‹ Philosophie du christianismeChapitre 6 sur 29 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

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fait , tandis que d'autres croient devoir le nfer. Toutes ces questions profcmdes devant lesquelles rinteUigencé Ia plus sublime se voilerait la face , sont résolues ou du moins tranchées par la raison sans qu'on ait recours le moins du monde à la révélation , flambeau unique poui: guider l'esprit de l'homme dans ces ténèbres sacrées* Aussi n'arrive*t-on par cette voie à nutrç cho^ qu'a des systèmes panthéistiqiies sous une forjfnç ou sous une autre. Car si je ne puis concevoir aucune existence sans embrasser dans la même idée l'Être infini qui soutient l'existence, }ene puis jn'empécher de concevoir Dieu comme identique avec le monde et avec chaque créature du monde. Si c'est la nature qui par ses phénomènes et son action doit me démontrer Dieu existant ou Texistence de Dieu, il faut admettre que la natuve est la forme , le corps de Dieu , que Dieu se fait et se défait continuellement dans la nature ! Il ne s'agit pas de constater la vérité de l'Être : aucun homme de sens n'en doute, Itc problème est de savpir, où,.com* ment, sous quelle forme l'Être existe pour nous. Il s'agit de savoir si Dieu et la nature sont identiques, si Dieu est dans le monde comme l'esprit est dans le corps , ou si le monde existe en Dieu comme la pensée dans Fesprit. La question est tout entière entre le théisme pur , basé sur la foi , et le panthéisme . produit nécessaire de la raison séparée. de la foi. . On procède de la même manière pour résoudre les

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problèmes qui se rapportent à Fâme dite la substance pensante. On disserté sur son origine, son essence, sa destination , toujours rationnellement , in absiracto^ et sans prendre appui ni dans la parole sacrée, ni dans Texpérience. On affirme et on prouve par sylloginnes que l'âme humaine est une, simple, immatérielle, libre, immortelle, idées que nous n aurions jamais conçues de nous «^ mêmes, dont nous n'aurions aucune certitude sans la révélation mosafque et sans TEvangile. Aussi toute cette doctrine pneumatologique, comme on l'appelle 9 n'est qu'une grossière synthèse, où le manque d'unité ^e montre partout; mais ce qui s'y fait le plus sentir, c'est l'absence de la vie, et voila pourquoi cette étude si intéressante pour l'homme , puisque c'est lui qui en est l'objelf et qu'on y traite de ses intérêts les plus chers, cette étude si attrayante quand elle le pojrte à rentrer en lui-même, à s'observer et à découvrir dans ce qu'il éprouve, sous Tinfluence continuelle du bien et du mal, les traces de son ancienne grandeur et les signes à» sa gloire future , voilà pourquoi elle parait fastidieuse, sèche, morte; c'est qu'au lieu d'exposer l'homBoe vivant avec sa volonté libre et ses affections, dans le plein dévdoppeniënt de ses puissances et de ses facultés , elle n'offre plus qu'un squelette , un fantôme, un être de raison.

Il faut en dire autant de la morale^ qui doit montrer rhomme dans ses rapports avec ses semblables, et

qui est si pleine d'intérêt par Tapplication de ses principes à toutes les situations de la vie, soit dans la famille , soit dans la société politique ou l'État. Eh bien! là encore, au lieu d'étudier l'homme dans sa manifestation vivante , dans sa spontanéité ; au lieu de remonter au principe de la conscience et de la liberté sans lequel il n'y a pas de morale , on se livre à de futiles distinctions sur le libre et le volontaire, sur la liberté de contrainte et la liberté de nécessité, laquelle est dite liberté de choix, d'indifférence, d'arbitraire, laquelle encore se distingue en liberté de contradiction et en liberté de contrariété; puis chacune de ces distinctions se résume en propositions, lesquelles se formulent en syllogismes; chaque membre du syllogisme donne lieu à un argument et ainsi de suite. De la conscience morale on dit, qu'elle peut être vraie et droite ou fausse et erronée, ce qui suppose sans doute une règle, une loi, un l^slateur ; que la conscience peut se trouver dans Terreur vincible ou invincible ; qu'elle est large ou scrupuleuse, certaine, douteuse ou probable, et dans chacun de ces cas , thèses , propositions et argumentar tions. D'ailleurs cet enseignement moral est en contradiction perpétuelle avec lui-même , puisqu'il n'a au fond d'autre principe que le moi humain. On veut faire une morale naturelle : mais qui dit morale dit législateur, loi d'un côté et liberté de l'autre. Qui sera ce législateur? La nature sans doute puisqu'il ne doit pas

