TOME II
raisonnable et l'âme une substance pensante , parée que c'est avec la pensée et la raison qu'elle va faire tout le reste.
Si la pensée est le grand instrument pour trouver la vérité en toutes choses, il faut commencer par la bien connaître en elle-même, et surtout apprendre à s'en servir convenablement. Aussi la logique , qui est à la fois la science de la pensée et l'art de bien penser, est déclarée la première partie de l'enseignement philosophique et la plus importante. Pour la plupart même toute la science est dans la logique. Elle seule fonde les principes en fixant le sens des mots, et les spéculations métaphysiques, les théories morales n'en sont que des corollaires où il y a toujours plus ou moins d'arbitraire et de vague , tandis qu'un syl* logisme est quelque chose d'achevé , de parfait , qui ne laisse nulle place au doute, à l'incertitude. Vous ne pouvez croire à l'existence de Dieu , à l'immortalité de l'âme? C'est que vous n'avez point envisagé ces questions logiquement et suivant les règles. Un bon syllogisme dissipera tous vos doutes, pourvu que vous admettiez d'emblée les prémisses , sinon il faut renoncer à vous convaincre. Mais sachez qu'il n'y a qu'un insensé ou un impie qui puisse résister à la force d'un argument valide.
Le syllogisme est le modèle et la perfection de la pensée. Il en renferme toutes les conditions , toutes les opérations, tous les produits : car penser, c'est
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concevoir des idées , c'est juger, c'est raisonner, c'est disposer les jugemens et les raisonnemens dans Tordre le plus propre à en faire ressortir la vérité , et tout cela se résume dans le syllogisme. Il comprend donc les quatre opérations de l'entendement, comme on dît, quoique l'entendement n'opère pas, qu'il soit passif de sa nature ainsi que le sens de l'ouïe dont il a emprunté son nom et qui lui correspond. Ces' quatre opérations font l'objet des quatre parties de la logique, qui traitent de Vidée, ûu jugement^ du raesmnement et de la méthode. '
n serait trop long et surtout trop fastidieux de relever lés niaiseries, les incohérences et les contradictions qu'on rencontre à chaque pîas dans lé développeitient de ces quatre parties. 11 y en a plus qu'il n'en faut pour dérouter le bon sens et fausser le juge>ment d'un jeune homme. Une critiqué solide de la raison considérée en elle-même et dans ses rapports avec l'intelligence et le monde intelligible d'uii côté , et avec l'imagination , les sens et le monde sensible de l'antre, voilà le premier objet dont une logique sérieuse devrait s'occuper. Tel a été en partie le sujet des niéditations de Karit, lé plus fort logicien des texnps modernes et -le «eul peut-être qui ait bien compris la logique. Mais pour apprécier sa critique , pour reconnaître ce qu'elle a d'incontestable comlme ce qu'elle présente de faux ou de vicieux , il faudrait des connaissances psychologiques; et où les
prendre , puisqu'on dédaigne l'étude des faits naturels et qu'on ne veut point tirer la philosophie des principes révélés ? Du reste le but de l'enseignement scolastique n'est pas tant d'expliquer la pensée qne d'apprendre à s'en servir habilement dans la di^ussion. C'est un art plutôt qu'une science ; et comme le raisonnement est le chef-d'œuvre de la pensée, et que la forme nécessaire du raisonnement est le syl- Ic^sme, tout dans cette méthode tend à apprendre au disciple à construire ou à décomposer cette forme merveilleuse. L'argumentation , voilà le but de cette philosophie , et maitrea et disciples sont persuadés qu'elle est le moyen unique pour convaincre les inr crédules et convertir le monde. Par l'argumentiition seule, toutes les vérités deviennent évidentes; par elle seulement, la science peut s'acquérir, bien qu'il ressorte de la nature même du. syllogisme qu'il n'est l'instrun^ent d'aucune découverte ; car il faut avoir aperçu par Fintelligence le rapport des trois termes avant de l'énoncer, et c'est justement dans cette perception intellectuelle des rapports qu'est la dé^ couverte. Cela est si vrai, que celui qui saisit les .relations des choses d'un coup d'oeil ne raisonne pas; c'est le regard du génie qui découvre. Après. cela quand il s'agit d'exposer par le langage à des esprits moins prompts , moins clairvoyans , ce qui a été vu d'un seul coup , il faut aller par degrés , il faut montrer la liaison des termes par l'ordre et l'enchaloement
