‹ Philosophie du christianismeChapitre 20 sur 29 · T0M£ II · texte numérisé non relu

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à-dîre une créature complexe, perfectible, devant se développer dans le temps ; par cela que la conscience claire de sa personnalité et de sa puissance dépenKkÂt de ce développement ; par cela même qu'il n'était encore qu'au point de départ, au premier degré de la connaissance de lui-même et de Dieu ; par ceh enfin qu'il n'avait point eu l'initiative du mal , qull ne l'avait point engendré en lui-même; il n'y était pas fixé d'une manière irrémédiable. Sa vol^fité était encore accessible à l'action divine ; il pouvait être rappelé à lui-même , ramené à Dieu par la parole de Dieu ; et c'est ici que commence l'admirable économie de la grâce et de la miséricorde divine envers la race déchue. Privé de la parole de Dku, l'homme restait livré à lui-même, abandonné à la merci de son ennemi ; il n'eût plus exercé sa liberté qu'au profit de la concupiscence qui le dominait; il serait tombé de plus en plus sous l'empire de la nature et de l'animalité. Cet état se retrouve encore dans l'enfant , dans l'homme sauvage ou sans instruction, dans ceux qui ne connaissent ou n'admettent point la parole d'autorité. L'activité de l'esprit ne s'exerce alors qu'au profit du corps et de ses désirs. « Ils se précipitèrent, dit S. Athanase, dans un abim^ « de cupidités les variant sans fin. »

L'homme, après sa chute, ne se montrait donc plus dans la réalité de son existence, tel que nous l'avons vu dans son principe, dans le vouloir de Dieu,

dans rîdée divine ; il n'était plus Texpression pure et parfaite de cette idée ; il s'était fait autre que Dieu le voulait, autre qu'il l'avait créé; l'idéalité était niée par la réalité; le type ne répmidait plus au prototype, et ainsi il n'y avait plus de vérité , plus de stabilité dans l'existence humaine. L'homme déchu n'était plus qu'une vanité déplorable , un perpétuel reniement de l'Être, un mensonge en face de l'éter* nelle vérité; et la vérité n'était plus pour l'homme qu'un jugement rigoureux, une condami^ation permanente , un miroir dans lequel il se voyait , malgré htt, pauvre, dénué, avili, dégradé. Quanta sa forme organique et à sa position vis-à-vis de la nature objective, que l'esprit devait gouverner puisqu'elle avait été faite pour lui, tout se trouvait changé. La nature restait sans maître, abandonnée à elle-même; et la vie physique, n'étant qu'un travail continuel de formation et de déformation , dut se montrer à l'homme sous un aspect effrayant ; car il se sentait en relation immédiate avec la nature par son organisme , il avait acquis la conscience de sa vie et de sa personne dans son corps. La décomposition de sa forme devait donc lui paraître comme la fin ou le terme de son existence; ce qui n'est que changement, transformation dans la nature , dont aucune production n'a la conscience de sa vie , était pour lui la mort et lui sembla la destruction du moi.

Tel a dû être l'état du premier homme après sa

chute, qiie nous jugions de cet état par induction ou par déduction, que nous concluions des effets à la cause , de l'état actuel de Thomme à son état primitif; ou qu'admettant la cause telle que la (xenèse la signale , nous la constations par les faits de notre conscience et par les phénomènes de la nature. Or c'est entre l'instant où le premier abus de la liberté a amené cet état déplorable , et le moment où un dernier acte de repentir , de conversion et d'acceptation volontaire de la mort , solde du péché , aura réconcilié le dernier des élus avec le Ciel; c'est entre ces deux termes extrêmes que se développe la longue histoire des miséricordes divines envers l'humanité dégradée et pourtant si noble encore , l'histoire de toutes les misères de l'homme, de ses défaites et de ses victoires dans sa lutte contre le mal , dans sa guorre contre la nature déréglée en lui et hors de lui , l'histoire de l'affranchissement progressif de l'humanité à travers les siècles, l'histoire de son ascension dans l'Eglise chrétienne, au milieu des obstacles, des épreuves et des combats.

