‹ Philosophie du christianismeChapitre 23 sur 29 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

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croire de la personne du Rédempteur pour être vraiment Chrétien par la foi , ce qu'il faut admettre pour être uni dans la vérité et non pas seulement en spéculation au Sauveur des hommes , pour prendre part à la vie que Jésus- Christ a apportée au monde , et devenir effectivement membre de son corps mystique ou de son Église. « Vous êtes le corps de Jésus-Christ, c disait S. Paul aux Corinthiens (Eplt. I'^, ch. la, cv. 2'j) , et membres les uns des autres. » Il ne s*agit donc plus maintenant pour nos amis , de théorie m de systèmes; ils ne doivent plus rester dans le vague des doctrines purement philosophiques ; il faut qu^ sortent 9 par un acte décisif de leur liberté, de cette région moyenne et vide où les philosophes de nos )Ours s'agitent si complaisamment , parce que Vambiguîtè même de la position ne les engs^e à rien, et que de cette hauteur ils ont Fair de coatempler les choses du Ciel et do dominer celles de la terre. Il faut que nos amis prennent rang et position dans la société chrétienne , et qu'ils avancent franchement dans la voie de la lumière , s'ils ne veulent retomber bientôt dans les ténèbres du monde d'où ils sont partis. Or voici ce qui doit en ce moment leur être dit nettement, positivement : c'est qu'on n'est chrétien dans la vérité et devant Dieu, que par la foi et le baptême, par la foi au Messie que leur nation attendait , qu'elle attend encore et qui est venu il y a dix-huit siècles pour le salut de tous , par la foi en Jésus-Christ vrai

Dieu et vrai homme ; et par le baptême que Jésus- Christ nous a acquis par son sang , et qui peut seul régénérer l'homme au nom du Père, du Fils et de l'Esprit

Professer hautement leur foi en Jésus-Christ, voilà ce qu'ils ont à faire aujourd'hui ; et ils doivent reconl^tre le Christ , tel que l'histoire évwgélique nous l'atteste , tel que l'Église le présente à notre adoration,^ tel qu'il s'est montré au monde, comme un Christ féel , personnel , en substance et en chair , fils dq David, né de Marie , ayant vécu sur la terre de la viq humaine, Yerbe-Dieu descendu parmi nous pour nou^ releva, et qui s'est fait semblable aux hommes pouK le& rendre semblables à lui. Il ne leur servirait de rien d'admettre le Christ comme un être typique , symbo^ lique ou, cosmogonique , tel que certains savans de «os îours cherchent à le représenter, en faisant une^ Qorte de personnification d'une grande époque dei l'humanité , d'une phase de son développement ,. comme on a fait d'Orphée , d'Homère ou d'autres personnages, réels ou fictifs de l'histoire fabuleuse. Certes U n^ vaudrait pas la peine de passer des préfigiirar-^ tion9 de l'Ancien Testament à des figures nouvelles ; et ombres pour ombres , images pour images , autant vaudlir^t conserver la croyance de leurs pères et s'en tenir à ce que les traditions de la synagogue leur ont transmis. Le genre humain d'ailleurs n'en est plus aujourd'hui à s'amuser avec des fables , ni à se

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nourrir de fictions ; et toutes les épopées du monde, religieuses ou autres , ne sauraient satisfaire sa faim de Térité. Il serait tout aussi vain de voir en Jésus- Christ un prophète , un homme de génie , un habile l^slateur, un grand philosophe , le Gonfucius , le Zo-* roastre ou le Socrate des Jtiifs. Il y a eu des Prophètes avant le Christ; et bien qu'ils aient servi d'oi^[ancs à la Sagesse divine pour manifester ses oracles et ses volontés , bien que par leur mission extraordinaire ils aient concouru à la grande œuvre du salut dont ils ont préparé les voies , cependant aucun prophète n'a été salué comme Sauveur des hommes , aucun n'a été ni promis ni prédit. Quant aux hommes de génie, aux philosophes remarquables, aux grands législateurs qui ont éclairé leurs semblables et dirigé une partie de Thumanité dans les voies de la jiistke et du bien, quelque émitiens qu'ils aient été, c'étaient cependant des hommes comme ceux qui les écoutaient et les suivaient. Ils étaient de la même race , participant aussi au vice originel que nous avons constaté , en portant les tristes suites , et par conséquent incapables de guérir dans les autres le mal dont ils étaient eux-mêmes infectés, incapables de rendre à leurs semblables la vie du Ciel dont ils étaient privés eux-mêmes. Ils pouvaient instruire: ils n'avaient pas la puissance de guérir.

