‹ Philosophie du christianismeChapitre 8 sur 29 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

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« ciens * ; • de S. Grégoire de Naziance , de Théodoret j de Sidoine Apollinaire qui caractérise si bien la doctrine du père de la philosophie rationnelle quand il dit : & Il sent comme Pythagore , divise «comme Socrate, expose comme Platon, embrouilk •comme Aristote'^. » Mais il me semble que les pas^ sages allégués suffisent pour prouver que les pères distinguent nettement la science selon Fesprk de Dieu de la doctrine suivant la sagesse humaine , la science du portique de Salomon de celle des jardins d'Athènes, la simplicité divine des Apôtres de Fart trompeur des dialecticiens , en un mot la doctrine de la foi qui sauve , de la doctrine de la raison qui égare. Telle était la manière des Pères , telle était la méthode d'ense^;nement qui n'avait cessé de régner dans les écoles de FEglise c quand , dit l'écrivain déjà cité , c une théologie nouvelle vint y faire irruption : ce fut tt celle des scolastiques , qui traitèrent la doctarine de c l'Écriture et des Pères par la forme et les organes de « la dmlectique et de la métaphysique tirées des écrits « d'Aristote. Les livres de ce philosophe s'étaient ré- « pandus , dès le neuvième siècle , chez les peuples de « l'Europe , moins dans leur propre langue que dans

^ « Oro te ut philosophorum argiimentatione depositâ , chris- « tianâ meciim simplicitate loqiiaris , si tamen dtalecticos non « sequeris, sed piscatores. « {S. Hieron. cont, Luci/eranos.)

2 « Sentit ut Pythagoras, dividit utSocrates, explicat ut Plate, « implicat ut Aristoteles. » {Sidon. ÀpoL ^ Hb. lY, ep. 8. cité par Lauuoy.)

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«les versions que les Arabes en avaient faites. » (Guillon, t, XXIV, p. 357.)

Ici se présente le second point cpie je vous ai annoncé , savoir : que la méthode scolastique s'est in^troduite dans les écoles de FOccident sous une in-^ fluence à la fois musulmane, judaïque et hérétique, ce qui ne préjuge certes pas en sa faveur.

Je vous ai promis des autorités sûres à Tappui de mes assertions. Voici comment un auteur, aussi judicieux qu'érudit , explique cette introduction de la philosophie péripatético-musulmane en Occident.

«Au septième siècle, les enfans d'Abbas et d'Ali, cinltliolés par l'ombrageuse politique des Ommiades, c cherchèrent un asyle dans l'Arabie, la Mésôpota-

« mie et les provinces orientales de là Perse. Ils trou-

c vèràiten Mésopotamie les Nestoriens, chez lesquels € dominait l'étude de la philosophie grecque, dont «les écoles nombreuses étaient' dans un état de splen- « deiir et de renommée.

cependant le joug des Ommiades commençant « à déplaire au peuple, Ibrahim , l'Iman de la famille «d'Âbbas, travailla à établir sa puissance dans les c diverses parties de l'empire arabe. L'étendard de la « maison d'Abbas fut arboré ; une armée , composée c pour la plupart de Persans, s'avança triomphante «vers l'Euphrate, et les Ommiades cédèrent le trône «aux Abassides.

«Cette nouvelle famille long-temps exilée chez les

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« Persans, élevée au trône par leurs efforts, les appda c au partage des dignités de Fempire. Cette réyolurction eut aussi dans l'origine une grande influence c sur le sort des Nestoriens : la fortune de quéhpies « familles persanes leur devint commune. Les califes «les voyaient avec plaisir, tandis qu'ils haïssaient les c Chrétiens des sectes opposées, les regardant comme « des espions de l'empire grec.

« Almanzor entreprit d'enrichir la langue des Ara- «bes des ouvrages scientifiques des Grecs, et or- <c donna qu'on les recherchât et les traduisit; et dans «l'espace d'un Siècle, la plupart des richesses aciesor «tifiques de la Grèce passèrent dans la langue du «Coran, grâce à l'activité laborieuse de plusieurs « traducteurs , persans d'origine et presque tous Nesc toriens de religion. On traduisit d'abord des traités «de mathématique, de médecine et d'astrcmomie ; «puis on en vint aux traités de logique et de méta- « physique. Aristote ne put être oublié; car depuis « long-temps les Nestoriens s'étaient rendu ses éorits c familiers , et y puisaient des armes pour combattre « les décisions des conciles d'Ephèseet de Chalcédoine.

« Avicenne parut , et embrassant dans ses écrits le c plan du philosophe de Stagyre , lui prodiguant ses «louanges, adoptant presque toutes ses opinions, «tantôt l'abrégeant, tantôt le commentant, il décida « de sa fortune parmi les Arabes.

«W progrès rapides des armées Abassides obli-

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c gèrent les Ommiades à chercher un asile dans le «pays le plus éloigné du centre de leur domination. «Un d'eux échappé par miracle au massacre de sa fa- < miUe , aborda , après des aventures extraordinaires , p sur le sol de TAndalousie , et y fut salué calife. Alors «commença, pour les Ommiades et les Sarrazins , « une époque également brillante dans les fastes de «lliistoire politique et littéraire. On vit des académies «s'élever à Cordoue, à Séville, a Grenade, à Tolède, «à Valence, à Murcie, etc.

«L'Espagne musulmane suivait la marche progres- «sive de la philosophie dans les provinces musul- «mânes de l'Orient, et les ouvrages publiés en Orient «passaient promptement dans les écoles d'Espagne. « Alors parurent avec éclat Geber , Azarchel , Avem- «Pace, Thofaïl, Averroês. (i 198.)

