‹ Philosophie du christianismeChapitre 15 sur 29 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

290 TBENTK-^IXIElflEi L^TTKE.

une douce aurore après une .nuit d'angoisses et de douleurs, comme une eau rafraîchissante dans les ardeurs de la fièvre. Un mot , un seul mot a calmé mes agitations en me rendant l'espoir avec la vie, et ce mot c'est le nom de l'amour I

Oui, je le sens et le conçois maintenant, et je vous rends grâce de m'en avoir donné la conscience, l'amour est le besoin le plus profond du cœur, la faim de l'âme, l'instinct de toutes les créatures; l'amour est la clé de tous les mystères , la solution de tous les problèmes de la nature , et voilà pourquoi il est le sommaire.de la loi de l'homme, le premier deacom^ mandemena, le précité général : Tu aimeras 1 Tu »* mera& le Seign^ir ton Dieu de tout ton coeur, detottte ton âme, de toutes tes forces; lui seul est digne do tout ton amour , parce que lui seul ne manquera jamaisà ton amour, car il est l'Eternel» Dieu veut que nous l'aimions , parce qu'il veut que nous vivions et qu'il est lui seul la source de la vie.

Je comprend» aujourd'hui la nécessité de la k» morale qui n'est que la loi d'amour, comme je com« prends la liberté et son inviolabilité. La créature humaine doit aimer librement^ parce qu'image de soa Auteur elle est aimée librement par lui. La misédr* corde de Dieu, à notre égard s'explique, aussi bien que sa justice; il n'y a plus rien d'arbitraire, de forn* tuit ni dans l'une ni dans l'autre* La miaéricorde est l'effîision de l'amour éternel qui nous prévient. Ion-

jours* La Justice est Fexigenoe du retour de la evéàrt lare ou de sa réaction légpitime veirs Famour préire^ liant; et c'est par ce retour que se complète le rapport eoÊte rhomme et son prindpe. L'amoub est donc la loi essentielle de rhomiiie, loi immuable, étet^ Mlle, nécessaire, loi de la vie qui régit tout ce qui se meut et respire, et à laquelle l'homme obéit, lors même qu'il semble la yioler, puisque sa liberté ne s'exerce que par le choix de l'objet de son amour ^ et ainsi il ne peut yivre sans aimer, il ne vit qu'en aimanta

Aimer c'est vivre, vivre c'est irînïer^ Partout et tou^ )buft, l'amour est la condition de la vie» L'enfant ne vit que par l'amour de sa mère dont la tendresse excite sa réaction; et il ne croit, ne se développe et ne se fortifié dans &k)n corps, que par le rapport ti^ vant avec le s^n matemd. C'est quand le (Usciple aime scm maître, quand il reçoit sa parole avec con-fiance et docilité, qu'il la garde dans son cœur et s'empresse de la réaliser, plus= par le désir de h» plaircr qise par la crainte de la punition; c'est alors que Renseignement lui est vraiment profitable, parce qu'A y a pénétration de leurs esprits, communication de kl vie spirituelle, parce qu'ils sont unis par I'shmoinr. Il en doit être de même de la société et d^ grittids rapports qu'elle établit entre les homtnes, dabs l'ordre pubMe et privé. Là où il n'y a que la force, des odnventions , àes intérêts , quelque bien arrangées

^9^ TRENTE-SIXIÂIIB LETTBS.

