FICHTE
d*un embarras cm Vont jeté $m affirmations précédentes? II a dit à Thomme d'être égoïste; il lui en a fait un devoir. Comment donc expliquer l'a*» mour, cet irrécusable lien de Thomme et de la femme ? Fichte en prend son parti ; il déclare que dans la femme seule ^iste Faroour, le plus noble de tous les instincts et des attributs de notre na-» ture. Par la femme seule Tamour vient en ce monde et parmi les hommes^. Mais au moins le père aime son enfant? Fichte répond que le pèrQ n'aime pas directement ses enfans, qu'il ne les aime que par la tendresse qu'il a pour la femme; apparemment en vertu de lui-^méme il ne les aimerait pas ! Rien n'est plus humiliant pour l'esprit humain que les dernières conséquences d'un principe faux. Le droit naturel de Fichte est déduit avec une dialectique pleine de verve et de consistance, animé d'une chaleur secrète et con-^ tinue, enchaînant les formules et les conséquences, marchant au but, toujours logique^ quelquefois éloquent.
L'âme du philosophe d'Inéa fut ébranlée profondément par la révolution française. Il l'aima, la défendit et l'expliqua à ses compatriotes: comme il sentait la liberté philosophique par lui-même, la liberté politique dans les livres de Rousseau,
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il comprit le mouvemeat d'un peuple qui voulait £3iire de la volonté générale la législation oonsti-^ tuante de la société, et qui^ se posant comme libre, défendait cette liberté par uneénei^ie aussi unanime que sa volonté. Le christianiâme occupa toujours sa pensée. Si par sa philosophie il a créé Dieu ; si à ses yeux la raison est absolue y indépendante et souveraine^ il ne peut méconnaître que ce Dieu abstrait n'est pas à l'usage de l'humanité : il confesse l^t réalité de la religion y il la considère comme un fruit moral du cœur^ une expansion du sentiment. La toi n'est pas dbligatoire; l'homme doit agir comme s'il croyait ; mais il n'est pas obligé de croire *. Fichte avait commencé sa vie par une indépendance rationnelle sans bornes ; mais^ vers la fin de ses jours^ il se débattait dans une sorte de mysticisme, rétractation sourde de sa création de Dieu. Son premier ouvrage fut une critique des révélations^ où ilde-^
* Fichte, ayamt pour collaborateurs Niethammer et Forberg, a traité les principales questions de 1» philosophie religieuse «t morale dans un recueil intitulé : Philosopbisches Journal einer Ge** sellschaft teutscher Gelehrten. Nous.avons surtout remarqué deux morceaux, l'un sur le fondement de notre foi dans Faction de la proTidence diTine sur le mfmde, Fautre sur Fespri t et la lettre dan» la philosophie. Nous ayons sous les yeux, dans cette analyse dea principes de Fichte, son Droit naturel, son livre sur la Destination de l'homme, sa Doctrine de la science, la Biographie du PhilO' sophe, que Tient de publier son fils» /.. G. Picktes Leben un4 litte^
mandait à celles-ci de se légitimer surtout par elles-mêmes. Le christianisme fut toujours à ses yeux un Evangile de liberté et d'égalité. Il est, à ce titre, un produit de la raison et de Fintelli^ gence. Le fondateur du christianisme^ le Christ, fut un génie pratique, plein du sentiment moral et religieux, et qui sut le donner aux hommes. Mais le philosophe n'en affirme pas moins que l'homme doit être sa règle à lui-même, son propre Christ, et trouver son Evangile dans l'exalta^ tion de sa propre vertu : contradiction manifeste avec la morale qui a dicté l'Imitation de Jésus* Christ, livre où on appelle les faibles et les forts à l'imitation patiente et progressive^ tout-^à-feit humaine e^ possible de la vie du Sauveur, livre consoknt qui se proportionne à tous, à l'enfance comme à la maturité, à la simplicité aussi bien qu'au génie.
' La philosophie n'a pas de héros et d'inter-
rarischer Briefivechsel, 1830* Nous avons aussi profité de l'article fort détaillé que M. deRaumer a écrit surFichte, dans son liyre r VhtrdUegeschichtUehe Entwiketung derBegriffe von Recht, Staat^ und Politik. Le morceau qu'il a consacré à Fichte est le meilleur de tous. M. de Raumer, dans sa reyue des publicistes, fait preuye d'exactitude, bien qu'il ne cite jamais les sources mêmes ; mais on sent qu'il manque d'un but philosophique, et que son esprit n'a pas non plus toutes les qualités nécessaires à Vabstraction. C'est dans les sciences historiques que cet estimable écnyain a su prendre sa place. On loi doit la satante Histoire des Hohaistauf».
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prête dont elle puisse plus se glorifier que du généreux Fichte. Soit que dès son enfance il montre déjà comme Caton d'Utique Ténergie de sa volonté^ soit que plus tard il sache triompher de l'indigence, soit qu'il professe et écrive tour à tour à Erlangen, à léna et à Berlii;i, soit qu'il exhale ses patriotiques colères dans des discours où la philosophie successivement religieuse et guerrière secoue les abstractions et les formu-v les, pour trouver la puissance d'une persuasion contagieuse et populaire, Fichte n'a roulé dans sa tête, nourri dans son copur, que la sainteté et k liberté de l'homme. Véritable prêtre de la phi<^ loaophie, il lui croyait et savait lui donner en effet une autorité positive sur les actions el; suf la vie. Il a électriséson pays, agr^mdi son patrîo* tisme, et n'est allé trouver ce Dieu dont il se re*» gardait lui-même comme le divin réceptacle ji qu'après une vie pure, héroïque et toujours fidèle à elle-même.
On comprend encore mieux sa pensée quand on la compare k celle de Spinosa. Dieu est tout^ dit Spinosa. — L'homme est Dieu, répond Fichte. — Dieu est esprit et corps. — L'homme est le monde et Dieu. — Dieu absorbe tout en lui. — L'homme ne connaît rien dont il ne soit pas la cause. — Unité divine et panthéistique. — Unité rationnelle et humaine. — Spinosa installe sur le
Irène l'absolutisme de Funité divine ; ïlchte détrône Dieu pour couronner l'homme. — Idéalisme divin. — Idéalisme humain. — Idéalisme qui met le sujet dans l'objet. — Idéalisme qui met l'objet dans le sujet. » — Idéalisme au profit de la nature. — Idéalisme au profit de l'individualité. — Idéalisme où l'homme se noie dans l'océan de l'infini. — Idéalisme où l'homme s'abolit à force de s'exalter et de se hausser où il ne peut parvenir. — Les résultats sont les mêmes; pourquoi ? non parce qu'ils cherchaient Tunité, mais parce qu'ils la cherchaient où elle if était pas. Spinosa la veut dans Dieu sans l'homme, Fichte dans l'homme sans Dieu. Ce n'est pas là la eoridâlnnation de l'idéalisme lùî-^mêmej maïs une vive et frappante leçon donnée à la philosophie^ pouir qu'elle ne s'égare plus dans les Voies d'une imi* tâtion sans gloire et sans résultat.