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CHAPITRE XIX

La transmission de la propriété. — Le droit de tester.

Après avoir examiné tous les principes sur lesquels repose le droit de propriété ; après nous être convaincus que la cause de la propriété est la même que celle de la liberté, de la famille et de la civilisation ou de la dignité , du bien-être et des progrès intellectuels du genre humain, nous avons discuté les principales objections qui lui ont été opposées depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, et nous n'y avons trouvé que sophismes, contradictions, chimères, ou quelque chose de pis, l'apologie des passions antisociales.

Cependant ce grave sujet n'est pas épuisé. Il nous reste encore à étudier la propriété sous une nouvelle face, dans une de ses applications les plus importantes et les plus fécondes, dans un de ses effets sans lequel elle reste frappée de stérilité, menacée de disparaître d'un jour à l'autre, privée de tous les titres qui en font la moralité et la durée. Il nous reste à rechercher si les biens que nous avons acquis par notre travail, que nous avons créés par notre industrie ou conservés à force de sacrifices, nous avons le droit de les laisser après nous à nos enfants, à nos proches, à nos amis, Franck. — Droit civil. 13

à ceux qui ont été pendant notre vie l'objet de notre dévouement et de notre tendresse. En un mot, nous avons à examiner si la propriété doit ùtre héréditaire.

On voit sur-le-champ quelle est l'importance de cette question, non seulement au point de vue de la liberté ou du droit individuel, mais au point de vue moral, au point de vue de la famille, au point de vue de la liberté civile et politique, enfin au point de vue de l'économie sociale. Car, supposons un instant l'hérédité abolie, quel changement dans les habitudes et dans les mœurs ! Au lieu de travailler pour ses enfants et pour ses proches, on ne travaillera que pour soi. Tout ce qu'on aura amassé, on voudra le dépenser pour ne pas le laisser à des indifférents ou à cette abstraction insaisissable qu'on appelle la communauté. Ce besoin, et, en quelque sorte, cette nécessité de dépenser donnera l'essor à tous les vices et à toutes les passions. Voilà pour la morale. L'égoïsme une fois déchaîné et avec lui les plus immondes instincts du cœur humain, que deviendra la famille, la sainteté du mariage , la sollicitude des parents pour les enfants, le respect des enfants pour les parents? Quel motif restera-t-il à leur dévouement réciproque quand cette vertu sera condamnée à l'impuissance, quand elle ne pourra plus se manifester par des sacrifices réels et par des œuvres durables ? La société, héritière unique, héritière universelle de tous les biens, passera nécessairement sous le régime de la communauté, et nous n'avons pas besoin de rappeler quelles sont les conséquences de cet ordre de choses. On a vu que, dans la théorie comme dans la réalité, partout où il a pu se faire jour, il a eu pour résultat la servitude et la misère.

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