CHAPITRE VII
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Descartes avait établi dans le domaine de la pensée l'indépendance absolue de la raison; il avait déclaré à la scolastique et à la théologie que l'esprit de l'homme ne pouvait plus relever que de l'évidence qu'il aurait obtenue par lui-même. Ce que Luther avait commencé dans la religion, le génie français^ si actif et si prompt^ l'importait dans la philosophie, et l'on peut dire, à la double gloire de l'Allemagne et de la France, que Descartes est le fils aîné de Luther. Le philosophe français trouve à son tour un successeur chez un peuple qui jouissait avec l'Angleterre de la liberté politique et de celle de la pensée. La Hollande éclairait l'Europe par ses universités, la charmait par ses écoles de peinture, lui donnait
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le savïint le plus ingénieux du xvi^ siècle, Erasme; le premier publiciste du xvii% Grotîus; un des plus grands médecins modernes, Boerhaave; et le métaphysicien le plus original, Spinosa.
Benoît Spinosa avait environ treize ans quand Grotîus mourut. Ces deux hommes firent dans leur siècle le même contraste que plus tard Montesquieu et Rousseau. Je ne reviendrai pas sur Grotius *, sur cet illustre soutien de l'autorité et des faits, qUi constitua le droit des gens, le rendit humain et chrétien. Quel abîme entre lui et Machiavel ! Le secrétaire enseigne aux hommes à se tromper et s'opprimer entre eux ; le jurisconsulte du xvii^ siècle adoucit le droit de guerre, introduit la morale dans la diplomatie^ *et recommande aux rois comme aux sujets de se ^conduire suivant les maximes de l'Evangile.
L'audacieux philosophe qui a remué tous les penseurs modernes fut, dans sa vie, simple et candide comme un enfant : juif, né à Amsterdam en ïGSa, il commença par recevoir une éducation hébraïque. Quand peu à peu il eut acquis la conscience de lui-même et de son génie, îl se sépara avec une tranqpille fermeté de Torthodoxie de la religion nationale, au grand désespoir de la
• Introduction générale à FHistoîre du droit, chap. 8.
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synagogue qui avait fondé sur lui les plus hautes* espérances. Sorti d'Amsterdam, il ne vécut plus que dans la retrace et la solitude, philosophant toujours, passant son temps à préparer des verres /polis pour des lunettes d'approche, et à crayonner des petits dessins, se nourrissant souvent avec quatre sous par jour; c'est ainsi qu'après une vie de quarante--quatre ans, qui ne fut pour ainsi dire qu'une longue méditation, il mourut en 1677, n'ayant eu qu'une pensée, la philosophie, qu'une ambition, la philosophie.
Spinosa commença par écrire un commentaire du système de Descartes, sous le titre de : Renati Descartes principiorum philosophiœ part, i^ et *i^ more geometricodemonstratœ. (Il faut y joindre un ajppendicecontinenscogùatametaphxsica.) Ilfit paraître ensuite le Tractatus theologico-politicus, composé de vingt chapitres. Paulus, dans l'édition d'Iéna (1802), termine le premier volume par la collection des lettres qu'adressèrent à Spinosa quelques-uns de ses contemporains, et des réponses du philosophe. Les œuvres posthumes ccmiprennent sa morale, Ethica more geometrico demonstrata^ divisée en cinq parties où il est trajté : \^ de Deo; a® de Naturâ et origine mentis; 5* de Origine et naturâ affectum j 4^ de Seruituteku-manây ceu de affectuum viribus; 5® de Potentiâ intelkctûsj ceu de libertate humanâ ; le Tractatus
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politicus qui s'arr^e au chapitre onzième que n'a pu achever Taùteur morbo impeditus et morte abreptus ; un traité des moyens de réformer l'intelligence également inachevé, de Intellectûs emendatione et de via quâoptimè in veram rerum cagnitionem dirigitur; enfin un Compendium gramrnatices Unguas hebrœœ^ demeuré imparfhit comme les ouvrages précédens : tel est l'héritage de ce métaphysficien q^ui avait si bien conçu sa mission unique de penseur, qu'il résista même à l'offre séduisante d'une chaire où il aurait pu propager son système. Le i6 février 1673 l'électeur palatin Charles-Louis lui fit offrir le profés-; sorat dans son université de Heidelberg : « An in M illustri suâ academiâ ordinariam philosophiae n professionem suscipere animus esset ?» Le prince allemand lui garantissait toute liberté philosophique : « Philosophandi libertatem habebis n amplissimam quâ te ad publiée stabiiitam re- » ligionem conturbandam non abusurum credit^» Spinosa répondit qu'après y avoir beaucoup pensé, il ne pouvait profiter d'une aussi belle occasion; que jamais il n'avait eu l'intention /7£i^//cé docere; que d'ailleurs l'enseignement le détoiur* neraît des profondeurs de la philosophie : « Nam >t cogito primo me à promovendâ philosophiâ ces« » sare, si instituenda^ juventuti vacare velim; »
* Epist, 54.
