‹ Philosophie du christianismeChapitre 25 sur 29 · TOME IL 3o · texte numérisé non relu

TOME IL 3o

46f> QUARANTS-QCATAIÈMS UTFRE.

% Christ et. ea sa parole, il £siut encore que cette parde

^ soit réalisée , extérieurement accomplie ; il faut le fait

de la participation actuelle et réelle au corps et au sang de Jésus-^Christ ; il faut la manducation de sa chair si positivement youlue , si expressément ordonnée qu'elle est posée comme la condition nécessaire et absolue pour vivre de la vie divine , pour avoir en nom le gage de la vie éternelle. Les paroles da Christ à ce sujet sont formelles : «Si vous ne mangez la tchair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous «n'aurez point la vie en vous.» C'est donc dans le sens littéral et naturel qu'il faut entendre cette prescription ; et gardez-vous de la prendre dans une sigtiifi'' cation purement spirituelle , figurative , ty|Hqtie ou symbolique, comme s'il ne s'agissait que d'une ombré de chair, d'une représentation ou d'une significat tion abstraite du corps , d'une manducation en esprit et en imagination. Oui certes , les paroles de Jésus^ Christ sont esprit et vie , et pourtant il a fallu qu'elles fussent adressées aux Apôtres sous la forme de la lettre et de la voix pour qu'ils les entendissent. Il faut, mes amis , qu'elles vous soient proposées de la même manière, pour que vous puissiez les comprendre , vous en approprier le sens et l'esprit. La forme ou la lettre est morte sans l'esprit , le corps ou la chair ne sert de rien sans la vie : mais encore une fois , l'esprit n'exclut pas la forme; au contraire, c'est par elle qu'il se communique , c'est par .le corps que la vie

QUABàHTE-QUATItliME LETTRE. 4^7

o|>ère et se manifeste. Ici les paroles de Jésus-Christ disent clair^nent ce qu'il faut croire et ce qli'il faut ^ fiedie pour avoir la vie : croire d'abord que Thomme- Dieu peut et veui donner aux siens son corps en nourriture , puis prendre cette nourriture sous la forme qu'il voudra lui donner» La confiance en sa parole lœ suffit pas : il faut , dil-il lui-même , qu'il demeure en non» et nous en lui ; il faut ncnis incorporer à lui , l'incorporer en nous pour vivre de sa vie dans toute notre personne.

Les Apôtres et les Disciples, pas plus que le reste

des Juifs, ne comprirent alors ce mystère; plusieurs

même en furent scandalisés et en prirent occasion de

quitter, le Maître. Alors Jésus dit aux douze Apôtres :

«Et vous, ne vouleE^vous pas aussi vous retirer?» Pierre

fépiondit pour tous: cA qui irons-nous, Seigneur?

«tYons avez les paroles de la vie éternelle... Nous

c croyons et nous savons que vous êtes le Christ,

^ Fils du Dieu vivant » Les Apôtres, forts de leur foi

efa la divinité de Jésus-Christ et en la vérité de sa p»^

rôle , s'en remirent à lui pour les moyens de la réa*

User et de l'accomplir. '

Yint le jour et l'heure solemnelle de la séparation ^

le ttmnent où le Christ allait se livrer à la mort. Il

réunit les siens pour faire avec eux la dernière cènèi

il leur dît : «Qu'il avait désiré avec ardeur, désiré d'uii

«vif désir de manger avec eux cette pâque avant de

«souflinr. » (S. Luc, ch. 22, v. i5.) Puis, pendant

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qu'ils soupaient, Jésus prit du pain ^ le béiut> le rompit^et le donna à ses Disciples en leur disant:

c Prenez et mangez , ceci est mon corps. » Ensuite prenant le calice , il rendit grâces et le leur offirit en disant: «Suvez-en tous; car ceci est mon sang, le sang *€ de la nouvelle alliance qui sera répandu pour la ré- •c mission des péchés de plusieurs. (S. Matth.^ cb. 2&,

«y. â6, 27 et 28.) Faites ceci en mémoire de md.» '(S. Luc, ch. 22, V. 19,)

