‹ Philosophie du droitChapitre 23 sur 47 · SCHELLING · texte numérisé non relu

SCHELLING

se faire le centre de la physique, de la médecine, de Fart, de la religion et de l'histoire des religions. La poésie elle-même réfléchit d^ns Goethe ce panthéisme si varié. Poète tout-à-fiait réalbte? Goethe, qui répugnait aux abstractions deFichte, tout en estimant son caractère, s'entendit avec Schellîng. Artiste complet, coloriste et penseur, il mêle rintelligence et l'imagination dans une si juste mesure, que du même trait il sait toujours peindre et juger, etu'a jamais étouffé l'esprit sous la plastique. Quand il anime Faust et Berlichingen,ilnesefeit pas seulement contemporain de ce moyen-âge soit fantastique, soit réel, il est en même temps philosophe du xix^ ^iècle, et il a trouvé les conditions du génie dans cette alliance de la raison et de l'art. Au surplus, la philosoj^e de Schelling n'est pas terminée. Ce penseur est en suspens entre son idéalisme et l'autorité religieuse. La nature de son génie, la tendresse de son âme, l'éclat de son imagination le disputent tour à tour à la foi et à l'indépendance. Personne ne cannait sa pensée intime, et nul n'a droit d'y pénétrer que lui. Lés Quatre Epoques^ dernier ouvrage de cepoètie philosophe auquel la France peut trouver de la ressemblance avec Mallebranche et Fénelou, n'ont pas encore paru.

Schelling nous fera mieux entendre Hegel qui fiit son camarade aux universités^ et commença

HEGEL. l83

sa carrière par «définir la différence du système de Fîcbte et de son ami*. Après ce premier pas, il s'engagea dans Fétude des lois de la pensée, et dans la dialectique la plus profonde- et la plus subtile. Sa philosophie a'est, à vrai dire, qu'une logique hérissée de formules ; elle semble vouloir écarter Fapproehedes profanes, et mettre l'intelligence de ses propositions au prix des plus rudes épreuves. La phraséologie de Kant et de Fichte est un modèle de clarté auprès de la langue de Hegel ; mais ce philosophe a caché sous ces formes désespérantes une pensée assez puissante pour mériter qu'on s'opiniâtre sur elle^

Descartes avait dit : « Je pense : donc je suis. » La pensée est aussi le point sur lequel s's^ppuie le philosophe allemand, pour créer ce qui est ^ la pensée dans ce qu'elle a de plus indéterminé^ de plus abstrait, de plus §olitaire et de plus nu, la pensée sans ùen, sans relation, ni rapport, la pensée, l'idée**. Cette idée posée, elle a en face

' "* Differen2 des Fichte'scken und Schelling'schen Systems der Pbilosophie* lena^ 1801.

**^ M^QS n'ignorons pas qne M. Hegel a la prétention de ne pas prendre le point de départ de sa philosophie dans le cogito de la raison individuelle, de s'affranchir aussi de la .raison subjective de Kant et de s'appuyer sur la raison universelle. H estime que si Fichte a fondé un idéalisme subjectif, Schelling un idéalisme objectif, il lui est réservé d'avoir établi un idéalisme absohi. D'abord nous ne connaissons d'idéalisme possible qu'à ki condîtton d'être

l84 SGHELIilffG*

d'elle quel^cie chose ^ui est autre t|u'ellê^méme et qui la détruit eu la distinguant. Ëffectiveiuent quand la pensée qui se pense elle-toéme se pose vis-à*vis du monde, elle se détruit dans cette fonme^e pensée en eli#-in^e; et c'est en se détruisant dans cette première forme, qu'elle airive à une seconde forme, é'est-à-dire à voir autre chose qu'eUe-méme, la nature ; en d'autres teiimes, la matière n'^st que l'idée méifae dims son hétérogénéités Quand ces tleux aides se sont passés,, la pensée, qui d'abord s'est détruite eii elle-même, €pn ensuite a existé en autre chcMse qu'elle-même^ revient à elle-même;^ se constitue

subjectif ( la démonstration de Kant est complète sur ce point), qn^'la oondition pour l'homme d'aller lui, sujef, par finsthiment et la iroie de sa rtâmm propre^ à la connaissance de V objets tt dk percevoir Vumversel par ses facultés individuelleè. Ensuite j a^l-U entre son système et celui de Sdielling une différence originale qui soit un progrès et une t;oBquéte ? Ce ^'il appelle sein ne ré> pond-il pas à l'abaolp du philpsopiie 4e Muiiioli,le da é&n à la nature, Xefûr sich sein à l'homme?

