‹ Philosophie du christianismeChapitre 19 sur 29 · ADOLPHE AU MAITRE · texte numérisé non relu

ADOLPHE AU MAITRE

Nos amis Israélites m*ont communiqué les dernières lettres que vous leur avez adressées ; et quoique ma foi sur les points dogmatiques qu'elles traitent soit bien fixée , parce qu'ayant eu le bonheur de la recevoir dans mon enfance, tout ce que j'ai vu, entendu et lu depuis n'a pu prévaloir contre elle, même quand elle semblait s'obscurcir; néanmoins j'ai éprouvé une grande joie en voyant si pleinement justifié par la science ce que jusqu'ici )'avais cru sans pouvoir me l'expliquer, en voyant s'accorder des points de doctrine qui me paraissaient contradictoires , en entendant mon maître affirmer, non plus dogmatiquement mais logiquement, ce qui longtemps m'avait semblé insoutenable, ce que j'avais peine à entendre ou à écouter. J'ai appris aussi en cette occasion à mieux apprécier tout l'avantage que donnent, même sous le rapport de la science, l'ins- TOME II. 24

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truction et Téducation chrétiennes reçues au sortir du berceau.

Vous connaissez mieux que moi , mon cher maître , ce que mes condisciples ont d'intelligence et de bonne volonté. Je rends hautement justice à leur ardeur de s'instruire, à leur amour pour la vérité, à leur capacité, à leur talent. Malgré cela )'ai reconnu dans nos conversations , que vos dernières lettres trop substantielles peut-être pour eux n'avaient point été entièrement comprises, qu'il fallait à nos amis des développemens , des explications ; et comme je me trouve plus près d'eux par l'âge et par ma qualité de condisciple, j'ai consenti à écouter leurs difficultés, à les discuter avec eux , atténuant pour ainsi dire la force de votre parole afin de la mettre à leur portée.

Les divers points dont vous avez traité en demi^ lieu , l'origine du mal , la chute de l'ange et cdle de l'homme, sont des vérités métaphysiques déjà aibnoncées à l'ancien monde, et que nos amis retrouvaient explicitement dans les livres de Moïse et des prophètes. Vous abordez maintenant des questions purement chrétiennes , la rédemption du genre humain opérée par Jésus-Christ Yerbe-Dieu fait chair, la rédemption qui est l'aboutissant de toutes les questions précédentes, la solution de l'histoire de l'humanité. Ce moment sera solemnel et décisif pour nos catéchumènes comme il l'a été pour moi , quand la nécessité et par conséquent la vérité de ce fait

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divin m'a été scientifiquement démontrée. SoûfFrei donc, mon cher maître, que je prenne ma petite part à rœnvre de saint que la Provicfencé vous a appelé à accomplir en des âmes qui lui sont chères; autorisez-moi à être en cette circonstance le répétiteur de vos leçons.

Qu'il est beau le mystère de l'amour dans lequel vous nous montrez le motif de la création, le fondement de sa possibilité et de sa réalité l Dieu est amour : il a voulu communiquer sa félicité à des créatures capables d'y participer et d'en jouir. Il les a créées intelligentes pour le connaître, libres pour réagir par amour vers l'amour. La loi de l'homme, c'est d'aimer , d'aimer Dieu par-dessus tout. Or rien n'eicite l'amour comme l'amour qui donne et se donne ; rien ne glace l'afiection comme le^ soupçon d'intérêt propre , d'égoïsme dans l'être qu'on se sent disposé à aimer. Si donc il fallait croire que l'Être créateur, en se manifestant hors de lui n'eût voulu que sa gloire, qu'il n'eût fait des êtres întelligens qu'afin qu'il y eût dans l'univers des témoins et des admirateurs de sa puissance ; s'il a fait tout pour lui uniquement dans son intérêt , je ne pourrais voir en Dieu que le plus grand, le plus exigeant, le plus.impitoyable des égoïstes, devant lequel il faudrait bien courber la tête parce qu'il est le plus fort ; mais que je né pourrais jamais aimer, aimer pour lui, aimer autant et plus que moi-même ; car si l'amour est ma

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loi, l'amour doit être le principe divin dé mon existence.

