‹ Philosophie du droit civilChapitre 43 sur 52 · LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE

lui répliquerai-je. — Après bien des détours, c'est sa foi même qu'il donnera pour garantie de la vérité de ses croyances ; en un mot, c'est à sa conscience qu'il en appclleia en dernier ressort. — Eh bien ! lui diraije, je suis dans le même cas, par rapport à vous. C'est ma foi que je regarde comme la vérité, c'est la vôtre qui me paraît l'erreur, et j'en ai pour garant l'ardeur même de mes croyances. Dans cette situation, il faut choisir : ou les droits seront les mêmes pour tous, et alors c'est la hberté de conscience que vous m'accordez; ou le plus fort aura le droit de persécuter le plus faible, alors le droit sera du côté de la force et la religion ne sera vraie que si elle est victorieuse ; le paganisme aura été la vérité avant le triomphe de l'Église ; il est la vérité encore aujourd'hui au milieu des barbares et des sauvages ; Néron et Dioclétien avaient raison de persécuter les chrétiens ; le protestantisme, en pays protestant, a raison de persécuter l'Église catholique, comme l'Éghse cathohque, en pays caihohque, a raison de persécuter le protestantisme.

La suppression de la liberté de conscience, l'intolérance religieuse n'est pas seulement un crime, c'est un crime inconséquent, obligé de témoigner contre luimême ; c'est une œuvre de folie, une cruauté impuissante dont les effets sont absolument opposés au but qu'elle poursuit. Une croyance ne s'impose pas par la force, la foi vient de la persuasion et non de la contrainte. Est-ce la foi que vous voulez obtenir? Parlez à mon intelligence et à mon cœur. Mo suis-je trompé ? ÎSe voulez-vous que des démonstrations extérieures ? Alors ne dites pas que c'est ma foi que vous voulez changer, c'est ma personne que vous voulez asservir, sans profit pour la religion, tout au contraire, à son

plus grand détriment. Vous lui ferez un double mal, car ceux que vous croyez conquérir à ses lois, ce sont les hypocrites et les lâches qui aiment mieux suivre leurs intérêts que leur conscience. Les âmes fortes et élevées resteront attachées à leurs convictions avec toute l'énergie que l'indignation peut ajouter à leurs principes. Qui ne connaît la fécondité du sang des martyrs ? Le vrai moyen de perpétuer une opinion, c'est de la persécuter. Dans l'Inde, six cents ans avant Jésus-Christ, on a voulu exterminer par le fer et par le feu le bouddhisme naissant : le bouddhisme est aujourd'hui une religion qui compte plus de quatre cents millions de croyants ; le brahmanisme, son bourreau, n'en a que quatre-vingt millions. Socrate a été condamné à boire la cigûe : sa philosophie et sa vie sont encore aujourd'hui pour nous, après vingt-deux siècles, un objet de respect et d'admiration. L'Eglise est sortie triomphante de toutes les 'persécutions païennes ; le protestantisme a survécu à la saint Barthélémy et à toutes les guerres du xvi^ siècle. Il est représenté aujourd'hui par plusieurs grandes puissances, sans lesquelles il ne peut rien se décider d'important dans les conseils de l'Europe. Les sectaires chassés par la persécution de la Grande-Bretagne sont aujourd'hui les maitres du nouveau monde. Enfin une race aussi ancienne que le monde, une religion qui est la mère du christianisme, après dix-huit siècles de tortures, et peut-être grâce à ces tortures , est aujourd'hui aussi vivante, aussi active, aussi attachée à son antique symbole qu'aux jours de son indépendance et de sa plus grande prospérité.

Il est à peine besoin d'ajouter que l'intolérance est aussi contraire à la religion, c'est-à-dire aux principes

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