CHAPITRE X
La famille, l'éducation; le rôle du père et delà mère dans l'éducation ; l'éducatiou i)ublique et l'éducation privée.
La société civile, quelle que soit la forme de son gouvernement, ne vaut ni plus ni moins que les familles dont elle se compose, et la famille à son tour dépend des mœurs et du caractère de son chef et du rôle qu'il fait à sa compagne. Aussi nous arrêterons-nous quelque temps sur ce grave sujet. La science du droit naturel n'en a pas de plus important ni qui soit digne au même degré d'exciter notre intérêt. Si l'on sait quel est dans un pays quelconque l'état de la famille, on connaît celui de la société tout entière, on se fait une idée de sa force ou de sa faiblesse, des éléments d'ordre et d'anarchie , de grandeur et de bassesse , de liberté et de servitude qu'elle renferme dans son sein. Dans les républiques de l'antiquité, qui se réduisaient le plus souvent aux proportions d'une seule ville, les sentiments patriotiques avaient d'autant plus d'énergie que les affections naturelles du cœur humain étaient plus faibles. La famille était détrônée et remplacée par l'État. Sous le régime féodal du moyen âge et sous les lois de l'ancienne monarchie, une foule de corpora-
tions indépendantes, justement détruites par la Révolution française, parce qu'elles étaient un obstacle à la liberté individuelle et aux progrès de la civilisation, avaient pourtant ce mérite de donner à Tordre social un point d'appui solide, un lest de marbre et de fer. Mais la société moderne, constituée comme elle l'est ou comme elle le sera, et dans les vastes États qu'elle occupe, ne peut se défendre que par la valeur morale de l'individu et le sentiment éclairé , régénéré, de la famille, qui ne manque pas de devenir à son tour un principe de lumière et de régénération. Celui qui aime ses enfants et qui connaît les devoirs qu'il a à remplir envers eux, s'intéresse à la chose publique, non plus seulement pour son propre compte, mais parce qu'il la considère comme leur patrimoine, comme la source de leur sécurité, de leur honneur, de leur avenir. Autant que cela est en son pouvoir, il s'efforcera avec une égale sollicitude de leur épargner les agitations stériles de l'anarchie et les honteux stigmates du despotisme. C'est à la famille seule qu'il faut demander désormais ces gages de l'esprit d'ordre et d'mdépendance que des esprits chagrins s'obstinent à n'apercevoir que dans les débris impuissants des vieilles aristocraties.
On a dit précédemment quel est le principe sur lequel reposent les obligations des parents envers leurs enfants, c'est-à-dire quel est, dans l'ordre naturel, le principe même de la famille. Maintenant, nous allons essayer de le suivre dans quelques-unes de ses applications et de ses conséquences les plus importantes.
D'abord, si avant la naissance et avant même la conception de l'enfant, nous devons avoir déjà pris la résolution et nous être assuré les moyens de subvenir
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à ses besoins, à plus forte raison, quand il est là, doitil être pour nous l'objet de la plus constante et de la plus active sollicitude. Ce n'est plus le temps de laisser défaillir nos forces et notre courage, ce n'est plus le temps de céder aux attraits du repos ou bien aux caprices de notre imagination ; il y a une voix, outre celle de la conscience, non moins impérieuse et plus irrésistible peut-être dans sa faiblesse et dans sa grâce, qui aie droit de nous demander compte de l'emploi de notre talent ou de nos bras, quand ce sont nos bras ou notre talent qui nous font vivre ; de l'emploi de notre fortune, quand elle est déjà faite par notre travail ou par le travail de nos pères. C'est ainsi que l'amour paternel, que les saintes affections de la famille concourent à la fois à purifier notre vie, à élever notre âme, à doubler notre empire sur nos passions et à accroitre la somme du bien-être général : car les richesses que nous créons pour notre usage servent immanquablement à l'usage des autres ; tout capital acquis par un labeur honnête, et destiné à être conservé par le même moyen, est un levier ajouté aux forces publiques.
