TOME II
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à la science de la vérité et préparé à la contempler face à face. C'est donc pour la créature morale vivant dans le temps , et non pour l'être purement métar physique , qu'il y a histoire ou développement successif, par conséquent Providence.
Mais, dites-vous, des peines sans fin, des peines éternelles pour un acte instantané, pour un refus de soumission qui n'ôte rien à Dieu , comment le concevoir? C'est là, )e le sais par expérience, le grand scandale de la raison; et cependant à moins de re* noncer à l'idée du vrai Dieu , à moins de s'abdiquer elle-même , de nier la liberté et la personnalité de la créature intelligente , la raison est obligée d'admettre cette terrible vérité parce qu'elle sort de prémisses nécessaires. S'il est vrai que l'Être créateur est immuable dans son vouloir, si la créature intelligente est libre, immortelle, indestructible; si elle a abusé de sa liberté en se mettant volontairement en opposition avec le vouloir, la puissance et la sagesse de son divin Aateur; si elle s'est fixée dans cette opposition, soit par un seul acte décisif et irrévocable comme l'ange, soit par des actes réitérés et successifs comme l'homme, il faut bien et de toute nécessité qu'elle subisse les suites de ce qu'elle a fait. Dieu veut toujours ce qu'il a voulu en créant, le bonheur de sa créature; et celle-ci une fois qu'elle s'est fixée dans l'opposition ne peut plus se changer ni être changée ; elle a méprisé l'amour divin et rendu inutiles tous les moyens de grâce
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par lesquels il pouTait la toucher. Elle pers^iste donc dans l'opposition ; son péché est permanent , et le sort qu'elle s'est fait par le péché l'est aussi. Il n'y a dans tout cela rien d'arbitraire de la part de Dieu ; il n'y a que ce que la créature a voulu et veut encore. Si ce sort est heureux, parce qu'il est conforme à sa nature , à sa loi , c'est à Dieu et à elle-même par Dieu qu'elle en est redevable; s'il est malheureux, la cause de son malheur est dans sa volonté pervertie, dans l'exaltation de sa vie, dans l'orgueil par lequel elle jnnétend se suffire à elle-même comme Dieu se suffit. C'est elle qui fait l'enfer dans son moi, dans sa conscience, dans sa personne; et le lieu dans Funivers où elle existe et persiste dans sa révolte (car il faut bien que chaque créature ait son lieu et son monde), le lieu où sont réunis ces êtres ingrats et orgueilleux, haineux et révoltés, c'est l'enfinr extérieur, le lieu de k géhenne ou du tourment. Si un rayon de la lumière divine pouvait pénétrer ce monde de ténèbres, ces ténèbres extérieures comme dit l'Écriture; si l'amour de Dieu pouvait renaître dans l'ange déchu , il éteindrait la rage qui le consume , il dissiperait ses ténèbres , l'enfer s'évanouirait en lui et hors de lui.
cfl n'y a pas d'enfer, dit S. Augustin , pour celui qui
«aime Dieu..
Tous voyez, mes amis, que ce d(^paie formidaUe
des peines éternelles, si positivement énoncé dans
l'ËyaDgile , si constamment enseigné et cru dans l'E-
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glise chrétienne, se déduit logiquement des premières vérités de la métaphysique, et que la raison ne peut le repousser sans renier sa loi , sans nier Dieu même et la liberté de la créature intelligente. Aussi sa répugnance prononcée contre ce dogme a sa cause dans rignorance plus encore que dans Fimpiété. Yous devez voir maintenant pourquoi vous ne pouviez allier l'idée de la bonté infinie avec la croyance à un châtiment sans terme pour le délit d'un moment; c'est qu'une vérité intermédiaire ou un moyen terme vous manquait. Yous ne songiez pas qu'entre ces deux extrêmes il y a la liberté de la créature intelligente , son immortalité, son indestructibilité. C'est à cette volonté, que Dieu respecte pour ainsi dire, qu'Une violente jamais, qu'il faut rapporter le désordre et ses suites, et non au vouloir divin. Et remarquez que cette vérité dogmatique devient d'autant plus terrible , qu'elle est une déduction rigoureuse de principes nécessaires. Il n'y a point là de justice vengeresse avide de punir ; il y a d'un côté l'amour dédaigné , de l'autre l'orgueil révolté ; il y a une loi inflexible qui s'applique à la créature comme justice rigoureuse, en vertu de l'acte de sa propre liberté , et sous laquelle elle est tombée parce qu'elle l'a voulu.