Toutes ces hypothèses sont donc vaines et insoutenables; elles sont l'œuvre de la raison, prétendant

expliquer humainement le christianisme dont elle n& peut nier la sublimité ni l'immense influence , et qui, forcée d'accepter Jésus-Christ comme l'auteur du grand mouvement de la civilisation moderne , le grandit, l'exalte le plus qu'elle peut comme homme, lui attribuant à ce titre un pouvoir merveilleux et des actes que n'a jamais accomplis la main d'un mortel , tout cela pour se dispenser de reconnaître en lui l'homme-Dieu , le Fils de Dieu fait homme. Grâces au Ciel , nos amis n'en sont plus là I Ils ont dépassé ce mesquin rationalisme ; ils sont persuadés qu'il y a eu en Jésus-Ghrist et par Jésus-Christ une grande manifestation de la puissance divine, non conmie celle qui s'est faite par les Prophètes, ou par les esprits les plus éclairés d'entre les païens; mais une manifestation extraordinaire , comme il n'y en avait point encore eu parmi les hommes ; une ma^ nifestation à laquelle se rapportaient les prophéties judaïques conmie les oracles du paganisme , et qui devait relever l'humanité de son abaissement. Yoilà ce que nos amis croient aujourd'hui. C'est beaucoup pour des Juifs; c'est un grand pas pour eux, qui, après avoir échappé au rabbinisme, ont été longtemips arrêtés dans le déisme , dans le panthéisme : ce n'est pçint assez pour être Chrétien. Il faut qu'ils croient et professent que Jésus -Christ est Dieu et homme tout ensemble ; il faut qu'ils arrivent à voir la nécessité de l'union des deux natures , divine et hu-;

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maine^ dans la personofé du Rédempteur. Jésuê^hrist est Dieu ; car, et je ne puis trop le rédire, dll'n'àtrait éVé qu'un sage, un prophète , un ui£d[tre en Israël , ua . kômme enfin , il n'aurait pu se r^tituer lui-même à Dieu , loin de pouvmr être Médiateur entre Dieu ef ses frères , Sauteur et Restaurateur du genre humain. Si Jésus-Ohrîst n'a été qu'un homme catnme tous les fil» d'Adam , il n'y a point de Messie, point de Bbérateur, point de rédemptcfur, l'ÉTangile n'est qu'une fable, le Christianisme une intention hur maine , lé culte chrétien une idolâtrie; et ici je rappelle à votre souyenir ce que nous avons dit â ce sujet dans les dernières pages de notre première lettré sur rÉglise. Si Jésu»-Ghrist n'a été qu'un homme, Moïse , les prophètes et tes apôtres n'ont été que des imposteurs ou des visionnaires , les pltis insensés ou les plus hypocrites des hommes* Oui Jésus-Glurist est vraiment Dieu comme il est vraiment homme. Il n'a pas seulement revêtu la forme humaine comme on prend un vêtement ; mais il a pris la nature de rhomme ; il en a pris l'âme , l'esprit , le corps ; et pair là seulement il pouvait accomplir sa grande médiation. Si le Verbe-Dieu n'avait eu que l'apparence de l'homme , sans s'unir intimement l'humanité, il n'eût pu expier pour ses frères , ni prendre sur lui nos iniquités. Il ne pouvait réhabiliter la race sans s'y incorporer ; il ne pouvait sauver Fhomme sans le consentement et le concours libre de l'homme.