«Dès que les sciences et la philosophie furent cul- «tivéea chez les Arabes de l'Espagne, il est facile de « concevoir comment le goût s'en introduisit parmi «les Chrétiens. Les Arabes, lorsqu'ils entreprirent la «conquête de l'Espagne, n'avaient point de forces « suffisantes pour s'y établir et s'y maintenir par les «armes; et ce fut à des transactions modérées, en «laissant aux habitans leurs mœurs et leur culte, à « la charge de certains impôts , que leur expédition « dut ses succès durables.

«Au milieu des Maures, les Espagnols jouissaient « avec fierté d'une espèce d'indépendance. Ils s'unis-

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c saient volontiers par le mariage à des familles mu- « sulmanes. Peu à peu la langue arabe leur devint « aussi familière que la leur ; et on fut obligé de faire, « dans le dixième siècle, une version arabe des canons « ecclésiastiques pour Fusage des catholiques des pro- « vinces musulmanes.

« Les liaisons que la politique établissait entre les c princes chrétiens et maures , le commerce les faisait «naître, les entretenait entre les sujets des deux na- « tiens et les étendait jusqu'aux provinces méridio- «nales de la France. LeS/ rapports des Sarrazins avec « Montpellier étaient d'autant plus nomI»reux , qu'à « l'origine de cette ville, un grand nombre de ses ha« «bitans étaient des Espagnols attirés en France par «les privilèges de Louis -lé «Pieux, qui avait vécu «parmi les Maures.

«Aussi le Chrétien avide de science se rendait à

< Tolède , s'attachait à un Juif ou à un Sarrazin con-^ «verti, puisait dans sa fréquentation quelque con-

< naissance de la langue maure. Quand il voulait «traduire un livre, ce maître le lui expliquait en « espagnol , et il mettait cette traduction verbale en «latin. ..

«Une^aujtprd? cause contribua puissamment à répan* «dre dans les Etats chrétiens la renommée des philo- « sophes arabes. Au temps où les sciences fleurirent «en Andalousie, les Juifs y étaient nombreux; ils tf avaient des académies , et à l'aide de leurs connais-

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«sances dans la médecine, ils s'introduisirent à la « cour des princes chrétiens comme à celle des princes € musulmans.

«On les trouve aussi en grand nombre dans plu- « sieurs YÎUes de France S où, leurs écoles jouissaient «d'une grande réputation. Telle devint leur puis- «sance à Marseille, que les princes défendirent à c diverses reprises de les élever à la baillie, la pre- « mière des magistratures.

c En même temps qu'ils s'adonnaient au négoce , «ils cultivaient lés sciences avec succès, et le douzième « siècle vit fleurir les Juifs Aben-Hezra, Jonah ben Ga- «nach, Maimonides, disciple de Thophaïl et d'Aver* «roës, Thibbon Bechaï, David Guinchi, en Espagne; «en France, Moïse Havarschan, Salomon Jarchi. Ces «rabbins écrivaient |pour la plupart en arabe, dau- « très en hébreu , et de cette double versiopi les traités c philosophiques d' A verj^oes , d'Avicenne 9 de Thophaïl < passèrent en latin.

«Les Chrétiens prenaient par ces votes diverses le «goût des sciences. Aussi Alvare de Cordoue se plaint^ «il amèrement du penchant des Chrétiens pour la «langue et la littérature des Sarrazins. Hugues de «Saint-Victor, dans une lettre à l'évêque de Séville, «lui reproche de se livrer avec trop d'ardeur à Té-

< En 1182, sous le règne de Philippe, on voit des écoles de Juifs célèbres à Paris , au rapport de Rigordus , médecin du roi , et de Benjamin de Tolède, dans son Itinéraire.

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«tude de la philosophie païenne. Enfin, les nom- « breux traités composés contre les Juifs , pendant le t douzième et le treizième siècle, suffisent pour éta- «blir l'influence qu'ils obtenaient parmi les Cfaréc tiens. > (Jourdain, /{^cA. crit. sur l'âge ^ l'orig. des trad. laU d'AHstote, ouvrage couronné par FAcadémie des inscriptions et belles-lettres, p. i5 et suiv., et p. a35.)

Ainsi , d'un côté les ouvrages originaux et les commentaires aristotéliques des Arabes Avicenne, Thophaïl et Averroes; de l'autre, les traductions et commentaires des auteurs «^abes faits par lés Juifs dIEspagne et de France , Maimonide , Jean , etc. , furent les sources où les Chrétiens d'Occident puisèrent la doctrine scolastique , qui s'établit définitivement par l'influence et sous le patronage d'une suite d'auteurs hérétiques , reconnus et condamnés comme tdis , et parmi lesquels je ne rapellerai que Scot-Érigène, dont la doctrine fut condamnée , au neuvième siècle , par le concile de Valence ; Bérenger condamné par le concile de Saint-Brieux en io53, d'Angers en 1061 , de Bordeaux en 1080, de Paris en io53, de Rome en io5g, de Tours en io55 ; Roscelin, chanoine de Cornpiègne, le père des Nominalistes , condamné par le concile de Soissons en 1 og3 ; le fameux Abailard condamné par le concile de Soissons en 1121, par celui de Sens en 1 1 7 1 ; l'évêque de Poitiers , Gilbert de la Porée, condamné par le concile de Paris en 1147?

par celui de Rennes en ii4S; Févêque de Paris, Pierre Lombard , le maître des sentences , condamné par les conciles de Tours en 1 163, de Latran en 1 179^ {du Boutay^ t. II, p. 585); Amaury condamné par rUniversité de Paris en 1204 9 et par le concile de Paris de la même année ; David de Dinant condamné par le légat du pape , Robert de Courçon en 1 2 1 5 , Duns Scot en 1275, chef de la secte des Scotistes, combattu si long-temps par S. Thomas et les siens ; le franciscain Occam, surnommé doctar singularisa digne disciple de son maître Scot, le doctar subtilis, et tant d'autres connus par la subtilité de leur esprit, la singularité de leurs opinions , les erreurs de leur doctrine et le, caractère équivoque de leur conduite. J'aurais dû citer aussi Simon de Tournay et sa lamentable histoire , qui est à peu près celle de tout homme , dont la foi n'a d'autre app ui que le raisonnement et la science, d'autre base que la dîalec-

