elle annonce un nonsens ou une absurdité; voilà le reflet dans l'esprit de la double force radicale qui siège dans l'âme : tel est le foyer intellectuel , sur lequel notre volonté n'a pas plus de pouvoir qu'elle n'en a sur le foyer organique. Puis la parole elle-même qui est venue allumer en nous le flambeau de la vie intellectuelle , qui a été pour notre esprit ce que le fiât lux a été pour le monde, qui nous dira son origine? Elle nous a été donnée par ceux qui soignaient notre enfance ; mais eux-mêmes l'avaient reçue; et si nous remontons de génération en génération jusqu'au point de départ de cette transmission merveilleuse et jamais interrompue, nous arrivons à une première parole , adressée au premier homme par un Être supérieur à l'homme, et à qni toute la race humaine doit la Parole par excellence , le Nom sacré de l'Être et son affirmation paf le Yerbe.
On peut donc dire en toute vérité , que le trésor de nos richesses intellectuelles, tout ce que nous possé^ dons de science et de connaissances , nous a été communiqué, transmis, donné; et notre volonté n'y a eu d'autre part que de recevoir ce qui a été oiBert , d'admettre et de réagir.
Il ne dépend pas de nous de vivre ou de ne vivre
pas par rintelligence et par la pensée : il faut que notre esprit s'exerce , il faut que notre pensée travaille ; c'est une loi qui nous est imposée avec la vie spirituelle, comme à des créatures raisonnables et pensantes. Mais quand l'homme est arrivé par le développement de son esprit à la conscience de son moi, lorsqu'il est posé comme personne humaine , qu'il sait clairement qu'il veut, ce qu'il veut et pourquoi il veut, alors il exerce librement sa liberté, en adhérant ou n'adhérant pas à l'impression qui lui vient du dehors et qui le sollicite , en se décidant pour ou contre elle , ou en choisissant entre deux sollicitations contraires. Il n'est point libre dans sa manière de sentir ; mais il est libre de réfléchir son sentiment et de s'y complaire , ou de ne s'y arrêter pas , d'y renoncer ; et il est encore libre dans sa façon de penser et de juger, comme l'architecte est libre de construire d'après le plan qu'il a conçu, mais à la condition que le terrain et les matériaux lui soient fournis. Nous pouvons appliquer notre esprit à tel objet plutôt qu'à tel autre, nous servir de tel moyen , prendre telle route pour parvenir à un but ; nous pouvons , en vertu de notre liberté morale, choisir, comme je viens de le dire , entre deux agens contraires qui se disputent notre assentiment ; mais il n'est pas en notre pouvoir de les admettre tous deux, de répondre en même temps à deux actions opposées , en un mot nous ne saurions servir deux msdtres à la fois. Il y a
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plus , notre esprit tout libre qu'il est , relève de son principe subjectif dont il est le développement , de notre nature psychique qui le pose , et d'un aiiti^ côté il est restreint dans son activité par son enveloppe organique , par la forme sensible qui lui sert d'instrument et dont il est obligé de subir les condi* tiens ; il est régi dans ses fonctions par les lois logiques qui dérivent de son double rapport avec le monde intelligible et le monde sensible ^ et enfin il est 90U-* mis comme tout ce qui existe aux lois de la vie.
En m'arrétant avec vous, mon cher Eudora, à cou* sidérer ces faits qu'il est si facile de constater, je d^ sirais vous fournir les moyens d'apprécier par VQW^ même cette prétendue spontanéité absolue de nos JQurç ^ cette autonomie proclamée hautement par le panthéisme moderne et qui sort en eiBet comme pr^ mière conséquence, de l'affirmation que Dieu est tout, que tout est Dieu , conséquence par laquelle l'homme est déclaré maître de lui-même , législateur du monde , propriétaire de la vie , son moi étant créa« teur de l'idée, de la science , de l'univers, puisque dans ce système l'univers n'est que l'idée objectivée. L'homme , comme vous venez de le voir, ne s'est ' point posé lui-même en foyer d'existence au sein du monde ; ce n'est point lui qui a animé ce foyer ou qui s'est élevé par lui-même à l'actualité de l'existence; il ne vit et ne subsiste dans son individualité et sa personnalité que par une assistance continue, par le
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concours perpétuel d'actionâ extérieures qui stimu* lent sa vie et lui en fourmssent l'aliment; et ainsi non* seulement il n'est point de lui , mais encore il n'a que ce qu'il a reçu , que ce qu'il reçoit à tous les instans de sa durée. Et cependant c'est cet être, cette créature dont chaque aspiration suppose un don, qui n'existe et ne subsiste que sous condition, qu'on pose systématiquement comme se suffisant à elle-même, comme ne Enlevant que d'elle et ne se devant qu'à ellel L'homme est soumis par son âme et par son corps à des lois nécessaires auxquelles il ne peut se soustraire, parce qu'il est créature et non créateur; et on veut qu'il soit absolument libre, indépendant dans son esprit! Il ne peut se mouvoir, penser et connaître, vouloir et aimer qu'à condition qu'il vive, l'aliment vital ne lui est donné qu'en raison de sa car pacité et suivant sa disposition , de moment en moment ; et il s'arroge le droit de souveraineté sur son existence, il prétend n'avoir besoin que de lui-même, être à lui-même sa loi et sa fin, il ne reconnaît ni maître ni autorité 1 Qu'est-ce donc qui a pu faire naître en lui cette imagination folle, et l'amener à cette prétention aussi insensée qu'impie? C'est le sentiment vague de sa dignité originelle, de sa nature foncière , qui s'exalte par la réflexion , joint à l'igno-