Or, ni Schelling par sa poésie, ni Hegel par sa logique, n'ont résolu les 4îfllcultés et la question posées par Kant, Sans doute, l'homme conçoit l'impersonnalité de la raiacm ; fnais. c'eal .par sa personnalité même : per me sonai, perstma^ En ce seps, quand nous conccTons les idées générales. Dieu se fait homme en nous ; mtêB l'humant personnelle est la cimdition même de cette incarnaticm de l'absolu, et nom m le oopcevons qu'en l'indiviiliiaUBant* La philosophie est & ce prix. Si vous n'en voulex pas,.al}es 94PI?Br jl'autôrité traditionnelle qui n'est elle-même, 6 irréflexion î quêta ^kenaéA MiNitMM» Immobile.

dan$sa,pirç!pre cQiisçieQce} et al^ff les trm$ tein mes sont posés ; la trinit^ est cré^e.

La philosophie de Hegel est une trinité Ic^i^ que continuelle^ ijine ^pixoroftia qui se reproduit p^tout. Voici comment.. Une idée se pose; comment Tesprit en pçse^t-il une seconde ? en détruisant, en contf^isant la première. Quand vous avez contredis la première par la seconde^ vous avez deux idées ; ces^ deux idées s'unissent^ s'accouplent, e^ en produisent une troisième» £n d'autres termes, un;^ propositsoo se ppse^ se change et se dévelofi^pe ^j^ se détruisant; reidcHiT blée^ elje se complète e|r s'étabUl mit trois tetvaes. Ainsi quand l'homme s'est posé comme abstraction, etid constitué ainsi la logique, il arrive au monde, et constitue la philosophie de la oaturt*^ Par ce contre-coup il revient à lui->mé«ie, et coq-stitue la'philosophie de l'esprit humain. Ainsi ab«^ straction pure, nature çt conscience, voili les trois momens de la dialectique qui est la forme la plus haute et la dernière de tqut ce qui est.

L^ logique, qui est la science de l'idée fmre, de l'idée dans l'élément abstrait de la pensée, se partage en doctrine de l'être, doctrine d^ Yexi^ tence,*doctrine de la conception. L'être luinDaénie a trois iacesy la qualité, la quantité, la mesure. La première de ces (açes, la qualité est, seù^^ est en elle-même, dû sein; est pour ^e^méme,

l86 SCHÉLLmo.

fur sich sein. La quantité est quantité pure, le combien et le degré. La mesure est l'union de la qualité et de la quantité, das qualititati e quan^ tum. La doctrine de l'existence repose sur l'être comme fondement de l'existence, sur le phénomène et la réalité ; trois termes qui chacun ea enfantent trois autres. La doctrine de la conception se partage en conception subjective, en objet, et en idée ; trois termes dont chacun également sert à en poser trois autrea

La philosophie de la nature, seconde division principale, se divise elle-même en mécanique, physique et orgaaique. La mécanique considère i^ le temps et l'espace; a** la matière et le mouvement, ce qui constitue la mécanique finie; S^la matière dans sa liberté et son mouvement libre, ce qui constitue la mécanique absolue* Ces trois termes se développent chacun en divisions ternaires. La physique epibrasse i» Tindividualité générale de la pâture, 2^ Tindividualité spéciale, 3^ l'individualité totale ; trois termes qui posent -encore chacun leur trinité logique. L'organique embrasse la géologie, la nature végétale, l'organisme animal ; sous chacune de ces divisions, nouvelles divisions ternaires.