^ AlexaDdre ni écrit à Guillaume archevêque de Seos et légat du Pape en France, après un concile tenu à Rome où l'on avait traité du livre et de la doctrine de Pierre Lombard : « Manda- « mus , quatenùs quœ tibi cùm praesens esses prœcepimus , suf- « fraganeos tuQS Parisiis convoces et unà cum illis et aliis viris « religiosis et prudentibus , prsscriptam doctrinam studeas/^ei»'- « tàs abrogare. » {£ulœus, t. P', p. 403,)

Le même Lombard est regardé comme Fauteur de Thérésie des Nihilistes qui disaient que Jésus-Christ en tant qu'homme n'est rien. (Bulœus, t. II, p. 403.) Aussi 6autier-le-Prieur et l'abbé Joachim parvinrent-ils à faire ajouter au livre des sentences un Index de celles qui étalent condamnées: « Articuli in « quibus magister sententiarum cominuniler non tenetur. »

tique. Uii jour qu'il avait traité avec son habileté et sa subtilité ordinaires le mystère de la Sainte-Trinité, la longueur de la discussion l'obligea de remettre au lendemain la solution des questions soulevées. A l'heure fixée , grand concours d'auditeurs , affluence de maîtres et d'élèves en âiéologie de Paris, tous attirés par la célébrité du professeur et la difficulté des solutions promises par lui. Or elles furent si claires , si précises , si cathotiques , que chacun se retira pldin d'admiration. Cependant quelques disciples zélés s'empressent autour du maître, et lui demandait qu'il leur dicte les. solutions qu'il vient de dévdopper , de peur qu'elles ne tombent en oubli , ce qui serait une perte irréparable. Alors l'orgueil monta au cœur du maître et levant les yeux vers le Ciel , il partit d'un éclat de rire en s'écriant: Oh! Jésus, Jésus , combien n'ai-)e pas aujourd'hui exalté et confirmé ta loi! Ah! si malicieusement j'eusse voulu la combattre, que d'argumens plus victorieux encore pour l'ébranler et l'anéantir! O Jesule, Jesule, qwmtian in hâc guœstione canfirmavi legem tuam et exaltaviî Profecto si malignando et adversando veilem^ fortioribm rationibus et argumentis scirem illam infirmare et de^ primendo improbare (Bulaeus, t. III, p. 8 et 9). A ces mots il resta muet et idiot pour le reste de ses jours; et le grand docteur en théologie parvint à grande peine à apprendre de son fils le Pater et le Credo ^ qu'il répétait en balbutiant dans sa vieillesse.

Que ces hérétiques aient été réellement les pères de la doctrine scolastique du moyen âge , l'histoire le prouve. Au rapport de Danœus , du Boulay, Crévier, de Launoy , Bûhle , Tennemann , Jourdain et de tou» les historiens de la philosophie , j usque vers le onzième dècle, les ouvrages d'Aristote furent peu connus, sa méthode peu usitée , son esprit peu répandu. L'étude de la théologie consistait dans la lecture et la méditation des Écritures ; celle de la philosophie dans le Trivium et le Quadrivium^ ou les sept arts libéraux expliqués dans les ouvrages de Boëce et de Cassiodore , et dans la logique que S. Augustin dédia à son fils Adéodat.

. « Mais vers le onzième siècle, dit du Boulay, S. Au- < gustin se retira devant Aristote ; le païen fut pré- «féré au Ghrétiai. La dialectique d'Aristote se répanc dit au temps de Bérenger et des siens. Les nominac listes et les réalistes y trouvèrent des armes pour «combattre les uns contre les autres. Et ce qu'il y a «de plus malheureux, la méthode pure et simple em- «ployée jusqu'alors dans l'enseignement de la théo- « logie , fut exilée pour faire place à la scolastique. De « là les guerres qui s'élevèrent dans les écoles ; les uns «tâchant de retenir l'ancienne méthode, les autres

« d'introduire la nouvelle ^

1 « Cessît AugustiDus Arîstoteli et christianuâ gentili , ciijus «videlicet dialectica tradi cœpit temporibus Berengariis: indè- «que nominales et reaies altercandi, imè digladîandi occasio- «nem acceperunt. Ëtquod pejus est, simples quoque theolo-

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tOr, dît Gaultier de Saint-Victor, Abailard, Lomcbard, Pierre de Poitiers et Gilbert de la Porée, «imbus dW esprit tout aristotélique, et traitant avec «une légèreté scolastique les mystères ineffables de «la Trinité et de llncarnation, furent comme les « quatre bouches qui vomirent les hérésies qui ont «eu cours et qui pullulent encore en France^*

Avant eux l'enseignement de la théologie était dogmatique et positif. « Ce ne fut qu'à dater de l'an 1200 «qu'on commença à distinguer les théologiens en «deux classes, les anciens et les nouveaux, les bibli- « ques et les sententiaires. Les premiers attachés à « l'antique méthode exposaient les Saintes Ecritures , « et expliquaient les dogmes de la foi avec droiture et « simplicité. Les seconds, disposant les matières théo- « logiques dans un ordre plus rationnel et suivant « une méthode plus subtile , divisaient leur enseigne- «ment par chapitres et articles^. » Ils eurent de la

« gîae docendae metbodus exsulari cœpit , locumque dare scho- « lasticae. Hinc erg6 in scholis primùm exorta bella , dùm alii « morem aotiquum retioere , alii novum iDtroducère molie- « bantur. » {BuL, t. IL, p. 522.)