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être question ici de la loi divine connue seulement par la révélation. Est-ce la nature extérieure , physique? Mais elle est sans intelligence, muette à l'égard de rhomme ; elle est elle-même sous la loi de la nécessité ou du destin. Et d'ailleurs c'est l'homme qui doit gouverner la nature , loin de se laisser dominer par elle. Sera-ce la nature humaine, la nature de chaque homme? Alors c'est moi, moi qui me suis à moimême ma loi , moi qui me commande , imoi qui m'obéis , qui m'accuse , me blâme ou me disculpe , et nous voilà avec notre loi naturelle et notre morale naturelle , dans le panthéisme pratique. Locke avait donc raison de dire que la conscience morale n'est que l'opinion que l'homme a de lui-même et de ses actions.

Ou la loi morale est si clairement gravée , non seulement dans notre cœur, dans la partie la plus intime de nous-mêmes , mais encore dans notre raison ; elle nous est tellement naturelle , instinctive , qu'il ne faut que rentrer en soi pour la reconnaître et la com-^ prendre; et, dans ce cas, qu'avionsnious besoin du Décalogue et de l'Évangile? Ou il faut toujours une parole enseignante , une parole d'autorité pour donner à l'homme la conscience de la loi qu'il porte dans son fond ; et alors reconnaissons le don qui nous a 4té fait, ne l'attribuons pas à notre raison, ne prétendons pas être sages par nous-mêmes. La morale n'est naturelle qu'en un sens , par la parfaite harmonie de

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ses préceptes avec la nature de l'homme , avec ses be* soios fonciers et ceux de la société.

Voilà, mon cher ami, en résumé ce qu'on appelle la philosophie scolastique de nos jours, la doc^trine enseignée en France à la plupart des élèves du sano^ tuaire, à la jeunesse cléricale au moment où la raison ayîde de connaître a atteint son plein dévelop-

pement. Partant du doute méthodique de Descartes, il faut bien dire à cette jeunesse , à l'entrée de la carrière : Faites abstraction de vos croyances religieuses , elles n'entrent point dans le domaine de la philosophie. Yous examinerez ce que vous ayez cru jusqu'ici sur parole; vous l'examinerez d'après les règles de la dialectique qu'on va vous enseigner^ et vous n'admettrez désormais comme vrai que ce que vous aurez clairement conçu, que ce qui yous sera démontré suivant les règles de la logique, que ce qui sera devenu évident à votre raison. Jusqu'ici vous avez cru en Dieu comme l'enfant, l'ignorant, le peuple, parce que la parole de Dieu vous a été annoncée 2 c'est croire en Chrétien vulgaire et tout juste pour son salut. Mais destinés à instruire , il vous faut davantage, il vous faut une croyance rationndle; c'est-àdire que vous croirez à l'existence de Dieu sur le témoignage de la nature et des sens, ou ^a vertu de l'idée de l'infini que vous portez dans votre esprit. Il s'agit de reconnaître cette idée, de la considérer en elle-même, de la dégager de ce qui ne lui appartient

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point, de la concevoir en notion pure, puis d'en dé^ duire tous les argumens invincibles qu elle renferme. . Croire à llnfaillibilité de ces argumens et à la vérité de votre notion , conclure de ce qui est en vous a ce qui est. hors de vous , de votre pensée à Fétte de Dieu ; voilà ce qui fait uiiefoi solide, voilà ce qui s'appeUe croire raisonnablement en Dieu*