des propositions, afin de faire comprendre successivement à la raison ce que Fintelligence a vu et contemplé , et c'est le cas d'employer la démonstration. Mais n'oublions pas que le raisonnement part toujours d'un principe évident par lui-même ou déjà démontré. Si le principe est évident , ce n'est point le syllogisme qui l'a rendu tel ; s'il est déjà démontré , c'est qu'il découle d'un autre principe évident ou qu'il y a élé ramené, et alors reste toujours un premier principie non démontrable. Encore une fois, le syllogisme ne sart qu'à énoncer ou à exposer des rapports déjà perçus , à constater fa régularité où le vice d'une c^mstniction logique, d'un système; il sert à apprécier par la raison une œuvre de raison , mais il ne peut établir d'une manière absolue aucune vérité métaphyrique. C'est la dialectique qui a enfanté pres-^ que toutes les erreurs en philosophie et en théolô^j c'est eHe qufi a égaré la raison en la portant à se sé-^ parer de la foi , et maintenant tout ce qu'elle pent faire pour l'y ramener^ c'est de lui en démontrer là néceiraité. D'ailleurs elle ne peut élever l'homme^ d'un seul degré au-dessus du monde sensible ; elle ne peut le remettre en rapport avec la vérité ; et ce sera un bonheur si , en travaillant à ramener les^ esprits au même point où elle leur avait fait quitter le droit t^hemiiiy elle ne les égare pas de nouveau.
Descartes appuyé sur sa pensée s'était élancé hardiment à la découverte de l'infini ; nos scolastiques
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aioderoes pwlaal da méflie lait praoneDl k même élaD. Afmés de ioiiles pièces pw ki logique, taunl à la maia 1 lortroment meiTeîDeax pour ooostalar la ▼àrilé de toutes dioses, ik entrent couiagcusemeat dans la région de la métaphysique. Ici se piésente la question préalahie que nous afons toudiée tout i l'heure, saToir: si la raison humaine est apte â oonnaître l'Être, la chose en soi, ou si die ne saisit que des phénomènes et des rapports soumk ocumne die aux lois de l'espace et du tenq»; en d'autres termes, « l'animal raisonnable ou l'homme animal peut) au moyen de la lumière naturelle qui l'édaire, connaître les iJioses spiritoeUes et divines. Cette importante question dont la solution dédde si la métaphysique est possible, s'il va de la vérité pour Thomme sans la révélsÉÛon, ne les inquiète pas; peut-dtre n onft-ils jamais songé â se la faire. On aborde avec ii^br^idité les phis graves problèmes, on plonge dans les profon. deurs de l'être, en imi^[ination s'entend; on part de Fontologie, qui,dit-on,est lasdenœderètreen général, et qu'on d>tiait en faisant abstraction des espèces et des individus qui restreignait la notion Universelle de l'être. U n'est question id , comme vous le voyez, ni de l'être en lui-même, ni de l'cdlre de Fètre dans l'homme, mais seulement d'une motimk dite uni* verselle et que l'eqprit obtient par le travail de l'abs^ traction. Du reste cette notion toute sul^ective représentée par le mot être ne signifie , dit<(-<m , autre
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chose que la manière dont l'esprit peut envisager toutes les existences, sans s'arrêter à leurs caractèresi propres et génériques. En effet , Tj^tre en général n'est rien de ce qui tombe sous l'aperceptioa des sens, puisqu^il n'y a que le concret qui les affecte et que la généralité ne s'obtient que par l'élimination du concret. Mais alors la notion de l'être, je ne dis pas l'idée de l'être qui nous est innée, mais la notion n'est plus qu'un être de raison, une pure négation de tout ce qui constitue l'existence , de la formé , de la qualité , des propriétés, des attributs, des relations, etc. En sorte que la notion de l'être sera d'autant plus parfaite et plus pure qu'elle répondra moins à ce qui existe en forme et en réalité , qu'elle aura atteint le plus haut degré du YBgue et de l'indéfini; car l'être en général, c'est ce qui n'existe pas ou ce que la raison conçoit comme n'existant pas. Et voilà la première pierre, la pierre fondamentale de la métaphysique rationnelle ! .