Yoilà tous les Apôtres instruits par le fait, de la manière dont la parole du Maître a dû s'accomplir, quand il leur annonça à €àphamaûm cette mianducation mystérieuse qui devait donner la vie éternelle. Le problème de la forme et du mode ^taitrésolil.* Ils "venaient de manger sous Tapparence du pain la ehâir du Christ. Le Christ, par sa parole qui est esprit et vie, avait élevé lelémetit physique , la substance du pain qu'il tenait dans ses mains sacrées , à la dignité dé son corps. Après avoir béni ce pain , il le transubs^ tantie pour lé donner en aliment à Thomnâe indivi* duel, comme le Yerbe-Dieu avait revêtu la forme de Fhomme pour s'incorporer au genre humain. Lis Yerbie^-Dieu s'est fait homme pour rélever l'humanité , piour kl restituer dans sa personi^e au Père; et l'homme- DieU s'est fait aliment, breuvage sous les deux formes les plus analogues à la vie physique de l'hoiïime, le pain et le vin , afin que par l'absorption de ce véritable fruit de l'arbre de vie , le vice radical , le germa

QUiaAirrB^QUATKlÉMB LETTRE. 4^^

de corruption que rhomme porte dans sa personne fûtneutraUsé ^ tué; que la vie divine retrouvât jusque dans; son organisme un foyer capable de- la recevoir, et qu'il pût ressusciter glorieut dans son corp» comme dans son esprit au dernier jour.

' C'est ainsi que . Jésu&-Clirist , homme-Bieu , iDièu-^ homme s'est remis lui-même entre les mains de ses Apôtres. «Prenez^ leur dit-il , et mangez;, car ceci (ce «u]ue je vous donne en ce moment , cela même que je « dépose entre vos mains) est mon corps. » Ce qu'il: leur -doimait n'était plus du pain. ; Il n'entendait pas non plus, comme quelques-uns l'ont pensé y. le painen général , comme si en le mangeant en commun et. en mémoire du Christ, il dut par cette intention, prendre la vertu, et la dignité de son corps. C'était ce qu'il venait de bénir, de consacrer au moment^ même et qu'il avait changé par sa parole vivifiante en son vrai corps. . . C'était la chair, du Fils.de l'homine sous l'apparence du pain , même avant que les.Âpôn très ne l'eussent mangée;, c'était L'humanité unie dans sa personne à la Divinité. En se donnant ainsi en nour-riture à ses Apôtres , il passa en eux réellement , sid>stantiellement ; et s'incorporant à eux , vivant en eux , il devint pour chacun le gage de la ré»ir^. rection dans son corps , le gage delà vie pour l'éter* nité« Puis en leur recommandant de faire après lui , . en "son nom^t en mémoire de lui, ce qu'ils venait de faire , il leur donna par là même le pouooir d^ le faire ^

47<^ QUARANTB^QUAniiMB UETTIUI,

et ainsi se trouya garantie avant sa mort rassurancë formelle qu'il leur donna plus tard i^rès sa résurrection, qu'il sera perpétuellement présent au milieu d'eux : f Voici que je suis avec tous jusqu'à la consom- 9 mation du siècle 1 » Etablissant les Apôtres prêtres de la nouvelle alliance , les associant intimement à son œuvre, leur conférant le pouvoir de :faire en smi nom ce qu'il avait fait , il rendit possible pour tous les hommes la manducation de sa chair, qu'il avait A expressément posée comme la condition absolue de la vie étemelle ; il put se donner dans la suite des s^les à tous les fidèles par le ministère des Apôtres; tous purent, peuvent et pourront jusqu'à la consommation des temps , participer à la cène du Seigneur, manger son corps sous la forme ou Tapparence du pain consacré , et demeurer en lui comme il demeure en eux.

Il y a plus : le mérite du sacrifice volontaire, que l'homme-Dieu a fait sur la croix, de son corps, de son sang et de sa vie , est devenu le bien commun de l'humanité. Le Christ s'est livré pour le genre hu* main , pour tous les hommes et pour chaque homme. S le sacrifice a été ofiert pour tous , s'il n'y a de salut possible pour les enfans d'Adam qu'en vertu de ce sacrifice, tous les hommes doivent le savoir; tous doivent apprendre où et quand , pourquoi et comment il a eu lieu ; et en outre il faut que chaque homme qui désire participer au salut par la Ré-