rance profonde de son état actuel ; c'est l'orgueil, vice héréditaire de la race.^ C'est dans son esprit que l'homme se fait ainsi illusion à lui-même; car cest
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dans son esprit, par la réflexion ou le retour sur hii, qu'il acquiert la conscience de son moi et de sa pui»* sance; c'est en rentrant en lui que l'homme se reconnaît comme être voulant, pouvant et pensant, libre en un mot. Le corps est au service de l'esprit, et l'esprit en use le plus qu'il peut , sans s'inquiéter dès empéchemens que le corps lui fait, des obstacles qu'il lui oppose ; et quant à l'âme, foyer du moi, principe subjectif de la personnalité , siège de la force radicale et des élémens de la liberté, l'esprit ne la connaît point, il n'a aucun moyen de la connaître par luimême , la réflexion ne descendant point à cette profondeur. Il n'en sait vraiment que ce qu'une parole supérieure lui en révèle; et du reste il n'est pcnnl; empressé de s'en instruire , parce qu'il y a dans son for intérieur quelque chose qui le gêne , à savoir cette loi mystérieuse qui promulgue le devoir, l'obligation morale , la loi de la justice qui condamne le libertinage de l'esprit propre, l'abus qu'il fait de sa liberté. Actif de sa nature puisqu'il est l'expression de la spontanéité, l'esprit tend toujours à s'élever, à s'agrandir, à se mouvoir sans règle, à exercer pleinement sa puissance; il s'irrite de toute contrainte, s'indigne contre toute opposition , et ne veut reconnaître d'autres lois que les limites de son pouvoir et de sa force. Oui, mon cher Eudore, et puissiez-vous le bien comprendre, vous êtes métaphysiquement libre; et ce premier degré de liberté appartient à votre âme et
à elle seulement : c'est la puissance sublime d'aimer le souverain Bien. L'exercice de la liberté à ce degré consiste à vouloir Dieu dé préférence à vous , au moi et à tous les non moi créés , à aimer Dieu source d'amour, de lumière et de vie, plus que tous les biens de l'univers.
Vous êtes moralement libre, et la liberté à ce degré appartient plus particulièrement à votre esprit : c'est la puissance du discernement entre le bien et le mal. L'exercice de la liberté morale consiste donc dans le choix réfléchi et motivé entre deux termes contrwres; et c'est cette double liberté, que rien au monde ne peut détruire ou vous ravir, qui fait votre noblesse en même temps que votre responsabilité; car cette liberté, si paissante qu'elle soit, ne vous rend jamais indépendant ; vous êtes une créature , et à ce titre vous êtes subordonné au Principe qui vous a créé, qui vous conserve, et de la volonté duquel vous dépendez par toute votre existence , ainsi que des lois par lesquelles se transmet la vie. Vous ne pouvez vous connaître vous-même , avoir conscience devons, vous faire une idée juste et vraie de l'homme, sans comprendre dans la même idée les conditions de votre existence ; car ce n'est pas connaître l'homme que de le considérer abstraction faite de sa loi , de son droit et de son devoir. Or cette loi que vous cherchiez hors de vous , cette loi principe et fondement de votre existence et de votre bonheur, est
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en vous : c'est le rapport vivant entre Dieu et vous : c'est du côté de Dieu l'éternel amour qui se donne, et qui veut que vous receviez avec reconnaissance ce qui vous vient de lui médiatement ou immédiate-^ ment; ce doit être, du vôtre, une réaction d'amour vers le Donateur, une restitution libre de la vie qu'il vous accorde 5 un hommage libre de tout ce que vous êtes et de tout ce que vous possédez. Cette loi est gravée en caractères indestructibles dans votre nar ture; elle se démontre par tous les faits psychiques, intellectuels et moraux de votre existence, et elle est formulée de la manière la plus claire et la plus pré* cise, dans le grand précepte de l'amour qui contait tous les autres : « Tu aimeras le Seigneur ton Dioi «de tout ton dceur, de toute ton âme, de toute ta * force. »
Tout vous dit que vous n'êtes point par vous , et que la vie dont vous jouissez est un don continuel. Et si vous n'êtes point par vous, vous ne pouvez être à vous, pour vous, vous êtes à Celui qui vous a créé, appelé à l'existence , et qui vous conserve. Puisqu'il vous a fait intelligent , vous devez reconnaître la justice de ce devoir; puisqu'il' vous a fait libre ^ vous devez y consentir et l'accomplir librement.