Il est vrai que cet enseignement est fort embarrassé d'expliquer sa notion de l'être. Que dire en eflfet dé ce qui n'existe pas? Ne pouvant parl^ de l'être, puisque ce mot n'exprime qu'une façon de voir , qu'il né signifie rien de positif, on cherche à lui donner du sens par un een» contraire , on dit que l'être est l'opposé du néant* Mais le néant, qu'est41? La privation de l'être. Si je ne sais ce que c'est que l'être, comment comprendrai-je k privation de l'être? D'ailleurs ce qui est privé ou dans la privation est quelque ohose ,
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et ce qudqne chose n'est pas néant. PriTation de la fwme, de l'existence, soh ; mais privation de l'être, comment la concevoir? La raison définissant ces deux termes l'un par l'antre, sans expliquer préalableinent ni l'un ni l'autre, ne fait donc qu'un échange de mots qui n'emportent aucun sois, et die se errât d'autant plus sarante et plus pnrfbnde qu'elle se comprend moins et qu'elle est moins comprise.
Le fant^^e ontologique ainsi posé, on disserte se» rieusement sur la possibiKlé de l'être, sur sa cause^ son essence, sa durée, ses propriétés, etc. On lefintce qu'on a défait, on revient aux formes^ aux attributs, à Fexistence pour ne pas rester dans le Tague. Sur tous ces points on établit une ai^^umentation en règle. De nombreux raisonnemens sont £adts pour et contre, raisonnemens très logiques, syllogismes de toutes les formes , qui n'ont que le défaut de ne porter sur rien ou de supposer perpétueUement œ ipii est en question.
Après avoir défini la science et disserlé sur son objet, on passe à la division de la doctrine. La notion de l'être, dit«on, la plus générale que l'esprit humain puisse concevoir, se divise en dam parties; car l'être se partage en deux espèces , en étre-eqprit et ^[| être-matière, d'où les êtres spirituels et les êtres corpmelsw La notion de l'être-esprit se sous-^lvise à son tour et donne d'un coté l'esprit incréé. Dieu..., et de l'autre l'esprit créé; d'où il suit que la notioii de Dieu
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n*esl qa'une notion spéciale sinon indiTiduelle, une fraction du genre esprit comme celui-ci n'est qu'une fraction de la notion générale de Fétre. Or je demande si ce n'est pas là faire de l'impiété avec de l'absurdité? Ce n'est pas tout. Si la notion de l'esprit n'est cpi'une distinction dans la notion unÎTersèlle de l'être , la matière, autre distinction ou seconde espèce du méine genre , participe à la nature de leur commuti principe qui fes comprend tous deux. La matière et l'es^ prit confondus dans leur source sont donc les mêmes au fond! On a bien été jusqu'à dire que l'immensité de la nature divine n'est probablement autre chose que l'espace infini, qu'il est impossible de l'en distinguer; en sorte que tous les attributs contenus dans lldée de l'espace conviennent aussi à l'idée de Dieu, comme par exemple la divisibilité et la pénétrabilité, d'où il suivrait que Dieu, contenant tous les corps dans sa nature immense, serait divisé et pénétré par enx^ N'apercevez-vous pas au bout de toutes ces disr tinctions et de cette confusion un grossier panthéismis
u Quaeresquid sit spatium ?. Resp. Perspatium inlelligeada^^l «immeDsitas in quâ recipiuntur corpora, iocorporea igitur, illi- « mîtata , immutabHis , œlerna, penetrabilis, divlsibilis, eo sensu « qoodspatiui|i|iiMiiidMin cor|tipeii9 dividiUir à spatio alîum muo* « dam continente. Hœc attributa includuntur în ideà ipsîusspa- «Ui. Sic probabile est îllud spatium iufinitum nihil aliud esse «qaam immeDsilateiii naturœ divioae; nam ab eà distingiû ooo «potest. « (Phil. lugdun. Metaph. gen., art. 3.) Ainsi parle de la nature divine une philosophie reçue et enseignée dans presque tous les séminaires de France.
et la fatalité des anciens avec toutes ses conséquences ? Nos rationalistes scolastiques en sont encore à ne voir ni liaison ni contradiction entre leur ontologie et leur théologie positive, entre leur prétendue science et leur foi.
