‹ Philosophie du christianismeChapitre 24 sur 29 · LE MAITRE A ADÉODAT , EUDORE ET JULIEN · texte numérisé non relu

LE MAITRE A ADÉODAT , EUDORE ET JULIEN

Grâces éternelles soient rendues au Dieu trois fois saint qui vous a fait entendre sa Yoix , et qui n'a point permis que vous endurcissiez votre cœur, comme ont fait vos pères dans le désert!.... Vous ne songez point à reculer, mes bons amis, vous voulez.au contraire marcher en avant , vers ce but que vous poursuiviez depuis long-temps à votre insu , autour duquel vous gravitez depuis plusieurs années , sans connaître l'impulsion mystérieuse qui vous y porte. G^tes je ne m'opposerai pas à cette heureuse tendance qui aujourd'hui se déclare en vous , pas plus que je ne lai provoquée ou excitée quand elle ne faisait que de naître. Oui c'est la voix de Dieu, et nous devons l'écouter et la suivre à tout instant , soit qu'elle se fasse sentir comme une douce motion verQ le bien , comme un vent léger qui souffle sans qu'on sache d'où il vient ni où il va ; soit qu'elle proclame hautement , énergiquement ce qu'elle veut de nous.

Voilà ce qui ma continuellement dirigé dans mes rapports avec TOUS. Malgré votre bonne volonté d'aller en avant, malgré Tardeur que vous montriez, jamais je n'aurais voulu vous conseiller, vous insinuer quelque chose de moi-même ; je ne voulais ni prévenir, ni hâter , ni entraver l'œuvre de la grâce en vous. Je devais vous suivre pas à pas , et répondre selon mon pouvoir à votre besoin du moment , à mesure qu'il se manifestait par vos actions ou par vos questions. En cela j'ai obéi à l'esprit de conseil, à la grâce de la direction qui m'ont été accordés en ce qui vous concerne, et j'en remercie Dieu de tout mon cœur. Hais maintenant que votre volonté , dont la liberté a été pleinement respectée , adhère franchement à la doctrine du s«lut devenue claire à votre intelligence, maintenant je vous le dis avec assurance et avec joie: Oui Dieu vous appelle à lui par Jésus-Christ son fils unique.... C'est par le Fils que vous irez désormais au Père ; car nul ne va au Père que par le Fils , nul ne connaît le Père si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils le veut révéler. Nul n'a jamais vu Dieu : c'est le FUS unique , qui est dans le sein du Père , qui Ta fait connaître.

Ce que je demande de vous en ce moment , mes thers amis , ce n'est pas que vous professiez publiquement comme philosophes le respect et l'admiration que vous inspirent la sublimité de la doctrine évangélique , la pureté de sa morale et tout ce que le Chris-

tianisme a opéré pour la civilisation des peuples : beaucoup d'hommes respectent et admirent le Christianisme de cette manière , et ne sont pas Chrétiens pour cela. Ce que je vous demande, ce n'est pas non plus seulement de vous faire initier par le baptême 5 de participer au culte , de fréquenter les temples : il y a encore beaucoup de gens qui s'acquittent très-exactement de ces devoirs et qui ne sont cependant point des adorateurs en esprit et en vérité , comme le Père les aime. Ce que je désire de vous , en raison de ce que vous avez reçu, c'est qu'avant cela , avec cela et après tout cela, vous ayez la foi vive , la foi de l'esprit et du cœur en la Divinité de Jésus-Christ , en son œuvre et en ses mérites. Si cette foi vivante n'est pas en vous; si vous n'avez pas la conviction intime , la conscience de ces hautes vérités; si vous ne pouvez dire avec le premier des Apôtres: « Seigneur, vous êtes le fils du Dieu vi- «vantlj» si vous ne pouvez vous écrier du fond de l'âme avec S. Thomas : «Mon Seigneur et mon Dieu!»

vous serez Chrétiens de nom et devant les hommes ; vous ne le serez point encore <^ns la vérité , devant Dieu.