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LE MAITRE A ADOLPHE

Nos amis , dites-vous, restent confondus devant ce qu'ils appellent l'immense appareil de la Rédemption. Ils ne conçoivent ni la nécessité ni le motif de cette lon^e attente , de cet aiSreux développement du mal par les crimes et les désastres de tous genres. Pourquoi, disent-ils, tant de douleurs, tant de souffrances , tant de combats et de victimes , quand il ne fallait^ qu'un acte de la toute-puissance pour étoujBFer les suites du péché du premier homme , qu'un acte de clémence et de miséricorde , pour opérer , aussitôt aprè» la chute, la réconciliation de Dieu avec sa créa-ture, la réintégration de l'humanité, et prévenir ainsi tous les maux qui depuis ont inondé la terre? Oui je l'affirme avec eux, il ne fallait de la part de Dieu qu'un acte de miséricorde pour rendre la restaura-

lion de Thumanité possible, et cet acte a eu lieu. Mais nos amis oublient ce que naguère ils défendaient avec tan^ de chaleur, et c'est moi qui le leur rappelle; ils oublient la liberté de l'homme qui le rend maître de son sort ; ils oublient que Dieu même ne peut le relever, le sauver, le rendre heureux sans lui , et à plus forte raison malgré lui. Il ne fallait donc pas seulement un acte de clémence du Créateur envers sa créature intelligente et coupable ; il fallait aussi le retour de celle-ci à Dieu, la conversion libre par Faoceptation volontaire de la grâce offerte ; et détourné de Dieu , bouleversé dans toute son existence , dominé par la fièvre de la concupiscence, comment rhomme eût-il pu se convertir, comment eût-il pu comprendre la nécessité de la conversion , la désirer, la vouloir, lui, qui semblable au malade en délire n'avait pas même la conscience de son état? Pour se convertir il eût fallu commencer par rentrer en luimême ; et toute son activité se portait vers les choses de la terre pour en jouir. Oui certainement Dieu peut tout ce qu'il veut , puisque sa puissance est identique à sa volonté. Mais la volonté créatrice, législatrice et conservatrice, la volonté immuable et absolue ne veut et ne peut vouloir que conformément à ellemême , elle ne peut se contredire. Elle a voulu et elle veut que l'homme soit libre , c'est-à-dire qu'il ait le pouvoir de correspondre à l'action du Bien , de se donner au Bien par amour, et aussi de se préférer

lui-même ou telle créature à la volonté connue de son auteur; die a voulu qu'il ait le pouvoir de connaître sa dépendance , de se poser et de se reposer en Dieu , et qu'il puisse aussi vouloir Findépendance, cherchant en lui-même son repos , sa félicité. Mais si cette toutepuissance a voulu que l'homme fut libre , qu'il pût abuser de sa liberté en opposant sa volonté au Bien, peut-die vouloir qu'il ne soit pas libre de persister dans son opposition ? Si Dieu a voulu que l'homme iùt libre dans son activité , dans la direction de son esfNnt , dans l'emploi de ses facultés et de sa vie, peutil contraindre cette direction , empêcher ce mouvem^it sans s'opposer à lui-même ; peut-il pousser la volonté humaine dans telle voie ou dans telle autre contre son gré ? Si Dieu a voulu que l'homme puisse refuser sa réaction, s'enfermer en lui-même, rêver l'indépendance, jouir de lui-même et du monde, peut-il le forcer à renoncer à cette jouissance, à se renoncer lui-même pour se restituer à son principe? L'homme a abusé de sa liberté, il s'est dégradé, il en avait le pouvoir; et Dieu a montré une immense miséricorde a son égard. Mais encore une fois il n'y a de miséricorde pour la créature intelligente et libre qu'autant qu'elle en sent le besoin et qu'elle la désire , que se reconnaissant coupable et sous le poids de la justice, elle la réclame et l'accepte comme grâce. L'homme ne peut être relevé si d'abord il ne se sent dégradé ; il n'est justifié , sanctifié que s'il veut la jus-