. Quant à la seconde partie de cette doctrine où Ton parle de Dieu, c'est autre chose. C'est là en effet que se trouve le principe nécessaire et le véritable objet de la science ; mais ce n'est pas le raisonnement qui peut en constater la vérité. Aussi nos métaphysiciens par syllogisme sont*ils bien obligés de supposer l'existence de Dieu , de dire que l'Être est , avant d'établir leurs argumens en sa faveur. Descartes croyait ou avait cru en Dieu avant qu'il s'imaginât n'y plus croire. Le 3aint nom de Dieu lui avait été annoncé , il l'avait admis; mais il voulait se donner le plaisir de se démontrera lui-même la vérité de cette vérité, et c'est aussi la jouissance que se donnent longuement et largement ses disciples. De là tous les argumens physiques ou cosmologiques, moraux et métaphysiques qui tous impliquent la question suivante : Peut-on démontrer à priori par le raisonnement et d'une manière apodictique, absolue et géométriquement convaincante que Dieu existe? L'idée de l'Être peut-elle être obtenue par déduction ou comme la conséquence d'un syUogisme? Si cette question est résolue négativement, tous les argumens pour et contre tombent d'euxmêmes, et il serait Inutile de les examiner l'un après
Tautre. Si, au contraire, il était vrai que Thoinme pût arriver a la conscience de Tidée de Dieu sans qu'une parole »ipérieure à sa raison vint réveiller cette idée dans son esprit , alors la révélation ne serait point nécessaire ; car si j'ai la puissance de dégager en moi ridée de l'infini, je dois pouvoir déduire de cette idée toute vérité. Ici je vous renvoie aux antinomies de Kant j oik *tous verrez les plus forts argumens pour oii contre l'existence de Dieu,^ opposés l'un à l'autre, s'é-> quilibrant , se neutralisant ou s'effaçant comme les termes positifs et négatifs dans une équation et donnant pour résultat zéro , d'où Kant conclut que la métaphysique est impossible. Oui elle est impossible à la[raison qui prétend puiser les principes de lascienoe en ellQ-méme et dans la nature , au lieu de les rece-^ voir comme vérités révélées. « Elle est impossible •pour l'homme animal qui n'est point capable des «choses qui sont de l'esprit de Dieu : elles lui pa^- « raissent une folie, et il ne peut les comprendre, parce «que c'est par une lumière spirituelle qu'il «o faut c juger. 1 (I"Corinth. , chap. 2, V. 14.) I^'^P^***^^^* enseigné, il y a dix-huit siècles, ce qiie le logicien de Kœnigsbeîrg a prouvé de nos jours; mais Kant exclut de la science la j^e au principe ; il ne connaît point ou du moins il n'admet point cette lumière surnaturelle dont parle l'Apôtre comme condition nécessaii^ de la science , et alors force lui est de déclarer la science impossible. Celte décision est le coup le plus
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rude, le plus décisif qui ait jamais^été porté aura-* tionàlisme ; car c'est la raison la plus forte du dixhdiiième siècle qui Ta déclaré incapable de science.
Il est certain qu'il n'y a que trois manières de démontrer logiquement une vérité : l'équation , la déduction et l'induction. Par l'équation vous cherchez un terme inconnu au moyen d^un t^rme connu et qui lui est égal. Or dans la question de l'existence dé Dieu , où trouverez-vous le terme égal , adéquat à l'infini? A qui, à quoi comparer l'Être sinon. à luimême?
Par la déduction vous tirez le particulier du gémér* rai , soit l'espèce du genre , soit l'individu de l'espèce^ et vous montrez l'identité de l'un et de l'autre. .04 trouverez-vous le principe dont vous pourrez déduire comme conséquence l'existaice de l'Être absolu? Si verus le prenez dans la nature, dans l'univers , vous affîritaez l'identité de l'univers avec Dieu 9 si vous le prenez eil vous-même, vous vous faites Dieil; si vous le prenez en Dieu; vous supposez ce qui est en question : dans tous ces cas vous n'aurez que du panthéisme.