Au commencement de notre correspondance, quand vous vouliez savoir sur quelle autorité le Chrétien s'appuie dans sa foi , je vous ai nommé l'Eglise. Je vous ai parlé de cette institution divine d'une manière générale , comme à des hommes plus curieux

de la science humaine que désireux de la science de Dieu. Depuis ce temps , le désir des choses célestes s'est formé et développé en vous; vous avez cherché et médité; vous avez prié et pratiqué autant que votre position vous le permettait; et cette conduite franche m'a ouvert le cœur à votre égard , en sorte que je me suis laissé aller à vous exposer avec plus de détail mes convictions philosophiques , et à vous parler dans l'abandon dé la confiance des plus hautes vérités du Christianisme. Nous revenons aujourd'hui au point d'où nous sommes partis , à l'Église; mais comme vous êtes maintenant mieux préparés et plus capables de comprendre , nous allons la considérer d'une manière plus vaste et plus profonde; Je vous l'ai montrée dans le fait de son existence , comme un corps enseignant, qui a reçu la mission de propager la doctrine évangélique par la prédication , de conserver pur et intact le dépôt sacré des traditions et des Ecritures , comme une société religieuse instituée par Dieu même , et subsistant depuis dix-huit siècles au milieu du monde. Aujourd'hui que votre horizou intellectuel s'est ag];andi , que vous avez pénétré plus avant dans les mystères de l'homme et de l'humanité , que vous avez reconnu l'abondance du mal et du péché d'un côté , et la surabondance de la grâce de l'autre , je crois pouvoir vous dire que l'Eglise chrétienne , dans sa vie et dans son développement sur la terre , est la continuation de l'œuvre de

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Jésus-Christ, savoir de la rédemption , de la justifia cation et de la sanctification de Thumanité ; que c est dans rÉglise apostolique et par elle , que cette œuvre de l'amour et de la miséricorde divine se perpétue et s'accomplit dans chacun de ses membres à travers toutes les générations, et qu'elle se perpétuera et s'accomplka ainsi jusqu'à la fin. Développons ce point de doctrine qui est d'une haute importance ^ pour vous.

Quand Jésus^^hrist, après sa résurrection , envoya ses Apôtres prêcher l'Évangile à toutes les nations de la terre , et baptiser ceux qui croiraient en son nom , il leur dit: «Voici que je suis avec vous tous les jours

«jusqu'à la consommation du siècle.» (S. Matth. , chap. 28 , V. 20. ) Ces paroles sont positives , formdiles: elles ne présentent pas seulement le sens d'une promesse pour l'avenir ou l'assurance d'une protection spéciale, d'un secours qui ne devra jamais manquer, sur lequel les Apôtres pourront compter à tous les instans , mais qui toutefois n'exigerait pas la présence et l'action immédiate de Celui qui Taccorde. Elles aflirment au contraire cette présence permanente de l'homme-Dieu au milieu des siens; elles l'énoncent clairement, nettement : «Yoici que je suis

« avec vous jusqu'à la consommation du siècle. » En prenant cette parole évangélique dans son sens pro}^ et naturel , vous admettez donc que Jésus- Christ ressuscité vit dans son Ëglise aussi réellement,

aussi véritablement qu'il vécut au milieu de ses Disciples avant sa mort , et qu'il se montra à eux vivant dans son corps glorifié après la résurrection. Vous admettez que c'est son esprit qui agit par les organes qu'il a choisis et par les moyens qu'il leur a confiés. Vous admettez que c'est le Christ qui éclaire et sauve, qui justifie et sanctifie en ramenant au Père ceux qui croient en lui et en sa parole; et ainsi en disant : Je crois à l'Église , c'est comme si vous disiea^ : Je crois en l'homme-Dieu qui a fondé l'Église dans ses Apôtres et qui y est perpétuellement présent; comme aussi , en exprimant votre foi au Rédempteur et en son oeuvre, vous professez votre foi en l'Église.