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tice et désire la sanctification , que s'il adhère et consent librement au moyen du salut ; c'est à cette condition seulement qu'il est sauvé et qu'il peut l'être. Dieu veut la félicité de l'homme comme il veut son amour , son activité , sa liberté. La liberté , l'activité et l'amour sont les caractères essentiels de la créature humaine ; et la bonté , la puissance , l'ordre et la justice sont de l'essence divine. L'ordre et la puissance se montrent dans l'œuvre de la Rédemption. L'ordre a été maintenu au milieu du désordre , la justice divine a été satisfaite , et la miséricorde a triomphé. L'humanité a été relevée, graciée, rappelée à sa loi, et l'individu a conservé sa liberté avec tous ses droits. C'est là le mystère profond de l'amour et de la sagesse divine. Or voici comment, suivant le texte sacré, ce mystère s'est accompli.

La première condition pour que l'homme, créature libre mais déchue , pût être relevé , c'était la rentrée en lui-même , afin qu'il acquit la conscience de sa dégradation. Il fallait qu'il reconnût sa faute, qu'il avouât et désavouât librement son péché. Ici commence l'action de la miséricorde divine à son égard. Moïse nous montre l'Éternel prévenant l'homme, l'appelant à lui , lui demandant où il est : « Vocavii viDominus Deus Adam^ et dixit ei: ubies?» (Gen. 3, 9.) Dieu ne savait-il pas où était Adam? Oui certes, Dieu le savait ; mais l'homme ne le savait pas , et il était nécessaire qu'il l'apprit. Où es-tu? Où vas-lu?

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Que fais- tu ? N'est-ce point la première question que nous adresse la conscience , quand nous entrons dans le chemin de l'iniquité? Et la voix de la conscience morale n'est-elle pas le retentissement de la loi divine dans notre for intérieur ? Dieu sait bien où nous sommes , où nous allons ; il voit le terme où la voie que nous suivons doit aboutir, mais nous ne le savons guère ; et pourtant il nous importe de le savoir puisque nous sommes voyageurs sur la terre , et qu'étant maîtres par notre liberté de déterminer notre direction, nous pouvons revenir sur nos pas et quitter la voie large qui conduit à l'abîme. « J'ai entendu votre «voix dans le Paradis , répond Adam ; j'ai eu peur, «parce que j'étais nu , et je me suis caché.... Com- < ment avez-vous su que vous étiez nu , si ce n'est 9 parce que vous avez mangé du fruit de l'arbre dont • je vous avais défendu de manger?» (Gen. , 5 lo, 11.) C'est en ramenant l'attention de l'homme sur luimême, en lui faisant sentir l'effet que le péché a produit dans sa personne , que la bonté paternelle veut lui faire comprendre la malignité de la eause, le porter à avouer son égarement, à se juger lui-même. Combien d'infortunés de sa race , qui n'arriveraient jamais à reconnaître franchement l'abus qu'ils ont fait de leurs facultés, qui ne conviendraient jamais des désordres où ils se sont plongés, si le venin qui les ronge , la lèpre qui les couvre , les souffrances qu'ils endurent et qui en sont les suites , ne rendaient té-