Par rinducti<Mi vous vous ^élevez du particuiler ^ui général; mais vous ne pouvez tirer des faits que oé qu'ils contiennent , et quoi qu'on fasse-, le général ne sera jamais l'universel. On ne fait pas de l'infini avec du fini , de Téternel avec du temporaire , de l'absolu , du nécessaire avec du relatif et du contingent. Abstraire incessamment le général pour obtepir up plus
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général 9 c'est planer dans la région du vague, c'e^^ faire de la métaphysique avec des mots. Dieu est l'Être qui est, Celui de qui, en qui et par qui toutes choses sont. Il est de lui-même, par lui-même, m lui-même. . Il est l'Être, le positif par excellence,, le seul étant , se connaissant et vivant par lui seul. Et notre pauvre raison prétend en concevoir l'existence par abstraction !
N'est-ce pas une chose déplorable de voir deshouim^s qui se disent Chrétiens , et qui comme tels doivent croire aux vérités révélées dans l'ancienne. alliance., qui de plus ont reçu par la manifestation du Yerbe la lumière la plus éclatante qui ait jacnais lui dani^ nos ténèbres, et dans cette lumière les principes c^e la science la plus profonde et la plus sublime à la fois; de voir que de tels hommes puissent songer série^use^ ment à chercher par leur raison des motifs pour oroire à l'existence de Dieu ! Us sont tout pénétrés de sa vie, tout chargés de ses bienfaits , tout entourés de sa magnificence; et ils dissertent gravement pour savoir s'il y a lieu de croire en lui, si on peut croire raisonnablement qu'il est l Après tout, à qui veut-on prouver cette étemelle vérité? Est-ce à nous-mêmes? Ou nous croyons déjà en Dieu, ou nous n'y croyons pas. Si nous avons de la foi, gardons-la comme la prunelle de notre ceil, et ne la troublons pas par un dçute simulé. qui serait tout au moins une ingratitude. Si la foi nops manque , désirons-la , demandpn&-la^ invoquons la
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Vérité ; car la foi est un don , un pur don de Dieu ; comme la lumière du soleil et Toeil qui la perçoit sont des dons de la nature. Vous ne pouvez pm pk» vous donner la foi si tous avez le malheur de n'en point avoir, que vous ne pourriez Vous rendre à vous-même Fusage de la raison si une maladie vous Favait fait perdre, ou que vous ne sauriez vous donner la vision et la perception de la lumière si votre ceil était cou-* vert) obstrué, paralysé.. Pour arriver à avoir de la foi, il faut écouter et admettre la parole de la foi : Fkle§ ex audiîu.
Prouver Dieu par des argumens à ceux qui croient en Dieu , c'est pour le moins inutile ; car cddi qui croit en vertu Me la parole divine qu'il a entendue et reçue, a un motif de confiance et de certitude bien au-dessus de ceux que la raison lui fournit, témoins les martyrs. C'est donc à ceux qui doutent dsi bonne foi et par ignorance de l'existence de Dieu, on à ceux qui ne veulent pas croire , qui nient dans leur cœur la vérité de Dieu , qu'il y aurait lieu à la démontrer. Chez les premiers , l'opposition est dans l'esprit; ils ont des raisons qui les empèchacit de croire, et c'est le cas de répondre à de» raisons par des raisons, afin d'écarter les obstacles qm le* poussent l'enseignement positif, seul moy«n par lequel se transmet la foi. Chez les second», Toppositioa est dans la volonté, et c'est sur cette puissance qn'il faudrait agir ; mais si Fou ne peut se donner la foi à
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sot-même^ comment riinposera-t-on à un autre qui n'en veut pas? Si nul n'a pouvoir sur la volonté de son semblable, cominent le forcer d'écouter la pa-> rôle et d'y adhérer? Tout homme de sens croit à une puissance qui a produit le mondé et qui lui est su*^ périeure. C'est , si vous voulez , l'âme du monde, Tesprit .du monde , le grand architecte , le premier géo^ mètre, etc. ;^ mais ce à'est pas là le Dieu de l'homme. On pourra encore rendre le mécréant attentif aux dictées de sa conscience, lui prouver qu'il y a un juge invisible de ses actions et de ses pensées , lui dire que ce juge est le même être qui a fait le monde , qui le gouverne et le conserve , quoique ici il faille déjà un commencement de foi. Les créatures que je vois té-^ moignent de l'existence de leur auteur que je ne vois pas, comme la conscience morale atteste un agent moral. Mais en supposant qu'il admette cette proposition comme une conclusion logique , sera-ce de la foi? Sera-ce cette foi qui produit la justice et qui là perfectionne , cette foi qui fait la vie du juste et pro^ duit l'amour du souverain bien ? Autre chose est de croire qu'A y a un Dieu , et autre chose de croire en Dieu. Celui, qui a le premier objecté contre la vérité de la parole divine, croyait aussi à Fexistencede Dieu; il y croit encore, non en aimant Dieu et en Tadorant , mais en le haïssant et le blasphémant.