On vous a dit qu'il y a en vous quelque chose qui doit survivre à Thomme terrestre , vous l'avez cru sur: parole; mais vous devez en douter Maintenante puis* que cest du doute qu'il faut partir pour arriver à la. certitude. Par quelle voie arriverons-nous à cette cer-. titude? Par la voie de la critique et dé là dialectique, , Nous examinerons ce que les meilleures tètes ont: pensé sur cette question, ce qui a été dit et écrit pdur affirmer ou nier l'immortalité de l'âme ; nous comparerons, nous raisonnerons, nous n'admettrons que ce qui nous paà^aîtra évident. Et la jeune l'aison toute fière de ses droits et de sa puissance, et ne demandant pas mieux que de les exercer, se met à argumenter, à disputer avec ou contre ses maîtres^ et elle défend avec chaleur l'opinion qu'elle adopte.

C'est avec la conviction que le principe de la science, que la science tout entière est dans notre raison, que l'homme peut arriver à la certitude de toutes les vérités métaphysique3 par les seuls moyens naturels, et connaître Dieu sans Dieu ; c'est dans cette disposition à raisonner, à disputer, à ergoter sur tous les

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sujets, avec cet engoùment pour une métiiiode toute rationnelle et pour une doctrine toute païenne, entée sur les croyances religieuses qu'A tenait de sa première éducation, que le jeune logicien comm^ice ses études théologiques. Il se croit philosophe, car il a appris de mémoire ce qu'on lui a enseigné sous le nom de philosophie; il croit posséder la science et connaître l'art d'en faire usage , car il sait argumen* ter, construire et décomposer un syllogisme. Qu'on lui présente alors le fruit de l'arbre de vie , les livres sacrés et la doctrine positive de l'Église; cette nourriture simple lui sera insipide , elle ne répondra pas à son goût, habitué qu'il est au fruit de l'arbre du bien et du mal. Il lui faut de la dialectique , de la syllogistique , de l'argumentation. Les erreurs l'intéressent plus que la vérité , parce qu'elles donnent nn aliment à l'actiTité de son esprit qui a besoin de disputer ; et c'est pourquoi on s'arrête si complaisamment dans l'enseignement théologique sur tous les sophismes , sur toutes les absurdités que l'orgueil de la raison a inventées durant les siècles , contre la parole sacrée et l'enseignement dogmatique de l'Église. Il s'évertue contre ces erreurs , il exerce sa sagacité à les discerner et à les combattre; mais il n'apprend pas à connaître les Ecritures dans leur ensemble , à en pénétrer le sens divin; le goût de la vérité ne se forme pas en lui, et ne connaissant de l'homme ni sa nature véritable, ni sa loi, ni l'ordre hiérarchique de ses facultés,

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ni ses rapports nécessaires ayec Dieu , %s semblables et lé monde, il ne comprend rien , ne peut rien comprendre au progrès de Thumanité ni à l'histoire si belle de TÉglise militante. Au lieu de faire de la théologie en lisant , en méditant et en priant , il Vétudie comme il a étudié la philosophie, en apprenant de mémoire et en argumentant.

Il sort de Técole du sanctuaire revêtu de la dignité sacerdotale et muni de pouvoirs qu'il doit exercer au milieu de ses frères. Il se trouve en face des hommes du siècle , de ses contemporains , de ses atidens condisciples devenus savans et païens dans le monde. Son zèle s'allume et le presse; il voudrait ramener les incrédules au Christianisme, à la Vérité. Hais au lieu de leur adresser une parole apostolique, une parole vibrante de foi et chaude d'amour, ou ail moins une parole de science qui porte la lumière dans llntelligence , il s'adresse à la raison de son adversaire , non pour lui montrer ce qu'elle est , ce qu'elle peut ou ne peut pas , mais pour lui prouver qu'dUe est obligée d'admettre des propositions dé-^ montrées par la raison d'un autre, sous peine de passer pour insensée sinon pour impie. C'est une raison chrétienne qui veut prouver à une raison, païenne ce qui les dépasse l'une et l'autre. L'homme du monde ^ quand il veut bien écouter et répondre, ce qui n'arrive pas toujours , consent tout d'abord à en appeler à la raison et à la prendre pour juge , à con-

