TOME II
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auteur établi; voilà le commencement de la conscience morale , le point de départ de la science qu'il pourra acquérir de Dieu, de lui-même et de la nature : de Dieu comme autorité , comme maître et bienfaiteur; de lui comme sujet soumis à l'autorité divine , recevant les dons de Dieu et vivant de ses ' bienfaits, puis aussi comme coopérateur libre, répondant à l'action divine par sa réaction; enfin de la nature extérieure comme lui étant subordonnée, comme étant un domaine dont il a le gouvernement et l'usufruit.
Je dis le commencement de la connaissance de Dieu et de lui-même par Dieu ; car nous savons que c'est en Dieu seulement que l'homme peut se connattre dans l'idée ou dans la vérité de son être, comme c'est en lui-même, dans son intelligence, et non dans la nature hors de lui qu'il trouve et reconnaît la vérité de Dieu. Or la première réaction de l'homme vers l'objet qui l'affecte est spontanée et non réfléchie , ce qui , joint à l'impression reçue , fait le premier degré de connaissance qu'il va acquérir de l'objet. Au second moment la réflexion lui donne la conscience du sentiment qu'il éprouve, et de la réaction qu'il exerce , et au troisième il a conscience de sa conscience, il sait pourquoi et comment il réagit, si c'est d'une manière positive ou négative. A cet instant il confirme sa réaction en la posant volontairement, sciemment, et il en devient responsable. Ici
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la volonté et Tesprit sont actifs ; l'affection et la réflexion , la puissance morale et la faculté spéculative sont en jeu, pour déterminer l'acte de la liberté décidant de l'admission ou du repoussement de l'action objective qui sollicite la volonté. C'est à ce degré que dut se trouver le premier bomme au moment de l'épreuve , quand il dut confirmer librement et réellement son rapport de subordination et de dépendance à l'égard de Dieu.
Arrêtons-nous ici un instant pour nous rappeler les points principaux de ce qui a été dit à ce sujet. Nous avons reconnu :
1° Que l'homme n'est point de lui, qu'il ne vit et ne subsiste point par lui ;
a*' Que n'étant point de lui, il ne peut être à lui, pour lui, ni disposer de son existence, mais qu'il se doit en toute justice à celui par qui il est ; ^
3^ Que sa loi principe est la même que celle de l'ange, loi d'amour, d'adoration, reconnaissance de sa dépendance ;
4* Que la condition vitale de toute créature est la nutrition, c'est-à-dire l'assimilation d'une substance homogène au degré de chacune ; et que l'aliment est un don médiat ou immédiat de l'auteur de toute vie ;
5"* Que l'homme n'est pas une existence simple comme l'ange, mais qu'il subsiste en deux natures qui sont en rapport hiérarchique entre elles, et
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qu'ainsi il a besoin de deux sortes d'alimens, Taiiment spirituel et Taliment physique ;
6* Que l'état de l'homme durant la première période de son existence était un état d'innocence , d'enfance, un état où il s'ignorait lui-même, où il ne connaissait ni le monde ni le mal;
7* Que dans cet état et par sa position au. milieu de la nature sensible dont il admirait la beauté , et à laquelle il se trouvait allié par sa forme organique, il était susceptible d'impressions et d'affections naturelles , exposé à la tentation , à la séduction ;
8* Qu'il a fallu qu'un être supérieur vint l'instruire de ses droits, de son devoir et de la tentation qu'il devait subir; qu'une parole d'autorité, une défense posât nettement devant lui le précepte divin , afin que le connaissant il pût l'opposer au tentatei)^, que le premier acte de sa liberté pût être on acte d'obéissance à la parole de Dieu, en même temps qu'une victoire remportée par son esprit sur la nature sensible, et qu'ainsi l'homme soumis à Dieu par sa volonté et dominant la nature par son esprit, se montrât en face du monde et de l'ange déchu , comme le représentant de la Divinité dans l'univers.
