‹ Philosophie du droitChapitre 13 sur 47 · MACHIAVEL · texte numérisé non relu

MACHIAVEL

we hôtdUerie où il trouvait des paysans et des* rustres : là Machiavel se délectait à s'encanailler, à boire, à se disputer» à crier, à jouer k des jeux très- vulgaires; quand il y avait passé plusieurs heures, quand il s'était contemplé^ lui, le pre^ mier homme d'Etat de Fkrence, obligé d'aller chercher ses distractions dans un cabaret; quand il avait bien ri de lui-même et des autres, il rentrait chez lui^ ôtait les habits avec lesquels il s'était compromis, et dans son cabinet, évo-* quant tous les illustres morts de Rome et d'Athènes^ il retrouvait dans leur entretien toute l'énergie de son âme et redevenait lui-même. S'il pensait encore à sa patrie, ce n'était qu'avec ua mépris vengeur; il se moquait alors, mais de cette ironie supérieure, peine sanglante que les grands hommes savent infliger à l'ingratitude.

Machiavel est encore inintelligible, si Ton n's^ devant les yeux l'état de la papauté italienne. Des desseins de Grégoire et de Boniface, elle était; descendue à de mesquines ambitions, elle son-* geait à s'arrondir en Italie; sa politique devint toute temporelle et ne se distingua plus de celle de l^lorence, 4^ Plse pu de Venise ;jf)osition in-, digne d'elle et qui réduisit à l'impuissance, même le génie de Jules II. Rome pesait à toute l'Italie; elle n'était plus pour elle qu'un embarras et souvent un scandale. Du vivant même de Machia^

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irel) itn moine^ dornintcmi; Jérôme Sarùûàrotit/ s'érigèant à ta fois en prophète et en iribtm, se répandit en déclamâFtîons contre te Vatican^ ah-^ i^énça le retoar de Charles YHi en itiâîe comna^ un nonveatî Cyrus. La voix Jm^rhdenfe 4e San l^narola pétait auhr» chose qneJe cri des'|>opUH featîons italiennes ; mais c'éudt trop tôt vd'aâletnb ée it'étlnt pas à Irltahe à -se réformer^ eU^e-mâsiey éi le malhenretËc Bdlomitsf tèirré bu piape, périt sur le bûcher. Machiavel 9e. nioquc^ dehii^ diiabt qu^uh prophète devait avoii^ txkijcMu^uiid armée pour réafiser ses prophétie^; >Mais le Ééc^pèUir0 âorenlin n'en bonsidérait pas moins la -papaotâ comme une cause rnépuidabte dlinconvéniens e^ de dangers pbur l'Italie. <3hemiii • faisant^ nous en trouverons la preiivQ. ** . > ' j

JLa nécessité de défendre l'indépenchânée de Florence préoccupa toujours cet bommê d'Stat, et il propos à |^st6urs reprises à X^ieigneuria d^ôrganiser dcJs troupe^ nationales et ^égiées; Cette mesure^ qui ne laissait plus la république â la merd des candotHeriy produisît sur^le-cbamp quelques avantagesy&ieu qu'elle rie fût ei[fécuté6 que timidement. Machiavel étàit«versé dans la talque, et il a écrit un traité en iept livres de X Art de tù, guettée que les militairei estiment et dont a profité le chevalier Folard. Il commença avec enthousiasme l'histoire de Florence, et, dans

Ifi^ prf90tà^rei Imes^ ii.a «u s'associer à la gloire 4)^ GuicM^rdin. Mais arrivé aux temps plus tâod^rpQS»! j^t prè^cpie ^onton^rains ^es Médicis^ îAperditsQi^ ardieur aveci soh incfêpeodtfnce^ et Ikrnsai l'ouvrage inachevé.

; . i^jei, Déicades de Xite-Lwé 4ia sont pas W ^com^ imiàJktÎQe; l'jbistorien romain n'e^ guère là i|a'iln prêtante. .Lesjreux fiséssur L'anticpiitévMàcbîftvel ^ compara ksmoours et la politique atfx Etats iao'dernesi;.ildb6rcbe des ieçoss pour l'Italie dan^ VimitatioD de .la liberté cantiqu»;4l v^^eit que la iMl^tirépablicainfe de Floiiéncè, de^Ptse ou ^e ¥e« 9^ Sj'iustmi^e à recelé de. Rome et d'i^ttiènes:; ^eUi^mfiiit qu'il mécoajaait tout^'-fait l'originalité du tnQyfif^ ^g&M de^ temps Qioderbesv &ûBt ainsi qua> fiiappé à la fois 4n^ csfi^açtèrejpolitique 4^ i^ixdiigion dans l'aotiqinté^ et dés d^portemens 4e Ja.fPftpautai^u si6cle4)iJb il vivait, il s'eicpbiive MU^ i(^s : ternes i:.« Puisque quelques j>ersonnes xi^^r^tehdent jque le; bonheur de l'Italie^ dépensa n.4e i'Sglisé.dq Some^ j'^iégueràî «cofit^e muette %^liaQ .plusieurs raisons/ qui s'offrj^nt à indn:^ )9.espirit,aet.papmi lesqûénes surj^mt; il en €|st' % dy^Mo: Mextréinémént graves- auxquelles/ sél^^d ft.mpiv'Oa^be peut ^ opposer autiiije objection. » D'abord les exemples cou pàbles de la cour dé liBodte ont éteintv dansxettè cotitrée, toute dé^