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ditioa pourtant que ce soit sa raison à lui et non la raison théologique. Il reste ferme sur son terrain , s'appuyant sur la connaissance des faits naturels , des faits de sa conscience et sur les lois logiques, écartant avec soin toute donnée traditionnelle qui dépasse la portée de la raison spéculative; tandis que la raison théologique , allant continuellement de la foi a la dé^ monstration et de celle-<;i à la foi , semble tourner dans un cercle vicieux et poser comme certain ce qui est en question. Aussi se sépare*-t-on ordinaires ment sans s'entendre, avec la conviction d'un coté qu'on ne peut être à la fois Chrétien et philosophe,, et de l'autre, que les sciences naturelles sont incomr. patibles avec la foi et la piété ; eit si les choses sont poussées à l'extrême , si l'amour-propre et la passion s'en mêlent , comme il arrive trop souvait , l'homme du siècle prend le prêtre en pitié sinon en haine ; et le prêtre regardant son adversaire comme un insensé ou un impie, l'abandonne à son sens réprouvé et au jugement de Dieu... Et pourtant il n'eût fallu peut-' être qu'une parole de foi et de charité, jointe à cette dignité douce que donne la conviction profonde de la vérité, pour gagner cette âme à Jésus-Christ; car l'irréligion des gens du monde , quand elle n'est pas motivée par l'intérêt ou par des penchans honteux, n'a point chez la plupart des racines profondes.

Mais si vous vous adressez à un homme instruit ou qui a la prétention de l'être , à un homme fort dans

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sa raison et qui ne se rend qu'à Tévidence ; si vous lui prés^itez le principe fondamental de toute religion-^ la mérité de l'existence de Dieu appuyée seulement de preuyes rationnelles ou sensibles ; si vous lui posez les dogmes du Christianisme chacun à part, isolés les uns des autres , sans vues philosophiques qui en montrent les rapports nécessaires , il ne vous écourtera pas; ce que vous lui direz n'aura point de sens pour lui, il ne verra dans ces dogmes que de vaines spéculations , des notions vides , des abstractions , des mots* La doctrine chrétieime lui apparaîtra comme un hors-d^œuvre , comme une chose à part au milieu des connaissances humaines , sans rapport nécessaire avec le besoin essentiel de l'homme, avec son bon* heur, avec celui de la famille , avec l'état de la société, avec le développement progressif de l'humanité auquel elle devrait présider; et ainsi il ne consentira jamais à accepter les conséquences pratiques qu'elle lui impose. Tant pis pour lui , dit le prêtre rationaliste. Oui sans doute ; mais malheur aussi à celui qui avait reçu la mission spéciale d'enseigner aux hommes les vérités divines et de prêcher l'Évangile du salut ^ non avec les discours de la sagesse humaine , mais avec ceux de l'esprit de Dieu pour ne pas affaiblir ou rendre vaine la vertu de la parole de la croix !

Voilà , cher ami , le triste résultat de cette étude prétendue philosophique, de cette syllogistique sté^ rile qui étouffe la foi, qui ébranle et tue la convie*

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tion. C'est cette méthode que la plupart des écoles ecclésiastiques conservent comme un palladium, et qui est vraiment la barrière qui tient le clergé en arrière du siècle, lui qu'on devrait toujours voir à là tête de la civilisation. II sait de mémoire les erreurs anciennes, les argumens qui les combattent, et ce qui est bien plus précieux, il connaît les décisions doctrinales de l'Église qui condamnent ces erreurs; mais il est resté en dehors de la marche du temps, il ne connaît ni ses idées, ni ses théories, ni son langage, il ne le comprend pas comme il n'en est pas compris, et voilà pourquoi sa parole a aujourd'hui si peu d'influence. Il conserve le dépôt sacré de la doctrine ; il la défend avec zèle quand l'occasion lui en est donnée ; mais il ne l'annonce point avec cette éloquence chaleureuse, avec cette onction qui vien* nent d'une conviction profonde , ni avec la lumière de la science qu'on voit briller dans les écrits des Pères. On fait en chaire de la polémique, des dissertations savantes , des discours chrétiennement rar tionnels qui tendent à réfuter plus qu'à instruire ; on déclame, on dispute, on démontre, on condamne; mais on ne remue point le cœur , on n'éclaire point l'esprit , on ne nourrit point la charité , on n'édifie pas. Aussi ces prédications ne sont-elles guère suivies que par des âmes simples qui tiennent à la religion par la foi plus que par l'intelligence. Ainsi s'explique encore la répugnance de la philosophie du

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siècle pour la religion telle qu'on l'enseigne le plus généralement, bien que cette philosophie sente lé besoin de reyenir aux principes religieux , ou plutôt justement parce qu'elle éprouve ce besoin. Elle a été trop dégoûtée du rationalisme dans ses propres spé* culatibns pour aimer à le retrouver dans la religion.