que soient les choses, quelque habilement comfakiées qu'elles paraissent, si Fèunôur manque, il n'y a m irertu, ni vie, ni durée : c'est l'amour qui a produit dans, tous les temps les merveilles du patriotisme^ car en lui seul est la puissance du dévoûment.; ; Â mesure que mon intdligence coiiçcût mieux le sens du mot amour et tout ce.qu'il renferme^ je me sensl plus profondément touché de certaines paroles que l'entendais et répétais naguère avec indifférence', et qui maintenant excitent mon. admiration. ^ Yoilà donc pourquoi dans l'ancien Testament le précepte d'aimiar Dieu par^ssus tout est. si souvent. r^pîèté! Yoilà pourquoi l'Ëternel ^t si jaloux de l'amour et de la: confinée de soiî peuple ,r pourquoiil tend ton* jours à ramener à lui Jérusalem infidèle ^ poiHt|urà il; se plaint si amèrement par ses Prophètes'de Fadul^ tèrê de Sion! Yoilà pourquoi le précepte de s'aimar les uns les autres est donné par le Christ à ses Disciples , comme le commandement nouveau qu'il est venu apprendre aux hommes à mettre eh pratique! cAimez-vous mutuellement comme je vous ai ai^ «mes... Celui qui aime dans la vérité donne sa vie f pour l'objet qu'il aime... Le bon Pasteur la donne «pour ses brebis, parce qu'il les aime... Aimez ceux «même qui vous haïssent et vous persécutent*... «Beaucoup de péchés sont remis à celui qui a beau- «coup aimé. » Toujours l'amour ! S. Jean, dans Tune de ses Épitres , écrit ces paroles qui autrefois m'ont

ntisïfrEi-sixiÈBti; lettre. 395

pam bien obscures et qiii me sont claires 'amjout''^ d'hui : «Nous savons que nous sommes passés de I4 «Btort à la vie, parce que nous aimons tios frères, c Celui qui n'aime point demeure dans là moi*!:. Toiït « homme qui bait son frère e3t homicide , et nul hô« cmicide n'a la vie élemelle^en lui. » ' »

Et dans la nature comme dans rhumanitè tout vit y tottt^ développe, tout se conserve par l'amour^ Le sein de la nature, dont le mcMide qui nous entoure eà. la forme, est en commerce continuel avec un esf prit de vie qui la pâiètre et la féconde par son in*flubnce, qui fait passer successivement les germes naturela â l'état de dévebppanent et de vitalité; Toutes les productions terrestres sontilés résultats dé cette grande union', de ce mariage solemnel de la terre et du Ciel. Le soleil, qui est comme le repré-^ sentant et Finstrumient de Fesprit générateur, se verse méc amour et en torrens de lumière dans le sein de la terre; la terre reçoit avec avidité cette pluie d'or qui la rend capable de produire au jour ^lës ri*^ chesses qu'elle renferme. Chacune de ses produidtidns porte en soi sa semence, et c'est encore par le com4 merce de la terre avec le Ciel, que cette semence 8e développe et multiplie. L'amour est donc le mo^ teurde Ifi création : c'est lui qui l'anime et qui l'en^ tretient. Tout ce qui a existence dans le monde la doit à l'amour ; tout vit en aimant et pour aimer ; et c'est la recherche de l'objet à aimer, la tendance à

Stg^ TUNTE-SIXISlfS USTTO.

vvfre eo uoion avec cet objet ^ à doubler 8a Vie et la j0ui0saiice de la TÎe, qui est le mdbile de toute i'aotivité y. de tou9 lea mouvemeus des créatures vÎTaotes. Et, chose admirable! comme tout a été posé prkuir tivemeat par un principe unique de qui, par qm et en qui toutes choses sont, tout ausu tend sana cesse à revenir a ce principe, à refluer vers lui, afin que Tamour entre les créatures et Je Créateur ak sea libre Murs ; que le flux et le reflux de Tamour^ si je puis parler amsi, se fasse bi^gement, sans obstàdJei ni interstices, et que Dieu soit fout en toutes cbosafe Pardonnez, mon cher maître, si je me laisse alto en ce moment à vous dire. ce que je sens, ce qQe:}%fttrevois , et si je parle peut<étre avec quelque ténérité de ce que je connais encore si peu, moi néo«> phyte dans la foi et novice dans les choses^ du €idL C'est qu'en vérité il y a des instans où je me; Sfflu comme atteint par des traits de lumière, et alors fV perçois tout à coup le sens d'une parole évangéli(|^e ou d'une de vos propositions, que j'avais admises jus^ que-là par un goût intime plus qu'avec intelligence; )e la comprends alors en même temps que je la goûte, et à chacune de ces iUumînaticiis, qui me vi^mmit le plus ordinairement quand je relis vos lettres, mon horizon s'^agrandit. C'est un autre monde qui se découvre à mon regard, et dans le fond de mon être, c'est comme un surcroit de vie et cf ardeur qui m'est donné*