Voici maintenant de quelle manière le texte sacré et la tradition chrétienne , toujours d'accord au fond avec les faits et les lois psychologiques , parlent de la tentation qui vint assaillir l'homme. L'ange déchu ou le serpent envieux de la créature humaine cher-
cha à la séduire , afin de la porter à se préférer ellemême à Dieu, convaincu qu'il était par sa propre expérience que c'était le moyen certain de lui faire perdre ses nobles prérogatives et ses droits. Dans ce but il attira son attention sur les beautés de la nature sensible, afin de réveiller en elle l'appétit des sens. Il chercha à troubler sa foi et sa confiance en la vérité de la parole divine en la lui rendant suspecte , supposant à Dieu des vues intéressées dans la défense qu'il lui avait faite de manger de l'arbre de la science ; il tâcha par des assertions mensongères d'affaiblir en elle le sentiment du devoir, de la porter à décliner la défense, puis enfin de l'entraîner à agir directement contre le précepte, à désobéir formellement, positivement. C'est la tactique que l'ennemi du genre humain suit encore aujourd'hui pour propager le péché et le mal dans le monde. Charmer l'imagination par l'illusion des sens, embarrasser la raison par le doute en lui proposant des questions captieuses et des problèmes qu'elle ne peut résoudre , exalter sa puissance afin de faire oublier le précepte et le devoir, et tout cela pour conduire l'homme à la méfiance , à la critique , au dédain et enfin au mépris de la parole divine, unique moyen qui lui soit donné pour connaître Dieu, le monde, et lui-même; telle est la tentation à laquelle chaque individu de la race d'Adam est exposé. Voilà l'épreuve qu'il doit subir, et cette épreuve, s'il manque de fermeté et de
courage, dure souvent toute sa vie, jusqu'à ce que le dernier acte de sa liberté ait décidé de son sort futur. La défense faite à rbomme se rapportait à la condition vitale de son existence, elle réglait l'espèce d'aliment qu'il devait prendre , comme celui dont il devait s'abstenir : il lui était défendu de manger de l'arbre de la science du bien et du mal. Quel que soit le mystère voilé par ce nom , toujours est-il que l'homme créé par l'amour était fait pour aimer, pour adorer plus que pour spéculer; que c'était en obéissant au précepte divin qu'il devait arriver à la pleine conscience de lui-même et de sa liberté, et^non en contemplant les beautés de la nature qu'il était appelé à gouverner en maître , bien loin qu'elle dût le dominer ou l'instruire. Cette nature d'ailleurs se développait vivante sous ses yeux , et il n'avait pas besoin pour^ la connaître de l'explorer ou de la pénétrer par son esprit. La science du Bien lui était naturelle, innée : il le connaissait, non pas encore en idée, par réflexion, par abstraction, ou comme le contraire du mal , mais en essence et par expérience comme l'enfant connaît sa mère. Il le connaissait substantiellement par sa participation à la vie, et il devait toujours ignorer le mal. Quant à la substance de l'arbre mystérieux, elle était certainement bonne en tant que créature de Dieu, et cependant elle pouvait ne pas convenir comme aliment à l'homme physique ; ainsi que nous voyons maintenant les substances mi-
nérales, bonnes en elles-mêmes, tourner la plupart en poison dans le corps humain.
Puisque l'homme complément de la création avait été placé dans le monde pour y représenter la Divinité, pour y être le délégué de son autorité, il est clair qu'il devait maintenir l'ordre établi par Dieu , le maintenir d'abord en Ini-^méme puis au dehors. Son corps devait rester dans la dépendance de l'esprit , celui-ci être rég^é dans son adlivité par la puissance morale ou la volonté somnise elle-même au vouloir divin. Telle était la condition nécestsaire de sa félicité ; et il fallait qu'au moment de l'épreuve il confirmât cette condition par un acte libre de sa vo^ lonté; il fallait qu'il complétât pour ainsi dire par un acte humain l'acte divin qui l'avait appelé à l'existence, consentant à exister tel que Dieu le veut et sous la condition posée.