QUARÂNT£-a:ROISI£HB XËTTRE. 4^9

Or voici comment TEgliâe a posé ou formulé le dogme , quand cette vérité fondamentale du ChriS'tîanifime a été ccmtestée ou dénaturée par les rabtilités de la raison humaine :

«Jésus-Christ est Dieu , de la substance du Père, c engendré avant les siècles. Il est homme , de la «substance de sa mère, né dans le siècle ou dans le '«•temps.

«Dieu parfait et homme parfait , composé d'une «âme raisonnable et d'un corps humain.

«Égal au Père selon sa divinité, moindre que le «Père suivant l'humanité.

« Mais quoiqu'il soit Dieu et homme , il n'y a ce* «pendant point deux Christs, mais un seul.

« Un seul Christ, tion par la conversion de laDivi-^ «nité en chair , mais par l'assomption de l'humanité «en Dieu.

«Un seul Christ , non par la fusion ou la confusion «des substances, mais par l'unité de la personne. .

« Car de même qu'une âme raisonnable unie à la «chair fait un «eul homme, ainsi la nature divine « unie à la nature humaine fait un seul Christ. »

Vous voyez que le dogme , tel qiie nous le trouvons formulé dans le symbole de S< Athanase, adopté à Nicée par l'Eglise universelle , insiste principalement sur l'union intime ou hypostatique de deux natures absolument distinctes : de la nature incréée , éternelle , divine , par laquelle Jésus-Christ est Fils

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unique du P^ , son Verbe engendré de toute éternité 9 eonsubstantiel avec Lui; et de ta nature créée, humaine , par laquelle il est fils de Thomme , semblable en tout à ses frères, le péché excepté. C'est queÛ' est le fondement de la foi chrétienne et celui de notre salut 9 puisque le Christ n'eût pu expier pour l'homme, porter le péché de la race et la restituer à Dieu dans sa personne , s'il n'était vraiment homme ; comme il n'eût pu relever l'humanité , la soustraire à l'ânathème , s'il n'était vraiment Dieu.

Mais comment concevoir l'union intime et subsistante , l'union hypostatique de deux natures si différentes? C'est ce que je n'essaierai point de vous expliquer ; car c'est là le mystère de la foi sur leqiid la. raison n'a point de prise. Mais m elle ne comprend rien au comment de l'incarnation du Yerbe, a la conception extraordinaire du Christ , comprendelle mieux la génération naturelle de l'homme ou de toute autre créature organisée? Partout, dans tous les règnes , à tous les degrés , la transmission de la vie , la reproduction des existences n'est-elle pas couverte des plus profondes ténèbres ; et les faits qin s'y rapportent, pour être appelés naturels^ et parce que leurs résultats frappent habituellement nos sens , en sont-ils pour cela moins mystérieux et plus explir cables? Â coup sûr, si notre impuissance de concevoir le comment d'un fait était un motif suffisant de le iiier ou de le rejeter , il nous faudrait nier l'univers

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et nous-mêmes; il faudrait nous résigner au doute universel dans la spéculation , à l'immobilité dans la pratique, puisqu'à chaque pas Fesprit humain se heurte contre un mystère. C'est ce qui n'a pas lieu néanmoins pour l'immense majorité des hommes qui aJQSrment naturellement, par instinct, par bon sens , par habitude , une multitude de choses qu'ils ne peuvent s'expliquer ni prouver , laissant à quelques raisons savantes ou qui croient l'être, la prétention de n'admettre que ce qu'elles se peuvent démontrer. Il y a d'ailleurs pour la raison vraiment éclairée une différence à faire entre expliquer les loi» d'un fait , découvrir les causes de son existence , ou bien trouver des motifs de croire à la possibilité de ce fmt , même quand la manière dont il se produit reste obscure. :

Certes , à moins d'avoir perdu le bon sens à force de raisonner, ce qui n'est pas chose rare, nous ne doutons point de potre existence, comme hommes; nous ne doutons point que nous n'ayons im esprit doué de certaines facultés morales et intellectuelles ; nous ne doutons point que nous n'ayons un corps , enveloppe de notre esprit et lui servant d'instrument. Nous savons que nous sommes à la fois esprit et corps , nature spirituelle et nature physique ; et cependant ces deux natures ne font en nous qu'une seule personne. Comment cette union de deux natures si diverses s'est-elle opérée primitivement dans