S. Paul dit : c Soit que vous mangiez, soit que vous «buviez, ou quoi que vous fassiez, que ce soit pour « la gloire de Dieu.^ Ce passage nous a arrêtés un instant^ mais nous avons vu bientôt qu'il n'est que l'explication du devoir sacré, imposé à toute créature libre de réagir avec amour vers la grâce divine , de rapporter à Dieu ce qu'elle reçoit de lui, de se restitiiar par son affection, par sa pensée et par ses actions même les plus extérieures, à Celui par qui elle est, de qui elle tient l'existence, la vie et l'aliment de sa vie. Une ccmiparaison nous a aidés à mieux concevoir ce que c'est que la gloire de Dieu, dans le sens de l'Apôtre. Le soleil qui est à une grande distance de la terre verse sur elle sa lumière; les rayons après avoir traversé l'espace , arrivant à la surface du globe s'y réfléchissent , s'y réfractent , et par là ils rendent visibles les beautés de la terre , en même temps qu'ils . manifestent avec éclat et par toute la richesse des couleurs , la substance lumineuse qu'ils portent en eux: Certes il n'y a pas sous le Ciel de plus grande gloire que celle que le soleil répand dans notre atmosphère. Mais pour qui cette gloire? A qui profite-telle? N'est-ce pas la terre qui en est fécondée, vivifiée, illuminée? Et peut-on dire que cette magnificence qui apparaît dans nos ténèbres ajoute quelque chose à l'éclat du soleil? C'est donc la terre qui reçoit

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sa gloire du soleil, et non le soleil qui est enrichi par la terre. Il en est de même du Soleil des esprits et de l'homme. Quand l'âme humaine est touchée d'un rayon de la lumière divine , pénétrée , investie de son éclat , la gloire de Dieu se manifeste en elle et pour elle; mais la source de cette lumière n'est point augmentée par la réaction de la créature , son éclat n'en est point rehaussé ; comme aussi le refus de cette réaction ne saurait affaiblir le don, ni appauvrir le donateur. Nous sommes donc bien convaincils que l'apparition de la gloire de Dieu a été l'effet immédiat et nécessaire de l'acte créateur; mais nous croyons aussi que cette apparition n'a point été le motif de l'acte. L'Eternel jouissait de sa gloire , de toute l'immensité de sa gloire avant que le monde ne fût. Cette gloire émane de lui-même, et il en remplit le Ciel et la tçrre. Elle* est vue et reçue par la créature intelligente qui en adore la source; elle est toute au profit de l'être créé , et non à l'avantage de l'Être infini qui ne peut rien perdre ni rien gagner.

Un autre point de vos lettres, qui nous a vivement émus, c'est celui qui se rapporte aux peines éternelles. Je me croyais Chrétien ; je voulais l'être de bonne foi , et pourtant il faut bien l'avouer ce dogme formidable , tel que je l'ai entendu expliquer , répugnait à mon esprit , il révoltait mon cœur qui le niait tacitement, tant il me semblait contraire à l'idée de la justice qui proportionne la peine au délit, tant il me