1 « Quisquis hoc legerit non dubitabit quatuor labyrinthes «Francis id est Abelardum, Lombardnm, Petrum Pictavinum « et Giibertum Poretanum, uno spiritû Aristotelis afflatos, dùm « ineflfabilia Trinitatis et Incarnationis scholasticâ levitate trac- « tarent , multas haereses oHm vomuisse et adhùc errores pulla- « lare. » ( Gualt, in lY libris contra manifestatas et damnatas etiam in conciliis hœreses quas sophistœ Abelardus , etc. , acuunt , limant, roborant.)

2 « Tùm ergo (ab an. 1200 ad 1300) potîssimîim distingui cœ-

peine à l'introduire , « car l'Université de Paris , dit «du Boulay, ayant toujours haï les nouveautés (la « scolastique était une nouveauté alors , aujourd'hui «^c'est une vieillerie), et s'étant de tout temps élevée «contre elles, s'efforça toujours de marcher dans la «simplicité de la foi, et i*epoussa ces inventeurs de « sophismes et de subtilités comme hérétiques et fau- «teurs d'hérésies. Et quoique alors (savoir au dou- «zième siècle) la Sorbonne ne fût point encore fon- « dée , pas plus que la Faculté de théologie , l'Univer- « site abondait cependant en théologiens et en hommes «doctes qui, dans les conciles et les assemblées, com- « battaient avec courage et énergie les novateurs ^.

«Ce fut cette malheureuse méthode, ce furent les « subtilités logiques et métaphysiques qui firent naître < les hérésies. Les maîtres trop attachés aux règles de

« peruot duo theologorum ordines veterutn scilicet et novorum , a seu biblicorum et sententiarîorum, Yeteres , antiquae disciplinas «méthodique tenaces, biblici dicti, e6 qu6d posUUis et glos- «suHs sacros codices enarrareot, oudè simpliciterque fîdei dog- « mata euucleare conteoti. Novi , senteutiarii appellali , eô quèd « materias theologicas subtiliori quàdam methodo couveuien- « tiorique ratione digestas per capita et artlculos expouerent. » (^tt/., t. m, p. 658.)

^ « Notabis lector... universitatem parisieosem ab omni sevo « odisse Dovîtates et ad versus eas insurgere solitam... semper « enim io simplicitate fidei ambulare studuit et subtilitatum in- « yentores quasi hœreticos aut hœresi proximos aversata est. Li- « cet enim tiim nondùm Sorbona fundata, nec doctorum theolo- « gifle facullas instituta , abundabat tamen theologis et viris doctis « qui in comitiis et conciliis contra ejusmodi novatores acriter et « fortiler decertabant. « {.Du Boulay, cité par Launoy, p. 11.)

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c k dialectique , et accordant au raisofinement plus «de vdieur et de vertu qu'aux dogmes de la foi , ei>c tre{»rirent de traitcfr les choses divines suivant cette 0 méthode. Et alors, en moins de deux cents ans, «depuis Tépoque ou Béreitger, Jean Scot et Rosc celin eurent inventé et fait glisser dans la théologie « les subtilités et les artifices de la dialectique , pulclulèrent les hérésies des Bérengistes, Roâcelinistes, tt Abailardistes , Gilbertistes , Amauristes et. autres «novateurs*.»

Cependant TEglise intervint avec son autorité et sa puissance, et ici paraît ma troisième proposition : La méthode scolastique a été condamnée par les Coi> ciles , réprouvée par les souverains Pontifes , proscrite par les Universités et les Académies , flétrie par les docteurs et les théologiens.

L'Eglise voulut arrêter le mal dans son origine , en frappant celui dont les ouvrages donnaient aux nova* teurs cet esprit subtil , inquiet , turbulent , querelleur, comme ils avaient fourni aux Nestoriens d'Orient

^ « . . . . £x logicis et metapfaysîcis subtilitatibus orsas foisse « pluresiiœreses, cum professores dialecticis regulis nimis io-' A tenti et plus ratlocinatiooi humaose et iogenii viribus tribuen- « tes quàm fidei dogmatibus , res divinas tractare agressi sunt « Mirum est intrà 200 paulô minus annos ex que dialectic» « questiones et cavillationes atque subtilitates à Berengario , « Joanne et Roscelino fuerint ÎDventœ et in theologiam irrep* « serint , tàm multas haereses émanasse , scilicet Berengarii i « Roscelini, Abelardi, Gilberti Poretani, Amalrici, et alioram « novatorum. » {Launoy^ p. 11.)

leurs albumens sophistiques contre les décisions des conciles d'Ephèse et de Ghalcédoine.

En 1 209 , Farchevêque de Sens présida un concile à Paris, dans lequel les ouvrages d'Amaury et les livres d'Âristote furent condamnés au feu. On lisait alors à Paris , dit Rigordus , moine de Saint-Denis et médecin du roi Philippe-Auguste , certains livres d'Aristote sur la métaphysique apportés depuis peu de Constantinople et traduits du grec en latin. Comme non seulement par leur doctrine subtile ils avaient donné occasion à Thérésie d'Amaury, mais qu'ils pouvaient encore en faite naître de nouvelles , on ordonna qu'ils fussent brûlés , et on défendit dans le même concile , sous peine d'excommunication , de les lire, transcrire ou conserver d'une façon quelconque par la suite ^.