La restitution du genre humain à Dieu . dans la personne de l'homme-Dieu, la satisfaction rendue à la justice divine par le Christ obéissant jusqu'à la mort, tout le mérite de cette mort volontaire et de cette satisfaction est devenu le trésor commun de l'humanité , auquel chaque individu humain peut et doit prendre part. Ce qu'aucun mortel ne pouvait faire , s'ofirir innocent en holocauste , le Christ Fa fait pour tous; il n'a pas mérité pour lui, mais pour ses frères ; il leur a légué , transmis ce qui était à lui ; et il est mort afin que le Testament de son amour eût sa pleine application; car, comme le remarque S. Paul , le Testament n'a de force que lorsque la mort du testateur intervient. Mais si les. mérites de l'homme-Dieu sont le bien commun de l'humanité; si

tous les enfaDS d'Adam sans exception y ont Un droit égal, comme ils en ont tous un égal besoin , il fallait que ce trésor fût confié à quelqu'un sur la terre ; il fallait qu'il fût déposé quelque part pour le bénéfice des générations futures dans la suite des siècles ; il fallait des exécuteurs testamentaires choisis par le testateur lui-même , à qiii chacun pût s'adresser , afin d'apprendre les conditions requises pour recevoir sa part de l'héritage , et la recevoir en eflfet.

Mais les biens que le testateur nous a laissés sont des biens spirituels qui ne tombent point sous les sens, et ce qui ne tombe point sous les sens est nécessairement mystérieux pour l'homme ; car l'homme ne subsiste en ce monde qu'au moyen d'une forme physique dont les organes sont indispensables au développement et à l'exercice de ses facultés spirituelles. Il fallait donc que ces biens célestes , qui sont ou des remèdes contre sa maladie foncière , ou des fortifians contre sa faiblesse , ou des gages pour sa vie future et sa résurrection, lui fussent présentés et administrés sous des formes analogues à la sienne et d'une manière relative à sa double nature , afin qu'en les recevant il pût en avoir la conscience , et acquérir une sorte de certitude physique et morale tout ensemble de les avoir reçus. Et ces formes sensibles , véhicules pour ainsi dire de la grâce invisible , intermédiaires indispensables pour que la vertu divine puisse pénétrer par le corps de l'hoipme jusqu'à son âme , ne

devaient pmnt être laissées à l'arbitraire ; elles durent être prescrites par le testateur lui-même; elles durent être instituées par lui. Eh bien ! mes amis , tout cela se trouve dans FÉglise catholique , et nulle part ailleurs. Là est conservée la doctrine de Jésu»-Ghiîit dans sa pureté , dans son universalité ; M est àépatè le trésor de ses mérites ; là se trouvent les remèdes divins sous le nom de sacremens ; là est le sacerdoce de la nouvelle alliance et le sacrifice perpétuel dont il est temps de vous parler.

Nous lisons dans l'Evangile que Jésus , passant le long de la mer de Galilée, vit deux frères ^ ^mon appelé Pierre , et André , qui jetaient leur filet dans la mer, car ils étaient pécheurs; et il leur dit: «Suivez- moi, et je vous ferai devenir pêcheurs ff d'hommes. » Aussitôt ils quittèrent leurs filets et le suivirent. (S. Matth., ch. 4? v. 18, 19 et 20.) Yoîlà la vocation y appel supérieur d'un côté, obéissance libre de l'autre.

Plus tard Jésus étant allé sur une montagne , y passa la nuit en prière; et lorsqu'il fit jour il appela ses Disciples , et en choisit douze d'entre eux qu'il nomma Apôtres, c'est-à-dire envoyés ou ambassadeurs. Ceux-ci furent choisis parmi les appelés; c'est Yélection succédant à la vocation , et ayant pour but d'associer immédiatement les élus à l'œuvre de la Rédemption. Les Apôtres vécurent familièrement avec leur Maître; ils le. suivaient partout, et ils

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furent ainsi témoins de tous les actes de sa vie privée et de sa vie publique. Ils reçurent des instructions particulières et secrètes ; le Maître les initiait peu à peu à sa doctrine, suivant qu'ils pouvaient la porter. Il les formait pour qu'ils devinssent ses organes , ses ministres, les héraults de sa parole, les exécuteurs de sa volonté ; il les envoyait dans les différenteé parties de la Judée annoncer que le royaume du Ciel était proche ; et dans les essais de leur apostolat , ils faisaient Fexpérience du pouvoir que le Maître leur avait donné, de guérir toutes sortes d'infirmités et de maladies.