La philosophie de l'esprit se partage en esprit subjectif, esprit objectif, et esprit absolu. L'esprit subjectif embrasse l'anthropologie, car il est

HEGEL. f6j

iminédiateinent; la; phénotnologie^ car il est en* suite pour soi ; la psycologie, car il se détermine ensuite en soi : nouvelles divisions ternaires pour chacun de ces trois termes. L'esprit objec» tîf se pose par le droit, par la moralité personnelle, par la moralité sociale; trois termes qui chacun en développent trois autres. L'esprit absolu qui est sorti de l'esprit se posant, se détruisant par le monde et revenant à lui, se développe par l'art, par la religion révélée, et par la philosophie.

Maintenant dans le domaine qui nous appartient, dans le domaine de l'esprit moral, atta^ chons-nous à l'homme de Hegel : il l'a d'abord créé abstraie et solitaire, et ne lui fait trouver la réalité que dans le second moment de son existence. Comme la nature n'a paru que par opposition, de même l'histoire dans la dialectique de la philosophie de Fesprit naît par l'opposition. Le monde moral est posé aux mêmes conditions que le théâtre physique. Quand l'esprit d'abord sujet s'est opposé à lui-même pour se réaliser, par le droit et la morale, il revient à lui-même absolu et consciencieux à la fois; il éclate par l'art, la religion révélée et la philosophie.

Respirons en sortant de ce royaume des ombres, et tâchons, en écartant toutes ces formules

qui obscurcUseni la lumière du jour, de saisir l'esprit et les conséquence du système. Quel est le point de départ de Hegel? l'abstraction pure. Quel sera son apogée^ et <ppur ainsi dire sa pén roraison? l'abstraction pure. A ses yeux la philosophie et la religion sont la même chose, moins la forme et la manifestation. Le contenu est le même îder Gehalt ist derselbe *. La religion est la vérité pour tous les hommes qui la reçoivent par le sentiment et la foi. La philosophie est la vérité pour quelques-uns, qui la conçoivent par la pensée. La logique explique tout; elle rend compte de tout, noéme de la trinîté. L'être est en soi un contenu et un contenant éternel, habitant éternellement dans sa manifestation propre; voilà le père. Il se sépare de lui-même comme être éternel, et par cette séparation il pose son fils. Quand le père et le fils sont posés, c'est-Àdire quand ces deux momens de la dialectique sont produits, ils en enfantent un troisième qui est le saint-esprit **. Quelle sera la première con-» séquence de tout cela, si ce n'est que la philosophie, qui n'est pour Hegel que la réflexion, l'idée se pensant elle-même, die in sich denkende Idee^ sera l'expression la plus haute et dernière de tout

^ Prtface de ta nouvelle édition de l'Encydopéçtie, 1830,^^* ^^^ ** Encrclopédie^ $ 566, pag. 577, édit. 1630.

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cé qui est? die accepte la religion^ mais elle Tex^ plique; elle consent à la laisser à la majorité de l'espèce humaine, en résejrvant l'abstraction la plus pure pour les aristocrates de la dialectique^ qui attendent paisiblement qu& le dâ*istianisine arrive à l'Etat de réflexion, c'est-à-dire de philo* Sophie. C'est la pensée de LoAe et de Kant sous te masque d'une logique à la fois ambitieuse et pusillanime. On peut trouver le symbole de la philosophie de Hegel dans un serpent qui mord sa queue. Le système est entièrement critique; c'est une explication dialectique des faits déjà éonnus de la psycologie et de l'histoire univer«> selle ; mais nous allons constater s^n impuissance et sastérilité pour le présent et l'avmr de l'homme et des Sociétés.

La même industrie qui a lié toutes les parties du système se reproduit dans le droit naturel* La' science du droit est une partie de la philosophie; la philosophie du droit a pour objet l'iodée du droit, la conception du droit et sa réalisa* tton. Le théâtre du droit est l'intelligence ; elle est le sol où il prend racine. Son point de départ est la volonté^ qui est iibre^ qui se constitue et se détermine par la liberté. Le droit dans son en*semble est Tempire de la liberté qui se déve* loppe, le mpnde de l'esprit qui sort de lui«méme,'

igo sGHSLLnrG.

il est comme, le parallèle de la nature, ou fdotôt c'est une seconde narture. .