Eh bien ! cher ami , c'est dans la conviction intime du besoin que vous avez d'un appui supérieur, d'un secours continu, dans la conviction que la vie dont vous jouissez est un don divin renouvelé sans cesse;
c'est dans la vue claire de cette vérité^ dans la conscience réfléchie, dans la reconnaissance avouée de votre subordination à l'égard de l'Auteur de votre vie^ et dans l'acquiescement libre de votre volonté à cette dépendance; oui, c'est en cela que consiste Tadorar* tion en esprit et en vérité , le seul hommage pur que la créature intelligente puisse rendre à son Auteur. Telle est votre loi , votre devoir ; voilà le culte raisonnable que recommande S. Paul {sit rationabiU obsequium vu* trum) . C'est le culte rendu par la raison qui s'humilie devant le souverain Législateur, qui reconnaît le droit divin ou l'autorité de Dieu sur sa créature, et qui ab^ )ure toute prétention à l'indépendance, à l'autonomie. Cet hommage offert avec vérité et simplicité par là créature intelligente à l'Auteur de son être et de sa vie, loin de l'abaisser, la relève au contraire, la re-> place dans son rang natif, lui rend sa dignité originelle en la rétablissant dans son rapport vivant avec Dieu , comme aussi (ce que nous verrons dans la pro-* chaine lettre) la dénégation de ce juste hommage, le refus de ce tribut de reconnaissance si légitime^ ment dû à Celui par qui nous sommes, est la cause du premier désordre, du premier mal, de tous les maux. Puisse cette exposition de la vérité la plus importante pour la créature intelligente , exciter dans votre âme une réaction d'amour et de gratitude envers Celui qui vous a aimé le premier , puisqu'il vous a créé et vous conserve par amour! Encore une fois, c'est
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dans cette réaction vraie et profondeiide l'âme vers Dieu , dans cette reconnaissance amoureuse de la créature, qu'est le fondement de la dignité et de l'humilité chrétiennes, de l'humilité qui sent et avoue sa dépendance en face de Dieu , de la dignité qui ne reconnaît d'autre autorité légitime que celle qui vient de Dieu. Là est la raison profonde de la justice divine et humaine, la raison du droit, des lois et du devoir ; là est la source de la piété véritable , de toute vertu pure et solide. Reconnaître devant Dieu , nonseulement en théorie, en spéculation, mais foncièrement en vérité et en pratique, que vous dépendez de lui , que sa volonté doit être la règle de la vôtre , c'est l'usage légitime de votre liberté morale. Aimer cette Volonté comme souverainement bonne et juste, c'ert l'acte de la liberté métaphysique. Ignorer cette dépendance par insouciance ou légèreté, la méconnaître on la nier par orgueil, ne point réagir positivement vers l'action divine, «refuser l'hommage de la soumission libre et de l'amour dû à Dieu , c'est par le fait se se* parer de la vie, se priver de son influence; c'est l'ar bus de la liberté morale et métaphysique , c'est le péché qui conduit à la mort.
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EUDORE AU MAITRE
ïintjas bien triste, mon cher maîlre, quand j'ai écrit ma dernière lettre. Xes angoisses du doute m'avaient ressaisi , et je me croyais retombé dans la malheureuse situation d'âme où vous m'avez trouvé, lorsqae votre parole a commencé à agir sur mon esprit. J'alpass^ plusieurs jours, sombre et désolé au milieu des ûnmentos questions que j'avais soulevées, et qui m^accablaient en retombant sur. moi de tout leur poids. Rien n'est plus . cruel que l'incertitude â qui dh^rche la vérité de bonne foi pour l'embrasser et y attacher toute sa vie ; car alors , si cette vérité s'obscurcit ou semble disparaître , si elle échappe à notre espoir et à notre poursuite , cette vie n'a plus d'objet ni de but^ elle manque à la fois de terme et de point d'appui, elle s'affaisse sur elle-même faute de soutien, elle se ronge, elle se dévore. Voilà, mon cher maître, où j'en^tais lorsque votre réponse m'est ar-* rivée. Elle a été pour inoi en ce moment comme