moignage contre eux! Adam se sentait nu, c'est-à-dîre dépouillé de l'éclat des choses divines, comme dit S. Athanase, parce qu'il avait cessé de les contempler. Il voulait se soustraire au regard de Dieu; il se car chait parce qu'il avait peur. L'effet étant évident l'homme n'en put nier la cause; mais il chercha à s'w disculper en rejetant le tort sur la fenmie. Celle-ci, interrogée sur le motif de son action, répondit : tLe «serpent m'a trompée.» Et c'est ainsi que la perversioa de la volonté créée qui s'était mise en contradiction avec le vouloir divin, l'exaltation et l'égarement de l'esprit qui convoitait la science et prétendait l'acquérir sans Dieu et malgré lui, et l'action contraire a la défense ayant été reconnus, avoués et rejetés sur l'auteur du mal, sur le père du mensonge, l'hoimne prévenu et soutenu par la grâce , sans laquelle il ne se serait jamais reconnu , accomplit la première condition du retour de la créature libre vers Dieu : il con- » fessa son péché.

Alors se fit le premier jugement de Dieu, qui se-

para à jamais la cause du genre humain de celle de son ennemi. Il fut dit au serpent : « Parce que tu as « fait cela , tu es maudit entre tous ies animaux et « toutes les bétes de la terre ; tu ramperas sur le veo- « tre ; je mettrai une inimitié ( une antipathie pro- « fonde) entre toi et la femme , entre sa race et la « tienne. Elle te brisera la tête. » Ces paroles pleines des mystères de la justice et de la miséricorde divine

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rétablirent les lois de Tordre dans le domaine de l'homme, tout en laissant cours au développement du mal en lui et dans la nature; car, ne l'oubliez jamais, l'homme est resté libre dans son intérieur; et bien qu'il soit dominé au dehors par les influences physiques , l'état de la nature terrestre dépend tou-* jours de l'état moral de son ancien maître. La terre devenue sauvage, stérile par le péché, redevient fertile, productive par le travail de l'homme; et les créatures soumises à la vanité, non volontairement, mais à cause de celui qui les y a assujéties , sont comme dans le travail de l'enfantement, désirant être délivrées de cet asservissement de la corruption, pour participer à la liberté et à la gloire des enfans de Dieu. (Rom., 8, 19, 20, 21.) La puissance du mal fut donc restreinte dans spn action; l'ennemi du genre humain abattu, terrassé, réduit à mordre la poussière, fut soumis à la femme; la femme passa sous la domination de l'homme condamné lui-même à un rude travail pour obtenir de la terre l'aliment de sa vie physique ; et bannis l'un et l'autre du lieu de délices, où ils avaient joui du commerce avec le Ciel, ils allèrent commencer ici-bas le cours de leur Iongue et laborieuse pénitence , qui se continue par leur postérité à travers les siècles , et qui ne sera accomplie qu'au moment où la dépouille mortelle du dernier de leurs enfans sera retournée à la terre d'où elle a été prise.

La parole de rÉternel, qui avait annoncé la victoire définitive que la femme remporterait sur Tennemi de sa race , avait été entendue et reçue par la mère des vivans. Elle crut en la parole de la promesse avec plus de conscience et de fidélité qu'elle n'avait cru en la parole de la défense; elle y mit sa confiance, son espoir ; et ainsi cette parole devint pour elle et ses descendans Tancre du salut. Nous lavons dit plus haut, Dieu ne s'est manifesté à l'homme, il ne communique avec lui que par son Verbe , par la parole vivante ; et l'homme ne communique avec Dieu que par la foi en la parole, par une croyance filiale et toute d'amour, car il est une intelligence revêtue d'un corps. La foi partant de l'amour et se reposant. dans l'amour, est la loi vitale de l'homme spirituel ; elle est la condition absolue pour rentrer dans la voie de la restauration.