La volonté contient : i^ 1 élément de l'indétermination pure, ou de la réflexion pure, du moi en soi; a'^ie passage du moi au déterminé^ second moment où il s'oppose, se limite et se distingue ; enfin la volonté retourne à son point de départ avec la double conscience du monde et d'elle-même; elle se pose par un troisième acte dans l'union et l'unité des deux premiers momens. C'est ainsi qu'elle arrive à former la substantialité de la liberté, qui est pour elle ce que la pesanteur est pour la substantialité des corps.

Les conséquences de cette éradiation dialectique de la volonté pure seront immédiatement tirées. Si la volonté est d'abord immédiate, il faudra établir avant tout la personnalité même de l'homme, le poser comme sujet, et détermirîer ainsi la sphère du droit abstrait.

Si la volonté cesse d'être uniquement en ellemtéme, mais se met pour elle-même en rapport avec l'objectivité d'elle-même, dans cette identité du sujet et, de l'objet la sphère de la moralité proprement dite succède à l'abstraction pure du droit.

Si la volonté, à la fois subjective et objective, à

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la fois e» ellcfioême et pour elle-même, réalise l'idée conçue du bien dans sa réflexion propre et dans le monde extérieur, ce troisième acte déterminera la sphère non plus de la moralité purencient personnelle à Uhomme, mais de la moralité sociale, dé la sociabilité.

Droit abstrait. Dans sa personnalité, l'homme^ bien que borné et fini de* tous les côtés, se sent infini, ujiiversel et libre., Lçi personnalité contient la capacité du droit ; elle est k fondement abstrait du droit abstrait et formel par cette abstraction même; de là le précepte juridique : Sois une personne, et respecte Jies autres comme des personnes. La personne doit, pour se réaliser comme idée, se développer dans une sphère extérieure de li-. berté ; alors elle se distingue de tout ce qui n'est pas elle; ce qui n'est pas elle, cet extérieur qu'elle rencontre, elle le voit sans liberté sans personnalité, sans droit; c'est pour elle une chose, La personne a le droit de mettre sa volonté dans chaque chose qui par là devient sienne; ce qui donne à la volonté un^ réalisation précise,c'estledroit absolu d'appropriation de l'homme sur les choses; de là possession et propriété : la raison de la possession est dans les besoins naturels qui nous poussent à rappr9priation; la raison de la propriété est dans la personnalité de la volonté qui sanctionne . le fait par le droit. L'homme fait usage dçs choses.

dont il est h conquérant, le possesseur et le ^tapriétaire. Il en use et il en abuse; il les façonne, les altère, les détruit et les transforme. Ce n'est pas tout; toujours poussé à développer le cercle de la puissance, il échange ce qu'il possède ; alors la volonté conquiert une autre sphère ; de la propriété elle passe aux contrats; ce n'est plus la volonté en elle-même^ et se contentant de s^ propre chose, niais la volonté s'appliguant à une autre chose, et se mettant en rapport avec la volonté d'une autre personne. Dans cette relation la liberté se réalise tout-à^ait, dasein hat. Cette médiation obligatoire qui soumet la propriété au consentement d'une autre volonté, et en dernier ressort à l'accord de deux volontés, constitue la sphère des contrats. On voit qu'à travers ces formules on arrive à des idées fort simples; les détours sont compliqués, mais le résultat est connu. Rien de nouveau non plus dans la théorie même des contrats : les donations, le dépôt, là vente, le louage, la caution, sont classés tour à tour. Mais c'est dans les transitions d'une idée principale à une autre que se retrouve l'inépuisable logique du philosophe allemand. Voici comment il passe du contrat au délit. Dans le contrat la volonté des deux personnes, pouvant être identique, peut aussi être différente ; pouvant être conforme à l'expression générale du droit, peut