Vous coimaisdezeet état mieux que moi 9 mon clu^ mai^ne , vous qui sav^ A biai les lois de la vie ; et c'edt pourquoi je suis sûr que vous excuserez ce quô ma parole pourrait avoir de trop affirmatif , de trop tranchant, quand je vous écris sous une inspiration de ce genre. Au fond ce n'^est qu'un en£sint qui com^ menée à bégayer pour rendre te qu'il éprouve, et qui s^àttache de toute sa force à la inain qui le conduite '?La loi d'amour, par laquelle le Créateur agit sur la eréature intelligente et excite sa réaction^ m'apparaîl donc aussi comme loi de justice, et ainsi la justice ocMOime la vie serait une conséquence néœssaire de rameur. Cette loi universelle , s'appliquant aux êtres iutelligens^ et reçue, pratiquée par eux librement^ ferat leur vie, leur bonheur; ou bien si elle eat te^ poussée, violée, elle dûvracauser leur malheur^ \évt toumient.

La créature libre coopère done avec la puissante divine pour rexécution de la loi suprême. Voilà sans doute ce que signifie une parole que j'fti lue dans je ne sais quel ouvrage de piété et qui m'a presque scandalisé alors , parce qu'elle me semblaii Inettf e nne borne à la puissance divine ^ savoir^ que Dieu a pu nous créer sans nous, mais que sams noUs^tl Hn peut nous sauver. Aujourd'hui, eette pardlè ihe'fait enteet oif toute Timportance de la liberté InistaBaiiie

Ainsi y amour, jurtice, liberté, voilà 1« loi et les droits , le pouvoir et le devoir de rhomme* Cette lei-

agô n£NTE<-sixi£]ix iettix.

principe, qu^aucune légtfilatÎDn n'a jamai» fait oôiir naître^ le législateuk* des Hdbreux l'a mmoneéeen termes clairs, précis ^'positifs; et c'est ce qui fait aujourd'hui à mes yeux la plus grande gloire de Hoise^ Aussi est^e avec un sentiment tout nouveau , comme si je venais de les entendre pour la première fois^ que îe prononce maintenant ces paroles soleinnelles qui retentissaient, il y a quatre mille ans,iur:le Sinai au milieu de la foudre et des éclairs, et ^ûi résonnent aujourd'hui si doucement ,: si sâaiwmeot dans moii cœur: «Israël, qu'est-ce que le Seigneur « ton Dieu demande de toi , sinmi que tu le orait- «gnes, que tu marches dans ses voies, que tu l'aimes «et le serves de tout ton cœur, de toute ton âme «et de toutes tes forces?» {Deut.j ch. lo, v. la.) Soir et matin, dès mon bas âge, j'ai entendu et répété les paroles de la loi: «Tu aimeras le Seigneur «ton Dieu de toute ton aine.» J'ai vu continuellement ces paroles inscrites sur le seuil de nos portes ^ selon l'ordonnance de Moïse. Je les ai portées commb une marque dans mes mains et sur mon front. Elles étaient sur mon front , mais mon esprit ne les comprenait pas, je. n'en avais point l'intelligence. Elles étaient sur mes mains , et mes mains étaient oisives pour le bien. Elles étaient sur les portes de nos maisons, et mon cœur était fermé à l'amour. Combien de fois j'ai dit: «Tu aimeras le Seigneur de toute «ton âme. » Et je ne savais ce qu'est Dieu, ce qu'est

mon àme^ niée que c'est qu -aimer ; je ne soupçonbais pas même qu'un rapport réel pût ^ster entre moi chéftive créature, et FÊtre rèdoiitablè que j'appelais