La défense ne fut pas fidèlement observée* Les dominicains et les franciscains étudiaient les ouvrages d'Aristote à l'envi , et y trouvaient l'aliment de leurs interminables disputes. On fut obligé de renouveler

1 Voici la sentence même du concile telle que D. Marienne Fa publiée {Acta phiiosophica, t. P', p. 690, 4^ cahier cité par Jourdain) :

« Décréta magistri Pétri de Corbolio, senonensis archiepis- « copi, parisiensis episcopi et aliorum episcoporom Parisiis con- « gregatorum super bsereticis comburendis et libris non catbo-

« liais penitùs destruendis Quaternuli Magistri David de

a Dinant afferantur et combnrantur , nec libri Aristotelis de « natarali philosophiâ , nec commenta legantur Parisiis publicè « vel secretô. Et boc sub pœnà excommunicationis inbibemus.- >»

la prohibition. En iâi5, Robert de Gourçon, légat du Saint-Siège, qui avait eu mission de régler les affaires de rUniyersité de Paris et Tordre des études, défendit de lire les ouvrages d'Aristote sur la métaphysique, sur la philosophie naturelle , et les sommes faites sur ces livres ^ La défense fut encore renouvelée par le pape Grégoire IX dans une bulle , qù*il adressa aux maîtres et aux écoliers de Paris , sous' la date d'avril i sS i ^. Le même pape avait déjà , en 1 228, censuré dans des lettres adressées aux théologiens de Paris, ceux qui rendaient en quelque sorte la foi vaine , en accordant au raisonnement et à la nature ce qui n'appartient qu'à la grâce :

«Grégoire, évêque, serviteur des serviteurs de «Dieu, etc.. Notre cœur a été profondément affligé c et rempli d'une amertume semblable à l'absinthe , «lorsque nous avons appris que quelques-uns d'entre c vous, enflés d'orgueil comme une outre de vent, «s'attachant dans leurs profanes nouveautés à déc passer les limites posées par les Saints Pères , s'a- « donnent, par une témérité toute païenne, à la phi- « losophie naturelle , bien moins pour le profit de

^ « Non legantur libri Aristotelîs de melaphysicà et naturall « philosophie oec summa de eisdem. »

2 « Ad hœc jubemus ut magistri artium unam lectionem de « Prisciano et uoam postalîam ordioarii semper legant, et Ubris « illis oaturalibus, qui io coDcilio provinciali ex certà caasà « prohibili fuére Parisiis, qod utautur, quousque examinali fue* « rÎQt et ab oroui errorum suspicione purgatl. »

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leurs auditeurs que pour montrer leur vaine science ; au point que ce ne sont plus des théologiens , mais des théophantes. Au lieu d'exposer la doctrine théo^ logique d'après là tradition des Saints, ils s'appuient de doctrines étrangères , et fondant ce qui est divin sur des documens humains , attribuant à la nature ce qui est de la grâce , ils réduisent la théologie en servitude , et de reine qu'elle est , ils en font une vile servante. En s'efforcant de fonder la foi sur la raison naturelle plus qu'il n'est juste, pe rendentils pas en quelque sorte la foi inutile et vaine ? Car la foi n'a plus de mérite quand la raison humaine en est l'appui*. »

«Quelle folie que de s'appliquer à une pareille

1 « Gregorius Episcopus , servus servorum Dei , dilectîs filiis « uoiyersîs doctoribus et magistris theologise Parisiis doceDUbas, « Sal. et apost. bened. — - Tacti dolore cordis intriosecùs, ama- < ritadîne repleti sumus absinthii , quôd , sicut nostris est au- «ribas intimatum, quidam apud vos spiritû vanitatis ut uter « distenti, positos à patribus terminos profana transferre sata- « guQt Dovitate quos traosgredi dod solum est temerarium sed « profanam , ad doctrioam philosophicam naturalium ÎDcli- « nando, ad ostentationem scientise non profèctum aliquem aa- « ditorom; Qt sic videanturnonTheodactîseu Theologi, sed po- « tiiis Theophanti. Cùm enim theologiam secundùm approbatas « traditiones saoctorum exponere debeant. . . . ipsi doctrinis va- « riis et peregrinis abducti redigunt caput in caudam et anciliœ « oogunt fiimulari reginam, videlicet documentis terrenis cœ- « leste, qaod est gratis, tribuendo naturse.... dam fidem co- « nantor plus debito ratione adstruere naturali , nomne îHam « reddant quodammodè inutilem et inanem? Qaoniam fides « Doa habet meritum, cui humana ratio prœbet experimen- « tum... , etc. »

TOlfE II. 9

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« étude , écrivait le pape Clément Y, en parlant de la « théologie scolastique , quand ceux qui renseignent « sont des hommes si bizarres et si fantastiques ^ ! »

Les livres d'Aristote venaient d'être condamnés à Paris en i â3 1 et défendus à Rome par le pape Gré* goire IX, quand Albert^ le- Grand et S. Thomas se mirent a les commenter. Pourquoi ils l'entreprirent, tandis que leur doctrine et leurs idées sont évidemmait platoniciennes, ce fut une énigme pour leurs contemporains. Launoy cherche à les excuser en disant, ou qu'ils écrivirent ailleurs qu'à Paris, se croyant ainsi exempts du décret de Grégoire adressé aux théologiens de Paris, ou qu'étant à Paris, ik ignoraient le décret, ce qui n'est pas probable, ou qu'ils en avaient obtenu la permission de Rome , ce dont on ne trouve aucune trace. Thomas Campa<nella dit avec plus de sens , qu'il ne faut pas s'imaginicr que S. Thomas ait aristotélisé : « Il n'a voulu , « ajoute- t-il , qu'exposer la doctrine d'Aristote, afin «de s'opposer aux erreurs propagées par sa philo- «Sophie^. 9 Et il n'y a en effet qu'à ouvrir la somme de S. Thomas, pour s'apercevoir que les idées de S. Thomas sont toutes platoniciennes , et qu'il n'y a

1 « Quid fatuitatis fuit , ad hoc amicum dilectum applicare, cùm « illi tfaeologi sunt phantastici hommes reputandi ! » (Lanieas.)