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du^sllui mmtàv : alors^ sîdftns le cdntrat le droit est^ yiolé^ U est détruit par tin terme contraire, par Tii^u&tice^ Unrecht. La sfdière du délit s'ouvre donc; le droit; si dMf>ary ; Yinniroit règne à s^n tour* U se développera à des degrés différens p^r des négations pius on moins fortes du ijiroit même. Or I0 droit et ïin^droit posés devront produire un troisième terme^ la peine. Autrement encore l'injustice ne peut être contredite et détruite que par la pénalité qui rétablit le premier terme, le droit, le sanctionne, le raffermit, et le détermine plus que jamais. C'est en ce sens que, suivant l'école de Hegel, la punition est le droit du coupable^ parce qu'elle le fait revenir à son état noripal^qui est la justice, et restaure dans spn cœur le principe du bien. Or^ quand la volonté en elle-même, qui était cotitredite par le délit, revient à elle-même pour elle-même par la suppression de ce terme, elle se réalisé dans la sphère propremisnt.dite d&lamondtté; elle se détermine par elle-même commues liberté subjective. Or le droit de la volonté morale a trois degrés. Sa première forme est le projet; pénétrez plus avant, vous trouvez l'intention et le bien subjectif : enfin au fond est le but absolu de la volonté, le bien en soi, qui est la plus haute expression de la volonté dans sa substantialilé, sa' généralité, et sa vérité; que l'homme sent et veut li. i3

|a4 SCHXLLIlfG.

pf r la cpnsiçi^xiodf qui est la plus haute eipressiotf de la subjectivité; car elle est l'union et l'unifè de l'élément subjectif, et de l'idée en soi pou^. ^Ie*inéitte> idée qu'elle infléchit en la précisait, et qu'elle généralise en )a déterminant. Toilà If^mpir^ de là morale : le philosophe en fait une analyse subtile et profonde, où il sème des vues ingénieuses sur le probalMlisme^ l'intention et la haute ironie *.

La moralité historique, sociale^ consiste dans l'identité coiicrète du bien et de la volonté subjective; elle est l'idée de la liberté; idée qui se développe et s'objective , se fait et se réalise en trois momens et en trois roouvemens. La premièfte manifestation immédiate et naturelle est la tà'^ mille* La seconde est la sod^é civile qui réunit les membres, en tant qu'individualité, dans uue généralité formelle, par leurs besoins, par un lien' juridique qui protège leurs personnes et leurs propriétés^ et par un ordre extérieur qui veille à leurs intérêts communs et généraux. La troisième

* La partie morale du système de M. Hegel a été dételoppée ayec une exactitude rigoureuse et lueide, par M. Michelet, ^ofesse^r à Bevlin, dans un ouvrage intitulé : Dtis System der phiiosopki^ sckeu Mortel; BcrMn,1838.Dams ce liTre,ce moraliste, s'appuyaut sur Aristote et sur Hegel^ a fait un véritable traité scientifique où toutes les questions sont classées et examinées. La théorie de rim^ IKitatioD &i nécessaire à la jurisprudence philosophique y est surtout 2y[)profond!ie.

HEGJCL. 1^5

lOfMkfefMfdtiw est la ocmslitiilkoi intérieovc; àe V£tat qut est sjo» organisme et sa yiei. La famille f^ trois ciéTelo^enafins et trois fecess; le mariage, qui en eet ta ba^e et doot resseoce est la inono^ l^mief; k profMrîété, qui est le patrimomë de Ift ^liâlle; réducalion des enfant qui ont le droit d'étre> nourrie et élie^és , et qui amènent la dis-* sUlotton de la âmilLe par voie de succèssioiii. I41 famille passe naturellement, par lie prihdpie de la perscAnaUté, à la pluralité et à la réunion des Iek Blâlles qui s'agrègent les unes avec les autres^ «I fonoeliti ainsi la spetélé ci^e proppeioamit dite^ qui'à sciiic tour aura trois dévelc^ipemei». Chacun ^des besoins à sati^ire psu* son propre ^avail, le travail et la satis&ction des besoins d'autrui; ^xAè/na i2^^jot^. La liberté et la propriété de dàiDoir auront besoin d'être protégées; réglemeni jmmdique. Il faudra se prémunir contre Tarbi*^ traire et éEerer l'intérêt particulier à la valeur ihsm intérêt général ;/>oiic;e ôt corporation. Enfin ti0u& arrivons à la plus haute et plus pure exprès sion du droit, à l'Etat auquel conduit la corporation. L'Etat est la réalisation de la volonté sub* «tantielle qui s'élève à sa plus haute généralité, a cdDscîence d'elle-même, étant rationnelle en eUe*méme et pour elle-même. L'idée de PStat a : i^ sa réalisation immédiate ; il a son individualité

igfi SCHSIXIlfG.

