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Dtsme tôt éminemmeat moral et conforme à la raison. K.ant se montre préoccupé comme Locke du besoin de ramener la religion à Tordre ra-« tioanel. Il aimait encore à causer de la révolution française. Cet événement, qui était venu troubler la pensée allemande au milieu de ses spéculations et lui avait fourni un autre aliment que des théories abstraites^ s'était concilié l'intérêt affectueux du philosophe. Eh! comment c^ noble enfant de Luther, cet interprète si pur de la raison et de la liberté de l'individu ^ n'eût-<il pas honoré de son suffrage l'émancipation de tout im peuple qui revendiquait les droits de l'humanité avec une foi si énergique dans la puissance de l'homme !
L'idéalisme, ce principe indestructible de toute philc^ophie, venait d'être affermi par la sévérité même avec laquelle Kant avait défini ses condi* tions et sa possibilité* Critique et circonspect, il avait féformé la philosophie et l'avait relevé à la fois de la psycologie incomplète de Locke, du scepticisme de Hume, et de l'autorité théologique^ Sur cette base tellement solide qu'elle est encorçi aujourd'hui le théâtre où s'agite la métaphysique, iHi disciple de Kant se proposa d'élever une variation féconde du système de son maître, qui en serait à la fois la conséquence et la solution. Jean Gottlieb Fichte ne se contentera pas de cet
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idéalisme critique; il voudra,, après l'avoir tra* versé, revwiir à créer Dieu, Thomme et le inonde au creuset de ses abstractions ardentes. ' .
Mettons la main incontinent sur la facenioraie du nouveau système. Le reste en deviendra plus ^nsible et plus clair. Kant avait dit : L'homme est obligé par une loi morale; donc il est libre. Fichte brise cette logique; il ne veut pas de ce procédé artificiel; mais^s'enfermantenluirméme^ se plongeant dans une contemplation infinie de son individualité^ il sort de ce monologue tragique pour se poser lui-même et dire : Je suis Ubre^ C^ n'est plus une conséquence^ c'est un principe; plus un raisonnement^ c'#st un cri; elle est recpn* nue et saluée comme reine, la liberté. humaine! Elle. est incréée; qu'elle s'enracine et porte des fruits toujours plus féconds : Homme, sois libres reste libre, deviens de plus en plus libre; voilà la morale.
Moi, moi, dis- je, je me pose et je me constitue ; je me développe, mais je me heurte. Contre quoi?, quel sera le premier caractère que j'assignerai à l'obstacle ? Evidemment ce sera de n'être pas moi. Il est hors de moi, et non moi. Il me limite quand je VOTx me développer; il me repousse quand je vmix m'étendre. Dans ce choc même je le signale, et je le crée; car, s'il n'y iavait pas de moi, où serait le non-moi ? Il ressort donc du moi ; mkûe en lui ré^r
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sistant^ il est sa créature. Donc le inonde, c'est moi^
Qu*est-ce que Dieu? Mais apparemment Dieu n'existe poui* moi que parcié que j y pense. Je le construis moi-^méme comme l'idée la plus haute de l'ordre moral du monde. Hors de moi il n'est pas; il est en moi; Dieu est la création sublime de l'homme, et l'homme doit travailler à ressembler à ce Dieu qu'il fait lni-méme> qui est le résultat de sa conscience et de sa moralité; donc Dieu, c'est moi.
Je régne donc sur tout ce qui estj j'en suis le principe, la source, le centre; je suis l'être luimême. Je suis cause indépendante, créatriëe, et libre.