Que faudrait-il pour remédier à un mal aussi grave, aussi profond? Rien moins qu'un coup de Providence pour désabuser la théologie rationnelle de l'illusion de sa puissance et de ses argumens. Il faudrait dans les écoles chrétiennes des études préparatoires plus fortes et plus variées , suivies d'un enseignement philosophique qui ne soit plus déiste ni païen, mais religieux et vraiment chrétien.

Il faudrait une métaphysique basée non sur la notion vague et indéfinie de l'être en général , mais sur la foi au Principe universel tel que le symbole chrétien le propose, sur la foi au Dieu unique, auDieu père. Fils et Esprit; car, et )e vous engage à bien remarquer ceci , si vous n'admettez pas avec l'idée du Un absolu, celle de son éternelle gâiération en luimême, vous n'aurez jamais qu'une métaphysique panthéistique. Dieu sera toujours pour vous l'âme du monde, l'esprit du monde; le monde sera toujours le corps ou la forme de Dieu > l'aocident de la substance divine , l'existence de l'être Dieu , son émianation , son évolution , etc.

Il faudrait une psycholi^ie analytique , partant des

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anciennes traditions qni nous apprennent l'ori^ne de rhomme , sa double nature et sa loi , une psycholog^ie )ustifiée par les faits de la conscience et par le développement progressif du caractère humain dans l'individu , dans l'espèce et dans le geare^

Il faudrait une logique sérieuse qui détermina nettement le caractère et le pouvoir, le droit et Tol^et de la raison d'après son rang dans la hiérarchie de nos facultés, une logique qui apprit, non point è percevoir la vérité en elle-même (où prendraitr-elle le critérium pour la connaître?), mais à discerner le vrai dans la proposition, le sophisme dans le dîs^ cours, le vice dans le raisonnement.

Il faudrait une morale déduite de notre double nature physique et psychique, mortelle et immortelle , et de nos rapports nécessaires avec Dieu , avec nos semblables et avec le monde. Il faudrait , en un mot , une philosophie qui fût la réalisation complète et véritable du nosce te ipsam. Et cette étude de l'homme vivant, bien autrement intéressante et instructive que celle des opinions, des distinctions ^ des abstractions rationnelles , ne demanderait ni plus de temps ni plus d'application; elle disposerait la raison naturellement païenne à adhérer franchement et librement aux dogmes chrétiens , en même temps qu'elle préparerait l'intelligence à en comprendre le sens métaphysique ; et ainsi la science essentiellement catholique, la théologie, se développant progressive-

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ment dans l'Église , et embrassant dans son idée sublime riiîstoire de Thumanité déchue et régénérée, deviendrait à la fois la base et la sanction de la philosophie, de la vraie science de l'homme. Cette double science serait comme Féchelle de Jacob , par laquelle les vertus du Ciel descendent vers la terre pour lui transmettre la lumière et la sagesse divine , et par où elles remontent au Ciel pour rapporter à Dieu la science et l'hommage de l'homme.

Verrons-nous jamais un état de choses si désirable? Je ne sais. Mais ce que je sens et prévois avec douleur, c'est que , si le clergé s'obstine à rester stationnaire au milieu du mouvement scientifique qui entraine la société, il ne pourra bientôt presque plus rien pour elle; le flambeau de la foi s'éteindra dans notre belle France et nous retournerons à la barbarie. La civilisation moderne est le fruit du Christianisme. Attaquez l'arbre dana sa racine ou négligeai de le cultiver^ le fruit va se dessécher ou dégénérer.

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