CHAPITRE IV
La femme considérée comme une malade ; Je livre de Michclct qui a pour titre: l'Ainonr; la dignité morale de la femme méconnue, le mariage compromis.
Le livre de Micheletsur l'ylmon)', quand il parut pour la première fois en 1858, produisit une sensation profonde chez les hommes et chez les femmes, chez les jeunes gens et chez les hommes déjà mûrs. Il s'en fallut de peu qu'il ne fût considéré comme un événement pubhc. Le retentissement qu'eut ce petit volume s'explique en partie par la forme sous laquelle l'auteur y développe ses paradoxes. On citerait difficilement une œuvre récente qui réunisse plus de grâce, plus de jeunesse, plus de vie, plus de scènes dramatiques et de descriptions charmantes, plus d'esprit et de passion tout ensemble. Micheletdont tous les autres ouvrages tiennent du pamphlet et de la légende, car c'est le pamphlet et la légende qu'il a mis à la place de l'histoire, a rassemblé ici ce qu'il y a de plus tendre dans son cœur plein de mystiques aspirations et de plus riches couleurs dans son imagination poétique. On n'y reconnaît pas seulement « l'artiste érudit», comme il s'appelle lui-même, mais aussi le poète, l'amant et le père, car il est tout cela pour sa belle protégée.
Je donnerai à l'auteur de l'Amour un éloge auquel j'attache plus de prix qu'à tous les autres et qui l'eût peut-être flatté davantage s'il l'eût connu. Je crois que rien n'est plus élevé que le but qu'il se propose, que la pensée générale qui a inspiré son livre:* « L'affranchissement moral de la femme par le véritable amour». Combien ce but est supérieur à celui que Rousseau poursuit dans sa Nouvelle Iléloïse ! Rousseau voulait seulement nous guérir de la débauche par la peinture de la volupté. Michelet veut nous détacher de la volupté elle-même, de la volupté égoïste par l'amour chaste, fondement du mariage et de la famille. « La famille, dit-il, s'appuie sur l'amour, et la société sur la famille. » Rien n'est plus vrai; pourvu que l'amour soit purifié et suppléé par le devoir. « Dans un monde, dit encore Michelet, où tout remue, il faut avoir un point fixe où l'on puisse bien s'appuyer. Or, ce point, c'est le foyer. Le foyer n'est pas une pierre, comme on le dit souvent, c'est un cœur et c'est le cœur d'une femme. »
Ces paroles émues sont la consécration du mariage tel qu'il doit exister et renferment la condamnation de ces utopies immondes qui croient affranchir l'homme en l'abaissant au niveau de la bête, qui croient affranchir la femme en la livrant sans défense, sans protection, sans avenir, aux plus brutales passions, aux plus fugitifs caprices. Michelet démontre très bien que les auteurs de ces prétendues nouveautés ne sont que les apologistes du fait dans son plus hideux caractère et les restaurateurs de la barbarie.
C'est là qu'est sans contredit la meilleure partie, la partie irréprochable de son livre. Je veux dire qu'elle est dans les intentions. Mais l'exécution est-elle con-