Nul n'est obligé de donner à son enfant une condition supérieure à celle qu'il occupe lui-même et qui suffît à son bonheur, pourvu qu'elle s'accorde avec l'honneur et le devoir. Montesquieu dit : « Le père est obligé de nourrir et d'élever son enfant ; il n'est pas obligé de le faire héritier. » Ces paroles sont vraies dans leur sens général, quoique l'auteur de V Esprit des Loisen ait tiré une conséquence erronée, favorable à un de ses préjugés les plus chers : l'institution du droit d'aînesse. La création d'un patrimoine à l'abri duquel on puisse se reposer toute sa vie ou qui rende le travail moins nécessaire, voilà, en effet, qui va au-delà
du principe que nous avons invoqué, du principe qui impose au père l'obligation de pourvoir aux besoins de son enfant, tant que celui-ci est hors d'état d'y pourvoir lui-même. L'humble artisan qui subsiste par le labeur de ses mains, quand il a conduit son fils à l'âge adulte et lui a enseigné le métier qui le fait vivre, a rempli son devoir aussi bien et mieux peut-être que le financier qui laisse après lui des châteaux et des millions : nous disons, mieux peut-être, car tout en réprouvant avec énergie les haines qu'on a voulu inspirer au pauvre contre le riche, ou, comme on dit en termes plus abstraits, au salaire contre le capital, nous ne pouvons cependant nous empêcher de reconnaître qu'il est plus difficile et plus honorable de suffire à sa subsistance et à celle de sa famille par un travail sans relâche, par l'exercice d'une rude et utile profession, que d'arriver par quelque coup de bourse à une immense fortune. Mais heureusement, il y a d'autres moyens de s'enrichir. Le jeu ne crée pas, il ne fait que bouleverser et déplacer les capitaux créés par l'industrie. Ce que nous disons de l'artisan s'apphque également à l'artiste, au savant, à l'homme de lettres. Eux aussi sont quittes envers leur cœur et envers leur conscience, quand ils ont introduit leur enfant dans l'arène de la vie, muni de toutes les armes indispensables à sa défense, ou, pour parler sans métaphore, quand ils lui ont choisi une carrière conforme à ses facultés et au rang qu'ils tiennent eux-mêmes : car le rang dans lequel on a été élevé et l'éducation qui en est la suite, les habitudes qui en résultent, sont en quelque sorte une promesse, un engagement tacite, auquel il faut se garder de faillir. Malheur à celui qui s'engage au-delà de ses forces ou qui nourrit sa jeune
famille Jg chimériques espérances : car ces illusions, venant un jour à s'évanouir, ne laisseront après elles que le découragement , l'ingratitude et l'impuissance. Telles sont les limites que la raison et le droit tracent à la prévoyance paternelle. Vouloir aller beaucoup audelà, subordonner les générations humaines et la continuation des familles à des rêves d'ambition ou de fortune qu'on n'est pas sûr de réaliser, c'est sacrifier les plus saintes lois de la société et de la nature aux calculs de l'égoïsme, aux convoitises insatiables de la vanité et de l'orgueil.
Mais le père ne doit pas seulement à ses enfants l'éducation physique et une profession ; il leur doit aussi l'éducation morale, c'est-à-dire l'art de se gouverner soi-même sans lequel on n'est guère capable d'être utile aux autres ; l'art de se conduire, de sentir, de penser, de vivre comme un homme. Fortune, honneurs, bien-être, habileté consommée dans les sciences et les arts qui assurent notre subsistance, tout cela n'est rien et tourne à notre détriment aussi bien qu'à celui de la société, si l'on ne sait pas qu'on a une âme, si l'on n'a pas conscience de ses devoirs, de ses droits, des facultés divines et des besoins sublimes qui distinguent l'espèce humaine de tous les autres êtres de la création. Cet autre devoir de la paternité peut être, comme le premier, accompli d'une manière plus ou moins parfaite ; mais tous peuvent le remplir dans une mesure indispensable, tandis que la perfection absolue n'existe nulle part. Tous, pourvu qu'ils soient dignes d'avoir une famille, et qu'ils se Soient pénétrés des obligations qu'elle impose , sont capables de former les jeunes âmes dont ils sont responsables devant Dieu, à la probité, aux bonnes mœurs, à l'amour du
prochain, à une piété pratique assez forte pour les soutenir, les encourager au bien, les détourner du mal, sans subtilité et sans exagération. L'œuvre de l'éducation est bien différente, en effet, de celle de l'instruction. Pour celle-ci il faut des connaissances positives ; pour celle-là il suffit du bon exemple, du simple langage de l'honnêteté et du bon sens, de leçons et de conseils partis du cœur. Moins on y apporte d'étude et d'apprêt, plus on est sûr d'y réussir. Mais il faut que la science soit remplacée par la prudence et l'entier empire de soi. Les emportements de la colère ou de la tendresse offrent un égal danger.