44^ QUAlANTE-TROISlàME^ ISTTRE.

le premier homme P Gomment s'opère-t-eUe encore aujonrd'hui chaque fois qu^iin homme est engendré? C'est ce qu'aucun homme ne peut dire , et toatrfoîs c'est un fait qu'aucun homme raisonnable ne peut nier. Et même , sans prétendre nous âew f usqu'é la cause de cette union , qu'on nous -dise seulement comment elle se conserve et s'entretient pendant toute la durée de la vie humaine ; par quds moyens se fait cette pénétration tnttme eteontinue entre deux substances si diffâ:eûtes , ce qui assure et facilite leoi^ commerce réciproque. Nous ne le savons. Nous ignorons complètement le comment du fait , mais nous l'admettons sans hédter, parce que sa réalité se ma* nifeste à tout instant en nous-mêmes et dans nos semblables , parce que l'expérience 'le ccuistate. Il est donc avéré , autant qu'une chose puisse i'étré en ce monde , que deux élémens , deux natm:'es bien distinctes constituent la personnalité hiimiaine. Ces deux natures se portent pour ainsi dire l'une l'autre:; il y a entre elles action et réaction vitale ; elles se déterminent réciproquement. L'esprit se développcdans le corps sous l'influence du monde physique et par le moyen de la parole, et le corps participe à la vie de l'esprit auquel il sert de forme; et n'estn^e pas la vie de l'esprit dans le corps, et la vie du corps on du principe physique par l'esprit; n'est-ce pas l'aocord , l'harmonie de ces deux élémens constitutifs de l'homme , des deux natures , des deux substances en

hii ; n'estH^e pas l'opposhion même de ces deux natures, qui lui donne la conscience de la vie, la cons^ cience du moi ou de sa personne P Mais si , loin qu'il y ait de l'absurdité à admettre deux natures dans rhomme , nous ne pouvons le nier au eoniraire sans tomber dans Tabsurde ; s'il est évident cpie Thômme est une unité synthétique , composée d'un corps dis^ tifict de l'esprit et d'un esprit distinct du corps ; s'il y a dans l'homme dualité de nature dans Funité de la personne et de la conscience, dansTuliité du moi; si cette union de la nature spicituelle avec la nature corporelle est précisément ce qui fait l'homme; cartes il est permis de dire que le dogme , qui propose è notre foi l'union de la nature divine avec la nature humaine dans la personne de Jésus-Christ , n'est pas plus incroyable ni plus difficile à admettre , que l'union de l'âmè raisonnable ou de l'esprit intelli-»gent avec la chair dans l'homme.

Cette union de deux natures distinctes suppose entre ^les une conmiunication effective , une péné^ tration de l'une par l'autre telle qu'elles constituent une seule forme ; elle suppose l'action et la réaction vitale ; elle suppose la vie. La vie , voilà le lien ou le moyen terme entre les deux principes extrêmes que nous reconnaissons dans la créature humaine. Quand l'idée divine , archétype de la création de l'homme , eut été réalisée par la formation du corps humain tiré de l'élément terrestre , il n'y eut point encore

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pour cela de communication active entre l'âme et le corps. Ces deux élémens ne commencèrent à se pénétrer , à agir Fun sur Fautre , qu'après que V esprit de vie eut été répandu sur la face de Thonmie : alors seulement, suivant le texte sacré, Thomme devint vivant et animé. C'est donc la vie , c'est l'esprit vivificateur qui unit les deux, natures , qui en fait une unité personnelle , un moi un et clos , ayant à la fdis la conscience de l'unité de sa forme et celle de la dua* lité de sa nature.