Mais quoique arrivé à la conscience de lui-même et de son état, bien qu'il eût reconnu son péché, qu'il l'eût avoué, désavoué, et qu'il fût revenu à la foi en la parole divine et par elle à l'espoir de sa réhabilitation future, l'homme n'en restait pas moins bouleversé dans son existence; il était malade d'esprit et de corps, incapable de se guérir, de rétablir l'harmonie dans sa personne , impuissant à se relever de sa chute. Il portait en lui l'efiet du péché, puisqu'il était détourné de son principe créateur et conservateur. Le rapport vivant avec Dieu était détruit, et

ce rapport est la condition de la vie de Tâme de l'homme, comme cette vie est ce qui conserve le caractère humain dans l'individu et dans le genre. Il portait les conséquences de son péché dans l'exaltation de la concupiscence qui l'entraînait de chute en chute à l'abrutissement , et enfin à la mort du corps. Cependant l'homme spirituel ne pouvait mourir ; il restait immortel, mais coupable devant Dieu, sous le poids de la justice divine qui demandait satisfaction , restitution : la coulpe subsistait. Or c'est là un des points les plus importans de la doctrine chrétienne, et c'en est peut-être un des moins compris. Je vous engage donc, cher ami, à le bien méditer vous-même , afin de l'exposer purement et dans toute sa vérité à nos amis.

Une des preuves les plus frappantes de la faiblesse de notre esprit, c'est à mon avis la difficulté que nous avons à bien concevoir cette vérité incontestable et la conséquence qui en ressort rigoureusement, savoir que l'homme n'étant point de lui et par lui, ne peut être à lui et pour lui; mais qu'étant créature et non pas Dieu , il se doit tout entier à celui par qui il est , vit et subsiste. Puis , s'il est assez heureux pour acquérir cette conviction, que de combats n'aurà-t-il pas à livrer pour la réaliser dans sa vie ! Et cependant c'est son devoir le plus sacré duquel dépend sa félicité, son salut. L'homme se doit tout à Dieu, c'està-dire qu'il lui doit amour, affection , confiance sans

réserve en sa bonté , en sa sagesse , en sa providence ; il lui doit adoration en esprit et en vérité ^ obéis* sance filiale à sa parole. La volonté humaine doit être en parfaite harmonie avec la volonté divine, et cela à tous les instans de son existence. Nier ce de^ voir, refuser de l'accomplir en tout ou en partie, c'est refuser à l'amour ce qu'il demande , à la justice ce qu'elle exige; c'est se montrer sujet rebelle ou an moins infidèle ; c'est se rendre coupable envers la volonté souveraine; c'est tomber sous sa justice; c'est poser la coulpe qui ne peut être détruite que par une satisfaction pleine et entière, par la restitution à Dieu de ce qui lui appartient. Il ne s'agit donc point seulement d'un désaveu formel du péché , d'une amende honorable , d*une reconnaissance en paroles de l'aUf torité divine, d'une humiliation volontaire de la créature, d'une réconciliation de fait, comme on voit deux ennemis se pardonner réciproquement. Il faut ici une restitution sans réserve de l'homme et de tout l'homme à Dieu ; il faut qu'il lui rende son amour, sa volonté , sa confiance , son esprit et son activité , sa vie et toute sa personne ; il faut que la négation soit effacée par l'affirmation , la contradiction par la soumission... Puis il faut que l'homme pécheur consente à porter librement les conséquences du péché, à les subir avec patience et résignation tous les jours de sa vie, à soufirir, à mourir en esprit d'expiation et de pénitence. . . . Cela est dur à entendre sans doute ; la

raison en est révoltée, la nature humaine dont un tel sacrifice surpasse les forces en est épouvantée. J'en conviens ; et cependant tout cela est fondé dans la loi de la nécessité et de l'immuable justice. Dieu en qui il n y a pas deux vouloirs , veut la félicité de l'homme , et la voudra toujours ; mais il la veut aux conditions posées par lui, et ne peut la vouloir autrement; il est impossible que la créature ne soit pas créature , qu'elle puisse trouver la vie hors de la source de la vie ; et Dieu ne peut vouloir l'impossible , il ne peut renoncer au droit qu'il a sur sa créature , il ne peut l'abandonner.