propre^ sa constitution intérieure^ et détermine ainsi le di^oit public interne; a^ elle soutient un rapport de TEtat particulier avec les autres Etat^ et détermine ainsi le droit public externe ou le droit des gens; 3^^ elle est l'idée générale qui lui as^ne vis-à-vis des autres Etats son originalité, sa Valeur et sa puissance ; elle est l'esprit même qui la fait telle et non pas autre^ et l'investit d'une destinée spéciale dans l'histoire du monde. Dans le droit public interne Hegel adopte la division en pouvoir législatif^ pouvoir adr ministralif et pouvoir royal, division qui constitue à ses yeux la mcmarchie contitutionnelle. A travers ces foimUleS et ces détours^ il arrive à faire de la monarchie la personnalité même de l'Etat, de telle sorte que sans nmnarqUe il n'y a pas de peuple, mais rànplerment une collection d'individus, une masse in* forme, mais pas de société. La constitution monarchique héréditaire par droit de primogéniture qui (dérive historiquement de l'état patriarcal, est le dernier progrès de l'histoire, le dernier déve« loppement, la forme la plus normale de la société. Il admet la division des deux chambres; c'est comme le dernier effort de ses abstractions politiques. Ce qu'il dit sur le droit des gens n'offre rien de remarquable. ,

iSBGELé 1 97

Cest dans rhîstoire <iki monde quil a tracé les généralités les plus heureuses. L'histoire du monde nW pas le résultat d'une fatalité aveugle et sans intelligence, mais le développement de l'esprit univers^. Les Etats, les peuples et les individus représentent dans^ ce développement de Tesprit du^ monde iin principe déterminé qui les constitue, dont ils ont conscience^ et qui £iit leur vie% U^ peuple n'existe dans l'histoire du monde que. pour y représenter une idée nécessmre. G-est son époque ; alors pendant le temps où il est l'agent de Tespiit universel^ les autres peuples sont contre lui sans force et sans droit; leur époque est finie, et ils ne comptent plus dans l'histoire du monde^

J'ai montré ailleurs les grandes classifications que Hegd a introduites dans l'histoire, la manière puissante dont un célèbre jurisconsulte avait su les appliquer, comment il avait tiré de la inétâphysique une philosophie du droit et de l'histoire, ingénieuse dans ses vue& sur le passé.

Il est temps ; de oiractériser cette dialectique sans bornes et sans rivages, qui dans sa vaste monotonie enserre Bieu^ l'homme^ le monde, les sociétés et l'histoire, qui part de l'abstraction pour aboutir à l'abstraction^ d'un point dialectique pour revenir à un point dialectique, de Vun

pqw Fetouraer à i-wè^ e% trouvé riâf»til6^ la

;H^)sta^ce dans Tîcl^iitité dfe l'abstratti^ ^ 4*

Ja formule. AssuFéipent ia tète <iu ^Uotof^

^lemand est puiasantç : il y a de l'Aristoia

^dans cet l^omme; il d^loîe uMrare indoatrît

4aiis le mécanisme d^ la -peii^é^ MdU nrà sont

les découT^ertes pos^v^s f0m: la phUosopbîe

:$ociale? où est l'obiai^afioa ;profaode et indé*-

|)kendaiite de& lait^; 011 est l'esf^Ht Ubéral qui

doit tai9JiQws:awai«r le peimewr, Taffrandm* àa

jfréseuU ^ Ten^aîner vers Tavenir?, Et d'iâ>efrd

commeot auri^il l'esi^rît libre ^ eet esdav» ide

la Iqgique^ Comméat^eJ^sarFera^r^l, emporté

4]u'îl est da^s icette toijiàmeiite didecttqiie;, dans

ces tourbillons d^ foi^aMles qiti renVeloppeEifc tel

reiuf>risouneal? Il marohe 4e terme en terme^

dç trinité^D tiipitéi ou fli$iàl il ne^^iAaircbe fsm,

jl est iirésistihlan^imt poussé. La logique a, des

aiègle&de fer; une feî^ s&usson joug 9 îl Crat tm>

iiieroer non-seiilte»ei^t i'absirait^ niais leiddiri,

maisrabmrde^ Pbîlostipbe^ tu as abdiqué la Té-

rjté pour le^yllogtjN^e/lejfoird pour la forme ^

la raisom pour le Raisonnement.