Les écoles païennes de l'antiquité retentissaient des mêmes argumens que les nôtres. Il n'y a pas un rai-
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apimeinent de la scolastique moderne qui ne se re- IjrouYe dans les ouvrages des philosophes anciens : ils connaissaient comme nous les preuves dites métaphysiques, morales et physiques; ils en appelaient aussi à l'ordre de la nature , au témoignage des hommes et aux faits de la conscience morale. QuéUes ont été les conséquences pratiques de ces théories? L'idolâtrie grossière, l'asservissement aux passions tes plus honteuses. Est-ce donc qu'ils ont mal raisonné? Sommes-nous plus habiles qu'eux sous ce rapport? ^on : c'est nous qui raisonnons mal avec des don-r nées infiniment précieuses qui leur manquaient; car il faut ajouter à toutes les majeures de nos syllogbmes qui contiennent explicitement ce que les ancieM savaient, il faut ajouter les croyances, les convictions, les lumières et la science que l'Évangile nous a apportées , qui se sont identifiées avec notre esprit et qui font partie implicite de nos raisonneméns phîU>sophiques sans que nous nous en apercevions. C'est là que notre Ipgique se montre en défaut , c'est là que nous avons tort, tout en ayant raison; car il n'y a pas un de nos raisonneméns de ce genre qui n'affirme dans la conclusion plus qu'il n'y a dans les prémisses. En vérité nous nous donnons bien de la peine pour redevenir païens, ne fût-ce qu'en imagination! Il ne tient pas à la raison de nos jours: qu'elle; ne nous replonge dans les ténèbres de la gentilité; et ce qu'il y a de plus déplorable , c'est que ce sont juste-
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ment les hommes qui ont reçu la mission d'annoncer la . parole évangélique , qui âevraient l'annoncer comme S. Paul , sans employer les formes et les discours de la sagesse humaine , afin que la foi ne soit point établie sur la sagesse des hommes , mms sur la vertu de Dieu ; ce sont ceux-là , dis-je , qui se sont le plus engoués de la puissance de leur raison, et qui croient ou paraissent croire que, si on retirait à leur ministère l'échafaudage syUogistique, leur enseignement serait sans effet , leur parole sans force , leur prédication sans fruit. Us comptent plus sur la forme systématique de la doctrine que sur la doctrine elle-même, sur le savoir-faire de l'homme que sur la vertu de l'Esprit; ils sont plus attachés aux traditions humaines qu'à la parole de Dieu. Aussi quels sont aujourd'hui les fruits de la prédication? La leunesse se presse autour des chaires académiques ; on ne la voit guère au pied de là chaire religieuse. C'est qu'elle ne veut plus du rationalisme dogmatique; les disputations , l'argumentation, les déclamations lui sont à dégoût ; elle veut une parole de foi qui pose les principes avec autorité , et une parole de science qui les justifie par les faits de l'homme et de la nature.
Je passe tout ce qui se rapporte à ce qu'on appelle les attributs de Dieu, son unité, sa simplicité, sa vé^ racité, sa liberté qui, suivant les uns, est toujours tenue de choisir et de faire ce qu'il y a de plus par-