Yint le moment solemnel de l'épreuve , dont MoisQ raconte le fait et l'immense résultat avec la même shnplîcité qu'il a mise à exposer l'origine de l'univers. L'esprit de mensonge adresse une question insidieuse à la femme: «Pourquoi Dieu vous a-t-il com- « mandé de ne point manger de tous les arbres du 4c Paradis? » Voila le commencement de la tentation et de l'épreuve. La femme ne répond point directement a ce pourquoi audacieux. « Nous mangeons, ditrelle, «du fruit de tous les arbres qui sont dans le Paradis ^ (affirmation générale et fausse en partie); mais pour
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«ce qui est du fruit de l'arbre qui est au milieu du « Paradis, Dieu nous a commandé de n'en point mant ger et de n'y point toucher, de peur que nous ne c fussions en danger de mourir. » Ici le respect pour l'autorité et la foi simple en la vérité de la parole divine se montrent déjà affaiblies. La femme ne répète point la défense telle qu'elle a été faite; elle ne dit pas : cNous mourrons si nous mangeons du fruit, • mais « il nous est défendu d'en manger , de peur qae cnous ne risquions de mourir. » C'est alors que la vérité de la parole divine est niée par le tentateur. « Non t vous ne mourrez point ; mais c'est que Dieu sait « qu'au jour où vous aurez mangé de ce fruit , vos yeux t seront ouverts , et vous serez comme des dieux , conc naissant le bien et le mal. » La femme adhère à la parole du mensonge qui la flatte; la méfiance s'empare de son esprit; elle regarde le fruit, le trouve beau à voir, le juge bon à manger, la concupiscence nait dans le corps, le fruit convoité est saisi, mangé; et au moment où la tentation l'emporte sur l'autorité de la parole divine, au moment où le péché est réalisé, le rapport de l'homme avec Dieu, déjà affaibli, est rompu , la réaction est suspendue sinon refusée , la vie de Famé opprimée par celle du corps reste sans nourriture, et alors disparaît, avec l'innocence, la beauté originelle de l'homme et cette gloire céleste dont il était investi et qui l'avait rendu auguste à la face de la terre.
Voilà , cher ami , un faible aperçu des faits psychologiques et des vérités philosophiques qui se rapportei^t à la chute de rhomme, telle que la Genèse nous l'expose. Je ne vous donne point ce que vous venez de lire comme une explication foncière de ce grand problème. J'ai voulu seulement justifier à vos yeux le récit mosaïque que vous sembliez mettre aii rang des mythes et des fables païennes. J'ai voulu vous faire pressentir ce qu'il y a de science psychologique et métaphysique dans ces paroles si simples. Je ne vous donne point non plus cet aperçu comme une manière de voir qui me soit propre. Je n'ai fait que résumer les traditions chrétiennes les plus respectables sur un fait qui a eu des suites si funestes pour la race d'Adam. Sans doute si votre raison ne considère que le fait matériel , l'action de manger un fruit défendu , ce fait lui parmtra peu de chose , et elle ne saurait comprendre comment d'aussi graves événemens ont pu sortir d'une cause si petite en apparence. Mais si vous voyez dans cette action la réalisation du premier acte de liberté posé par le chef de la race humaine; si vous avez compris que par cet acte il devait prononcer lui-même sur son sort futur, se confirmer lui et sa postérité dans ses droits et dans sa dignité originelle, ou les renier; si* vous réfléchissez que cet acte décisif, irrévocable, a été sciemment posé en contradiction avec le vouloir immuable de Dieu , positivement exprimé par sa parole ; alors toute l'his-
toire de Thoinme et de rhumanité vous apparsditra sous un autre aspect, et votre raison sera obligée de reconnaître que , s'il y a un Dieu créateur de toutes choses , si ce Dieu a parlé à Thomme pour lui faire connaître sa loi et les conditions de son bonheur., et si l'homme a dédaigné le précepte et la loi, toutes les misères qui pèsent sur lui sont les suites néc^saires de sa prévarication et de sa désobéissance.