QUARANTE-QUATRIÈME lETTRB. 4?*

demption , puisse entrer dans l'esprit du sacrifice qui a opéré la Rédemption, s'y unir librement, ayec conscience , et prendre part effectivement à la chair de la victime par la mandUcation. Il allait donc ^ non-seulement que la mort de Jésus-Christ fût an-* noncée à toutes les générations dans le cours des siècles par la prédication évangélique ; mais encore que le sacrifice offert sur la croix fut sans cesse ren;ouvelé , non pour en rehausser le mérite ou pour en multiplier le prix qui est infini en soi et suffit pour tous les temps , pour tous les lieux , pour tous les hommes; mais afin qu'il fût possible aux hommes de tous les lieux et de tous les temps d'y assister en personne , de s'y unir actuellement , en un mot de manger la chair du Fils de l'homme , puisqu'aucun n'aura la vie en lui qu'à cette condition. Il fallait que le Christ, à la fois pontife et victime, fût toujours présent à son Eglise , non d'une manière figurée ou typique, mais réellement, substantiellement, se donnant lui-même en nourriture à tous ceux qui croiront en lui. Sous l'ancienne loi, tout Israélite devait se présenter au temple au mioins une fois dans l'année, pour prendre part aux sacrifices qui y étaient offerts. C'était l'image de l'immolation de la victime pure qui devait se faire pour tous sur l'autel de la nouvelle alliance , autel qui n'est plus à Jérusalem ni à Samarie, mais partout où est FËgUse. Il fallait donc que le sacrifice de Celui, qui s'est offert en holo-

47^ QUABANTB-QUATRiilfl LETTEE.

causte pour les péchés du monde, fût permanent dans le monde , afin que le corps et le sang de Jésus* Christ homme-Dieu fût offert à tous , et devint dans tous ceux qui le recerraient avec foi la source et Faliment de la vie divine.

Après sa résurrection , Jésus apparut au milieu de ses Apôtres et leur dit : c La paix soit avec vous ! c Comme mon Père m'a envoyé , je vous envoie. » Puis il souflDla sur eux , leur communiquant FEsprit saint, leur donnant le pouvoir de remettre les péchés; et enfin il les envoya dans le monde prêcher TEvangile à toute créature , instruire toutes les nations , les baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, leur enseignant à observer toutes les choses qu'il leur avait prescrites lui-même. « Celui , dit-il , qui croira c et qui sera baptisé , sera sauvé : celui qui ne croira c pas (et qui par conséquent ne demandera pas le « baptême) sera condamné. » Il faut la foi en la parole évangélique , il faut croire à la mission , à la prédication , au témoignage apostoliques ; il faut le baptême au nom du Dieu trois fois saint pour être purifié du péché de notre origine , sauvé des peines qu'il entraine, séparé de la race déchue du premier Adam... Puis il nous faut manger la chair du Fils de l'homme, boire son sang , pour avoir la vie en nous , pour vivre en union avec lui. Il le fallait du temps des Apôtres ; il le faut aujourd'hui , et il le faudra jusqu'à la consommation du siècle.

QUARANTB-QUATRIKMB CSmS. 4?^

L'Évangile prêché à toutes les nations a fait ominaitre au monde :

i"" L'histoire de Jésus-Christ Sauveur des hommes.

â"" L'histoire des Apôtres , leur vocation, leur mission.

S"" L'histoire de la fondation de l'Église , et celle de sa propagation par les Apôtres après l'ascension de Jésus-Christ.

L'Église chrétienne existe et vit sous vos yeux : elle enseigne aujourd'hui ce que les Apôtres ont enseigné dans l'origine. Elle subsiste depuis dix-huit siècles avec ses dogmes, ses traditions et sa morale, avec son sacrifice, sa liturgie et son culte. Ce fait de l'existence visible de l'Église au sein de la société est la preuve vivante de la vérité historique de sa fondation et de sa propaga^on , la preuve irrécusable de la vérité de l'œuvre apostolique et du récit que les Apôtres en font.

