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Depuis que ces lettres sur renseignement de la philosophie ont été écrites, les choses ont marché en France. Un mouvement plus énergique s'y est manifesté sous la puissante influence d'une révolution, qui en changeant la position extérieure du clergé , et le plaçant avec ses seules ressources en face de la société, a fait mieux paraître ce qu'il peut et ce qu'il ne peut pas aujourd'hui pour elle. Chose admirable! Cette révolution qui s'annonçait comme hostile à la cause de la religion , a tourné à son avantage. Elle a réveillé le sentiment religieux , le besoin de la foi. Beaucoup d'hommes qui éprouvent ce besoin, ne craignant plus de s'entendre accuser de servilisme ou d'hypocrisie, l'avouent franchement; et ce qui domine depuis quel-
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ques années la société actuelle considérée dans son mouvement général , c'est une tendance vague , il est vrai , mais bien réelle , vers tout ce qui ressemble à la religion ; c'est un appel aux croyances antiques , un retour aux traditions du passé, un certain goût pour ce qui est mystérieux et même mystique; c'est, en un mot , une espèce de foi , qui n'est pas certainement la foi théologale, mais qui, tout incertaine et flottante qu'elle est, dénote cependant l'action providentielle. Effet remarquable des catastrophes du monde, qui, en montrant à l'homme la vanité des choses de la terre , le portent à élever son regard vers le Ciel 9 pour y trouver quelque chose d'impérissable à quoi son cœur puisse se fixer^ à qucH son amour {Musse sûrement s'attacher 1
Ce fait est si évident depuis quatre ans, que tous les partis s'accordent aujourd'hui à le signaler avec des intentions diverses , sous le nom de réaction reli-gieme. Les uns s'en effraient et sonnent l'alarme, comme si le passé allait reparaître; les autres s'en réjouissent et poussent un cri de triomphe. Pour nous , nous l'avouons, nous ne saurions partager ni la joie des uns ni la crainte des autres. Certes nous ne mé« connaissons point l'action providentielle dans ce changement inespéré des esprits. Mais l'homme répondra- ^il pw le cceur , par la volonté , à cet appel de la Provence? L'œuvre de Dieu trouvera-t-elle des instru- ^QS dociles et bien préparés pour qu'elle puisse se
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développer et se réaliser? VôUà une grande question; et ce qui se passe autour de nous ne semble-t*0 pas autoriser Tapplication des paroles du Mattre : « La « moisson est grande , mais il y a peu d'ouvriers ! »
Ce n'est point en dissimulant le mal, mais en le mettant à nu, en le déclarant franchement qu'on peut en espérer la guérison. Qu'on veuille donc bien nous pardonner si nous redisons ici ce qui se dit et se répète partout; c'est que la majorité du jeune clergé n'est pas à la hauteur de sa position , c'est que «a parole et son action ne sont point en mesure avec les graves circonstances de l'époque. C'était pour le sacerdoce le moment de recouvrer sa véritiable puissance , celle qu'il est appelé à exercer sûr les esprits , et qui doit en définitive conduire le monde comme l'âme gouverne le corps. Beaucoup d'hommes qui avaient été hostiles au clergé tant qu'ils lé regardaient comme un instrument politique , s'en rapprochèrent quand ils le virent désarmé de tout pouvoir extérieur ; et faisant taire leurs préjugés pour écouter sa voix qu'As avaient fuie jusque-là comme ennemie, ils espéraient trouver dans les accens de cette voix quelque chose qui ranimât leur cœur; ils sont venus demander à sa parole des sentimens et des convictions , qu'ils avaient attendus vainement de la parole scientifique et d^ enseignemens humains. Ce bon mouvement a été peu secondé : le clergé en général s'en est défié parce qu'il ne Ta pas compris ; et il ne l'a pas compris, parce que
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d'un côté habitué à regarder la puissance politique comme son plus sûr appui , il était encore trop préoccupé des regrets de ce qu'il venait de perdre ; et que de l'autre il ne connaissait pas assez l'état des esprits , leurs besoins et la gravité des circonstances. Il a eu la bonne volonté de répondre à l'appel qui lui était fait et qu'il a assez entendu pour en être inquiété; mais il n'a pu donner aux esprits ce qu'ils demandaient. Tout ce qu'on a tenté dans ce sens , malgré l'apparat qu'on y a mis , n'a servi qu'à manifester de bonnes intentions qui n'ont pu se réaliser , et le découragement s'en est suivi des deux côtés.
Malheureusement le clergé commence à perdre cette nouvelle influence qu'il avait acquise depuis i83o, ou plutôt que la disposition des esprits avait remise entre ses mains. C'est une occasion providentielle qui parait manquée ou au moins ajournée ; car ne pas avsincer dans cette voie, c'est reculer, et de telles conionctures se retrouvent difficilement.
Quant à l'explication de ce triste fait , tout en fai-* santime large part à la situation pénible où le clergé s'est trouvé , nous ne pouvons cependant nous faire illusion comme quelques-uns, jusqu'à nous persuader que tout le mal soit venu du dehors. Nous n'admettrons jamais que la vertu de la parole évangélique , son influence plus ou moins grande sur les esprits dépende des richesses ou de la puissance politique de ses ministres. Quand le respect ou la confiance des