2 ^ Nulle pacto putandus est ari&iotelizâsse , sed taotùm Aris- « tolem exposnisse ut occurreret malis per Àristotelem illatis , « et crederem, cum licentià pontificis. » (Disp. in prol. inst. scient. , art. II cité par Launoy, p. 66.)

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dans sa doctrine pure, sublime, idéelle, que la forme qui soit aristotélique ou scolastique. Quiconque a étudié ses ouvrages , ne conserve aucun doute à cet égard. Cependant S. Thomas fut blâmé par ses contemporains, et la faculté de théologie de Paris, dans un traité contre un nommé Jean de Montesonum^ qu'elle fit présenter par ses dél^pués à la cour pon«tificale , alors à Avignon , accusait ce théologien d'a^ voir péché contre les lois et décrets dès conciles, et surtout contre le rescrit de Grégoire IX. (Launôy, p. 75.)

A l'autorité des Conciles, des souverains Pontifes et des Universités , ajoutez celle des théologiens les plus éclairés, qui unissaient leurs vçix et leurs efforts pour flétrir une doctrine, dont ils voyaient les déplorables conésquences dans les divisions et les interminables disputes de leurs élèves , dans la perte de cet esprit de prière et de recueillement qui prépare à la contemplation de la vérité , et en rend seul capable, a Pourquoi, hélas! disait le grand Gerson, «chancelier de l'Université de Paris, auteur d'une « théologie riche en idées larges et vraiment philoso- «phiques, et juge plus conipétent qu'aucun autre «en cette matière, poiMrquoi nos théologiens sont-ils « des sophistes verbeux et bizarres , si ce n'est parce c qu'abandonnant les choses utiles et intelligibles , ils • se livrent tout à la logique et à une métaphysique « abstraite. . . , ce qui, loin d'édifier la foi , devient un

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«objet de dérision et de scandale pour leurs audi- «teurs^ »

Nicolas de Clémangis, disciple de (jerson ^ célèbre théologien , « s'étonne et s'afflige également de a ce que les théologiens de son temps lisent si n^i- «gemment les Saintes Écritures et s'amusent comme « des sophistes à des questions oiseuses et à des disc putes de mots indignes d'un théologien. Leurs ar- «gumens spécieux et beaux en apparence sont yides «et stériles, comme ces fruits de Sodome dont la «beauté extérieure ne couvre que de la poussière «et des cendres. Pressez les argumens, ils s'éya- « nouissent comme de la fumée. Il est écrit que les «sophistes sont odieux; cependant nous voycms au- «jourd'hui la plupart des théologiens scolastiques, «estimant peu l'irrécusable témoignage des Saintes « Ecritures , se rire et se moquer des démonstra- « tiens appuyées sur l'autorité , comme si elles étaient « vaines et sans force , et comme si les rêveries de « l'imagination humaine avaient plus de poids et de « valeur ^. »

1 « Deindè cur ob aliiid appellantur theologi nostri temporis « sophistae verbosi et phantastici , nisi quia relictis utilibns et « intelligibilibus pro âùditorum qaalitate transfenint se ad na- « dam logicam vel metaphysicam aut eliam mathematicam , ubi « et quandô non oportet.... quae ad subversioDem tamen magîs « audientium vel irrisionem quàm ad rectam fidei aedîficalio- « nem saepè proficiual. )> ( Lectio in Marcum.)

2 K Quocircà mlror theologos oostri temporis (1440) paginas a divinorum testamentorum ita negligenter légère, et in nescio

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Avant ces théologiens, un savant évêque, compatrio^te et ami de S. TJiomas de Cantorbéry^ Jean de Sarrisbéry, dans un ouvrage dédié à son ami alors chancelier de Henry III, avait exposé et flétri la méthode de ces mêmes docteurs, en indiquant son origine et «es effets. « Faire consister toute la philosophie c dans les mots , n'est-ce pas une erreur impudente et t effrontée ? Prendre des mots pour de la vertu , n'est- «ce pas prendre du bois sec pour une forêt? Point «de vertu sans œuvre , point de vertu sans sagesse. «Aussi est-il évident que ceux qui s'attachent aux « mots plus qu'aux choses veulent , non pas être «mais paraître sages. Yoyez-les parcourir les places , «frapper à la porte des docteurs, agitant de vaines < questions , s'embrouillant dans des termes qui leur «renversent le bon sens, à eux et à ceux qui les écpu-

« quaram satis sterilium subtilitatum iodagine sua iogenia coo- « terere, utque verbis utar apostolicis, languere cîrcà quaeslio- « nés et pugo^s verborum, quod sopbistarum est, non theolo- « gorum.... Si queni forte iaillis friictum inveoire coDtiogat, « similis est pomîs Sodamorum , qu8& exteriorî quidem specie « puicbra et décora videntur , obi verè ea manu carpis , in pul- « verem ac fumiim solvuntur.. Puicbra nanique primo coospectu « videotur sopbismata. . . . si fructum requiras, velut fumus « evaneseuDt quia intùs inania fuerunt. Proptereà scriptum est, « qui sopbisticè loquitur, odibilis est. Nudc autem plerosque « videmus scholasticos sacrarum incoocussa testimonia scriptu- « ramm tam tenuis aesttmare momenti, ut ratiocinationem ab « auctoritate duetara vekit inertem et mioknè acutam sibilo et « subsannatiooe irrideaut, quasi siut majoris ponderis quœ « pbantasia bumanae imaginationis adinveuit. » {Œuvre manus. suriathéol. de N. de Clemangis, cité par Launoy, p. 78.)