Cet Être qu'aucun mortel n'a jamais T!U , qui a pwlé à mes anoêtres au milieu des tempêtes et de la foudre , qui se dit lui^-inême le feu dévorant, le Dieu jaloux, qui recherche l'iniquité des pères jusque dans leurs ftescendaps, ce Dieu enfin dont Israël ne voulait poii^ entendre la parole de peur dexQOurir, je .irous favôue, i3ùsbn cher maître, je l'avais, craint, cedouté,^ mais je ne l'avais jamais aimé. Jamais je n'aurais ^osé lui dire : Dieu: dê:mes pères, je t'aime! Et en effet i^ comment pouvais-je aimer ce qui me semblait si aur dessua.de moi, ce qui ne m'àpparaissait que dans le kioftain deis âges et enveloppé de iénèbrei^ et de my^ tèresj JLa grandeur de l'Infini m'écrasait , sa puisisancç tn'/effrayait, sa loi et les menaces dpnt elle est .accomr pàgnée m'épouvantaient. Je ne voyais dans ces menaces que de l'arbitraire; je pouvais obéir en esclave au dehors, mais non aimer. Comment aimar ce qui me faisait trembler? £t certes il dut en être .de même de tout Israël, auquel cependant le précepte de Far mour.de Dieu par-dessus tout, avait :été imposé comme le plus sacré des devoirs. Ceci prouve ce ine semble avec évidence que la loi ancienne était ittoomr plète, que la lettre en a été posée. d'abord, et que l'esprit et l'intelligence devaient en être donnés plus

29^ TTRENTE'-SIXlàlIE LETTRE.

tard; et s'il en est aiasi , le Christ est le Messie promis et Tena, car sa parole a développé la loi étemdle de l'amour, sa vie Fa réalisée. Cette loi , dont la foriftide a été promulguée sur le Sinaï» a été accomplie, pld^ nement accomplie sur le Calvaire*

«— > Oh ! oui , mon cher maître , et ici ejicore mon cœur s'échappe, pressé qu'il est par le. sentiment deia vérité que mon. intelligence ne fait pourtant qti'enfre»' voir; oui je suis obligé de le reconnaître ^ je n'ai 9& ce qu'est l'amour et la vte. Dieu et mon âme, que de* puis que par votre organe la vérité a révetUé la via et l'amour en moi. Votre parde chrétienne, profondén ment chrétienne bien qu'elle restât toujours pliilof sophique, m'a appris ce que c'est qu'aimer, cecpi'il faut aimer et pourquoi il faut l'aimer. Dieu, m-'avex^ TOUS dit, n'est pas une abstraction. Il est l'Être le ififal positif, le seul qui soit lui , de lui. Il n'est pas ua;8oât verain despotique, une puissance redoutable. .11 est amour, lumière , vie. Toute créature vit par lui| toute intelligence voit dans sa lumière, tout amour pur a sa source en luL Yous continuez à me démoBtrer ces vérités en me les présentant sous des faœi nouvelles; et enfin c'est par vos conseils et par la prière, que je suis comme entré dans un rapport iat* lime avec ce Dieu dont j'avais si peur dans mes mo« mens de piété judaïque, et que j'étais tenté de regarder comme une chimère dans ma période de scep* ticisme philosophique. Vous m'avez soulevé de terre

TRENTE-SIXÏÂMB £ETTll£. âgg

pour me rapprocher de lui en m'enseignant le secrel de la prière; et votre dernière lettre m'a donné rint^Hgence des paroles par lesquelles Moïse sanc^ tionne le précepte de l'amour et de la fidélité. « Obc servez les préceptes , afin que vous puissiez vivre et cque vous soyez heureux.» £q efièt je n'ai eu pleine oonsci&ace . de ma vie, je n'ai eu des mcHoaens vrai^ mentheureux, que depuis quej'ai commencé à aimer FAuteur de mon être.

Il m'est bien doux, mon cher maître , de sentir au^ jourd'hui ma foi Israélite réveillée se confondre aveo ma foi chrétienne à peine naissante , l'homme de l'aon ci^one alliance se compléter ^ se disposer peu à peu àeatrer dans l'alliance nouvelle, à laquelle je partidpe déjà par le désir; de voir enfin le texte du 1àgislat^ir hébreu pleinement justifié par les leçons lumineuses du philosof^ chrétieUr Combien de fois cet necord m'a frappé en vous écoutant l Je sentais avec bonheur mes vieilles croyances revivre sous l'intfiuence de votre parole; je retrouvais la science et ses affirmations dans le; texte de Moïse. Âviec qudques var riatioitô de formes, c'était au fond la même vérité annoncée aux hommes en des temps divers d: dans un langage à leur portée. Moïse promulguant lisi lot, reconnaît par le fait dans l'homme le pouvoir de Tob^ server où de renfreincb^e ; il affirme que l'homoBie obligé de choisir, mais libre dans son choix ^ se fait à hiiHOiême son sort par ses libres décisions. < Je prends