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et. puis encore Spinosane.se rend pas bien, complet des restrictions qu'il faudrait apporter à la liberté philosophique : il y a sur les matières religieuses tant de contradictions et de passions qui défîgu^ rent et cond^n^nept couvent les pensées et les pa^ rôles les plus droites ! (c Cogito deindè n;ie nescire » quibus limitibus libertas ista phijosoph^di in^ » tercludidebeat^ ne videar publiée stabilitam re^ » ligionemperturbareyelle: quippeschismatanon fi tam esk ardenti religionis studio oriuntur, quàm » ex yario hominum affectu, vel contradicendi » studio, quo omnia^ et si rectè dicta sint, depra* » vare et damnare soient *. » Sur celte raison, qui surtout était excellent^ , Spinosa resta chez lui^ et je crois qu'il fit bien. Contemplons maintenant la pensée du solitaire, pyramide éteo'nelle dans le champ de la philosophie.
Dieu est tout ce qui est : c est un être absolu et infini -, il se manifeste par la pe^nsée et l'éten* due. « Per Deum intelligo eps absolute infinitum, M hoc esty substantiam constantem infinitis attri- » butis, quorum unumquodque aeternam et infi-* n nitam essçntiam exprimit. » Substance uae^ qui pc^fsiste et se développe par des attributs infinis dont chacun exprime l'éternel le et infinie essence €|e la substance même. Dieu est l'unité, Tessence
* Epist, 5a.
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et l'éternité. Or cette éternité se développe par l'existence : « Per aetemitatem inteliigo ipsam » existentiaiu^ quateniis ex solâ rei aeternae défila nitione necessario sequi concîpîtur. » Dieu est donc l'identité dé l'existence et de Fessehce, dû temps et de rétémité; unité nécessaire, car deuK substances égales ne sauraient coexister dans la natui*e des choses ; « in rerum natùrâ non possunt » dari duae aut plures substantis^ ejusdem naturae, » sîve àttrîbuti. ©Toute substance est nécessairement infinie, et existe nécessairement ; cette nécessité se prouve par son existence, son être par= son développement ; elle est parce qu'elle est, et parce qu'elle est, elle est. Dieu est sa preuve à luimême; et, vivant dans une «mité qui n'a pas dé concurrent, il dure par les lois de sa nature, et il existe nécessairement. « Deus, sive substantia « constans infinitis attributif, quorum unum- » quodque œternam et infini tam essentiam exprl- » mît, necessario existit. » Rien n'existe que dans Dieu et ne peut être conçu sans Dieu : « Et nihîl » sine Deo esse, neque concîpî potest; » donc Dieu est la cause permanente et non passagère de toutes choses : «Deus est omnium rerum causa x^ iramanens, nec verô transiens. » Dieu, cause toujours présente du monde, habite dans son ouvrage comme dans un tabernacle; il ne passe pas à côté de cet univers, en le regardant comme
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un phénom^ fragile et se réservant un autre séjour ; il y demeure et s'y incorpore : donc toilt est nécessaire dans ce monde formé des attributs de Dieu : « Quidquid ex aliquo Dei altributo, » quatenus modificatum est tali modificatione^ » quee et necessario et infinita per idem existit> 30 sequitur, débet quoque et necessariè et infini- » tum existere. » Et pour l'humanité^ quelle sera la conséquence morale? C'est que l'homme n'est pas dans ce monde une individualité libre, pouvant se conduire suivant ses règles et son arbitre propre, mais dans le système du monde il est un effet nécessaire et déterminé. « Voluntas non po- 30 test vocari causa libéra, sed tantumnecessaria.» Yoilà le fondement^ du déterminisme qui veut identifier la liberté de l'homme avec une fatalité rationnelle. L'homme alors, satellite d'un astre autour duquel il doit constamment tourner, membre nécessaire et naturellement enclave d'un Dieu dont il est ime partie, s'adapte et se coordonne dans le mécanisme universeL Dieu lui-même n'é<* tait pas libre de Êiire autrement qu'il n'a fait : c< Res nuUo alio modo, neque alio ordine a Deo » produci potuerunt, quam productao sunt. i> Spinosa absorbe l'homme et Dieu dans la même idée, dans l'unité nécessaire.