Au reste, et pour vous aider à former votre conviction en une matière aussi grave; car il s'agit ici de la science de l'homme, d s'agit de son origine, de «. liberté , de sa loi , de son sort à venir ; je vais vous transcrire un passage très-remarquable d'un ancien père de l'Eglise, S. Athanase, évéque d'Alexandrie. Vous y verrez comment ce savant et pieux évêque, qui a été un des défenseurs les plus intrépides de la fm chrétienne, expliquait l'état primitif de l'homme, sa chute et sa dégradation , par l'abus de sa liberté; vous verrez comment cette haute intelligence vivement éclairée par la lumière céleste , découvrait dans la Genèse des vérités philosophiques que la raison vulgaire ne soupçonne même pas. Voici ce passage :
€ Dieu , le Créateur et le Souverain de l'univers , cqui surpasse infiniment toute substance et toute «intelligence humaine; Dieu, Bonté et Beauté su- «préme, par son Verbe Jésus -Christ notre Sauveur « a fait le genre humain à son image. Par cette rcs- «semblancc avec lui, il Ta rendu capable de con-
€ tempter et 'de connaître les choses véritables , lui «donnant même Tîntelligence et la science de sa t propre éternité, afin que conservant cette réssem- «blance il ne se détournât )amai$ de la pensée de « Dieu , et ne s'écartât point du rapport vivant avec « les saints , mais que portant en lui et la grâce de « son bienfaiteur et la force propre qui vient du Verbe € du Père , il fût plein de joie , et vécût en union avec «Dieu, vivant ainsi d'une vie pure, heureuse et vrai- «ment immortelle; car comme il n'y a rien qui «l'empêche de connaître ce qui est divin, son âme, «parce qu'elle est pure, contemple incessamment «l'image du Père, le Verbe Dieu à l'image duquel « l'homme a été fait. Il est ravi d'admiration à la vue « de la Providence qui gouverne l'univers ; et s'éle- « vant au-dessus des choses sensibles et de toute con- «ception d'objets corporels, il s'attache exclusivement « aux choses divines et célestes qui ne sont perçues «que par la puissance de l'intelligence. En effet, ^ lorsque l'esprit humain ne se mêle point aux choses «corporelles, et qu'il n'admet en lui rien d'hétéro- «gène qui pourrait y être introduit par les désirs « qui s'y rapportent, mais qu'il reste tout entier en haut « et à lui-même , comme il a été fait dans le prin- «dpe; alors dépassant tout ce qui est sensible et «humain, il s'élève dans la suï>limité, il voit la splen- «deur du Verbe et dans le Verbe le Père, il jouit de «cette contemplation, et son amour pour Dieu en
«est renouvelé. Ainsi était le premier homme ap- « pelé Adam dans le langage des Hébreux. Les Saintes t Écritures disent que dans le commencement son « esprit communiquait librement et sans crainte avec «Dieu, vivant avec les saints et contemplant les «choses intelligibles daas le lieu que Moïse a nommé « figurément le Paradis ; car c'est la pureté qui rend «l'âme capable de voir Dieu, comme le dit le Sei- «gneur : Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils « verront Dieu !
« C'est dans cet état que Dieu a créé le genre hu- « main et il voulait qu'il y restât. Mais les hommes « ayant négligé les choses les plus excellentes , et étant « devenus paresseux et inertes à les comprendre, i^ « cherchèrent celles qui étaient plus près d'eux , sa- « voir, le corps et ses sens. Ils détournèrent donc leur « esprit des choses intelligibles et commencèrent à se «considérer eux-mêmes; et en se considérant, ea « s'attachant au corps et aux autres choses qui tom- «bent sous les sens, séduits pour ainsi dire par eux- « mêmes , ils tombèrent dans le désir, dans l'amour «d'eux-mêmes (dans l'amour-propre), préférant ce « qui leur était propre à la contemplation des choses « divines. Ils s'arrêtèrent ou se fixèrent dans cet état, «ne voulant plus se détacher des choses sensibles qui « les touchaient de plus près ; ils abandonnèrent aux «jouissances du corps leur âme troublée et souillée « par toutes les passions ; et enfin ils oublièrent eu-
« tièrement la puissance que Dieu leur avait donnée c dans l'origine. »
« On peut s'assurer qu'il en fut ainsi , par ce que « les Écritures nous disent du premier homme. Tant « qu'Adam eut l'esprit tourné vers Dieu et appliqué «à la contemplation des choses divines, il était par «le fait détourné des choses corporelles. Mais lors- «que par l'insinuation du serpent il cessa de con- «templer Dieu et se mit à se considérer lui-même, «l'homme et la femme tombèrent aussitôt dans le « désir de la chair, et ils connurent qu'ils étaient nus «et en rougirent. Ils étaient nus, non pas tant par « manque de vétemens , que parce qu'ils étaient dé- « nues de l'éclat des choses divines , pour avoir cessé «de les contempler, et qu'ils avaient transporté le «regard de l'âme ou leur faculté de connaître, sur « les choses contraires. Détournés de Celui qui est et «qui est an, c'est-à-dire de Dieu, cessant de le con- « templer et de l'aimer, ils ne purent que se préci- «piter dans les passions multiples et partielles des «corps; et quand ils furent remplis de toutes sortes « d'images et de passions , ils commencèrent à en être «possédés, à s'y laisser aller par habitude, en sorte «qu'ils craignirent de les quitter. C'est pourquoi leur «âme fut agitée par les craintes, les anxiétés que « les passions traînent après elle , et elle n'eut plus de « goût que pour les choses périssables.
