‹ Philosophie du droit civilChapitre 13 sur 52 · DES ROLES DE L'HOMME ET DE LA FEMME · texte numérisé non relu

DES ROLES DE L'HOMME ET DE LA FEMME

main. A Dieu ne plaise que nous invitions les femmes à IDarcourir les mêmes carrières que les hommes. Elles auraient tout à y perdre par la comparaison, et nous ne perdrions pas moins qu'elles en les trouvant ailleurs qu'à la place où elles nous sont supérieures et nécessaires. Les femmes, quoiqu'elles aient dit et écrit elles-mêmes sur ce sujet, ne sont destinées ni à commander des armées , ni à rendre la justice , ni à délibérer sur les affaires publiques, ni à haranguer la multitude, ni à prêcher dans les temples et à servir d'interprètes à la religion. La nature leur a refusé tout ce qui est nécessaire à l'accomplissement de ces rudes et austères fonctions : la force, le courage, le geste, la voix, la volonté inflexible, l'intelligence toujours tendue vers des abstractions, les fougueux entraînements de l'éloquence politique et les passions ardentes de la lutte des partis. D'autres à notre place ne manqueront pas de se demander ce que deviendrait avec de tels auxiliaires le secret des délibérations, où serait le terme des plaidoiries, la fin des harangues, et ce que serait dans l'avenir, le gouvernement parlementaire. Mais il faut traiter avec gravité une des questions les plus graves de la morale et du droit naturel. La place de la femme est au foyer domestique. C'est là qu'elle est souveraine, c'est là qu'elle règne sur les cœurs, c'est là qu'elle est notre consolation, notre ornement, notre providence et notre force. C'est là, comme dit Joseph de Maistre dans sa charmante correspondance, qu'elle remplit la tâche la plus auguste et la plus sainte : qu'elle forme des hommes ; car c'est sur ses genoux et sur son cœur que nous devenons tout ce que nous sommes. Mais, du fond de ce sanctuaire, sa bienfaisante influence peut pénétrer

toutes les sphères de l'ordre social. De ce doux foyer les rayons vivifiants peuvent se répandre partout.

Associée à la vie d'un souverain, d'un homme d'Etat, elle pourra donner des entrailles même à la politique, elle pourra rallumer dans un cœur affaibli, énervé, l'amour de la liberté, de la patrie, de la gloire, le sentiment de l'honneur, de l'humanité, de la clémence. J'ai toujours été jaloux, pour les honnêtes femmes, de l'influence qu'a exercée Agnès Sorel sur Charles VIL

Associée à un magistrat , elle saura tempérer la rigueur de la justice, adoucir l'orgueil que donne la puissance, faire naître la modestie et la prudence qui doivent inspirer en tout temps les jugements prononcés par les hommes.

Associée à la vie d'un philosophe, elle l'empêchera de s'égarer dans le désert des abstractions et de prendre un syllogisme pour une raison; elle lui fera entendre la voix du cœur, la voix du sentiment et le forcera à croire, malgré ses hypothèses, à un Dieu créateur et père du genre humain, providence du monde.

Associée à la vie d'un artiste, elle lui ouvrira la source de la véritable beauté, elle lui fera sentir la flamme divine qui purifie et qui anime les formes dont il est épris.

Enfin, associée à la vie du marchand, de l'artisan, du laboureur, elle fera pénétrer un peu d'amour, un peu de poésie, un peu d'espérance , dans ces humbles demeures et dans ces âmes affaissées ; elle y allumera le flambeau de l'idéal, de la vie morale et religieuse.

Partout donc la femme a sa place, partout sa douce influence peut se faire sentir, mais sans qu'elle paraisse elle-même sur la scène du monde, comme ces souverains de l'Orient d'autant plus respectés qu'ils sont plus

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invisibles, comme cette nymphe antique à qui le plus grand Icgislateur Je Rome empruntait ses inspirations, comme la divinité cachée dans le Saint des Saints.

Voilà ce qui explique, voilà ce qui fait naître le véritable amour, mêlé de respect, accompagné d'admiration, de dévouement, de reconnaissance, l'amour qui de deux âmes et de deux existences n'en fait qu'une seule, l'amour qui a pour conséquence une lidélité réciproque et absolue, l'égalité des droits et des devoirs ; l'amour tel qu'il est nécessaire pour donner naissance à la sainte institution du mariage.

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