. Jésus accompagné de ses Disciples entra un jour dans la synagogue de Capharnaûm , et se mit à y enseigner. Maître , lui demandait la foule , que ferons^ nous pour opérer l'œuvre de Dieu? «L'œuvre de « Dieu , répondit Jésus , c'est que vous croyiez à Celui «qu'il a envoyé. » (S. Jean, ch. 6, v. 28.) Les Juifs lui demandaient un miracle en preuve de la vérité de sa mission , et ils hii citèrent la manne du Ciel , que leurs Pères conduits par Moïse avaient mangée dans le désert : Il leur a fait manger le pain du Ciel , disaient-ils. Ce fut alors que Jésus leur annonça le plus admirable, le plus profond, le plus ineffable des mystères dans l'économie de la grâce, mystère dont nous ne vous avons guère parlé jusqu'à présent , mais qu'il faut maintenant vous faire connaître, puisque vous devez y participer un jour.

« En vérité , en vérité , reprit Jésiis , je vous le dis : cMoïse ne vous a point donné le pain du Ciel ; mais «c'est mon Père qui vous donne ce vrai pain céleste; «car le pain de Dieu , c'est celui qui est descendu du «Ciel et qui donne la vie au monde, j» Seigneur , dirent les Juifs, donne^nous toujours de ce pain. Jésus leur répond : « Le pain de vie c'est moi ; je suis le pain vi- «vant descendu du Ciel... » Alors ils se mirent à murmurer entre eux disant : Comment est-il descendu du Ciel? Ne connaissons-nous pas son père et sa mère? Comment nous dit-il qu'il est descendu du Ciel ? Jésus ne répond à leurs murmures et à leurs questions qu'en affirmant de nouveau ce qu'il vient de dire, et cela à plusieurs reprises et toujours plus positivement. «Vos pères, dit-il, ont mangé la manne dans le désert, «et ils sont morts. Mais voici le pain qui est descendu «du Ciel, afin que celui qui en mange ne meure «point. . . Si quelqu'un mange de ce pain , il vivra éter- «nellement, et le pain que je donnerai, c'est ma chair « pour la vie du monde. » Remarquezbien qu'il ne s'agit pas seulement dans ces paroles de la participation à l'esprit de Jésus-Christ par la foi ; il y est question de la manducation réelle de la chair du Fils de l'homme; il faut l'identification de notre chair avec la sienne pour vivre de sa vie.

En entendant ces paroles les Juifs se récrièrent de nouveau, se demandant les uns aux autres : Comment celui-ci nous peut-il donner sa chair à manger? Car

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c'est toujours la recherche du comment qui préoccupe la raison. Jésus sans s'émouvoir et sans entrcD en explication , répète ce qu'il vient de dire et le renforce. c£n vérité^ en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez «la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez son «sang, vous n'aurez point la vie en vous... Ma chair «est vraiment nourriture , et mon sang est véritable- «ment breuvage... Celui qui mange ma chair et boit « mon sang , demeure en moi et moi en lui. • • Conune «mon Père qui est vivant m'a envoyé et que je vis par «mon Père, de même celui qui me mange vivra aussi «par moi.j» Ainsi la vie pure et divine, la vie de l'âme quç l'homme a perdue en mangeant le fruit mixte de l'arbre du bien et du mal , il ne peut la recouvrer ou la recevoir de nouveau qu'en mangeant le vrai pain du Ciel , le pain de vie.

Ce discours paraissant dur à entendre à plusieurs des disciples, Jésus cherche à leur en donner l'intelligence en disant : « Ce n'est point la chair qui donne «la vie ou qui vivifie , c'est l'esprit ; la chair (comme «telle) ne sert de rien. Les paroles que je vous dis sont •esprit et vie. » En effet , l'élément physique , la chair, le corps reçoit la vie de l'esprit et ne la donne pas ; mais k corps est le contenant de l'esprit : l'esprit ne se communique à l'homme et par l'homme qu'au moyen du cixrps. Dédaigner le corps ou la forme , c'est se pri^^ ver de l'esprit qui ne se transmet que par elle.

Il ne suffit donè pas dans ce cas de la foi en Jésus-

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