De l'autre côté le témoignage qu'ils ont rendu de leur Maître après sa résurrection et son ascension , la constance avec laquelle ils ont poursuivi son œuvre , malgré tous les obstacles que les passions des hommes et les puissances de l'enfer leur opposaient , le succès prodigieux de leurs travaux , la conversion du monde au Christianisme par leur prédication , tout cela fait la preuve tmorale la plus forte de la vérité de leur mission et de son eflScacité. L'existence de l'Eglise démontre la vérité , la vertu et la dignité

474 QUARANUS-QUATRlélIE LETTRE.

de la misaîon apostolique ; et le témoignage que les Apôtres ont rendu de leur Maître en face du monde, de yiye voix et par écrit , est la plus forte garantie que ce qu'ils racontent de Lui est yériCable. A eux seuls appartenait le droit de rendre ce témoignage, parce qu'eux seuls avaient été admis dans Tintimité du Maître , parce qu'ils avaient été les premiers appelés , les premiers élus , les premiers initiés et en-* yoyés. Tenez*vous fermen^nt à cette chaîne de faits , qui vous conduit sans interruption, de l'Eglise enseignante de nos jours aux! Apôtres qui l'ont fondée par leur parole il y a dix-huit cents ans , des Apôtres à Jésus-Christ qui les a envoyés , qui a parlé et agi par eux , comme l'Eglise parle et agit encore aujourd'hui par ses ministres , en vertu de l'esprit apostolique et au nom du Maître. L'Eglise, dans son développement sur la terre , vous présente le tableau du monde et de son histoire; elle est elle-même l'histoire de l'humanité et de la religion tout ensemble. Si vous morceliez le tableau pour en considérer telle partie isolément, vous perdez la vue de l'ensemble, vous n'en saisissez ni la beauté ni la force, vous dé^ truisez les rapports vivans et nécessaires des faits, rapports auxquels la raison ne suppléera jamais avec ses hypothèses et ses argumens , qu'elle veuille appuyer les faits ou les combattre.

La vie du Christ , pendant les trois dernières années qu'il passa sur la terre, a été publique. Il enseignait

QUARANTB-QDATEliME LETTBB* 4?^

avec autorité au milieu des populations de la Judée qui le suivaient en foule. Le peuple étmt joUrnelle-* ment témoin de ses œuvres miraculeuses ; un grand nombre avait fait rheurelisé expérience de sa puissance extraordinaire. Sa mort fut publique comme sa vie. 11 fut jugé, condamné ^.etéouté en face de ce n^ême peuple et par lui , au temps de la Bâqùe pa IfR^ étrangers aiSluaient de toutes parts à la .ville sainte;; U y eut donc des milliers de témoins de la vie et de la mort du Christ, et les Apôtres pouvaient en pai^ 1er hautement^ sans craindre d'être démentis. Il n'en: n'était pas de même de la résurrection de leur Màitré; et cependant c'est sa résurredtion qui dut mettre le sceau à la vérité de sa doctrine et dé ses promesses*' Si Jésus crucifié, mort et enseveli né fût pas ressus^ cité comme il l'avait prédit, alors il n'était qu'ua homme , un homme extraordinaire sans doute , un sage, un prophète, un thaumaturge...; mais un homme seulement, et non un homme-Dieu, un Dieu homme. Dès-lors il n'eût pu libérer ses frères ; il n'y aurait point eu de rédemption, poiid: de jùsti&^tion^ point de sanctification par Lui ; le Christianisme nq serait qu'une doctrine humaine , l'Église qu'une ins^ titution humaine , le sacerdoce dans l'ÉgUse qu'unq invention et une. convention humaine !« Si Jésusrt Christ n'est pas ressuscité , dit S. Paul , votre foi c est donc vaine , vous êtes encore engagés dans vos « péchés. . « ; si nous n'avions d'espérance en Jésus-*

476 quarantb*<îuatri£mb isttre.

t Christ que pour cette yie , nous serions les plus mic sérables des hommes. » (P Corinth. , ch. 1 5 , v. 17 et 19.)

C'était donc surtout de la térité de la résurrection que les Apôtres devaient témoigner. Jésus ressuscité s'était montré à eux et à plusieurs de ses Disciples; il leur avait apparu en divers lieux, non comme un esprit , un spectre ou un fantôme , mais dans son corps, avec les marques de ses plaies: il leur avait parlé ; il avait mangé avec eux ; plus de cinq cents personnes l'avaient vu comme eux. Néanmoins ce fait n'était point public ^ comme l'avaient été la ^e et la mort du Sauveur; et il appartenait aux Apôtres, en vertu de leur mission , d'attester à la face du monde la résurrection de leur Maître. Il leur avait dit avant de mourir : « Lorsque l'Esprit de vérité qui procède « du Père , que je vous enverrai de la part de mon « Père sera venu , il rendra témoignage de moi , et « vous me rendrez aussi témoignage, parce que vous t avez été avec moi dès le commencement. » Les Apôtres avaient si bien la conscience de ce point important de leur mission , que Pierre , à l'entrée de leur carrière apostolique , demandant , comme il appartenait au premier des Apôtres, que le disciple traître fût remplacé , posa comme condition expresse de l'admission de celui qu'on allait élire , qu'il eût vécu comme eux avec le Maître. «Il faut, dit- il, « qu'entre ceux qui ont été en notre compagnie pen-