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«tent. Toujours plus prêts à augmenter les difficultés c qu'à les résoudre , à entortiller les questions qu'à «les terminer, ils se vantent d'une sagesse qui est c loin d'eux et qu'ils n'aiment pas. Prompts à parler «sur toutes matières, ils inventent des termes nou- « veaux qu'ils multiplient au point de rendre ks « questions inintelligibles , non par la difficulté de ces « questions elles-mêmes , mais par le flux de paroles «dans lesquelles ils les noient » {Policraticon, sive de nugis cwrialium^ etc.)

«Que de vanités, que de chimères dans ces dis- « putes , disait Melchior Cano : Qu'y apprend-on 9 « Quels fruits en recueillent et la jeunesse et nos vi^- « lards? En est-on plus habile pour avoir long-t^oups « contesté sur les universaux , sur les noms analo- «gués, sur le principe des difl*érences individuelles, « sur la distinction de la quantité d'avec les choses à «qui cette quantité s'applique, sur l'infini actuel, sur « les proportions et les degrés qui s'y rapportent? Moi- « même qui ai quelque ouverture d'esprit , et qui me «suis attaché sérieusement à ces matières, j'avoue «que je n'ai pu y rien comprendre; et certainement < je ne rougis pas de mon ignorance , car ceux qui se «piquent de les ai tendre n'en savent pas plus que «moi.» (Guillon, Biblioth. des Pères ^ t. XXIV.)

«On a cru s'assurer, écrivait un autre théologien « (François, archevêque de Rouen), se fortifier et fuir « les erreurs, de quitter l'Écriture et les Pères ^ pour

VINGT-NEUVIÈAIE LETTRE; î35

«étudier cette théologie méthodique ou plutôt noini- •nale qui a cours en dos tempsc$ dL Ton s'est bleu «lourdement trompé. Pour fuir ainsi ce doute ^ ils «tombent dans la présoas^tion qui s'accompagna «toujours d'une excessive hardiesse) ils affaiblissent «la Religion, s'appUyant sur de&ibles raisons; et au «Uea d'erreurs pardonnables à riguoranoe, qui ar^ «rivent à dos gens qui ne prétendent pas de savoir de «tout, comme plusieurs de l'antiquité ont eu, sans «que cela ait porté préjudice à l'Église, nous voyons «un gouffre de témérités moderne» et d'erreurs gnos* «tiques plus dangereuses que les huguenotiques, qui «pullulent entre les bandes scolastiques^ dont j'atr «tends à dire mon avis quand je me verarai environné « d'un concile. » (Launoy, p. gS.)

A la même époque commençait à se répandre dans le monde un livre qui , sous une forme d'une simplicité toute évangélique, renferme la philosophie la (dus profonde. Comme l'humble bergère qui , vers le m^me temps, renversa l'orgueilleuse puissance des eno^nis de la France et les fit reculer devant sa modeste bannière ; ainsi l'auteur inconnu de V Imitation descendit dans l'arène, se nlêla aux cris des cornbattans scolastiques , lutta corps à corps avec la philosophie verbeuse. du siècle, et dédaignant la lourde armure et le pesant attirail de la science des ^école^ , triompha par la simplicité de sa parole et l'onction de sa doctrine. Mille éditions latines, deux mille édi-

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tioiis françaises, des tradoctions sans nombre dans toutes les langues de TEurope témoignent de la vertu de ce petit livre , qui a fait plus de bien que les ihfolio de son siècle ensevelis dans la poussièlre et le silence de nos bibliothèques. Que Gerson, TiKustre chancelier, ou Thomas à Kempis , Thumble moine, soit l'auteur de Y Imitation, qu'importe ! La» source en est d'autant plus pure qu'elle est plus cachée. Or , il est évident que le livre de V Imitation est écrit, nonseulement pour l'édification des fidèles , mais encore pour la confusion des faux savans ; non-seulemait pour les simples , mais contre les sages dû mondé; non seulement pour Jésus*-Ghrist et sa doctrine, mais contre Âristole et ses sectateurs. ( Voyez liv. P, chap. I«, II et IIL)

Cet abandon de la voie traditionnelle et d'autoHté

pour ne s'apTpuyer que sur la dialectique, donna lieu,

en i53o, à un nouvel arrêt de la Faculté des arts de

Paris , improuvant les théologiens , qui , c omettant

€ les Évangiles et les saints docteurs de l'Eglise , Cy-

«prien, Chrysostome, Jérôme, Augustin, professent

con ne sait quelle sophistique, et une dialectique par

«laquelle il n'a pas plu au Seigneur de sauver son

«peuple.»

Le rationalisnàe , malgré toutes les oppositions de l'autorité , avait triomphé et porté ses fruits. Jusque vers le milieu du dix-septième siècle , on traduisit , expliqua et commenta presque exclusivement, dans

YINGT-NEUVIÊME LETTRE. \5']

les ^universités allemandes, les ouvrages d'Arislole. £n France, il dominait toutes les écoles. L'Université die Paris avait oublié ses luttes , ses combats , ses arrêts, ses auto-da-fé : Âristote l'avait subjuguée. Quand RajBUs s'éleva contre son autorité, les docteurs de Sorbionne prirent la défense, du maître, poussés peutêtre, et assurément appuyés par François P% qui se déclara ouvertement en faveur d'Aristote , parce qu!en secret il penchait vers les idées des novateurs qui s'étaient glissés à sa cour. Ramus fut jugé: et « François , premier de nom , roi très, chrétien , en «l'an de grâce i543 et de son règne le trentième, «le dixième jour de mai, condamna, supprima, «abolit les deux livres de Ramus, intitulés : Instir €tuiiones dialecticœ, AristoteUcœ animadversiones ; fit oàdhibilaon et défense de les imprimar, publier, ne «vendre, ne débiter en son royaume , comme aussi «de ne plus user de telles médisances et invectives «contre Âristote. »

Malgré les injonctions , inhibitions , défenses et condamnations , dès \é commencement du dix-septième siècle, la doctrine péripatéticienne fut détrônée, la scolastique d'Aristote fit place à une scolastique nouvelle.