Mais x:e n'est pas tout. Quelle, est la consé^ quanpe de ^tt^ i4a:)tité idéaliste ûe 4a raison ^abstraite qui oonstitue Dieu, le .ntt>nde et TbiS"* ^ire? t>e mèm» que Spinosa mettait partoot la

laécessfté dûrin^ Ké^ loet ptrtoQt ta mî^san ; H ji^vét^ow les faiti^ de légiUuàtè ph&hBophkfié ; jL élève l'Jïistoire au caractère aAcré <}e maâifes- «titioD pwe de rebsolii^ et 41 pose cet ai^ioihe : •JbiTr €« ^^ é^r raUcmnelesiréêly m totii ce qiài est réel est nUiùnneiL ( i^ii^ veraéà^g isé, iïas ist wirÂUch; knd «HZSwiMkeh ia,itlas ist ve/^ minfiig^) Alors, avec une l»Ue ^itosophie^ <te a i>eau reooDnaitre logtq[iftement k du^tHîaâimië comme un progrèjs et èoômie la dernière eicprîebsicmde rhumaBité, j'affirme ^^bsi n'eu com^ prend pas Tespril, qu'on né sent pas^^x^e BfAvi^ ^aiisme inépuisable^ si Uore et si ndi^teai*, toi^ours prêta âecourii' etfe lénlsuuïfper.te getire btimaj^, à lui fiére fiâre à Ffabune fetiile nn pals 4le pl«]& Avec fine telle philosophie ^n ^à^mm «constamment le pouvoir, on amnistie k despo^ lisme , on prend patience sur les^ maux de l'homme, ses ignorances et set^ douleurs ; arrec u^e telle philosophie on ne cooipread pas lea rév^^ lutions, on trouve même des raisons^ métapfajT'siq[iies pour les condamner^ on b^tme jusqu'atix efforts que fait un peuple dans le cercle àe la kû pour réformer sa constitutioi»^

Kmt enrichit Ja phUosophie du droit ok la aaintelé au devoir, Fkhte dé ceUe de k liberiéf sortes Hegel de ses généralités oiûgtBales sur

aOO SCHELLlirG. -^ HEGEL.

l'histoire et des ressources ingénieuses de sa logique, qu.'a-t-ii fidt? qu'a*t-il apporté de nou« veau? quelle iofluoi^ si ce n'est un triste penchant qu'il a pu donner à quelques eisprits de justi^er l'absolutbme par k métaphysique? Cette réflexion ne saurait atteindre le caractère respectable d'un savant dont le vaste éclectisme sert si bien l'histoire même de la philosophie ^ la connaissance de l'antiquité, surtout l'étude d'Aristote, et l'érudition générale. Au surplus, l'Allemagne est indocile au système de Hegel qui régnera Berlin^ mais dont l'influence n'est à vrai dire que prussienne. La patrie de Heimann, de Luther^ de Kant et de Fichte répugne à ce dogmatisme qui |étou£Fe l'individualité dans un panthéisme scolastique. Gomment parviendra-t-elle elle-même à produire une philosophie sociale? Elle y parviendra par l'action. On disait avant 1789 que les Français étaient trop légers pour connaître la vie politique. On dira peut-être aujourd'hui que les Allemands sont trop profonds; mais ni légèreté ni profondeur n'empêcheront les choses d'avoir leur cours. L'Allemagne arrivera aux institutions politiques par elle-même, de son propre mouvement. Ce n'est pas à une nation aussi originale et aussi grande de rien co^ pter, pas même la France. Elle ne nous copiera

SCHELLIlfG. — HtCBL, ao I

pas; mais en vertu d'elle-même^ de sa propre pensée, de sa propre philosophie, nous pouvons l'attendre à des conséquences pc^itiques. Alors, quand les temps seront arrivés, elle comprendra les révolutions, elle les jpgera gvec plus d'indulgence, elle appréciera la France mieui^ peut être qu'elle ne le fait aujourd'hui.