300 TRENTE^nuàifE lETTBE.

« aujéurd'hui à témoin le Ciel et la terre que ]e vmii 9 ai proposé la vie et la mort^ la bénédiction et la « malédiction : choisissez la vie afin que vous yvikn « vous et Yotre postérité. » {DmU.^ ch. 3o, v. 19;)

Mofee montre , comme vous Tavez enseigné , que TinitiatiTe du bien n'appartient qu'à Dieu^ que boh action est nécessairement prévenante, et que rhômme ne fiait que receveur Vinfluence et réagir vers elle, cb* craêl,» dit-il au peuple comblé de bénédiction' et porté é s'exalter par la grandeur des miséricordes doikt il est l'objet , « Israël , ne dis pas dans tira, cœur : C'est â c cause de ma justice que le Seigneur ni'â fait entrer « dan& cette terre et qull m'en a donné la possessÎM;; 4 « car ce n'est ni là justice ni la droiture de ton cœur Ht ^ui sera cause que tu entreras dans ce pays, .. mais « parce que le Seigneur voulait accomplir ce qu'il a « promis avec serment à vos pères... » {DetU.^ cH. 9, V. 4 6t 5.) Ainsi, mon cher maitre, votre parole' se réunit à celle de Moïse pour me convaincre que la source du bien pour l'homme n'est ni dans son mérite, ni dans sa justice, maisuniqiiement dans l'amour et dans la miséricorde de Dieu. Oui, mon Dieu, je le confesse , je ne suis point de moi , je n'ai rien par moi^ rien à moi ; tout est de vous ^ jpar vous et à vous ; tout doit vous être rendu par l'hommage . libre de mon cœur, par la reconnaissance franche et sincère de ma dépendance à votre égard. En vous rendant cet hommage avec la pleine conscience de ma liberté , ea re^

TBENTE^SIXIEME LETTRE. 3o>i.

Donçant du fond de. mon. âme à la> chimère im^ie de riadépendanœ , je consenre tous les droits i|ue je ti^s de TOUS, puisque voua ne reprenez poSbt yos dona, et que la vie que vous m'avez accordée une fois i vous me la conserverez toujours. Yoiis aimer, c'est vivre par llâme; vivre par l'âme , c'est voua connaître , vous , le seul vrai Di^i; et vous connaître , vous invoquer^ c'est entrer en rapport intime et actif avec vous. Oh! combienilong-femps je vous ai ignoré l Beauté ancienne et toujours nouvelle., quel j'ai commencé tard à vous aimer !•

fV; Mon cher maître, pourquoi les, hommes onl^ils 81 peu de sens pour la parole dé vérité? Pourquoi ignorent-Us si généralement Ip but de la vie et la voie du vrai bonheur?. Si on leur parlait ce langage de science: et de charité auquel vous nous avez accou- Uimés, oui j'aime à le croire, ils s'uniraient tous <lans la même foi , dans le même amour. 11^ n'iraient plus dbfc^cher de l'eau vive dans des citernes bourbeuses^ et du miel dans des calices d'absinthe; ils neprosti^ tueraient plus leur encens à de vaines idoles; ils ne Consumeraient plus leurs eflbrts et leurs jours à réclamer de la créature ce que nulle créature ne peut leur donner, des joies sans trouble, des plaisirs sans remiords et sans dégoût, un repos sans ennui, un amour pur, un bonheur sans mélange. Au lieu de voir dans la loi de Dieu, comme il m'est arrivé, une obligation pénible, un joug dur à portw , dans le com*:

Son TRENTB-^IXlillE ÎXTTKE.

mandement d'aimer Dieu pardessus tout un hne en morale et en religion , une exaltation pieuM,- uae perfection chimérique, ils y Terraient la condition nécessaire de la vie et le f^us haut exercice de ta & liberté; ils y verraient la preuve de leur dignité^ la condition nécessaire de leur bonheur.

