VI AVANT-PROPOS
ordre de choses, établi avec tant de peine, a eu pour résultat de faire entrer dans les faits ? Aujourd'hui qu'il n'y a plus de castes, j^lus de privilèges d'aucune sorte, que l'homme et la terre, la conscience et le travail sont également libres, une révolution sociale, sous quelque nom et quelque prétexte qu'on la propose, quand on n'a pas la force de l'imposer, repose toujours sur le même fond; elle transporte à l'Etat tous les droits, toutes les responsabilités, toutes les obligations aussi de l'individu. Elle supprime la liberté et absorbe la personne humaine dans une masse, ou pour me servir du terme à la mode, dans une collectivité impersonnelle et inconsciente. Elle applique à la politique le même système que les apôtres de l'évolutionisme et du positivisme contemporains s'efforcent de faire prévaloir en philosophie.
Le respect que commande la personne humaine étant, selon moi, le seul fondement du droit et le but suprême de la législation, j'ai été amené à combattre ceux qui professent l'opinion contraire, et c'est ainsi que la polémique tient une place assez étendue dans le cadre où se meut ma propre pensée.
Persuadé, comme je le suis, qu'il n'est pas bon d'écrire comme on parle, ni de parler comme on écrit, je me suis imposé le devoir de supprimer dans le livre les formes d'exposition qui caractérisent les leçons. Dans ces communications hâtives , toujours improvisées, même quand elles sont écrites, il est difficile d'échapper aux longueurs, aux redites, aux préoccupations et souvent aux émotions du jour, aux allusions en quelque