‹ Philosophie du droit civilChapitre 16 sur 52 · LE MARIAGE CIVIL ET LE MARIAGE RELIGIEUX · texte numérisé non relu

LE MARIAGE CIVIL ET LE MARIAGE RELIGIEUX

Nous croyons avoir démontré que l'homme et la femme, quoique différents par la direction et l'usage réciproque de leurs facultés, sont égaux en droit. Cette égalité en droit, conséquence de leur unité de nature, est la source de leurs mutuels devoirs. Cela veut dire qu'il n'est pas permis à l'un d'être l'instrument ou l'esclave, à l'autre d'être le maître, mais qu'ils ne peuvent être unis que sous la condition d'un mutuel dévouement, d'une mutuelle donation qui les consacre l'un à l'autre pour toute la durée de leur existence.

Cette donation est un véritable contrat. L'amour peut s'éteindre, le sentiment du devoir peut s'affaiblir, le contrat n'en subsiste pas moins et n'en doit pas moins produire tous ses effets.

Qu'un tel lien soit contracté devant Dieu, que la religion soit appelée à le bénir, rien de plus désirable et de plus légitime pour ceux qui ont une foi religieuse. Mais le mariage ainsi conçu n'existe que dans les régions du sentiment et de la conscience ; à la société il faut autre chose. Il faut que tout mariage contracté

le soit, en quelque sorte, devant elle sous une forme et dans des conditions déterminées par la loi; il faut qu'elle garantisse les droits de ceux qui y sont engagés ; il faut qu'elle offre son recours à celui des deux qui se verra trahi ou abandonné; il faut qu'elle assure les droits des enfants à naître. Voilà le mariage civil.

Quoi ! la société prendrait sous sa garantie un acte de donation qui n'intéresse que les biens, et elle resterait étrangère, indifférente à un acte de donation qui atteint les personnes ? elle prendrait sous sa garantie un contrat d'achat et de vente, et elle s'abstiendrait d'intervenir dans le mariage, c'est-à-dire dans un engagement qui n'a pas moins d'importance pour l'ordre social que pour les personnes privées ?

Les raisons qu'a la société d'intervenir dans le mariage et d'en faire un acte civil, sans préjudice du caractère religieux qu'il emprunte aux différents cultes, sont de plusieurs espèces : l'intérêt de la femme, l'intérêt du mari, l'intérêt des enfants, celui de la société elle-même considérée dans sa généralité.

L'intérêt de la femme se présente le premier ; car il est évident que c'est à elle que l'abandon serait le plus préjudiciable. N'ayant plus à compter que sur ellemême après avoir perdu sa beauté, sa jeunesse, ses forces et quelquefois sa fortune, que deviendrait-elle? Quelles sont les hontes et les misères qui lui seront épargnées après l'injure que [lui aura fait souffrir l'abandon lui-même? Le mari quitté par sa femme sera sans doute moins à plaindre matériellement. Mais s'il a un cœur, s'il a une âme, s'il a pris au sérieux le lien qu'il a contracté et qui est maintenant rompu publiquement sans espérance de retour, ses souffrances

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