‹ Philosophie du droitChapitre 21 sur 47 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Schèlling. — Hegel.

Fichte avait conduit l'a pensée allemande sur la pointe la plus subtile de l'idéalisme; mais, parvenu à cette hauteur, il se troubla. Sur ce sommet qu'avait gravi cette héroïque nature par un effort inoui de la pensée, il se vit avec effroi séparé de Dieu et du monde : cette solitude l'effraya, et it fit des tentatives et des avances pour se rapprocher du monde et de Dieu. C'est dans cette disposition, peut-être douloureuse, à se tourner vers le réalisme, que la mort vînt le surprendre. Dans les derniers temps de sa vie, il avait vu parmi ses disciples un jeune homme qui avait embrassé sa doctrine avec enthousiasme, ou plutôt qui avait saisi avec ardeur le principe d'unité qui la dominait. Schelling com-

SCHSLLmC^. — HEGEL. l'jS

IDença par être l'adhérent de Fichte ; mais il sentit bientôt le besoin de sortir de l'homme; il étouffait dans la conscience humaine. Il changea cet idéalisme qui faisait rentrer l'univers dans l'homme^ pour un autre qui plaçait l'unité non plus dans le moi, non plus dans la nature, mais dans une abstraction, création de l'esprit qui, s'élevant au-dessus de tout ce qui est, proclame l'absolu. Cette nouvelle unité ne ressemblera ni au Dieu de Spinosa, ni à l'égoïsme rationnel de Fichte. Mais, n'étant ni le monde ni l'homme, que sera-t-elle donc? une idée. Elle sera le un; elle sera l'absolu.

Gomment l'esprit arrivera-t-il à la conception de cette idée divine? par une intuition pure^par une spontanéité, par un acte de l'intelligence supérieure au mécanisme de la volonté propre. L'homme voit l'absolu par une contemplation involontaire. Il le saisit par une sorte d'amour idéal et mystique, jouissance dernière et la plus pure qui puisse affecter et féconder la réceptivité de notre intellect.

'M%is cet absolu, ce roi des rois dans l'empire des idées, se pose et se développe non pas dans l'homme seul, non pas seulement en tant qu'idéal, non pas non plus dans le monde unique* ment^ non pas exclusivement en tant que réel ; mais à la fois réel et idéal, il enfante la nature

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qui est ik>ii expression vibrante : or cette natùi'e est tout ensemble idéale et réelle; elle s'appuie nécessairement sur ces deux termes; soumise à Tabsolu, elle respire dans cette indestructible dualité ; ouvrage de Dieu, elle en a tous les attributs et toutes les puissances ; elle subsiste par la yie organique et par la vie morale; elle soutient la matière par la pesanteur, répand la lumière par le mouvement, développe sudcessi-^ Vement le règne de la vérité par la science, la religion et l'art, triple irradiation d'un être qu'elle porte dans son sein, qui la réfléchit toat entière, qui en est l'habitant terrestre, et s'en proclame en même temps le roi, le prêtre et le purificateur.

C'est ainsi que Schellkig arrive à l'homme. Il a détrôné ce créateur superbe, tel qu'il était sorti des mains de Fichte, pour le faire descendre au rang de créature ; et c'est alors seulement quand il l'a ramené à sa place, qu'il reconnaît sa gran* déur. Schelling a constamment poursuivi cette idée de concilier le réalisme et l'idéalisme: dans un morceau sur la liberté humaine qm^est à Coup sûr un des chefs-d'œuvre de la métaphysique moderne, il s'exprime ainsi :.(c La nouvelle D philosophie européenne, depuis ses oommofih cemens à partir de Descartes, a eu ce défaut » commun que la nature n'existe pas pour elle,

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n et qu'elle manque d'un fondement vivant. Le w réalisme de Spinosa est par cette raison aussi I) abstrait que l'idéalisme de Leibnitz; l'idéalisme » est 1 ame de la philosophie; le réalisme en est » le corps, et c'est seulemnent en les réunissant » tous les deux qi^n peut former un tout qui ait n de la vie*.»

liêiormàis nous n*àvons plus à craindre de ne pouvoir expliq^r te monde de l'histoire. Tout s'animera, prendra un corps et un esprit. La religion sera la langue de l'absolu, le verbe de Dieu par lequel il s'incarnera et se dévelopf)era dans l'histoire, conduisant ainsi lui-même les peuples à travers les siècles à la civilisation et à la vérité. L'histoire sera-t-elle un enchaînement d'accidens capricieux et fantasques, une arbitraire série d'apparitions et de renaissances, de chutes et de succès ? Non-; elle sera l'émergement providentiel des desseins de Dieu et des destinées de l'homme • identité de la nécessité et de la liberté, elle sera divine comme la nature. L'art ne sera plus pour

* « Die gafize neu-curopaischc Philosophie sdt ihrem Bcgin » ( 4urch Descartes ) hat diesen gemeinschaftlichen Mangel, daad » die Natur fur sie nicht Torhanden ist, und dass es ihr am leben- »dhigen Grande fehlt^Spinosa'sRealismusistdadarch so abstrait «> als dcr Ideàlismus des Leibnîtz. Idealismas ist die Seele der Phflo- » Sophie, Realismucr iht Leib ; nur beyde zasammen macben ein » IdHsndigOB Ganzes ans. » Uber dos Wtsen der mensckiichen Frei^ heii^ 8. 427.

178 SCHELUNG.

Vhomme une distraction enfantine, frivole, qu'il peut se donner ou se refuser à son gré ; il rêvé; lera Dieu même par l'imagination <ie l'homme '^ il le chantera et le -représentera par l'inépuisable variété de sa poésie et de ses symboles. A cet interprète du beau qui sait noug^ faire goûter Dieu et l'approprier à notre nature, s'associe la science, organe sévère du vrai, qui le cherche et ^e s^j^tématise. La science existera à deux conditions ; elle sera d'abord la science des sciences, car elle sera l'intuition même de l'absolu; elle le concevra, elle le recevra dans une vision divine, acte mystérieux, dernier sanctuaire, .jawc/ï^/Tz sanctorum de la philosophie. Mais elle sort de cet abîme, pour se développer et s'appliquer; elle procède par la synthèse et l'analyse; elle observe, elle enchaîne les systèmes et les découvertes. Sous cette forme^ elle est encore une face et une preiwe de Dieu, elle travaille pour lui : car le véritable procédé scientifique est de découler de l'absolu et d'y remonter, d'en descendre et d'y refluer.

Mais entre ces divers élémens de la nature des choses, quel sera le lien, le centre et la raison? rhomme. Tout se rapporte à lui, car il y rapporte lui-même toutes choses. Il y aura donc entre lui et les choses une relation nécessaire, un rapport analogique. La structure de l'esprit de l'homme se réfléchira dans ce monde, et celle.

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