La raison spéculative ne peut donc nier la possibilité de l'union hypostatique de deux natures di£férentes dans l'unité du moi ou de la personnalité, sans se nier elle-même , sans nier l'honune , puisque l'homme n'est ce qu'il est , que par l'union du principe spirituel avec le principe terrestre. Nous ne saurions nous faire une idée de la créature humaine, abstraction faite de sa forme organique; nous ne concevons point l'esprit humain séparé de son corps ou complètement isolé de la nature physique. De même nous ne pouvons nous représenter la nature divine du Christ , abstraction faite de son humanité, et sans l'union vivante de celle-ci avec le Verbe. Mais ce qui pourra arrêter nos amis dans cette grave quesrtion , c'est l'unité de la conscience ou de la personne malgré la dualité des natures et leur diversité. Le dogme dit positivement que Jésus-Christ est Dieu parfait et homme parfait. Si le Christ est Dieu par-

fait, penseront -ils peut-être, habitués qu'ils sont à la rigueur du langage psychologique , il se sait , il se ccmnaît comme Jel, il a conscience de lui-même comme Dieu : et s'il est homme parfait, il se sait encore , il a conscience de lui en tant qu'homme. Voilà deux consciences bien distinctes : comment les concilier sans les confondre? Car si elles se confondent dans le Christ, il n'est plus semblable à ses frères : d'un côté il s'élève au-dessus de la perfection humaine, et alors il ne peut plus être le modèle de l'homme; de l'autre il tombe au-dessous de la perfection divine puisqu'il a la conscience de l'homme : il ne serait donc ni Dieu parfait , ni homme parfait ! Nous allons essayer d'éclaircir cette difficulté en suivant l'analogie si bien indiquée par S. Athanase.

Lliomme^ créature complexe par les deux élémens qui le constituent , est un dans sa vie et dans sa forme , un dans sa conscience et dans sa personne. N'ayant d'abord que la conscience instinctive de son existence , il jouit ou souffre sans se rendre compte par la réflexion de ce qu'il éprouve. Plus tard il acquiert la conscience de son état, puis celle de sa personnalité qu'il désigne par le mot je ou moi. Il dit alors : je vis , je respire , je mange , comme il dit : je veux , je pense , je sais. Il rapporte au moi toutes ses sensations, tous les actes de son esprit, toutes les opérations qui se font en lui, même celles où le corps a le plus de part , où les fonctions organiques

sont le plus en jeu. C'est le corps qui mange et respire, et non l'esprit; c'est l'esprit qui connaît et pense, et non le corps; et cependant le sujet, qui agit d'une manière spéciale suivant les circonstances, dit toiqows je ou moi. C'est que les deux natures sont unies par la vie et se montrent constamm^t unies dans l'ex^cice de leur activité; c'est que la vk va et vient dans une forme une , et ainaî U n'y a qu'une conscience , qu'une personne. L'esprit qui agît par le corps est obligé de se prêter aux lois du corps 9 lequcil à son tour est mu par Fesprit et à son gré. Le je expri^ae l'action et la réaction simultanée des deux nature en même temps que l'unité du moj; Quand l'esprit porte fd^s particulièrement son attention sur le corps , sur son état et sur les ol^ls q^i l'afifectent, la consci^oe de la nature physique prédomine. Qu£uid il revient à lui et se considère daas ses affections et ses opérations , la conscience du moi spirituel absorbe ceUe du corps. Dans l'un et l'autre cas c'est toujours la conscience du moi-humain. Ja* mrais l'homme dans son état normal n'a conscience de lui-même, comme esprit pur ou comme créature phyi^que seulement. Il se connaît tel qu'il est, coomie homme , ayant une double nature dans l'unité de sa personne. Appliquons à notre question ces observa^ tiens psychologiques.