Dans la philosophie de cet homme, vous étai^ toujours £sK^e à face avec Dieu; corps, esprit^
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^ndu^9 toy^ocETs^ c'esi toujours Dieu, l\ se révèle par les corps et la matière, par la pensée et les idées, par l'étendue.
« Per corpus intelligo modum, qui Dei essen- *} tiam, quateuus ut res exteosa consideratur, }) certo et deteriuinato modo exprimit» » Voilà pour la matière.
La peœée ^t une émanation^ une £sice de la substance infinie qui pense. « Gogitatio altribun tum Dei est, sive Deus est res cogitans. »
L'étendue n'est encore qu'une manifestation de la substance : « Extensio attributum Dei est, » sive Deus est res extensa. »
Ainsi Dieu se manifeste par le coips et la ma^ tîère ; il pense par l'intelligence; il se développe par rétendue 5 il est tout; dans lui viennent se perdre idées, formes, essence, attributs. <c In » Deo datur necessario idea, tam ejus essentiœ, » quam omnium, quae ex ipsius enssentia neces- » sario sequuntur. »
Liberté, que deviendras-tu dans cet organisme cm tout est prévu et nécessaire? tu te confondras avec l'intelligence; tu te perdras dans une série de causes déterminantes et de mobiles irrésistibles, qui tous te pousseront, malgré que tu en aies, à un but nécessaire, immuable, a In mente » nuUa est absoluta, sive libéra voluntas ; sed » mens ad hoc, vel illud volendum determinatur
» a causa, qox etiam ab alia determinata est, et » haec iterum ab alla, et sic in infinitura. » La volition et l'idée sont même chose. « In mente
^ » nulla datur volitio, sive affirmatio et negàtio i>prfiBter illam, quam idea, quatenus îdeâ est^, » in vol vit. » Enfin sous une formule plus génénale encore, il faudra reconnaître Tidehtité de
"^ la volonté et de FintelHgence. « Voluntas et in- » tellectus unum et idem sont. »
Non- seulement Spinosa absorbe le vouloir de L'homme dans la pensée^ mais il est amené à reconnaître que ce vouloir trouvera nécessaire* ment dans les passions d'impérieuses maîtresses.
rLes passions^ pour le philosophe, sont des affections sensibles qui troublent l'harmonie de l'intelligence, et les relations adéquates avec la nature des choses. « Affectus qui animi pathéma « dicitur, est confusa idea, qua mens majorera, » vel minorera sui corporis, vel alicujus ejus » partis existendi vira, quam antea, .affirmât, et » qua data ipsa mens ad hoc potius quam ad » illud cogitàndum determinatur. » I^a vivacité ^ de ces affections, combinée avec les influences / extérieures, peut être telle qu'elle devienne insurmontable à l'homme, et le mette àous son joug. (' Vis et incrementum cujuscumqùe' pas- » sioiiis, ejusque in existendo perseverentia de- » finitur potentia causae externae cum nostra
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» comparata, a4eoque hominis potentîam su- » perar.e potest. » II n'y aura de remède qu'en combattant une affection vive par une plus vive encore : « Affectus coerceii eec tolli potest, nisi » per affectum contrarium, et fortiorem affectu ».coercendo. » Spinosa reconnaît ainsi la puis-^ sance des passions qui sont sacrées à ses yeux, puisqu'elles sont dans la nature des choses : tout en .maintenant l'indélébile supériorité de l'in* telligence, il s'attache dans sa théorie à les peindre, à les exalter dans Içur^ effets généreux; il écrit cette sublime parole : h Gloria, rationi non M répugnai p sed,ab ea oriri potest. »- Inclination naturelle du génie pour la gloire, pour oeitè image terrestre de l'immortalité.