QUARANTE^QUATKIÂHE LETTRB. 477

cdant tout le temps que le Seigneur Jésus a vécu c parmi nous, depuis le baptême de Jean jusqu'au € jour où il est monté au Ciel, on en choisisse un qui «soit avec nous témoin de sa résurrection. • (AcL,

Ch. l'% V. 21 et 22.)

Le dogme de la résurrection de Jésus*Christ est donc comme la clé de yoûte de toute la doctrine chrétienne. Il faut croire ce dogme , ainsi que celui de l'ascension du Christ au Ciel sur le seul témoignage apostolique , non , comme vous l'avez entendu dire , parce que les Apôtres ne pouvaient être ni trompeurs ni trompés , ce qu'il est impossible de démontrer d'une manière absolue ; mais parce que ce dogme est le complément nécessaire de toutes les vérités évangéliques , parce qu'il les suppose toutes et les sanctionne. Si Jésus- Christ est pour vous le Verbe incarné, Dieu fait homme , Thomme-Dieu ; si vous croyez en la vertu et au mérite de sa mort , non-seulement vous admettrez sans peine la réalité de sa résurrection , mais voUs aurez la conviction intime de sa nécessité. Si, au contraire , le Christ n'était pour vous qu'un homme , et qu'on voulût vous imposer la croyance qu'il est ressus^ cité des morts par sa propre vertu , par sa puissance , et cela sur le seul fondement que ceux qui témoignent de ce fait n'ont pu tromper ni être trompés , votre raison^ qui sait que tout homme par lui-même est faillible et sujet à l'erreur, repousserait ce dogme comme une fable ou une absurdité. Or remarquez

478 QTJAlANTE-QUATRlàltfB LETTRK.

bien ceci, mes amis, ce n'est point rhotnme , Tindivida qu'il faut voir dans le témoin de la résuirection , c'est TÂpôtre avec sa mission divine et ayant reçu la plénitude de TEsprit saint, TÂpôtre associé par le Maître à la grande œuvre de la régénération du monde, et ayant acquis par là un caractère d'universalité et une dignité pour ainsi dire oosmogonique , l'Apôtre identifié avec Jésu8-€hrist qui l'a envoyé, et avec l'Ëglise vivante qu'il a fondée par Bon témoignage*

Quant à la manière dont les théologiens rationalistes prétendent démontrer le fait de la résurrection:, en sorte que les incrédules, comme ils le disent, soient forcés cle l'admettre , je conçois qu'elle ne vous ait point satisfaits , et je vous avertis de ne vous en point troubler , car la proposition que ties j4 pâtres fi'ontpa être ni trompeur $ ni trompés appartient à l'enseignement dé l'école , et non à la doctrine chrétienne. La résurrection dé Jésus-Christ fut déjà contestée, niée du temps des Apôtres, qui, sans se mettre en peine de réfuter les contradicteurs , continuèrent à prêcher hautement et unanimement Jésus crucifié et ressuscité des morts. Plus tard, lorsque la dialectique se fut glissée dans le domaine de la foi , laquelle on prétendit fonder moins sur le texte sacré que par le raisonnement , on se mit comme en dehors du fait vivant de TEglise; on fit abstraction de son autorité, de la vertu de son enseignement ; et pour avoir l'air