Le dogme dit que le Verbe s'est fait chair, que la seconde personne de la Trinité sacrée s'est faite

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homme. Le Verbe-Dieu a conscience de lui-même puisqu'il est une personne, et que la personnalité est identique avec la conscience. Il se sait égal au Père et distinct de lui. Il se connaît dans son rapport éternel et vivant avec le Père par TEsprit , et il a conscience de son union avec Thumanité dans le temps , opérée par ce même Esprit. Il avait été dit à Marie : « Le Saint-Esprit descendra sur vous , et la * vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre : « c'est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous sera « appelé le Fils de Dieu. » (S. Luc , ch. i*% v. 35.) Si c'est l'Esprit saint , le lien entre le Père et le Fils, qui a opéSré l'union de la Divinité, avec l'humanité ,. il y a non deux Christs , mais un seul , il y a une seule p^sonne , une seule conscience qui n'admet de distinction que par la réflexion et pour la réflexion. Gomme Dieu-homme, le Christ avait la conscience de sa double nature dès l'instant de son incarnation , il se savait Dieu-homme , homme-Dieu^ Il n'en était pas de même de l'humanité à laquelle il s'est uni , et qui était soumise dans sa personne aux lois du dévdk>ppement progressif de l'esprit. Le Christ , en tant qu'homme , dut subir dans son passage à tra«vers ce monde toutes les conditions du développe** ment humain^ La conscience du moi-humain dut se former successivement dans son esprit comme elle se fwme en nous ; car il était réellement homme , en tout semblable à ses frères, le péché excepté.

Mais il était aussi yéritablement Dfeu , et c'est pourquoi la Divinité devait souvent éclater à travers la forme organique : il était puissant en paroles et en ceuvres.

Ces explications pourront faire comprendre à nos amis les états divers où l'Évangile nous montre le Christ, tantôt commandant aux élémens, à toute la nature, disposant de la vie et de la mort; tantôt éprouvant comme nous la faim, la soif, la fatigue et la douleur. Déjà dans son enfance , à Fâge de douze ans , il avait la conscience de sa mission, puisqu'il répondit à sa mère qui le cherchait au Temple : « Pour^ «quoi me cherchiea&-vous ? Ne saviez-vous pas qu'il «faut que je sois occupé à ce qui regarde le service « de mon Père ?» De retour à Nazareth avec Marie et Joseph, «il leur était soumis, dit l'Évangile, et il «croissait en sagesse , en âge et en grâce devant Dieu «et devant les hommes. » (S. Luc, ch. 2 , v. 499 ^i et 52.) C'est Jésus enfant qui croissait, et l'enfance ap;* partient à l'humanité. La Divinité n'admet ni le plus , ni le moins ; elle est l'Infini , la somme de toute perfection* Mais c'était la vertu divine qui se manifestait par degrés à travers la forme humaine , brillant avec plus d'éclat à mesure que l'homme se développait . La conscience ou la personnalité du Christ, toujours une et la même, se prononçait à la manière divine ou à la manière humaine , suivant que l'attention de l'esprit se portait vers tel ou tel objet , au Ciel

OU isur la terre. C'était la conscience divine qui s'exprimait dans ces paroles : c Mon Père et moi sommes « un. . . Qui me voit , voit le Père. . . Nul ne connaît «le Père que le Fils, et celui à qui le Fils le veut ré- « vêler. . . Nul ne peut aller au Père que par le Fils. » Et à Faveugle-né qu'il venait de guérir après lui avoir demandé s'il croyait au fils de Dieu, celui-ci lui répondant : Quel est-il, Seigneur, afin que j'y croie? Jésus dit : «Vous l'avez vu , et c'est celui-là. même qui « est devant vous. » C'était encore la.conscience divine qui parlait, quand il dit : «Mon Père, glorifiez -moi «maintenant en vous-même, de cette gloire que j'ai «eue en vous , avant que le monde ne fût. » (S. Jean , ch. 17, V. 5.) Mais quand il disait : «Mon âme est «triste jusqu'à la mort!... Mon Père, que ce calice « passe loin de moi , s'il est possible ! » c'était l'expression de la nature humaine qui redoute la soufirance et qui tend instinctivement à lui échapper. Puis, quand il ajoute : « Néanmoins qu'il en soit , non «comme je le veux, mais comme vous le voulez;» c'est la volonté humaine sollicitée et déterminée par la motion divine qu'elle suit librement. Il faut donc reconnaître en Jésus-Christ deux natures, la nature divine et la nature humaine ; et comme cette dernière est double , composée d'esprit et de corps, et que le Christ est homme parfait aussi bien que Dieu parfait, on peut dire que toutes les substances de l'univers se trouvent réunies par la vie divine dans TOME II. 2g