Si donc l'humanité devait être conservée; si elle devait être rétablie dans sa dignité originelle, remonter au rang que par droit de nature elle tenait dans l'univers; si la condition de la réhabilitation était le rétablissement du rapport intime et immédiat entre elle et le Verbe source de sa vie ; et si Adam déchu ne pouvait rétablir ce rapport , s'il ne pouvait pas même le désirer, comme un homme agonisant ne désire plus la vie ; si aucun fils d'Adam n'eût jamais pu sauver sa malheureuse famille , puisqu'aucun n'eût pu se restituer innocent et pur , la race étant viciée dans sa Souche, et ainsi tout ce qui pouvait naître de l'homme

pécheur ayant participé au péché et à la condamnation ; si l'expiation du péché dans ses conséquences

temporaires était inévitable ; s'il fallait subir ces con^

séquences qui pesaient douloureusement sur toute

la vie humaine ; si les forces naturelles de l'individu et de Tespèce s'épuisaient dans ce travail qui se terminait en tous par la mort ;. . . si enfin , comme il est incontestable, la félicité de la créature libre dépend d'elle-même comme de Dieu qui Ta faite libre , et si par Fabus qu'elle a fait de sa liberté, elle était dans l'impuissance de correspondre désormais à l'action divine, de coopérer avec Dieu à sa propre félicité;... je le demande, quel moyen restait-il pour sauver rhumanité? Un seul; c'est celui que le Christianisme enseigne.

Il fallait pour cette œuvre immense , toute d'amour, de justice, de miséricorde, non pas un ange, une intelligence pure , qui , n'étant point de la . race de l'homme ne tenant pas à l'humanité , ne pouvait la restituer à Dieu : il fallait un homme né de la femme, une personne humaine appartenant à l'espèce humaine , mais une personne pure de tout péché tant originel qu'individuel ; il fallait un homme sorti d'une fille d'Eve , et qui par l'obéissance la plus entière , la plus complète durant toute sa vie, se montrât tel que le père de la race eût dû se montrer, fidèle dans la tentation , ferme dans l'épreuve , inviolablement attaché à la parole divine , à la loi de l'amour ; un homme uni de toute sa volonté au vouloir divin , aimant ses frères, voulant en Dieu et comme Dieu le salut de l'humanité , et tous les moyens nécessaires pour l'opérer et l'obtenir ; un homme qui , innocent

cftpur consentit librement à porter les conséquences du péché, les angoisses de Tâme , les troubles de l'esprit , les douleurs et les déchiremens du corps , et ^fifin la mort la plus violente, afin que par cette résignation , par cet abandon de toute son existence 9 Dieu , la contradiction entre le type et le prototype , entre l'idée divine et la réalité humaine fût levée, que la justice fût satisfaite, la coulpe efiacée par la restitution , et le r^^port foncier de l'homme avec Dieu rétabli.

Telle est l'œuvre de la Rédemption opérée au milieu des tattips par Jésus de Nazareth, fils de David, fils de Marie selon sa naissance temporelle . et » par sa natinb humaine , fils de Dieu , Verbe Dieu , splendeur du Père, caractère de sa substance, Dieu de Dieu daÈns sa génération éternelle et par sa nature divine. Le Yerbe est descendu dans la chair. Dieu s'est fait hôloame pour relever l'humanité , la restaurer, la pos^- de nouveau innocente et pure en face de l'unii^té. Xa rédemption a été une nouvelle manifestation divine, où l'amour et la miséricorde semblent remporter ^ur la puissance. L'humanité devait être rendue à l'ordre, à Dieu; l'homme ne pouvait se restituer lui-même ; l'ange ne pouvait le faire en son notn$ et Dieu qui ne peut se contredire, ni changer dé vouloir. Dieu qui ne hait aucune de ses œuvres , ne pouvait rejeter l'homme , parce que celui-ci ne s'était point fixé dans le mal comme l'ange ; et Dieu ne pou*

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