La liberté sort donc dés entrailles mêmes du moi; rationnellement nécessaire^ elle est son but à elle-même : l'homme n'est pas libre pour êfré moral, mais il est moral parce qu'il est libre. Le caractère de l'être rationnel est dans l'activité qui part d'elle-même pour y revenir, et se détermine dans la duplicité même de cet acte. Un être rationnel fini ne peut donc se poser lui-même sans s'attribuer une activité libre. Mais^ en se posant ainsi libre et actif, il détermine hors de lui un àionde sensible au partage duquel il est obligé d'adniettre d'aiitres êtres rationnels, finis comme lui ; il a rencontré des semblables^ des êtres vivaûs aux mêmes conditions que lui, le limitant comme
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il les limite; de ce choc jaillit le droit. £n effet l'être rationnel ne pei^t se reconnaître comme agissant^ sans un corps qui le détermiine ; il ne peut s'attribuer un corps, sans se reconnaître soumis à l'influence d'une persoime indépendante de lui, semblable à lui : cela posé, le droit devient pos* sible et applicable ; le droit consiste tout entier dans cette relation des êtres libres^ rationnels et finis^
La doctrine du droit a pour premier principe que chaque être libre doit se faire une loi de li^ miter sa propre liberté par la reconnaissance de la liberté des autres personnes. Il n'y a pas de droit absolu en ce sens qu'on ne peut concevoix^ le droit que comme une relation, unebome.Transt gressez les limites tracées p^r là nature même des individus semblables, il n'y a plus de droit; l'in* justice (Unrecht) paraît. Cette contradiction d^ droit veut être redressée; de là sort la légitimité de la résistance et de la coiitrainte. Les droits réciproques des hoi^mes entre eux dans le doh> maine des idées naturelles reposent sur une fidélité et une confiance muti^telles. L'homme doif^ apporter autant de soin à ne pas violer le droit d'autrui qu'à ne pas laisser violer le sien propre. De ce double devoir dérive le droit de défense, et le principe rationnel des procédés énergiques et violens^
Tous ces droits individuels^ juxta-posés les uns
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à côté dés autres^ ont besoin de se rallier et de sei confondre dans une expression générale qui sache à la fois les coordonner et les défendre. Se l'homme le philosophe passe à l'Etat. Le droit poUtique ne se proposera pas autre chose que de trouver une volcMité dans laquelle la volonté individuelle et la volonté générale seront synthétiquement réunies. Einen fFillen zu finden^ in welchem Prwatwille und gemeinsamer synthetisch vereinigt sey*. Ainsi Fichte, en partant dij sentiment profand de l'individualité^ aboutit aux mêmes résultats politiques que Rousseau, dont le génie et les maximes ont exercé sur lui une incontestable influence. /
/ Mais, au moment où Fichte fait entrer l'homme dans la société, examinons un peu dans quel état cet homme est sorti des mains du philosophe- Un prindpe unique l'anime et le constitue, sa liberté propre. Il n'a qu'un précepte et un devoir, de la maintenir, de la défendre, de l'agrandir, ïi'homme.de Fichte est un immense égoïsme qui rapporte tout à lui, qui n'a d'autre loi et d'autre jouissance que lui-même \ et ici ce n'est pas une conséquence nécessaire que je déduis moi-même; le logicien l'a expressément tirée, « Si la moi:ale, ^ dit-il^ veut que nous aimions le devoir pour
* Naturrecht Pag. 180, tomç i. léna, 1796,
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» lui-mémie^ la politique veut que Tindividu n'ait » pas d'autre but que lui, la sûreté de sa personne » et de sa propriété. L'Etat peut sans scrupule ad-» » opter cette maxime : Aime^toi par^dessus tou^ n tes choses n et tes concitoyens pour toi-même*. » Mais Fichte^ tu n'as pas assez de ce principe de liberté si indestructible et si pur, pour pouvoir légitimement rendre l'homme social. Où donc e^ le reste de la nature humaine? où les besoins de rintelligence? où les affections de l'âme? Le philosophe met une épée aux mains de l'homme qu'il veut faire social, et il le condainne vis^-vis de ses semblables à une perpétuelle défense, à des agressions fréquentes. Si Fichte, à forcé de vou* loir rendre l'homme indépendant et libre, mutile sa nature^ voilà que^ dans la même préoccupation^ il arrivera au despotisme par la liberté. Ëffecti*vement toutes les volontés individuelles seront poussées dans le gouffre de la volonté générale^ sans restriction^ sans garantie. Si Hobbes aboutît au despotisme par la haine de l'homme et de la liberté^ si Spinosa par la contemplation de Dieu et l'oubli de nous-mêmes, Fichte efface l'indivis dualité à force d'avoir voulu l'insurger et l'exalter* Nous possédons maintenant les raisons premières et les grands résultats de sa philosophie^
* Naturrecht.TQtat 3, nag. 114. léna, 1797.
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Si nous allons aux idées et aux théoriei de détail qu'il a semées dans sa politique, nous y verrons le travail d'un esprit vigoureux, plein de ressources et d'audace, fertile en vues ingénieuses, maïs se débattant souvent dans le vague, abstrait quand il faudrait être positif^ chimérique et substituant à l'expérience de l'histoire les caprices du paradoxe. Ce devait être au surplus la destinée d'un idéalisme aussi solitaire et aussi subtil, de rester sans yeux et sans oreilles devant le spec-tacle du monde et de l'histoire, de ne rien en*« tendre au-delà des abstractions de la conscience^ et de remplacer Tintelligence des choses par une vertu stoîque et un peu bornée.
Dans l'Etat tel que Fichte Ta conçu, le pouvoir exécutif est omnipotent;. il est investi de toute l'activité sociale ; cependant il doit être responsan ble, et le philosophe ifnagine un pouvoir particulier, un éphorat^ réminiscence de Lacédémone, dont les membres, sans être investis du pouvoir exécutif, surveilleront les gouvernans, et s'il y a lieu, les mettront en accusation devant le peuple. La communauté politique aura le droit dans des cas donnés de se réunir en convention pour condamner ou polir absoudre. Fichte écrivait trois ans après le jugement de LfOuis XYI. Si nous pas^ sons aux rapports civils, le philosophe reconnaît la sainteté du mariage ; mais comment sortira-t-il