Du reste, mon cher ami, je n'ai point prétendu vous donner dans cette lettre un traité de métaphysique. Mon désir a été de vous aider à comprendre les textes sacrés qui se rapportent aux bons et aux
mauvais anges , en vous montrant que le sens de ces textes est tout-à-fait en harmonie avec les lois de la vie et de son développement. Je voulais vous montrer d'où est parti le mal et par suite tous les maux. Je voulais vous préserver ou vous désabuser de ces préjugés de la raison qui porte si légèrement l'arbitraire en Dieu, qui fait de Dieu un être cruel, et de Thomme une victime et un esclave , dont en d'autres cas elle défend cependant la liberté de toute sa force. Je voulais surtout écarter de votre esprit ces nuages épais de la fausse science, qui, en obscurcissant Tintelligence, empêchent l'élan de l'amour et restreignent la confiance , la soumission filiale que nous devons à TAuteiir de notre existence. Croyez, mon cher Eudore, oh! croyez de toute votre âme à l'amour, à la bonté infinie de Dieu ! tlroyez qu'il ne hait aucun de ses ouvrages, qu'il n'a fait aucune créature pour la souffrance et le malheur. Croyez à la liberté et à la dignité de l'être intelligent. Croyez que votre sort futur dépend de vous comme de Dieu, que ce sort sera heureux ou malheureux, suivant que vous aurez accompli ou violé les conditions auxquelles la félicité de la créature libre est nécessairement attachée. Tout cela deviendra plus clair quand nous aurons considéré l'état de l'homme primitif, l'épreuve à laquelle il a été soumis , la manière dont il l'a subie et les tristes suites de son infidélité.
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LE BIATTRE A EUDORE.
Jusqu'ici, mon cher Eudore, nous avons considéré rhommé dans son état actuel , td qu'il apparaît au sein de la nature , tel qu'il se présente dans le moàde, sous la forme de son existence temporaire; nous Fa^ vous pris comme un fait , dont nous ne recherchions point directement la cause. Ses antécédens ne nous ont occupés qu'en tant qu'ils nous étaient évidemment indiqués par la condition actuelle de l'huma** nité; et nous n'avons pu méconnaître, à la simple inspection de la vie humaine, telle qu'elle se développe aujourd'hui sur la terre, des signes frappans de grandeur et de misère, des caractères incontestables d'une haute origine et d'une profonde dégrar dation. Cette vue nous a donné la conviction que l'homme n'a pas toujours été tel qu'il est maintenant , qu'il est devenu autre qu'il n'était , sans doute par sa faute puisqu'il est une créature libre; et sans pouvoir déterminer encore ce qui a amené ce déplo-
rable changement, ni comment il s'est opéré, da moins avons-nous trouvé des motifs suffisans pour ne plus repousser la doctrine de l'Eglise relative à l'état présent de l'homme. De là sont sorties toutes vos questions sur l'origine du mal, sur le premier acte qui a posé le mal, etc., questions auxquelles j'ai essayé de répondre dans ma dernière lettre. Il reste bien constaté que l'homme n'a point eu l'initiative du mal , qu'il n'est le père ou le principe ni du mensonge ni de la mort, mais qu'il a été tenté, séduit, perverti par l'auteur du mal. C'est par suite de cette séduction que l'existence humaine a été bouleversée,, que les rapports vrais de l'homme avec Dieu et l'univers ont été troublés , que l'œuvre de Dieu a été faussée, que l'homme est devenu autre que Dieu ne l'avait fait. Yoilà ce que nous avons à expliquer en ce moment , et pour cela il faut remonter par la pensée à l'état primitif du genre humain. Il faut le voir dans sa constitution native, tel que Dieu l'a créé, le suivre dans la première période de son développement intellectuel, jusqu'à l'instant où ayant acquis la conscience de lui-même en face de la nature extérieure et de Dieu , il lui faudra passer l'épreuve imposée à toute créature intelligente et libre , devant par le pre*mier acte de sa liberté et en vertu de scm choix dé^ cider de tout son avenir.
Ici, mon cher ami, nous aurons recours à la méthode que nous avons toujours suivie en circonstances
pareilles dans notre enseign^nent philosophiqae. U est clair que pour avoir des données sur le commencement du genre humain, il serait inutile de nous adresser à la spéculation, au raisonnement, à Timargination ; car il ne s*agit pas d'inventer Thomme ou de le faire de toutes pièces; il faut écouter ce que les traditions historiques nous en disent, et tâcher de le reconnaître dans ces traditions. Or nulle part ces traditions ne remontent aussi haut que dans le livre de la Genèse. Nul n'a parlé comme Moïse de ce qui a été avant Fhomme , avant le temps , avant l'histoire. Ecoutons-le donc racontant l'apparition de l'homme dans le monde ; tâchons de pénétrer le sens profond de ses paroles ; et si nous parvenons à constater qu'il y a un accord parfait entre son récit et les faits de la conscience , que l'un n'affirme rien que l'autre ne justifie pleinement par l'applicatioa des lois de la vie , ce nous sera certainement une forte présomption pour croire que la vérité est là, et qu!ii ne faut point chercher ailleurs le vrai principe de la science de l'homme.