Etrange athée que Spinosa^ qui nçn^sêulef-i ment célèbre les? passioi^ avec un enthousiasme sévère, mais veut les éley|?r vers D^eu, les rallier toutes dans la conjtemplatîon de la diviniljé, rèn^ dre l'intelligence s^déqu^tç avec. Dieu , l'exalter à un amour intellectuel par lequel elle se confon* dra dans l'Être infini. « Mensefficerepptest uf » omnes corporis affectiones, ceu rerum imaginer » ad Deiideam Kelerai^tur. » Voici quelque chose de plusformel encore. « Hic ergaDeumiamor men* \) tem m^mç occapare débet. » Enfin, « mentis \} amor ^itellectualis ergaDeum est ipse Dei amor, » qup Deus seip^um amat, non quatenus infinitus
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>j est, sed quatenus per essentiam humanae men«' » tis, sub specie aeternitatis consideratam, explî* » cari potest, hoc est mentis erga Deuni amor in* » tellectualis pars est infiniti amoris, quo Deus Il seipsum amat. » Ainsi, quand nous aimons Dieu , quand nous versons toutes nos affections particulières dans son sein, par notre amour Dieu: s'kinre luinnéme; il se contemple dans sa gloire, dans ime identité où s'engouffrent tous les actes et toutes les sympathies de lliomme, il se glorifie dans un égoïsme infini, immense comme la mer:
Mais quelle sera pour l'homme sa récompense quand il aura pratiqué la vertu et Tamour de Dieu? où sera son bonheur ? Spinosa, se rencontrant ici avec le Portique, ne lui en accorde pas d'autre que la vertu même, a Beatitudo non est >) virtutis praemium, sed ipsa virtus; nec eadem n gaudemus quia libidines coercemus; sed con* » tra quia eadem gaudemus, ideo libidines coer- M cere possumus. » Identité du bonheur et de la vertu tellement, que l'homme n'est pas heureux parce qu'il dompte ses passions, mais qu'au con^ traire il ne 1^ dompte que lorsqu'il est heureux.
Il faut encore demander compte à cet inflexible panthéisme de la destinée de l'âme. Qu'a-t-il à offrir à rhomme pour étancher cette soif d'une autre vie que le christianisme a su tout ensemble irriter et satisfaire? Hélas! la timidité, le sitence
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remplacent ici la superbe et le dogmatisme du philosophe. Il nous dit bien : « Mens huroana\ D non potest cum corpore absolutè destrui, sed \ D ejus aliquid remanet, quod œternum est. » Mais que devient donc ce quelque chose qui reste, et qui vous embarrasse de son éternité? Une fois que le corps a disparu, le panthéismie ne sait plus rien. « Mens igitur nostra eatenus tantum potest >) dici durare, ejusque existeutia certo tempore » definiri potest^ quatenusactualem corporis exis- N tentiam involvit et eatejius tantum potentiam o habet rerum existentiam tempore determi- » nandi, easque sub duratione concipiendi. n On dirait que le philosophe cherche à décliner toute responsd[)ilité en déclarant qu'il n'a pas d'autre moyen de reconnaître l'âme que la présence du corps. Nous ne pouvons, dit-il^ nous rappeler d'avoir existé avant notre corps, puisque sans lui nous ne pouvions avoir de relation avec le temps et l'étendue; et cependant nous sentons et nous éprouvons que nous sommes immortels. « At nihilominus sentimus experi- M murque nos aeternos esse. » Et voilà toute rim-5 mortalité que le panthéisme peut nous donner; enfermé dans ce monde, puisqu'il s'est interdit à lui-même de le transgresser, il ne peut livrer à l'homme qu'une série d'existences et de transformations terrestres, ou un néant irrévocable.
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Du haut de cette métaphysique, comme d^un roc inaccessible, Spinosa contemple cette histoire humaine qui s'agite datis l'espace et dans le temps. Libre de toute autorité, affranchi de la synagogue, sans engagement avec le chrîstia-* nisme, il attribue tout à la raison, révélations, prophéties er religions. « Cum jtaque mens nos- Mi tra ex hoc solo , quod Dei naturam objective » in se continet, et de eadem pai*tîcipat, poten- )> tiam habeat ad formandam quasdam notiones n rerum naturam explicantes, et vitae usum do- » centes ; merito mentis naturam, quatenus talis M concipitur, primam divinae revelàtionis causam
» statuere possumus «Toutefois Spinosa re-
^connaît la révélation directe de Dieu à Moïse; mais quant aux autres prophètes, Dieu ne leur a parlé que par l'intelligence; c'est en ce sens qu'ils fiirent anitnés xle l'esprit de Dieu; sages et' purs, orateurs et poètes, ils durent leurs prophéties aux éclairs et aux élans de l'imagination orientale. La loi trouvera de même son explication dans la nature des choses : divine et humaine, elle dépendra ou des conditions nécessaires de Dieu, ou des conventions de Fhomme; humaine, elle s'occupera de régler la sécurité de la vie et des sociétés : « Ad tutandam vitam » rempublicam tantum inservit; » divine, elle se