En 1 200, elle était une innovation et avait été condamnée comme telle. En 1 624 9 elle est vieille et est soutenue comme telle. Les Cartésiens sont les novateurs, les partisans d'Aristote sont les anciens. Les

l38 VINGT-NEUVIÈME LETTRE^

anciens crient haro sur la doctrine nouvelle : de tontes parts on l'attaque. C'est Hobbes , Gassendi , Daniel Huet. Les catholiques Taccusent de calvinisme , les calvinistes de pélagianisme, les protestans de dâsme, Yoêtius d'athéisme. En i643, on Tintardit en Italie; à Rome, elle est mise à l'index ; à Paris, elle est fitOÊr cri te : son auteur se sauve , se cache, meurt en exfl. La faculté de théologie censure les thèses qui attar quent Aristote. Le parlement ordonne que ces thèses soient déchirées, et fait défense à toutes personnes, à peine de la vie, de tenir, ni enseigner aucune maxime contre les anciens auteurs approuvés , ni faire aucune dispute que celles qui seront approuvées par les dootèurs de ladite faculté de théologie.

Et malgré les arrêts, les censures et la pdne de mort. Descartes prévalut. Il dut scm triomphe définitif en France à une plaisanterie. Tout le monde sait qu'en 1 67 1 on allait présenter requête au parlemait (car le parlement se mêlait de tout alors, voire de philosophie) pour empêcher qu'on enseignât la philosophie de Descartes , quand l'arrêt burlesque publié par Boileau , au nom du parlement , en faveur et pour le maintien de la doctrine d' Aristote , fit retirer la requête , et permit à la doctrine cartésienne de se jufik tifier par ses fruits. Aujourd'hui, ce qui reste de la Sorbonne , de la faculté de théologie , du parlement et des jésuites, est aussi cartésien que leurs devanciers l'étaient peu.

VINGT-NEDVIÈME LETTRE. lOQ

De tous CCS faits , mon cher maître , j'ai cru pouvoir tirer les conclusions suivantes , qui me paraissent répondre à la question d'Eùdore , et que je proposerai à nos amis, si vous les approuvez.

Il faut bien se garder de confondre l'Eglise et ses décisions avec les écoles théologiques et leurs opinions.

L'Eglise seule est infaillible, parce que TEsprii -Saint parle par elle. Les docteurs sont faiUibles , et ainsi , quelque grande que soit leur autorité, leurs assolions peuvent toujours être controversées. Aussi les avons-nous vues varier souvent dans le cas qui nous occupe.

Le rationalisme a été banni des écoles théologiques danà les époques de foi et de simplicité chrétienne , parce qu'il ne répondait pas au besoin général des eqirits. Il a envahi ces écoles comme toutes les autres, quand il a dominé le monde , quand il a présidé au mouvement intellectuel de la société.

C'est , comme voua nous l'avez montré, au temps où Âristote fut plus connu en Europe , et lorsque la raison moderne, commençant à se développer et à faire usage de ses forces, prit goût à la dialectique et finit par s'engouer avec une espèce de fureur du philosophe de Stagyre ; c'est alors que les théologiens , ne pouvant résistera l'entraînement général des esprits, se mirent à aristotéliser avec leur siècle qui ne jurait que par Aristote. Us adoptèrent donc d'abord , presque mal-

l4o VINGT-NEUVIÈME LETTRE.

gré eux , une méthode qu'ils ont défendue plus tard avec tant d'ardeur.

Au milieu de ces changemens de méthodes et de formes d'enseignement , l'ÉgUse est restée inébranlable avec la parole divine dont elle est l'infaillible interprète , et qu'elle propose par ses décisions umva:*selles à la foi de tous les âges. Elle a toléré successivement-toutes les méthodes d'instruction dans ses écoles , parce qu'elle se prête avec une grande indulgence aux besoins des hommes de tous les temps et de tous les degrés ; et c'est pourquoi elle permet quel* quefois ce qui n'est pas le mieux en soi, mais ce qui peut être relativement utile. C'est ainsi qu'elle asouf^ fert l'introduction de l'aristotélisme daiis son enseignement , quand la dialectique . était un besoin et comme une manie du siècle. Il fallait bien s'accommoder en quelque chose à la disposition des esprits pour pouvoir les diriger et les instruire. Mais ce serait s'abuser étrangement que de croire qu'en permettant l'application de la syllogistique à la théologie, elle ait entendu autoriser cette méthode comme la seule bonne, comme la meilleure, comme la sienne. 11 y aurait un étrange sophisme à appeler la scolastique la méthode de l'Église, parce qu'elle a été usitée pendant quelques siècles dans les écoles de l'Eglise.

L'Eglise n'autorise pas tout ce qu'elle tolère , etx^ertes de nouveaux philosophes, de nouveaux théologiens peuvent aujourd'hui, sans cesser d'être orthodoxes,

VINGT-NEUVIÈME LETTRE, l4l

abandonner la forme scolastique employée depuis six cents ans , comme ceux du douzième siècle ont quitté pour la scolastique la méthode positive qui y était suivie depuis l'origine du Christianisme. Ils peuvent à coup sûr, sans que leur foi soit en péril , être de nos jours aussi peu partisans de l'aristotélisme que Tétaient le concile de Sens , le pape Grégoire IX , le pape Clément V, Pierre d'Ailly, l'aigle de France, Gerson l'incomparable , Clémangis le docteur théologien, S. Bernard, Thomas à Kempis et tant d'autres qu'il serait trop long de nommer. Ils peuvent certainement , sans dévier de la ligne catholique , être au dix-neuvième siècle aussi peu enthousiastes de Descartes et de son rationalisme , que l'étaient au dixseptième la faculté de théologie et le parlement , la Sorbonne et les jésuites.

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