QUARANTE-QUATEIÂBIE LETTRH. 4?^

de tout prouver par la seule force de la raison, même la nécessité et le fait d'une parole révélée, on s'efibrçâ d'établir le caractère moral des Apôtres par le càrac^ tère de leurs écrits. Une fois qu'on eut prouvé que les Apôtres ne furent point des imposteurs, on se hâta de conclure à leur infaillibilité; car, disait-on, ces hommes qui ne sont point des trompeurs affirment la résurrection de leur Maître. Or ils n'avaient point l'esprit aliéné; ce n'étaient point des fous; ils connaissaient parfaitement celui qu'ils disaient ressuscité; ils avaient vécu familièrement avec lui ; fl était donc impossible qu'ils se trompassent à sa vue, ce n'est point un d'entré eux qui l'a vu, c'est tous... Ils né l'ont pas vu une seule fois , mais plusieurs , en divers lieux, en différentes circonstances. Us ne l'ont pas seulement vu, ils l'ont touché, ils lui ont parlé, il a mangé avec eux , etc. , etc. De toutes ces propositions qui sont prises, comme vous le voyez, dans le texte même pour prouver la vérité du texte, et qui par conséquent ne la prouvent qu'à ceux qui y croient déjà , on conclut : c Qu'il répugne d'imaginer que sur le fait «de la résurrection ces hommes aient pu être abusés; «et ainsi puisqu'il est démontré qu'ils n'ont été ni «trompeurs ni trompés, leur narration réunit toutes «les qualités qui produisent la certitude; et il ne peut «rester à un esprit raisonnable aucun doute sur la «vérité de la résurrection. • (De La Luzerne, DUser' talion sur les miracles; 2* partie, ch. 2, §. 28.)

480 QUABANTE-QUATRIÂICE LETTRE*.

Tout cela nous montre seulement qu'à chaque ob- |ection élevée par la raison judaïque ou païenne contre le fait de la résurrection , la raison dbrétieniœ peut opposer un argument contradictoire et qui loi parait triomphant. Mais les argumens les plus victo^ rieux , les raisonnemens les plus concluans , quand ils s'appuient sur des données sensibles, n'ont après tout qu'une yaleur relative et purement humaine; ils ne peuvent donner la foi , ils ne peuvent non pliis communiquer à personne le droit ni le pouvoir de l'imposer. D'ailleurs la résurrection du Sauveur n'est pas un miracle comme les autres , opérés par Jésus* Christ devant des milliers de témoins qui voyaient le fait aussi bien que les Disciples ; d'où Y(m pouvait conclure naturellement qu'ils n'ont pas plus été trompés que le reste du peuple. La résurrection de l'homine- Dieu n'a eu d'autre témoin que lui-même , et il n'a apparu dans la suite qu'à ses Disciples. En outre Jé« sus-Christ a opéré sur lui-même ; il a été à la fois ïar gent et le sujet de l'opération divine qu'il a accomplie; il est ressuscité par sa propre puissance... C'est donc un fait purement divin, tout-a-fait en dehors de la classe des faits miraculeux, ce fait est le sceau de h. Rédemption , la garantie et comme les prémices de notre résurrection, le résumé de tout l'Évangile; et voilà pourquoi nous soutenons que la conviction de ce fait divin s'acquiert uniquement par la foi , et ne peut jamais être le résultat d'une conclusion logique.

QDAMAHTE-QVATRISIIE LETTIE. 4^1

; Jetons maintaiant le regard eo arri^, mes chers amis; et tâchons d'embrasser d'une seule Yue, dans leor liaison et dans leur ensemble, les Yérités que nous avons considérées successivement pendant le cours de notre correspondance.

- Nous sonunes partis du fait de l'Église chrétienne qui, comme tout fait, se prouve elle-même par son existence. Nous avons considéré l'Eglise comme le dépositaire des livres saints , lesquels renferment le trésor de toutes les vérités que l'homme peut con-« nattre dans son état présent; comme le garant de l'authenticité, de l'intégrité et du caractère divin de ces livres , et enfin comme ayant reçu la mission de prêcher au monde la doctrine du saluL

Je vous ai parlé ensuite de la vérité la plus sublime, k plus profonde , la plus universelle , savoir de l'unité . de Dieu dans la Trinité des personnes. Je vous ai montré dans cette vérité , le principe de la science ou la base nécessaire de la métaphysique , la loi du dé-' veloppement de tous les êtres ou la première loi de Vunivers ; et c'est pourquoi elle est le dogme fondamental du Christianisme. Sans l'acceptation franche de ce dogme , sans la foi sincère à cette vérité première , vous l'avez vu , oh ne peut échapper au panthéisme; on tombe inévitablement sous la loi de la nécessité 9 de la fatalité, du destin.

Après cela nous avons reconnu que le monde phyûquc:, tel qu'il existe pour nous, mixte , variable , con-

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