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la personne adorable de Jésus-Christ. Aussi toute puissance lui a été donnée dans le Ciel et sur la terre. Ces natures essentiellenient distinctes , quoique unies par la vie , gardent chacune ce qu'elle a de projHre dans leur commerce réciproque ; en sorte qu'en d^ sant : Jésus-Christ a souffert pour nous , il est mort sur la croix , on sait fort bien que c'est l'humanité qui a souffert , et non la divinité qui ne peut ni souffinr ni mourir. Et quand nous disons : Jésus-Christ est ressuscité des morts , nous savons que l'humanité n'a pu «e ressusciter elle-même , mais que c'est le Verbe- Dieu qui a ranimé le corps qu'il avait pris dans le sein de la Vierge , que c'est la Divinité qui a ressuiscité l'humanité et l'a élevée triomphante au Ciel.

Si je me suis arrêté un peu longuemait sur œ point , c'est qu'il est d'une immense importance pour des catéchumènes, comme il l'est pour tout Chrétien qui doit connaître son Sauveur , et pouvoir justifier sa foi et sa confiance en lui. Ënc<H« une fois, si le Verbe-Dieu ne s*était fait homme , il n'eût pu élever l'homme à lui , le sauver , le ramener à son prin^cipe sans violenter la liberté humaine , €i ainsi sans se contredire lui-même en détruisant son propre ouvrage. Si le Verbe-Dieu n'avait pris de la natim de l'homme que l'élément physique , le corps , sans prendre l'esprit humain et se prêter aux lois de son développement, il n'eût point été homme comme nous , il n'eût jpoint été homme parfait , il n'eût point

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souffert librement et volontairement , il n'eût point été le second Adam , le modèle de ses frères. Et de l'autre côté , s'il n'eût été qu'un homme parfait sans être Dieu , il n'eût pu satisfaire à la justice divine qui réclamait la restitution de la race humaine , il n'eût pu mériter pour nous , il ne serait point ressuscité des morts et monté aux Cieux , nous serions sans Médiateur , sans Rédempteur , sans Libérateur , notre foi serait vaine , notre espérance illusoire , l'histoire du genre humain n'aurait plus de sens, l'homme ne serait plus qu'une triste anomalie au milieu de Tunivers.

Le Libérateur avait été promis à la Mère des vivans. Il fut montré en figures aux Patriarches, à Moïse, aux Prophètes qui l'ont salué de loin avec amour. Il a été attendu pendant quatre mille ans par les hommes justes et éclairés de l'ancien monde, et spécialement par la nation juive; et la foi de cette nation dans la parole qui le lui annonce a été telle , que depuis dix-huit siècles qu'elle est dispersée sur la surface de la terre , elle l'attend toujours , gardant fidèlement les livres prophétiques, et subsistant eomme un prodige dans cette attente au milieu des peuples modernes. Il serait trop long de citer tous les passages de ces livres qui se rapportent évidemment à la venue du Christ, à sa personne , au rqet de la synagogue , à l'établissement de l'Eglise. J'engage seulement nos amis à lire avec attention les lignes sui-

45a QUÂKANTE-TROISIÉME LETTRE.

vantes, extraites des chapitres LU et LUI dlsaïe qui en cet endroit semble parler en historien plus enC(Nre qu'en prophète :

«Le Seigneur a fait voir sa puissance aux yeux de « toutes les nations ^ et toutes les régions de la terre «verront le Sauveur que notre Dieu doit nous envoyer^