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paraissait froisser tous les sentimens de la nature humaine ! Quoi , me disais-je , il m'est permis , il m'est commandé d'appeler Dieu mon père ; et ce père , à qui j'aurai eu le malheur de déplaire en suivant les penchans naturels qui après tout me viennent de loi, me livrera dans sa colère à des tourmens éternels, à des douleurs sans fin , et cela uniquement pour venger sa gloire ou son autorité méconnue un instant 1 Un père naturel, si grièvement qu'il ait été offensé par son fils', pousse-t-il le châtiment jusqu'à la mort? Et s'il y a eu quelquefois chez des peuples barbares des faits de ce genre , l'humanité ne s'indigne*t*-elle pas en nous au récit de ces horreurs, et ces pères cruels ne nous semblent-ils pas des monstres ? Je n'osai faire l'application de la comparaison , tant elle me parut révoltante. Aujourd'hui je vois clairement l'accord de ce dogme avec ma nature immortelle, avec ma liberté ; je le vois comme conséquence nécessaire de l'immutabilité du vouloir divin en face de la créature libre , en sorte qu'en le niant je me nie logiquement moi-même en tant qu'être libre et immortel, je nie le vrai Dieu et sa volonté immuable , par le fait je deviens athée.

Mon cher maître, combien l'homme est ignorant et présomptueux , et qu'il a sujet de demander que les péchés de sa jeunesse et ceux qu'il a commis par ignorance lui soient pardonnes ! Je le demande de tout mon cœur; j'embrasse le dogme de la justice

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divine de toute ma foi , je dirai presque de tout mon amour; car tout en me montrapt cette justice .dans sa rigueur, il ne fait pa^s de Dieu un tyran cruel , ni de l'homme un vil esclave. En ce point encore votre foi a éclairé celle de vos disciples; Jls ^^connaissent et adorent avec vous la justice de Dieu.

Ce qui nous a été moins clair d'abord, c'est ce que vous dites sur la prescience ou la prévision divine. Tant de nuages planent devant notre odl intérieur , tant de préjugés embarrassent notre esprit toujours porté à faire de l'anthropomorphisme , à appliquer à Dieu, non plus la figure de l'homme comme les puens, mais les formes de la pensée humaine, les loië de l'espace et du temps ! Il est certain que la prévision comme le souvenir appartiennent à l'intelli-^ gence créée qui vit dans le temps , s'y développe et se fait son temps en se développant. Qui dit temps , dit changement d'état , de manière d'être, succession, progrès. Là où il y a progrès, il y a antécédent et conséquent , avant et après , présent , passé et futur. La créature temporaire n'est pas en ce moment ce qu'elle a été auparavant, et elle n'est point encore ce qu'elle pourra et devra être un jour. Tout cela ne peut {^'appliquer à Dieu qui est l'Éternel, l'Immuable, l'Être qui est. Devant lui tout est présent; il voit tout ce qui est , et cela seul est, comme dit S. Athanase dans le passage admirable que vous ayez cité, cela seul est qui a été voulu par Dieu , qui a son idée, son

prototype en lui. Or le modèle du mal, son exemplaire (car on ne peut dire son prototype ou son idée, puisque le mal n'a point d'être, n'a point- été conçu par Dieu, Dieu ne l'ayant point voulu) n'est poiot en Dieu. En d'autres termes l'origine du mal n'est point de Dieu. Dieu a connu la possibilité du péché, de l'abus de la liberté , car cette possibilité est inhérente à la liberté même; elle fait pour ainsi dire partie de l'idéalité de la créature. Mais Dieu n'a point prévu l'abus effectif de la liberté, non par ignorance ou par imperfection, mais à cause de sa toute-science, de sa pureté , de sa sainteté infinie. L'abus de la liberté comme fait, comme réalisation, est un acte désordonné de la créature , qui ne peut avoir en Dieu son modèle. Encore une fois la science de Dieu est infinie, elle est toute-science, comme la puissance divine est toute-puissance. L'homme conçoit l'infini dans sa forme bornée ; ce qui est absolu , simultané en Dieu , devient donc conditionnel , successif dans son entendement. La toute-science est pour lui prescience, prévoyance, providence. Tout ceci bien considéré me semble jeter un grand jour sur la fausse opinion qu'on s'est faite de la prédestination , en partant de la notion de la prescience , opinion dont les conséquences sont si outrageantes pour Dieu qui est amour , et si désolantes , si avilissantes pour l'homme qui est une volonté libre.