C'est ici que nous apparaît de nouveau, comme une condition nécessaire de la vie humaine, comme le salut de l'enfance et le plus solide fondement de la famille, le concours harmonieux des facultés diverses que la nature a réparties entre l'homme et la femme. Le père s'adressera surtout à la raison de l'enfant, dès qu'il en verra poindre les premières lueurs, la mère à sa sensibilité. Le père lui parlera au nom du devoir, au nom de l'honneur, au nom des lois divines et humaines ; la mère au nom de la tendresse, de l'affection, de la pitié, de la loi du cœur. Le père demandera et obtiendra sans peine des actes d'obéissance, de soumission, de respect; la mère, des preuves de dévouement et des sacrifices. Le premier exercera son influence par la fermeté , la seconde par la patience et la douceur; et il est rare que ces deux moyens employés tour à tour ou simultanément ne finissent point par triompher. Le plus souvent, c'est la patience et la douceur qui remportent la victoire. Au reste, s'il y a excès d'un côté, le côté opposé prendra sa revanche. Mais la pondération et l'harmonie sont de beaucoup préférables à ces
alternatives également nuisibles aux parents et aux enfants ; car , outre qu'elles détruisent l'unité du gouvernement domestique, elles enlèvent au père l'aHection de la famille et à la mère son respect.
La conséquence qui sort de là, c'est qu'il n'y a de véritable éducation qu'au sein et par le ministère de la famille. Rien au monde ne peut remplacer cette autorité tutélaire, vénérable, incontestée, qu'on subit et qu'on accepte aussi naturellement, avec le même charme et le même bonheur, que l'action de l'air, de la chaleur, de la lumière et des autres agents de la vie, pourvu qu'elle reste fidèle aux inspirations de la nature, pourvu qu'elle ne se tourne pas contre le but môme qu'elle doit atteindre. Rien au monde ne peut remplacer cette puissance double et cependant une dans son essence, qui s'exerce à la fois sur la raison et sur le cœur, sur les idées et sur les sentiments, sur la volonté et sur les affections, qui pénètre l'homme par tous les points , qui s'empare de toutes ses facultés et le marque à cette empreinte ineffaçable qu'on appelle le caractère. Le caractère, partout ailleurs , tend à s'effacer sous la pression d'une discipline commune et par cela même aveugle ; ici il se forme et se développe, comme un arbre ou une fleur sur le sol qui lui a donné naissance. Rien au monde ne peut remplacer, pour l'épanouissement du cœur, pour l'expérience delà vie, pour l'apprentissage du dévouement et l'exercice des plus nobles forces de l'âme , ces péripéties de la vie de famille, maladies, deuils, succès, revers, séparations, réunions, qui relient tous les cœurs en un même faisceau par tous les liens à la fois : ceux de la joie et de la douleur, de la crainte et de l'espérance, aussi bien que de l'amour et du respect. Pour savoir à quel degré il
est aimé de ses parents, et pour qu'il leur paye leur amour en piété et en reconnaissance, il faut que l'enfant sache, il faut que l'enfant voie de ses yeux ce qu'ils souffrent pour lui, ce que pour lui ils supportent d'agitations, de soucis, de privations, de labeurs; et que par la pensée au moins, par le désir de les soulager et de les affranchir, son existence se confonde avec la leur.
Le père et la mère ont, sans contredit, ou du moins doivent avoir le premier rôle dans l'œuvre de l'éducation ; mais il y a dans la famille encore une autre influence qu'il faut se garder de mépriser : c'est celle de la sœur sur le frère et du frère sur la sœur. Quel charme pénétrant et indéfinissable, quel divin parfum, quel air embaumé descendu du ciel comme un signe avant-coureur des célestes harmonies, dans ce commerce plus tendre que l'amitié, pur des orages et des convoitises de l'amour, entre ces deux êtres de sexe différent qui ne se touchent et ne s'attachent l'un à l'autre que par les affinités de leur âme !