«Il s'élèvera comme un faible arbrisseau devant le «Seigneur et comme un rejeton d'une terre sèche. •• (^U est sans beauté et sans éclat : nous l'avons vu, et il «n'avait rien qui attirât l'œil , et nous l'avons méconnu. «Il nous a paru un objet de mépris , le dernier des «hommes, un homme de douleur qui sait ce que c'est «que souffrir. Son visage était comme caché : il pa- «raissait méprisable , et nous n'en avons fait aucune «estime.... Il a pris nos langueurs sur lui; il s'est «chargé de nos douleurs. C'est pour nos iniquités «qu'il a été percé de plaies; c'est pour nos crimes «qull a été brisé.... Le châtiment qui devait nous «procurer la paix est tombé sur lui et nous avons été «guéris par ses meurtrissures.... Nous nous étions «tous égarés comme des brebis, chacun s'était dé- « tourné pour suivre ses propres voies ; et le Seigneur «l'a chargé, lui, de l'iniquité de nous tous.... Il a «été offert parce que lui-même l'a voulu, et il n'a «point ouvert la bouche.... Il sera mené comme une «brebis qu'on va égorger.... Il demeurera dans le si- «lence sans ouvrir la bouche, comme un agneau est «muet devant celui qui le tond... Il est mort au m-

« lieu des douleurs , ayant été condamné par des j uges ; «et quoiqu'il n'eût pas commis d'injustice, que le «mensonge n'ait jamais été dans sa bouche, cepen- «dant le Seigneur a touIu le briser dans son infir- «mité.... Et parce qu'il a liyré son âme à la mort et «qu'il a été mis au nombre des scélérats, qu'il a porté «les péchés de plusieurs et qu'il a prié pour les i^iola- «teurs de la loi , il yerra le fruit de ce que son âme «a souffert.... Il justifi^a par sa doctrine un grand «nombre d'hommes , et une grande multitude parmi «les nations sera son partage. »

. Que nos amis prennent après cela le livre des Évangiles , qu'ils y lisent l'histoire de la passion de Jésus- Christ , et ils seront frappés de l'accord parfait de la prédiction et des faits accomplis. D'un autre coté,

qu'ils -considèrent le monde tel qu'il se présente à nos yeux , dominé par l'égoîsme et possédé par l'esprit de mensonge; qu'ils voient ce que devient rhomme , quand il reste abandonné sans frein aux exigences de la nature physique ; et ils comprendront combien la Rédemption et tout ce qui Ta préparée était nécessaire pour conserver le caractère humain dans la race, pour empêcher l'homme de tomber au derniar degré d'abrutissement. Qu'ils voient l'Eglise chrétienne toujours militante sur la terre , luttant contre l'égoîsme et toutes les puissances du mal , préchant au monde le salut par le renoncement, par le devoùment et par la croix , et lui rappelant sans

cesse Fimmense amour de Dieu pour sa créature intelligente et libre. C'est eu cela , dit-elle ayec le disciple chéri, que Dieu a fait paraître son amour pour nous, qu'il a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui.... Et cet amour consiste en ce que ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu , mais c'est Dieu qui nous a aimés le premier et qui a envoyé son Fils unique , comme une victime de propitiation pour nos péchés. Non ce n'est point l'honmie coupable et déchu , ce n'est pas même l'homme innocent qui a aimé le premier. Dieu qui est amour Ta créé par amour et pour l'amour; ill'arelevé, racheté, libéré par aniour, et le même amour le poursuit quand il s'^are dans les voies de l'iniquité. La charité de Jésus-Christ le presse.... Elle le presse d'accepter la vie qui lui est offerte , de se laisser affranchir de Fempire du mal et de la mort. Elle le presse , mais elle ne le contraint pas ; car n'oublions jamais que l'homme a été créé libre , qu'il est resté libre après sa chute , et que chaque fils d'Adam , en tant que créature libre, doit subir son épreuve, opter entre la volonté de Dieu et la sienne , et décider ainsi lui-même du mode de son existence et de son sort. Nul n'est justifié ptf la grâce , ni fixé dans le mal sans le concours de sa volonté ; et le premier pas vers la justification , la première condition pour l'obtenir, c'est la foi vive et sincère en Jésus-Christ, Verbe-Dieu fait homme pour le salut du monde !

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