Nous attendons votre prochaine lettre avec désir,

espérant qu'elle nous montrera ce qu'est au fond le péché de notre race , le mal de l'homme et ses effets ; car pour ma part )e me trouve encore fort ignorant sur ces choses , bien que je sache tout ce que l'enseignement ordinaire nous en apprend. Une explication plus approfondie de la nature du péché nous est nécessaire pour mieux comprendre la nécessité du grand remède qui l'a réparé, et surtout pour nous faire apprécier et désirer celui qui a daigné se dévouer à notre guérison et à notre salut.

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LE MAITRE A ADOLPHE

J'ai appris avec plaisir que nos amis vous ont communiqué mes dernières lettres, et qu'elles ont fait le sujet de vos entretiens. La discussion qu'elles ont amenée a été utile aux deux parties parce que la charité y présidait, et il m'a été doux de voir que, tout en contribuant par vos explications à éclairer l'esprit de vos condisciples, vous vous affermissiez vous-même dans la voie de la vérité. Continuez donc, cher ami, à vous acquitter de ce bon office à leur égard; non seulement je vous y autorise, mais je vous le demande. Soyez mon répétiteur, comme vous le dites ; ce sera un lien de plus qui m'attachera à vous, et j'aime tout ce qui tend à nous unir. Je vous adresserai celles de mes lettres qui traiteront des vérités dogmatiques propres au Christianisme , sûr d'être compris par un jeune Chrétien comme vous, aussi sincère dans sa foi qu'ardent pour la science. De cette manière notre exposition sera plus libre ; nous

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pourrons nous laisser aller avec plus d'abandon à rentrainement du sujet , et nos amis en profiteront mieux.

Oui le mot péché résume le mal de Thomme et celui du monde. Le père de la race humaine a péché , et tous ses descendans naissent pécheurs , tous sont enclins au mal. Cette maladie originelle se transmet comme un funeste héritage de génération en génération; et chaque individu entraîné par la concupiscence fruit du premier crime, le renouvelle à sa manière et pour son compte: le péché originel fait la triste prédisposition au péché personnel. Ce sont là des points de doctrine dont aucun Chrétien sincère ne doute. Après cela , il n'est que trop vrai , bien peu savent ce qu'est le péché , bien peu ont reçu sur ce sujet si grave des instructions sérieuses qui puissent les mettre à même de justifier leur foi. Pour la plupart le péché est dans le fait, dans l'action. Tuer, voler, se livrer au désordre , à l'intempérance , etc. , voilà ce que l'on appelle péché : le mal moral ne compte guère , moins encore le mal métaphysique. Dès^lors il est impossible de rien comprendre à la nécessité de la rédemption, de la justification; àja nécessité des moyens ofierts à l'homme pour sa restauration et pour son salut ; tout dans la religion parait arbitraire ; on ne peut en saisir l'ensemble , l'unité ; on n'y voit qu'un système plus ou moins utile pour maintenir le peuple , une invention des puissans

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contre les faibles. Si cependant le péché fait la maladie du genre humain , de l'humanité entière , quoi de plus important que de reconnaître la cause du mal , son siège , ses effets , ses conséquences ; d'acquérir la certitude qu'il y a remède à ce mal, de* savoir où il faut chercher ce remède et comment il faut l'appliquer ?

Le siège du péché est dans la volonté , c'est la vo< lonté et elle seule qui pèche , et le caractère esséntid du péché c'est la contradiction. La créature pèche toutes les fois qu'elle contrevient à sa loi , toutes les fois qu'elle refase à Dieu ce qu'il demande d'elle , savoir sa réaction libre vers le bien; elle pèche en ne voulant pas ce que veut la volonté suprême, ou en voulant ce que Dieu ne veut pas , ce que l'amour infini ne peut vouloir. Dans le premier cas elle nie la souveraineté absolue, dans le second elle la dédaigne. On peut donc dire qu'il y a dans le péché deux élémens, l'un objectif et lautre subjectif. L'élément objectif, c'est le vouloir divin manifesté à la créature et connu par elle ; l'élément subjectif est le vouloir humain posé contradictoirement à la loi connue. C'est cette contradiction qui fait la maUce du péché ; c'est ce mépris de l'autorité , cette négation du droit divin , qui fait la coulpe ^ qui rend la créature coupable , justiciable envers son auteur ; et c'est la coulpe qui exige satisfaction , non pour l'honneur ou la gloire de Dieu qui ne peut être atteint ou lésé par