Après que le ciel et la terre, c'est-à-dire la substance spirituelle ou céleste et la substance physique ou terrestre, eurent été créés, que la lumière fut d^fagée des ténèbres, et que les formes naturelles posées par la parole divine eurent été vivifiées et développées en existences suivant leurs espèces, Elohim dit : « Faisons «l'homme à notre image et à notre ressemblance,
«et qu'il commande au poisson de la mer, à l'oiseau < du Ciel , à la bêfe , à toute la terre et à tout ce qui «se meut sur la terre. » (Gen., ch. P% v. 26.) Ainsi est annoncé à l'univers le chef-d'œuvre de la création , l'homme, image de Dieu et devant le représenter dans le monde l Comparez ces magnifiques paroles qui précèdent la création de l'homme avec celles qui sont prononcées avant la formation des autres êtres , et vous mesurerez par leur différence toute la distance qu'il y a entre l'humanité et le reste des créatures terrestres. L'homme image de Dieu nous est montré d'abord conçu idéalement dans la sagesse ou la conscience divine. Sa formation ne s'est point opérée comme celle des autres existences par la parole du. commandement; il n'a point été dit de l'homme : qu'il soit, et il fut. Il est annoncé à l'univers par le créateur/ de l'univers; il est annoncé comme le représentant de la divinité , devant commander en son nom à la terre, à tout ce qui vit et se meut sur la terre. Puis cette sublime créature ne se dégage point, comme d'elle-même , du cahos à la voix du créateur, ainsi que la lumière qui se dégage des ténèbres, le firmament qui s'établit au milieu des eaux, l'aride qui parait au sein des mers, la v^étation qui sort de la terre, les corps lumineux qui se fixent au firmament, les animaux qui surgissent des eaux, etc. Ici la parole change : elle n'est plus, si j'ose parler ainsi, Jetée par Dieu hors de lui, elle revient sur elle-même,
elle se réfléchit. Le Créateur semble se dire à luimême quelle sera l'œuvre de sa puissance ; il ne parle plus à l'univers mais à lui-même; c'est Dieu parlant à Dieu : « Faisons ou nous ferons Fhomme à notre t image et à notre ressemblance. » Ne voit-on pas ici, par le seul mot faciamus qui indique la réflexion de Dieu en lui et sur lui-même , ne voit-K)n pas se dé-« velopper et apparaître plus distinctement cette image du créateur , l'idée de l'humanité ? Un grand nombre de Pères et de savans Chrétiens commentant ces paroles solemnelles, y ont vu une preuve éclar tante de la Trinité de personnes eii Dieu ; et quelques-uns en ont conclu la haute importance de la création de l'homme, puisque pour lui seulement la distinction et l'opération des personnes divines est indiquée. Yoilà donc l'homme dans son idéalité, dans l'idée de Dieu qui fait la vérité de son être et de son existence. Yoiià l'homme tel qu'il a été conçu dans la sagesse de son Auteur, destiné au commandement, prédestiné à la gloire avant d être fait. Yoilà l'homme genre, le genre humain auquel nous appartenons comme partie intégrante ou comme les membres et les organes appartiennent au corps , l'homme générique dont nous partageons l'origine, les sublimes prérogatives , la haute destinée. Yoilà l'humanité fondée dans le vouloir, dans l'idée, dans la science et la conscience divine.
Au second chapitre , Moïse résumant l'œuvre de la
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création , parle plus spécialement du principe physique ou de la terre, laquelle n'avait encore rien pro-* duit de ce qu'elle renfermait dans son sein, parce que, dit-il, le Seigneur n'avait point fait pleuvoir sur la terre (l'esprit ne l'avait pdint fécondée) , et qu'il n'y avait point d'homme pour la cultiver. Alors il ajoute : Le Seigneur-Dieu forma l'homme de la substance terrestre; il répandit sur son visage un souffle de vie, et l'homme devint vivant et animé. Ici seulement l'idée divine est réalisée; ici la création en général et la créature humaine en particulier sont complètes. L'homme ne serait pas ce qu'il est, homme, unité générique, si sa nature spirituelle n'était revêtue de la forme terrestre, et il ne serait pas homme encore , si cette nature phyjsique n'était animée et gouvernée par le principe surnaturel , par l'esprit, et s'il n'y avait union intime, rapport vivant entre les deux natures. L'incorporation de l'esprit dans la forme terrestre n'est point une dégradation de celui-là, comme vous pourriez le croire ; autrement il faudrait dire que Dieu même a voulu et opéré cette dégradation. C'est au contraire par sa forme organique , au moyen de sa forme physique, que la puissance humaine s'exerce dans la nature et sur la nature. Du reste , représentez-vous la plastique humaine parfaitement pure , vivifiée par un rayon de la lumière céleste , animée par le souffle divin , et vous concevrez en quelque manière ce que dut être , suivant Moïse , l'homme
primitif, Adam , au moment où il commença à vivre au sein de la nature.