« L esprit humain étant actif de sa nature ne peut
« cesser d'agir ou de se mouvoir ; et lors même qu'il tse détourne du bien, il continue son action, son « mouvement; il se meut, mais non plus dans le sens «de la vérité, car ce n'est plus Dieu qu'il a en vue; «mais arrêtant sa pensée sur des choses vaines (]e$ «choses qui ne sont pas), il y transporte et y ap- «plique sa force, et en abuse pour )ouh* de vo- < luptés imaginaires , parce qu'enfin il est libre et peut « diriger son activité vers le bien ou s'en détourner. «Du reste, quand l'esprit est détourné du bien, « il agit dans le sens contraire au bien. Ayant la cons* «cience de sa liberté, il voit qu'il peut se servir des « membres de son corps en sens divers , soit pour re- ' «chercher les choses qui sont, soit pour recher- «cher celles qui ne sont pas. Les choses qui sont, « sont les choses bonnes ( les substances créées par «Dieu); les choses qui ne sont pas, sont les choses «mauvaises. Je dis des choses bonnes, qu'elles sont, «en tant qu'elles tiennent leurs idées (leur proto* «type) de Dieu qui est; je dis des choses mauvaises, « qu'elles ne sont pas , parce que n'étant rien en elles- « mêmes (n'ayant point de base ou d'idée en Dieu), «elles sont formées par la pensée des hommes^.» {S. Athan. , Disc. cont. les Gent., §.2,3,4? ^** de Pad. , 1777.)
Vous conviendrez, mon cher Ëudore, que cette explication de la chute et de la dégradation progres-
1 Voir le texte grec à la fin du volume.
sive du genre humain prouve une science métaphysique bien profonde. Ne vous semble-t-il pas que S, Athanase, qui parlait de la sorte aux chrétiens et aux païens du quatrième siècle , pourrait encore passer de nos jours pour avoir de la philosophie, mais de cette philosophie qui , puisant ses principes dans la parole sacrée , n'a d'autre but en en développant les conséquences que d'aider l'homme à revenir à la vérité par la foi en la vérité, à la justice par la pratique de la j ustice , au bien par la charité et par l'amour. L'homme actif par une force qui lui est propre, par l'étincelle sacrée de la vie qu'il tient du Verbe, libre dans la direction qu'il donne à son activité et dans l'usage de ses facultés, n'ayant au fond qu'une seule loi, celle de l'amour, de l'adoration, de la contemplation , l'homme tel que Dieu l'a fait devait vivre pur et heureux. Platon avait déjà dit que Fàme n'est dans sa loi qu'alors qu'elle vit en contemplant. C'est moins par la spéculation laborieuse de l'esprit que par le goût de l'âme , que nous acquérons la science de la sagesse, de la vérité et du bien. Ce n'est point en repliant son regard sur lui-même, en se mirant dans son esprit et s'admirant dans ses facultés, qu'il apprend ce qu'il est; c'est en élevant son regard au-dessus de lui, en se dépassant luimême; c'est, comme dit S. Athanase, en se posant par son intelligence en Dieu, qu'il peut voir objectivement son image, son prototype, son idée. Ce
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n'est point non plus dans les choses sensibles ou naturelles qui toutes sont variables et bien inférieures à rhomme, qu'il peut puiser la vie pure et trouver le repos. Il est fait pour Dieu , et son âme est inquiète,, troublée, agitée, jusqu'à ce que par sa réaction légitime elle se repose en Dieu. Vous pouvez refuser cette réaction puisque vous êtes libre, et ainsi vous pouvez détruire le rapport de vous à Dieu , mais non le rapport de Dieu à vous. Vous ne pouvez échapper à son action législatrice, si terrible pour l'impie. Le Ciel et la terre passeront, mais la loi de l'homme ne passera pas. Elle subsiste éternellement, car elle est l'expression de la volonté souveraine et immuable; elle est amour; elle impose l'amour, et l'amour est éternel , il est Dieu.