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le pécheur, mais pour le maintien de l'ordre dans Tunivers et la conservation de Tétre qui Ta troublé.

La malice du péché est en raison de la sublimité de la créature qui le commet, en raison de son intelligence, de la conscience qu'elle a d'elle-même et de l'autorité divine. D'après cela le péché de l'ange dut renfermer une malice profonde, un orgueil égal à sa puissance; car il avait vu la gloire de l'Infini, il s'était vu lui-même en idéal dans cette gloire , il avait la pleine conscience de son moi, de sa personnalité. Enchanté de sa beauté, ^Ipui de son éclat il rêva l'indépendance. Il voulut se suffire à lui-même, vivre de lui et pour lui; il refusa la réaction par laquelle il était en rapport avec son principe ; et ainsi le premier acte de sa liberté fut la révolte contre l'autorité, la négation de la souveraineté absolue , le reniement de Dieu.

Si la malice du péché se détermine par la conscience que la créature a d'elle-même et de Dieu, il est clair que le péché du premier homme a été moins grave que celui de l'intelligence pure. Quand l'homme pécha pour la première fois , sa conscience n'était point développée comme ceUe de lange, ni même comme l'est aujourd'hui celle de ses descendans qui ont devant eux l'expérience des siècles , l'histoire du monde et leur propre histoire. Adam n'avait point vu l'Eternel dans sa gloire , il ne se connaissait point lui-même dans le mystère de sa double nature.

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Il avait entendu la parole du commandement et 1 avait reçue avec docilité ; il sentait Tautorité de la Parole et ne soupçonnait même pas qu'il pût désobéir; car il n'avait point subi l'épreuve de la tentatioa, il n^a^ vait point exercé sa liberté par le choix. Plein de con* fiance en la puissance qui le protégeait, en Faoïoiir qui le guidait, ne sachant que ce qui lui avait été dit, il vivmt dans la sécurité de Fenfance , dans le caimQ de l'innocence. Le tentateur ébranla cette confiance et troubla cette sécurité. Par son langage artificieux, par le venin qu'il insinuait, il éveilla la concupiscence, la curiosité , la sensualité dans la créature humiaine ; il la porta à agir dans ce sens et à l'encontre de k loi posée ; et le premier acte de sa liberté fut une contravention à la loi , une désobéissance à la parole divine.

L'eiSet du péché est le même dans la créature humaine et dans l'intelligence pure; il détruit le rapport foncier de la créature à Dieu. Le rapport détruit, la conscience du moi et de Dieu s'obscurcit , se fausse, et le mode de l'existence est changé. L'action divine subsiste; car Dieu n'abandonne jamais son œuvre, sa grâce est toujours présente à toutes ses créatures comme la lumière dans le monde : c'est la créature qui se détourne de Dieu, s'oppose à Dieu; c'est elle qui refuse l'hommage à l'autorité souveraine et se prive ainsi de l'aliment de sa vie. Mais si l'efiet du péché est le même quant à sa nature , ses consé*