L'homme n'est donc pas une existence simple, telle que l'intelligence pure. Deux élémens, deux natures, deux substances bien distinctes le constituent; ces deux élémens qui se modifient et se déterminait l'un l'autre, qui agissent l'un sur l'autre, qui se pénètrent incessamment sans jamais se confondre, l'esprit et le corps , font de l'homme une unité complexe ou synthétique , une créature générique , une existence à la fois céleste et terrestre , métaphysique et physique; et c'est sous ce point de vue qu'il faut le considérer pour le comprendre, pour comprendre sa loi, sa liberté et toute son histoire.
Qu'est-ce donc que cette nature terrestre, cet âlément extérieur et cependant constitutif de l'honune, qui le distingue des pures intelligences ? Dans l'ordre hiérarchique de la création, la terre est le second produit de l'acte créateur, le terme de la manifestation divine extra se. En elle-même ce n'est qu'unie forme passive faite pour servir à l'esprit d'organe ou d'instrument d'action. Elle participe suivant son degré à la vie répandue dans l'univers ; elle est féconde et productive par la vertu de l'esprit qui la pénètre; et sa vie est alors un magnifique déploiement des beautés et des richesses que son sein renferme , mais qu'elle produit sans en avoir conscience. Terme final de l'acte créateur, il n'y a rien après elle qui lui
soit subordonné, qui lui appartienne ou sur quoi elle puisse agir, si ce n'est ce que nous appelons matière et qui est le nec plus ultra de son développer ment et comme la surface de son existence. C'est à dessein que j'arrête votre attention sur la considération de la nature terrestre, d'abord parce. qu'elle est Fun des deux élémens constitutifs de votre personne , puis parce que c'est du maintien de l'ordre hiérarchique entre ces deux élémens que dépendait en grande partie la félicité du premier homme, comme notre bien-être et notre vraie dignité en dépendent encore. Aussi le but de la défense imposée au premier homme était le maintien de cet ordre , défense qu'il ne pouvait enfreindre sans se livrer lui-même à la mort.
L'être humain revêtu de la nature physique, uni mais non confondu avec elle , portant dans son existence personnelle le principe céleste et le principe terrestre , tenant par le premier à la région des pures intelligences avec lesqudles il pouvait communiquer, et par le second à la terre , au monde des phénomènes qu'il devait gouverner, l'être humain est par cela même et dans toute la vérité du terme, la créa-' tare universelle. L'homme est comme le résumé de l'univers, il en est le complément. Il est le moyen terme, le médiateur entre le Ciel et la terre; il est Texpressîon parfaite de l'idée divine , dont le Ciel et la terre ne sont pour ainsi dire que des phases, des
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parties. Devant Dieu, Thomme est le représentant de l'univers ; en face de l'univers, il est Timage du Diea vivant. Puissies-vous, mon cher Eudore , comprendre ici toute la dignité de l'existence humaine ; puissie»vous comprendre ce que vous pouvez pour le bien et ce que vous devez à Dieu.