J'ai admiré le Christianisme quand j'ai conmieBcé à en comprendre k doctrine , quand j'ai âqperçu eakii une source profonde de vérité et de science* Maintenant qu'il ne m'apparait plus seulement comme un foyer de lumière , mais encore comme un ceaxtre de chaleur et de vie , maintenant que je me seoA> pénâtré de smi influence vivifiante et comme envdbj^.de l'atmosphère d'amour qu'il a répandue sur la terfe, je fois plus que l'admirer, je l'aime, et ma volonté se porte tout entière vers ce que j'aime. J'y voia la réafi» saticm complète de la loi suprême de l'univers, et )'ai la conviction que cette loi n'est comprise et parfaôte* ment accomplie que par le vrai Chrétien, Oh 1 mm maître , quand me seraMt41 donné de réaliser, mes aussi, le sublime commandement d'aimer Dieu pardessus tout et mes semblables comme moi-même! Quedis-jeP de les aimer plus que moi-même, p«ique celui-là seul aime évangéliquement qui est prêt à donner sa vie pour ceux qu'il aime ; puisque Celui qui est le modèle du Chrétien lui a montré par son exemple qu'on peut aimer de la sortel II est vrai , et je le sens vivement , une telle puissance d'aimer n'est

TRBNTE-SIXIÉMB LETTRF. 5o5

pas . donnée à Thomme par la nature ; elle surpasse ses forces; et ce cpii doit vaincre la nature .humaine est nécessairement donné d'en haut. Qu'il vienne donc ce don de force et d'amour que je désire de toute mon âme, que j'appelle de tous mes vœux. IL y a en moi comme un besoin de renaître à une vie nouvelle , à une vie d'amour et de dévoùment. Tout ce qui tient à ma situation actuelle me pèse et m'opprime. Je soupire après raffranchissement , je demande la participation à la liberté des enfans de Dieu. 0 vous qui m'avez appris ce que c'est que le véritable amour, apprenez-moi aussi à le pratiquer ! Soutenez-moi , et ne laissez pas mon élan se rabattre et défaillir ; continuez à m'initier dans les mystères de l'amour chrétien comme vous m'avez déjà fait connaître la dignité de l'homme , sa liberté , la nécessité de la loi et sa justice.

Après tout ceci , oserai-je vous dire qu'il reste dans mon esprit, je ne dirai pas un doute, mais une obscurité noire comme les ténèbres, profonde comme un abîme et qui menace d'engloutir d'un coup toute ma foi? Une voix s*élèvc du fond de cet abîme, qui demande, qu'est-ce que le mal? L'abus de la liberté, m'avez-vous dit. Mais l'exercice de la liberté humaine suppose la préexistence du mal comme celle du bien, puisqu'elle consiste à choisir entre l'un et l'autre. Quel est donc l'auteur du mal? A qui l'horrible gloire de l'avoir enfanté , posé dans le monde? Puisque Dieu

5o4 TREKTE*SIXlilfB UETTBB.

est la source de la vie, qu'il a tout créé sain et immortd dans l'origine, d'où est venue la mort, la niœr* talité? Puis, mort étemelle, ét^nek tournions, ehâtimens sans mesure, douleurs sans fin! Gomment àUi^ ces notions avec l'idée d'un Dieu qui est amour?

TKÉNTE-SEPTIÈME LETTRE. 3o5

LE MAITRE A EtJDORE.

J'ai vu avec une douce satisfaction dans votre dernière lettre, mon cher Eudore, que le sens profond du grand précepte de l'amour commence à se décou** vrir à votre esprit. Le commandement d'aimer Dieu et de l'aimer par-dessus tout n'est plus pour vous une phrase convenue , qu'on répète depuis l'enfance sans s'inquiéter beaucoup de la signification qu'on y attache et encore moins du devoir sacré qu'elle nous impose. Vous comprenez qu'on ne satisfait pas à ce devoir avec quelques expressions pieuses et quelques pratiques extérieures. C'est l'homme avec tout son être qui se doit à Dieu ; sa loi et la justice demandent donc qu'il se donne à Dieu tout entier ^ et ainsi seu-* lement il accomplira le précepte : « Tu aimeras le Seigneur dé toute ton âme. » L'homme de la nature , l'homme animal, comme dit S. Paul, ou l'homme du monde est loin de prendre au sérieux ces graves

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