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proposera la connaissance et l'amour de Dieu : (( Soluni summum l)onum, hoc est Dei veram )) cognitioneni et amorem spectat* » Or c'est Ici OMraptèr^ 4e cette loi. divine d'être universelle» djç n'avoir pas besoin de la foi de l'hi&toir^, u non ^.eyigere $dem historiarum; » de n'avoir pai besoin non plus de cérémonies extérieures, de &ire consister enfin le souverain bien dans la connaissance dé Dieu, et la véritable misère dans la servitude de la cbair;. voilà qui est humain^ naturel, universel. Sortez.de ces préceptes inculqués par la raison à Dieu même, vous tombez dans les ch<^ses éphémères^ dans les institutions et les formes historiques, dans les intérêts politiques, dans les différences et les fantaisies du génfie des peuples. Les lois et les cérémonies de la république hébraïque n'appartiennent donc pa$ à Tordre divip, et n'ont pas plus d'autorité que. les histoires des autres peuples. Le philosophe rencontre les miracles sur sa ro^ite; il en nie le caractère Ssurnaturel; rien ne saurait arriver contre les lois de Ja nature qui garde un^ ordre éternel et immuable; les miracles sont> inutiles pour prouver la providence divine qu'atteste bien mieux l'inaltérable régularité de l'univers. Jci le théologien rationnaliste s'attache à restituer à l'ordre naturel certains faits tenus pour miracles. Dans l'interprétation des Ecri-
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tures, il conseille de porter le même esprit que dans l'observation de la nature, c*est-à--dire de conclure rationnellement, en partant de quelques principes fixes et arrêtés. Il examine Tau^ thenticîté du Pentateuque, des livres de Joàué, des Juges, de Ruth, de Samuel et des Rois. Après avoir soumis à la critique les autres parties de l^antique Ecriture, il aborde le Nouveau Testament, montre les apôtres sous le double aspect de prophètes et de docteurs, et se servant plus des démonstrations de la raison que des inspirations prophétiques. Prédicateurs de la doctrine du Christ, ils n'eurent pas besoin d'une lumière surnaturelle « ad religionem quam antea signis cony> iirmaverant, communi hominum captui ita ac- » commodandam^ ut facile ab unoquoque ex » animo acciperetur. »
Nous touchons enfin à la disjonction profonde entre la raison et la foi que Descartes avait posée, mais qu'il n'avait pas appliquée avec une conséquence si claire et si directe. La foi consiste, aux yeu3t de Spinosa, .dans des croyances sans lesquelles on n'obéirait pas à Dieu, et qui impliquent en même temps l'obéissance à Dieu et une créance entière à elles-mêmes : c< Nempè quod nihii » aliud sit ^fides), quàm deDeo talia sentire, qui- » bus ignoratis tollitur ergà Deum obedientia, et )V hàc obedientift positâ, necessario ponuntur. »
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Aii^ on croit par^ qpa'oii obéit, et l'on obéit psurce qu'on croit; or la foi $e témoigne par les eeUirri^, u obedietitîâ ^im {>osil4, fides iKec:essari6 )) paùimti et Mes absque operibus «lortiia est. n La foi ne se propose dotn: autre ebose que l'obussauce et la piét^i Qu'a cela de coïâfmuu avec la philosophie qui Yi'^ d'atttr<e but qàe la vérité, t}ui est la pensée elle-tnême relevant d'elle seule? elle^ane crok pas, «nais elle cherche, eacanïine; elle juge, et^ tout en ti^pe<:!taM la foi, «lits ïi'a rien de cofâiûiun avec ses vertus pratiques. « De yerî- )i tate aulena et oertîtudtoe Ten:^m^ qu^ solius M saM specttladouis^ nïillus ispiritus teslJmonium » dat, praeter rationem quse sola^ ut jam ostendi^ >rmu&, yeritalîs regnum «ibi vindicsavit. » Il faut donc séfKirer k philosophie de la ihéolo^iBi dbia^ cuae a son royaume à part; elles ne .sauraient se confondre que pour se troubler et se nuire.
Spinosa s'iest chargé lui-même de £aire de son idéalisme mie application spéciak ;au caractère surnaturel du christianisme etdeeon fonda'tayir/ U n'a pas béate à s'«n ouvrir à un de «ses atuis qui l'avait pressé sur ce point, en lai mandant qu'on l'accusait de dissimuler sa p^tôée« « Dent- » que, répond i^mosa, ut de tertio Mgtiam capité D no^ntem meam dariùs aperiai», dico ad «alu- » tem non^esse omnino necesse Christum secun- » dùm carnem noscere; sed de aeterno ilio filio