Par cela que l'homme primitif était revêtu de la forme terrestre, U n'avait point l'évidence, la vision immédiate de son auteur; il ne pouvait voir Dieu face à face comme l'ange , ni se voir lui-même dam la pureté, dans la beauté de sa nature spirituelle; et ainsi son enveloppe physique, outre qu'elle k complétait dans sa personne comme créature unir* verselle et qu'elle était pour lui un puissant moyen d'action , avait encore cet avantage qu'elle le garantissait naturellement contre le danger de se contempler lui-même et de s'exalter dans l'admiration de sa propre excellence. De là une conséquence impo^ tante et qui jette une grande lumière sur le mode nécessaire du développement intellectuel et moral de l'homme. C'est que pour arriver à la consciejice intime de lui-même et à la connaissance de Diea, l'homme primitif ne partait point de la vision et de la contemplation comme l'ange ; le commerce de Dieu avec l'homme, de l'homme avec Dieu a dû se faire alors comme il se fait encore aujourd'hui, par la parole d'un côté , par l'ouïe et par la foi de l'autre. Le premier homme dut arriver à la science par la foi et
par la pratique ; il dut croire en ce qu'il ne pouvait voir ; il dut écouter Dieu lui parlant par son Verbe , recevoir avec respect la parole de vérité, la réaliser avec amour, et acquérir ainsi , avec la pleine conscience de lui-même , la science de Dieu , celle de son devoir, la jouissance de tous ses droits. Tel a été le mode de l'épreuve pour le genre humain, et tel il est pour chaque individu, mode tout-à-fait conforme à la constitution de l'humanité, créature intelligente revêtue de la nature physique. C'est par la parole de vérité que l'homme primitif a été instruit , et c'est par la parole, du mensonge qu'il a été tenté ; c'est dans sa foi qu'il a été éprouvé , et aujourd'hui encore il en arrive autant à tout homme parvenu à la conscience de sa liberté.
Appelé à la vie ou fait en âme vivante, comme dit le texte sacré , par le souffle vivifîcateur, l'homme naquit innocent, c'est-à-dire dans l'ignorance de luimême, de Dieu et du monde. Gomme créature de Dieu il était parfait; les deux élémens qui le constituent étaient en harmonie , dans l'ordre ; son existence était pure, saine, ses puissances libres; mais il n'était ni juste, ni injuste^ ni vertueux, ni méchant ; car il n'avait point exercé sa liberté, il n'avait ni mérité, ni démérité, puisqu'il n'y avait eu encore de sa part ni correspondance voulue à l'action divine, ni résistance à la gracie. Gomme l'enfant , l'homme primitif n'avait dans cette première période de son exis-
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tence que le sentiment de la vie. Il admirait , il jouissait, sans savoir de quoi, pourquoi, ni comment
L'influence de la nature physique stimulant la vie physique en lui, dut lui donner la conscience vague et instinctive du moi en face du non^moi; mais il ne put par lui seul , ni avec l'aide de la nature , arriver à se connaître en lui-même, à distinguer l'esprit du corps, le corps de l'esprit, à comprendre et apjH^écier le rapport qui les unit, à avoir la conscience de la loi et du devoir. La nature physique qu'il voyait devant lui ne pouvait lui montrer l'esprit dont elle n'est que la forme passive ; et l'esprit se fût-il montré à nu, l'homme enveloppé par sa forme organique n'aurait pu le saisir. Il fallait la parole pour élever la conscience instinctive à la conscience du moi, à la conscience de l'être spirituel et de sa liberté; et ici je vous engage à vous rappeler tout ce qui a été dit précédemment dans nos entretiens et dans nos lettres sur la manière dont l'esprit humain est réveillé, excité à l'action , et sur la nécessité absolue de la parole comme moyen de fécondation et de développement. La foi vient de l'ouïe, elle suppose la parole, et la parole vient de Dieu. L'homme qui par oi^eil repousse la parole de l'instruction , ou qui en nie la nécessité pour parvenir à la connaissance de Dieu , de lui-même , de sa loi et de son devoir ; l'homme qui agit ainsi pèche à sa manière comme l'ange a péché à la sienne. Il succombe dans l'épreuve, il se fait le
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complice de rintelligence révoltée. Celle-<;i voulait vivre par elle-même ; celui-là préteud connaître par lui-même. L'une et l'autre repoussent dans leur orgueil le don de Dieu ; et la même conséquence suit la même prévarication , tous deux tombent dans les ténèbres et gissent dans la mort.
Or, suivant Moïse, la parole de vérité a été adressée au premier homme sous une forme analogue à sa double nature , comme Parole de bénédiction : Croissez et multipliez , etc.
Parole de donation : Je vous ai donné les productions de la terre , etc.
Parole 'de commandement : Mangez de tous les arbres du paradis, etc.
Parole de défense : Ne mangez point de l'arbre de la science du bien et du mal, etc.
Parole d'instruction paternelle: Car le jour où vous en mangerez, vous mourrez.
Si nous considérons cette parole révélatrice sous le point de vue philosophique, c'est-à-dire dans Taction qu'elle a dû exercer sur l'homme comme influence verbale, partant de l'esprit divin et se réfléchissant dans l'esprit humain capable de. la recevoir et d'en concevoir le sens,. nous comprendrons qu'elle a dû produire un sentiment profond dans le sujet, exciter de sa part 'une réaction vive et spontanée; et voilà le flambeau de la vie intellectuelle allumé. dans l'homme, voilà le commerce entre lui et son divin