» votian et toute religion, cet[m entraîne à^ sa 3» suite une foule d'inconvéniens et de désordres; » et comme, partout où règne la religion, on » doit croire à l'existence du bien, de même €Ù s> elle a disparu, on doit supposer Texisteoce du p mal. C'est donc à l'Eglise et aux prêtres que » nous autres Italiens nous avons cette premîa'e ^ obligation, d'être sans religion et sans mœurs; V mais nous, leur en avons une bien plus grande » encore qui est la source de notre ruine, c'est y> que l'Eglise a toujours entretenu et entretient » malheureusement la divisiou dans cette mal-

» heureuse contrée La cause qui empêche

3» l'Italie d'être soumiseàungouv^nementunique, D soit monarchique, soit républicain, c'eM !'£- 3» glise seule qui, ayant possédé et goûté le pou- » voir temporel, n'a cependant eu ni assez de » puissance ni assez de courage pour s'emparer » de l'Italie et s'en rendre souveraine. Mais, d'un 31 autre côté, elle n'a jamais été assez faible pour 3» n'avoir pu, dans la crainte de perdre son au- » torité temporelle, appeler à son secours quelque » prince étranger.... Voilà pourquoi l'Italie n'a » pu se réunir sous un seul chef et dem^ire » asservie à plusieurs princes ou seigneurs; de » là ces divisions et cette faiblesse qui l'ont ré- » duite à devenir la proie non*seulement des

» Barbares paisians/mars du premier qui da^ne • l'attaquer '^. *

Mais MachiaTel ne secontente pas de censurer FÉgiîse; il accuse le chnstranisme de fendre les hommes moins braves^ moin^ portés stvtx grandes actions, aux grandes entreprises ; et Roussefau, plus tard, a reproduit ces reproches : « l^otre ]» reHgion, nous ajant montré la Térïté et l'u- » nique ^emin du salut, a dirn^ué à nos yeux » le prix des bonniçtars de ce^monde j les païens, » au contraire^ qui estimaient beaucoup la gloire, ]i et y avaient pl^é le souverain bien , embrasusaient avec transport tout ce qui pouvait la *leur mériter. On en volt Ips trftcçs dans beautt^coup de leurs institutions; la pompe de leurs ^cérémonies égalait leur magnificence; mais on wyyùi^uit àet sacrifices en^anglantés^ et barv'baresoùune multitude i^animaux étaient égor- » gés; lavuecofïtiniielled'unspeetàGle au^ cruel » rendait les hommes semblables k ce culte. Lés )»ireltg^oiis antiques^ d'un autre côté, n'accor^ » daient tes honneurs divins qu'aux mortels illusxrtrés par une gloire mondaine, tels que lesifa- Dmem capitaines et les chefs de république.

» Noire religion, au contraire, ne sanctifie que j»les humbles et les hommes livrés à là contem-

* Décade^ liv. i,chap. 12.

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» plation plutôt qu'à là vie actka ; elle a de pki$ » placé le souverain bien dans rhurailité , dans »le inépri$ des choses de ce.moade, dans Tab- » jçction même. ... Il semble que; cette morale yx nouvelle a rendu^ lea h^onmes plus faibles, et a )) livré le mo^de eap^oîe aux js^élérats audar m çh\ix^ lia ont senti qu'ils pouvaient sans crainte tt f:^ercer leur tyrann^^en voyant l'universalité >^des hommes diyiposés , dans l'espoir du para- )) dis? à souffrir tous les outrages plutôt qu'à s-'en » venger*, f^ Pour le coup, le secrétaire est trop amoureui^ de l'antiquité* Il irait même jusqu'à excuser les sacrifice sanglans. XI méconnaît entièrement la philosophie chrétienne, Iç courage nouveau, les mœtqrs héroïques, loyales et humaines qui en sont sorties. Cet exemple &it tou* cher au doigt ce qui manqueau florentin. Mais, dans l'étude même de l'histoire de Rome» des secrets de sa croissance et de 3a grai^leur, des principes de sa constitution , des maximes de sa poli* tique, des ruses et des. hardiesses de son génies dans l'analyse, de l'art de gouverner, de ses ressources, de ses défiances, des moyens quâchaogent et qui sauvent les Etats , des conspirations qui les renversent, des fautes de^ peuples et des princes, Machiavel s est fait le précepteur des

* Décade,. ViY. ii»chap' IJ.

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koomies d'^état ^t des liiatorîeDS; il a a^rti^nt inspiré Montesquieu ; le grand Jeaa de MtUler l'étudiait constamment; Ricbelieu et CromweU ne durent pas non plus négliger sa lecture.