Il arrive ordinairement que les parents ou tout au moins le père n'aime dans ses enfants que son sang, que son avenir, que le but de ses espérances et le fruit de ses sacrifices, son nom et son existence même continués au-delà du tombeau ; que les enfants n'aiment dans leurs parents que leurs bienfaiteurs, les auteurs de leur vie et de leur fortune, les protecteurs de leur ignorance et de leur faiblesse. Les frères sont liés entre eux par la communauté de leurs goûts, de leurs travaux, et trop souvent, hélas! de leurs passions. Mais entre le frère et la sœur, il n'y a de place que pour un dévouement aussi tendre que désintéressé. C'est comme une épuration anticipée des passions qui les poursuivront un jour, un frein imposé d'avance à
l'ardeur dos sens et un idéal pour leur imagination. Heureux le jeune homme qui connaît ce doux et pur attachement! Il préparera son cœur à éprouver, quand il en sera temps, le véritable amour ; il le tiendra à l'abri do ces profanations et de ce mépris superbe qu'on professe dans un certain monde envers le sexe qui nous a donné notre mère et dans lequel nous choisirons la mère de nos enfants. Nous avons entendu un homme, qui a un nom dans les lettres, déclarer, dans une réunion composée en grande parties de femmes, que la femme n'était pas la compagne de l'homme, mais qu'elle appartenait à une espèce inférieure, anneau intermédiaire entre le genre humain et la brute. Nous voulûmes remonter à l'origine de cet orgueil tout oriental, et nous apprîmes que celui qui venait de parler de la sorte avait passé son enfance hors de la maison paternelle et sa jeunesse dans les coulisses des théâtres.
Quelle est la conséquence que nous voulons tirer de ces observations ? qu'il faut dissoudre le corps enseignant et fermer les collèges ?Non. D'abord l'éducation ou la culture morale n'est pas tout, il faut aussi faire une grande place à la culture intellectuelle, à l'instruction qui sera d'autant plus parfaite qu'elle sera organisée sur une plus large base. Sous ce rapport, rien ne peut lutter contre les institutions publiques , contre les établissements de l'Etat, s'ils laissent la carrière ouverte à la concurrence des établissements libres. Puis l'éducation elle-même , à la limite d'un certain âge, et quand il s'agit des hommes, doit être nécessairement pubhque. Ce serait une épreuve critique et même fatale de quitter le doux abri de la famille, où la rigueur même prend les accents et les traits de Franck. — Droit civil. 7
l'amour, où l'on se voit le centre de toutes les affections, l'objet constant de la commune sollicitude, pour se trouver perdu brusquement dans ce vaste monde, comme dit un ouvrage américain , pour se trouver abandonné à soi-même , à son inexpérience et à sa faiblesse, obligé de tenir bon non seulement contre l'indifférence, mais contre la concurrence et trop souvent contre l'injustice des autres, obligé de se tracer sa voie à travers mille dangers, mille obstacles, mille rivalités, sans compter les coups du sort et les malheurs inséparables de notre nature. Il faut faire l'apprentissage de cette dure nécessité pendant qu'on est jeune encore, avec les encouragements et les consolations du foyer paternel, sous la contrainte d'une discipline commune, sous une règle inflexible qui s'adresse également à tous, qui ne connaît ni distinction, ni ménagement, ni faiblesse, qui ne tient compte que des œuvres, du labeur accompli et des succès incontestés. L'éducation publique est d'ailleurs celle qui convient le mieux aux nations libres, aux états démocratiques ; elle est la plus propre à former des citoyens, à faire entrer dans les mœurs le principe de l'égalité devant la loi, c'est-à-dire le principe même de la justice et du droit. C'est elle qui, sous l'ancien régime, a préparé lentement l'œuvre de la Révolution ; et tant qu'elle demeurera debout, l'œuvre de la Révolution, dans ses principes les plus essentiels, restera assurée. C'est ce que reconnaissent parfaitement les ennemis de la Révolution quand, sous le nom et sous le prétexte de la liberté d'enseignement, qui d'ailleurs est un droit véritable, ils cherchent à livrer la jeunesse à une corporation fameuse, instrument de desseins rétrogrades et créée dans le seul but, dans le but ostensible et avoué
d'étouffer la liberté. Cette association aura beau faire, elle subira la loi toraraune ainsi qu'elle l'a déjà fait dans le passé : car c'est elle qui a fait l'éducation des esprits les plus audacieux du dernier siècle, et pour n'en citer que deux qui en valent beaucoup d'autres, de Voltaire et de Diderot.