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quences doivent se montrer d'une manière bien dif-^ fiante dans Tange et dans Thomme. L'ange, simple dans sa personnalité, ne peut se diviser en luimême. Qu'il soit en harmonie ou en contradiction avec la volonté suprême, il veut ce qu'il veut de toute sa volonté, de toute sa puissance, il est ce qu'il veut être dans toute son existence, bon ou mauvais , saint ou pervers. Il n'en est pas de même de l'homme. Un et simple dans son âme et dans sa vo« lonté, il est deux dans sa personne, il est esprit et corps. Or la perfection de cette unité synthétique est dans le rapport légitime de ces deux élémens constitutifs; l'état normal de l'homme exige que l'esprit gouverne le corps , et que le corps soit soumis à l'esprit* Tant que cet ordre qui ressort de la nature même de ces deux élémens subsiste , la créature ha^ maine est ce qu'elle doit être, représentant de l'univers dans la dualité de sa substance, l'homme marche d'accord avec sa loi. Si le corps ou la nature terrestre vient à l'emporter sur l'esprit, le rapport est renversé, l'harmonie est détruite , la contradiction s'établit et la lutte commence. Or c'est précisément ce qui a eu liéli dans le péché du premier homme ; l'ordre hié-^ r^orchique entre le corps et l'esprit a été bouleversé ; et voilà pourquoi depuis ce moment l'homme est divisé en lui-même, il n'est plus un, mais deux, l'homme spirituel et l'homme animal ; et ces deux , par leur incessante contradiction, perpétuent la con-

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tradiction première qui les a séparés, rendas ennemis. Cette division intestine dans celui qui devait gouverner la terre s'est réfléchie au dehors dans tout son domaine , et depuis ce temps la vie de Thomtoe comme celle de la nature n'est plus que lutte « et combat.

Comparez avec le texte de la Genèse ce que je viens de vous dire de l'état primitif de l'homme , de sa prévarication et de ce qui s'en est suivi ; comparez-le encore avec les faits de votre conscience, avec ce que vous éprouvez tpus les jours dans votre for intérieur; et vous conviendrez que ce ne sont pas là des hypothèses plus ou moins probables, des conjectures plus ou moins ingénieuses, mais des déductions rigoureuses du texte sacré , constatées et confirmées par l'expérience. Voyons maintenant rétatde l'homme après sa chute.

Adam resta au fond de son être et dans sa substance ce que Dieu l'avait fait , une créature libre , intelligente , revêtue d'un corps. Mais son rapport avec son Principe créateur et conservateur n'était plus le même; l'ordre naturel entre les élémens constitutifs de sa personne n'existait plus ; sa position à l'égard de la nature objective avait changé, et ainsi toute son existence fut bouleversée.

L'homme resta immortel dans son âme; mais son rapport direct avec la source de la vie étant détruit, il ne recevait plus l'aliment pur dont son âme avait

besoin. Le pain de vie lui manquant il ne put que défaillir en lui-même ; et Timmortalité ou Fimpossibilité de mourir, loin d'être encore la garantie de sa félicité , ne fut plus que le fondement de son déseispoir. Comme l'ange, la créature humaine portait et porte encore dans son fond l'étincelle de la vie divine qui ne s'éteint jamais. Mais cette étincelle sacrée, qui faisait le foyer de la vie et de la lumière dans la créature, est devenue un feu qui la consume. C'est le ver rongeur dont parle l'Evangile , qui se dévore lui-même et se reproduit toujours [elvermis eorum non morietur). C'est, selon la tradition païenne , le supplice de Prométhée dont les entrailles renaissent sans cesse sous les serres du vautour qui les rongé. Cet état de l'homme se montre en chaque individu de la race par les désirs insatiables de son cœur, par l'ardeur à amasser des richesses, par la cupidité qui revit et s'augmente à mesure qu'elle se satisfait, en sorte qu'elle né peut jamais dire : C'est assez. Il se montre par la peur, sentiment pénible que le premier homme éprouva incontinent après sa chute, par le vide, par l'ennui et par le remords.

L'homme resta libre après sa chute. Il venait d'acquérir la conscience de sa liberté par le choix qu'il avait fait, non pas entre Dieu et lui comme l'ange, mais entre deux paroles contradictoires qui lui avaient été adre^ées , entre la parole de la vérité et celle du mensonge. Or par cela qu'Adam était homme , c'est-

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