‹ Philosophie du christianismeChapitre 26 sur 29 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

tingent, mais toujours dooiiué par la loi.de Tordre; que l'homme , créature libre, intelligente, mais soumise dans son corps aux lois du monde où elle yit , ne peuvent être les produits d'une force aveugle. L'Être immuable, absolu, n'est point identique avec la forme du monde. L'univers, avons-nous dit, est la réalisation de l'idée divine par le Verbe ; le monde a été créé par la parole de l'Étemel , comme Moise le raconte.

L'acte de la création , ou la création dans l'acte qui l'a posée , est la manifestation du vouloir et de l'idée de l'Être trois fois saint hors de lui. Le motif de cet acte , le seul que nous puissions concevoir comme digne de Dieu, c'est l'amour. )Si Dieu est amour, il ne peut se manifester que par l'amour : il a créé le Ciel et la terre par amour et pour l'amour.

Le Ciel , c'est le monde des intelligences pures , des créatures primordiales ou premières-nées. Ce sont les plus nobles , les plus actives des créatures , des personnalités puissantes, douées de liberté et ayant conscience d'elles-mêmes.

Mais quelque nobles et puissantes qu'elles soient, ce sont des créatures , et comme telles elles sont subordonnées à leur Principe créateur; et n'ayant point la vie en propre , par cela qu'elle sont créatures , mais devant en recevoir l'aliment à chaque instant de la source unique de toute vie , elles dépendent de cette source. Reconnaître sa dépendance et sa subordination, aimer l'Auteur de la vie dont elle ressort , telle

est la loi fondameatale de toute intelligence. Refuser ou violer cette loi, c'est Fabus de sa liberté.

Toute créature libre doit exercer sa liberté , et ainsi elle passera nécessairement par Tépreuve; elle acceptera ou refusera sa loi^ et décidera elle-même, par son acte libre, de son sort ou du mode de son existence. Si , fidèle à sa loi , elle reconnaît sa subordination et sa dépendance , elle reste en union avec son Principe , elle reste fixée dans la lumière , dans Famour, dans la Vie. Si elle est infidèle , elle tombe dans les ténèbres, dans la haine, dans la mort. Or les livres sacrés nous apprennent que cette infidélité a eu lieu ; que plusieurs de ces créatures sublimes ont aspiré à l'indépendance ; qu'elles ont prétendu vivre par elles et pour elles, vivre comme Dieu, être sem*blables à Dieu. C'est dans cet abus de la liberté métaphysique que nous avons trouvé l'origine du mal.

Le mal n'a pas été voulu par Dieu ; il n'a point été conçu en idée dans la sagesse divine. Dieu n'a point créé le mal ; et n'ayant point été créé par Dieu , le mial n'a point d'être, point de substance , point de vérité. Il n'est que négation, mensonge, contradiction oit , opposition à la volonté, divine; il n'existe que dans la créature libre, comme le funeste produit de Fabus de sa liberté.

L'homme est une créature intelligente, revêtue d'une forme organique, et participant par cette forme aux propriétés du monde physique. Nous l'avons

considéré dans son état primitif et normal , tel que le texte sacré nous le dépeint , pur, innocent , heipreux , jouissant des beautés et des richesses de la terre qu'il devait gouverner. Comme l'Intelligence pure, il était soumis à la loi de l'amour, et il ne pouvait l'accomplir que par une obéissance filiale à la parok du commandement.

L'homme , enveloppé d'un corps de chair, ne pouvait, comme les pures intelligences, connaître Dieu par la vision , par la contemplation. Il ne le connaissait que par la parole ; et c'est aussi par la parole qu'il acquit la conscience de lui-même et de sa liberté. Ce fut donc aussi par la parole qu'il dut être tenté ; et il succomba à la tentation. Placé entre la parole de Vérité et celle du mensonge , il a failli dans l'épreuve ; il a abusé de sa liberté en désqbéissant volontairem^ à l'Autorité légitime. Cet acte libre avait décidé de sou sort futur , pour lui comme pour toute sa race qu'il portait en puissance dans sa personne. Cet acte avait changé le mode de l'existence humaine , qui, d'heureuse qu'elle était avant le péché , était devenue un état de désordre, d'opposition à la volonté suprême, ne trouvant soii terme que dans la mort ; car le péché est entré dans le monde par un seul homme , et la mort par le péché.

L'homme déchu ne pouvait se relever lui-même; le péché accompli librement avait bouleversé sa constitution physique et spirituelle ; le désordre était

dans sa personne et dans son empire ; il s'était livré lui et sa race à la mort. Mais il n'était point l'auteur du mal; il l'avait reçu du dehors et ne l'avait point engendré en lui ; il l'avait reconnu , avoué, désavoué; il reçut la promesse qu'il en serait délivré un jour... Pour cela il fallait un Libérateur plus puissant que le prince du mal qui tenait l'homme captif; il fallait un Médiateur qui fût à la fois fils de l'homme ou de la race humaine , pour la restituer dans sa personne et par la plus parfaite obéissance à Dieu ; et Fils de Dieu, de nature divine, pour réconcilier Dieu avec l'homme. Le Médiateur fut promis, accordé... Le Verbe s'est fait chair !

Nous avons examiné la grande œuvre de la Rédemp* tion dans sa préparation , dans son acte , dans ses ef* fets. Dans sa préparation. — Il a fallu des milliers de siècles pour épurer l'humanité infectée par le mal , en sorte qu'elle fût capable de recevoir librement et avec fruit le remède qui devait la guérir radicalement.

Dans son acte. — Le dévoûment sans réserve de l'homme -Dieu à la volonté de son Père, ses souffrances , son délaissement sur la croix , l'effusion de son sang, l'immolation de la victime innocente... Tout cela était nécessaire pour expier les péchés du monde, pour satisfaire à l'éternelle justice , pourres'tituer entièrement l'homme et l'humanité à Dieu.