L'éducation publique doit former des citoyens, l'éducation domestique doit former des hommes ; à chacune sa tâche ; il ne faut pas que l'une absorbe l'autre et ait la prétention de la remplacer. Mais comme l'ordre moral précède l'ordre civil et lui est de beaucoup supérieur, ainsi la famille doit avoir accompli son œuvre quand la société commence la sienne. D'ailleurs, c'est avec des hommes qu'on fait des citoyens, et, lorsqu'on tente de renverser ce rapport, les deux termes nous échappent à la fois : les sentiments humains, les affections humaines sont singulièrement affaiblis, sinon effacés; et à la place des vertus civiles, des sentiments patriotiques, on est exposé à ne rencontrer que ces rôves d'associations contre nature, que ces utopies despotiques et abrutissantes qui ont fait tant de mal à notre pays et qui ont compromis dans toute l'Europe la cause de la liberté.
Si l'éducation publique ne convient aux hommes qu'à partir d'un certain âge, c'est-à-dire depuis les années de l'adolescence, à aucune époque de leur enfance et de leur jeunesse, elle ne convient aux femmes. C'est un contre-sens moral périlleux pour un pays, périlleux pour son caractère et pour ses mœurs, d'entasser ensemble des jeunes filles de tout âge pour les livrer à l'autorité d'une femme qui n'est pas leur mère et qui, n'ayant pas de prise sur leur cœur, est obUgée de le gouverner
par la rigueur ou par la vanité, de leur imposer une discipline étrangère à leur sexe, incompatible avec leur nature, avec les mouvements spontanés de leur âme et avec la fraîcheur de leurs impressions, avec l'élasticité de leurs facultés, avec la délicatesse de leurs sentiments, ou d'exciter en elles dans des proportions dangereuses l'amour des distinctions, des honneurs, des éloges et, ce qu'il y a de pis, des distinctions et des éloges décernés en public, par conséquent le sentiment de la rivalité, très improprement appelé l'émulation et si voisin dans une âme féminine de la jalousie et de l'envie. Nous n'avons jamais compris les distributions de prix dans les maisons d'éducation pour les femmes; nous n'avons jamais compris ces exhibitions publiques de leurs vers et de leur prose, de leurs dessins, de leurs ouvrages, de leur voix, quand on les a élevées pour la famille et non pour le théâtre. La jeune fille doit être élevée sous les ailes de samère, et, autant que cela est possible, elle ne doit recevoir d'autres leçons que les siennes. Elle saura peutêtre un peu moins de mythologie, moins de musique, moins de géométrie et de cosmographie, mais qu'importe si elle doit connaître mieux un jour les doux et saints devoirs que la nature lui prépare. Nous avons sous les yeux un livre publié récemment par un médecin américain (11, qui signale comme un grand danger pour la société, comme une cause de ruine et de dissolution pour la famille, comme une source de maladies pour la femme, le développement excessif donné, depuis quelques années, de l'autre côté de l'Atlantique, à l'instruction desjeunes filles.
(1) Périls of american Women, in-18, Boston, 1883.
Si cependant la mère est absolument incapable de suffire à la double tâclio qu(3 nous lui imposons, eh bien ! que l'instruction vienne du dehors, mais que l'éducation vienne d'elle-même, qu'elle n'ait confiance dans nulle autre main que dans la sienne pour cultiver cette plante délicate dont l'atmosphère naturelle est le foyer domestique et à laquelle la parole maternelle tient lieu de rosée et de soleil. La mère seule aussi pourra la préparer à la condition qui l'attend ; elle seule pourra savoir s'il est nécessaire de l'armer d'avance contre les dangers extérieurs ou si elle peut lai conserver l'ignorance paisible et charmante de l'innocence.