‹ Philosophie du droit civilChapitre 12 sur 52 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De régaliti'! morale de l'homme et de lal'emme; diversité de leurs facultés et de leurs rùlcs.

La femme est comme nous éclairée intérieurement par la lumière de la conscience, et souvent cette lumière brille dans son àme plus inaltérable et plus pure que dans la nôtre. La femme est un être libre, une personne comme nous, et cela suffit pour que nous voyions en elle notre compagne, notre égale, au moins dans la partie la plus essentielle de notre vie, celle qui relève des lois de la morale. Mais il y a plus : les mômes facultés que nous observons en nous existent aussi en elle, seulement elles se manifestent par d'autres effets, elles s'exercent dans une autre sphère, elles s'appliquent à d'autres fonctions, comme il convient à deux êtres que la nature a associés à la môme tâche et dont l'union est d'autant plus étroite que leurs aptitudes et leurs talents sont plus divers.

A l'homme, la hardiesse et la force, les rudes labeurs de l'industrie et de la science, le courage qui attaque ou qui repousse, nous voulons dire le courage actif, les mâles vertus, les idées abstraites, les austères méditations. A la femme, la douceur et la patience,

l'espérance mêlée de résignation, et ce que l'on peut appeler le courage passif, les travaux délicats qui ornent et qui polissent, l'esprit d'ordre, de prévoyani'te, de conservation et de sage économie, les sentiments tendres qui font le charme, la consolation et la poésie de l'existence, la finesse de l'esprit et ce tact merveilleux, cette intuition soudaine qui ressemble à de la divination. De là vient que chez presque tous les peuples de l'antiquité on lui a demandé les secrets de l'avenir. Elle montait à Delphes sur le trépied de la pythonisse, elle rendait des oracles dans les forêts vierges de la Gaule, elle rivalisait chez les Juifs avec les prophètes. Chacun des deux a été paré par l'auteur de la nature des perfections et des attributs dont l'autre se voit privé, et cette différence de leurs âmes se réfléchit dans leurs formes extérieures et dans les traits de leur visage. De là l'amour qui les attire l'un à l'autre à tous les instants et dans toutes les sphères de leur existence. Aussi, rien déplus profond et de plus vrai que l'allégorie des androgynes empruntée par Platon à l'antiquité orientale. L'être humain, le type idéal de notre nature, était un dans la pensée divine, représentée par l'âge d'or ou le Paradis terrestre; mais il s'est divisé en entrant en contact avec le mal, c'est-à-dire avec la matière ; et pour qu'il retrouve son unité perdue, sa perfection première, il faut la réunion des qualités partagées entre les deux moitiés.

Mais une pensée exprimée sous une forme aussi générale pourrait laisser quelques doutes et donner lieu à des applications exagérées. A Dieu ne plaise que nous veuillions renouveler cette grossière erreur que tous les utopistes, depuis la République de Platon ou depuis les lois de Lycurgue, se sont passée de main en

Page 1