Dans son effet. — L'effet de la Rédemption est la justification de l'homme devant Dieu par la foi au Ré-

dempteur; car, «comme c'est parle péché d'un seul t que toute la race humaine est tombée dans la con- « damnation, c'est aussi par la justice d'un seul que «tous les hommes reçoiyent la justification et la vie... « Et comme le péché avait régné en donnant la mort, c la grâce de même règne par la justice en donnant la cvie éternelle par Jésus-Christ notre Seigneur. .. ii Et cette vie, cette justice que donne la foi en Jésus- Christ , est répandue çn tous ceux qui croient en lui. Oh ! puissiez-vous comprendre le sens profond de ces paroles de l'Apôtre ! Puissiez-vous entrer avec pleine conscience dans l'héritage de la justice que vous a laissé le second Adam , comme vous avez hérité involontairement du péché du premier en venant en ce monde.

Après toutes ces considérations , nous sommes revenus au point d'où nous étions partis , à l'Église , dans laquelle vous voyez maintenant la continuation vivante de l'œuvre de Jésus-Christ pour la régénération de l'humanité par les Apôtres et leurs successeurs. Là, dans l'Église catholique ou universelle , la doctrine évangélique est purement enseignée, les traditions apostoliques fidèlement conservées , le baptême du salut conféré au nom du Père , du Fils et de l'Esprit saint... Là, la mort de Jésus-Christ est continuellement annoncée à toutes les générations , à mesure qu'elles se succèdeirt; le sacrifice de son sang est continuellement offert , et sa chair est donnée en

aliment dans la suite des siècles à tout fidèle qui croit en Lui , et qui espère ressusciter dans son corps en vertu de cette divine nourriture. Là , enfin , Jésus- Christ est présent par son esprit et dans son corps , présent dans sa divinité et son humanité , et il y sera présent jusqu'à la fin. C'est de l'Eglise chrétienne , persécutée et opprimée , qu'est partie la civilisation moderne; et il ne pouvait en être autrement, puisque le but des travaux apostoliques a été la libération morale des peuples, la justification et la sanctification de l'homme individuel et social. C'est autour de l'Église et de son chef visible , que sont venus se grouper les peuples et les rois , les nations et les empires. Leur histoire se confond avec la sienne, et ne prend de la vie, du sens et de l'unité que par elle. C'est que Thistoire de l'Église est celle de l'humanité régénérée par le sang du Christ; de l'humanité ayant passé la crise de sa longue et douloureuse maladie, le point culminant de sa laborieuse pénitence; de l'humanité libérée , rétablie dans ses droits primitifs et s'acheminant vers le Ciel , en un mot de l'humanité en progrès ! Après cela , que tout ne soit pas saint, pur, édifiant dans cette histoire, nous ne nous en étonnons pas , puisque l'histoire se fait avec des hommes. L'esprit du monde , on ne peut le méconnaître , a trop souvent terni la gloire de l'Église en séduisant ses ministres , et en leur faisant perdre de vue, au milieu des passions et des intérêts de la terre,

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le but sublime de leur mission. Mais tout cela n'altère point l'institution divine ; tout cela ne diminue en rien la dignité du sacerdoce , et ne saurait affaiblir le caractère de l'apostolat. Le prêtre est toujours prêtre, quelle que soit sa conduite privée, parce quil est marqué d'un sceau ineffaçable, et qu'une vertu divine lui a été communiquée. Avec la mission de perpétuer l'ceuvre de la régénération , il a reçu tous les pouvoirs pour le faire ; mais ces pouvoirs ne lui appartiennent pas ; ils lui sont remis pour les exercer, pour les appliquer; et en dehors des fonctions de son ministère, il est homme, faillible comme tout homme, responsable de sa conduite devant Dieu et la société.

Du reste , mes chers amis, dans la disposition d'âme où vous vous trouvez aujourd'hui , avec les lumières que vous avez reçues , et ce mouvement si vif de la grâce qui vous pousse vers Jésus-Christ et son Eglise, vous n'en êtes plus à vous sentir embarrassés ou obscurcis par les vaines accusations que portent ordinairement contre l'Église ceux qui ne la connaissent point , et qui trop souvent ne veulent point la connattre. Vous ne confondez point comme eux les hommes et les choses ; vous savez discerner ce qui est de Dieu et ce qui vient de l'homme ; et les abus de la chose la plus excellente, si multipliés qu'on les suppose, ne vous semblent pas devoir prescrire contre son usage. Quand une idée est nécessaire, universelle, divine.

les faits ne peuvent prévaloir contre elle ; car les faits passent , et Fîdée immortelle de sa nature subsiste ; et malgré tous les obstacles qu'apportent à son développement les conditions de la terre et les passions de rhomme , elle finira par se manifester pleinement , au milieu de l'espace et du temps dont elle triomphe. Ainsi rÉglise chrétienne toujours soutenue , toujours vivifiée par l'idée divine qui lui sert de base et qu'elle doit réaliser sur la terre, avance continuellement à travers les siècles vers le terme de sa mission , sans que les efforts de l'enfer puissent l'arrêter ni la faire reculer; et toujours militante au milieu du monde, mais se confiant toujours en la promesse qui lui a été faite de la présence perpétuelle de Jésus-Christ en elle , se nourrissant chaque jour de son corps divin , s'abreu vaut de son sang sacré , elle s'achemine lentement mais avec assurance , vers le moment de sa dernière victoire sur l'ennemi de Dieu et de l'homme, victoire qui lui a été annoncée par Celui dont la parole ne passera point, quand le Ciel et la terre auront passé.

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