Nous arrivons au Prince. Macfaiaveli après une carrière subalterne, était dévoré ddds la retraite par la douloureuse inquiétude d'un génie qui n'avait jamais pu se satisfaire. Il sentait le besoin d'épancher sa veine politique el de se tnon<» trer grand sur le papier, puisqu'on lui avait tou^ jours refusé la place qui lui appartenait Alors ^ns songer au public , mais pour le communia* quer confidentiellement à celui des Médids qui régnait à Florence*, il écrit un petit traité, substantiel, plein, nerveux, sans phrases. Il pesr* sonniSe sa politique dans le Prince qui est à la tête d'un Etat, le suit dans 1^ situations les plus difficiles, lui fait poursuivre son but à travers tous les moyens : pour triompher de ses ennemis, le Prince corrompra les consciences; il assassinera, s'il ne peut faii*e autrem<Hit - ici les remords se^ raieut hors de saison ; c^est de la politique expé-* rimentaleà tout prix. Ne croyez pas que le Prince imaginaire de Machiavel soit uniquement calqué sur Césair Borgia; ce bâtard lui en a bien fourni

* royez la lettre à François Vettori, retrouvée en 1810, dans V Histoire de Machiavel par M- Périès»

lOO MACHIAVEL.

qûek|0e chbse; ^^^is tous ses contemporaifis y ont contribué, Jules II, Alexandre VI, les cardinaux du sacré collège ; et puis les perfides de tous les temps, les politiques anciens et modernes ont comparu devant le peintre pour enrichir des variétés de leur caractère la méchanceté idéale .de son terrible héros.

Mais dans quel but est donc écrit ce Prince?

est-^ce un piège tendu aux Médicis ? Le Flo<rentin veut-il les précipiter par la théorie et la séduction du pouvoir absolu ? Est-ce une satire de Ja puissance souveraine? une vengeance de républicain? Non; c'est l'épanchement^ naturel de Fâme de Machiavel; il méprisait les hommes, établissait sa politique sur la connaissance de leurs vices et de leurs crimes, et puisait ses théories dans les nSauvaises passions de la nature humaine. Pour moi, je ne puis m/empéçher de croire que, moqueur aussi sanglant qu'observateur profond, il n'ait été animé d'une impitoyable et secrète ironie. C'était un poète comique; il avait égayé Florence par la Mandragore; il a bien pu, froid ridaneur, couronner son œuvre par un immense éclat de rire ; gaité coupable, joies perverses auxquelles s'abandonnent parfois les esprits supérieurs en se donnant de h^ut le spectacle des pauvretés et des bassesses humaines.

MA.GHIAYEL. lOI

Machiavel ainsi considéré, qu'en est-il résulté pour la philosophie sociale? ses contemporains ne furent pas choqués de ses écrits, par une excellente raison; c'était leur propre portrait; c'était. eux-mêmes. Mais à mesure qu'on s'éloigna du XV® et du xvi® siècle, quand les doctrines sociales furent devenues plus saines et plus généreuses^ il arriva qu'après avoir beaucoup marché on aperçut," en se retournant, Machiavel et son siècle tout naïfs et tout réels, on cria au scandale, à l'immoralité* Le secrétaire fut vilipendé et passa pour un homme épouvantable. Au xviu® siècle Frédéric le réfuta. Voltaire, applaudit avec des cris de joie à ce royal commentateur. Cette réprobation philosophique ne s'exerçait pas sans d'excellentes raisom»- Ija politique italienne avait passé dans les cours, dans les affaires et dans la diplomatie. Si Machiavel n'eût pas écrit, les fourberies, du XV® siècle n'eussent pas été résumées en théorie et n'eussent pas si long- temps corrompu l'Europe. Or l'humanité pardonne moins encore la théorie d'une mauvaise action que l'action même, et le sophisme peut quelquefois l'indigner plus que le crime. L'influence de Machiavel fut donc maligne, et peu s'en faut que ce grand homme n'ait payé de sa réputation auprès de la postérité le tort d'avoir trop fidèlement représenté

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son siècle, sans Savoir relevé par une philosophie plus pure.

L'Italie corrigea, pour ainsi dire, l'esprit historique de Machiavel par la politique idéale et platonicienne de Vico. J'ai caractérisé ailleurs cet illustre Napolitain dans une analyse dont des Italiens compétens ont estimé l'exactitude *. Filangieri et Beccaria importèrent dans la péninsule les leçons de la philosophie française.

Depuis le xvin® siècle, l'Italie se tourne vers la France. Après nous avoir envoyé deux fois la civilisation, elle réclame aujourd'hui notre appui. Lutèce, ce petit bourg où hat>itait Julien, où passaient quelquefois les empereurs romains, est devenue l'espoir de la péninsule. L'Italie ne devra sa liberté et sa nationalité qu'à elle-même, mais elle demande que nous lui tendions la main ; c'est un guerrier généreux qui a besoin de son frère d'armés pour se relerver. Napoléon avait tout-à-fàit compris l'union de la France et de l'Italie. II n'avait voulu entrer dans Rome que pour y foire couronner son fils devenu majeur ; il avait ajourné à cette époque sa visite impériale, il faut ici dégager la pensée même des il- Itkstonsdu conquérant; cette pensée était l'unité delltalie avec l'atliance de la France.

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