CBAPITRE X.

Jean-Jacques Rousseaa. '

Sous Louis XIV un prêtre de génie fut tourmenté du besoin de réformer la religion et TEtat^ Pendant que Bossuet travaillait à une espèce de monarchie théocratique,une âme ardente et pure, un esprit fin, délicat et grand, ambitieux et dévot, se dévouant à la gloire et à cp qu'il croyait la vérité, voulut retremper la religion aux sources du mysticisme des Pères de l'Eglise, et ramener la monarchie à la conscience de ses devoirs. Mais Bossuet réfuta les Maximes des Saints; Louig XIV prit le Télémaque pour une personnalité. Pour ne pas ébranler l'Eglise, Fénelon s'humilia devant la médiocrité qui siégeait au Vatican ; comme il avait déplu au roi, il mourut dans l'exil,- et le 5eul homme qui, dans son siècle, ait songé vaguement

à d^ réformes^ courba la téte sous le double ana* thème de Eome et de Yersàilles.

U est ua homme -qui plei»*ait au nom de ¥ê* mlon^ et, dans sou «Âthottsii^me, se fiât à peine estimé digne d'être son valet* Roinseau sentait tout ce qu'il y aVail eu de hardiesse sublime daus Tiiômme que Louis XIV appelait Tesprît le plus chimérique de son royaume^ tout ce q«^ cette àme^ reUgûbuse^sî tendre dut nourrir d'amer-» tume et de douleur ; car le prêtre catholique poi^ vait s'écrier comme le Genevob :

Bw^anis iâ$ t§o imm^ qmt nxm jutèlllgo» IBis.

Au moment d'apprécier l'atitèur dû Oontrat fodai^ je dois au krcteur un atett. Uniquement livré à r^tide de Montesquieu^ de Yico, de Gro^ «ius^ de l'école historique, sous le charme exdu^ ^f de celte Taste impartialité qui épuise toutes se^ forces à juger le f^»sé, et n'eii a plus pour aller à l'avenir, quand je rèncontusii un philosophe qni écrivait dans la patrie et la langue de Descartes t Vhomxrm ijui pense est un animal déprùA^; qui disait encore : Tûui est bien soriaM des mains de Vauteur des choses; tout dégénèreentre les mains de l'homme; qui mettait l'état ^lormal du genre humain dans la vie sauvage, et le mal dans la sociabilité; je Favouerai, ne comprenant pas corn*

304 I*-J. BOUSSBA.U.

m^it Rousseau avait été amené à parler ainsf, comment et pourquoi il Tavait dit, j'eus le malheur de dédaigner et de condamner son génie* Cependant entre lui et moi ce n'était pas lui qui pouvait avoir tort. Il &llait bien qu'en ro'acharnant à Fétude de cet homme, je lui trouvasse un sens, une signification. Effectivement^ j'ai pu dissiper l'erreur de ce premier jugement, arriver à comprendre le génie de Rousseau, aie chérir et à bénir son influence.

Quand Montesquieu disparut en l'jSS^ il laissa son siècle entre les mains de Voltaire : l'esprit national devenait de plus en plus libre; orné, gracieux, juste et enjoué; mais les mœurs étaient molles, et les âmes sans consistance^. Le sentiment religieux, confondu avec les superstitions qu'il fallait abolir, se perdait tous les jours. Si Voltaire régnait en maître et à bon droit sur lé présent, si Montesquieu avait contemplé le passé, qui donc s'emparera de l'avenir? quel homme, animé d'une inspiration à la fois vague et prophétique, s'opposera à son siècle comme Diogène à la foule ? Qui donc revendiquera Dieu, la nature et la liberté? Cest Rousseau que tourmente un démon intérieur dans les intérêts de l'huma ' pité. Ce n'est pas un académicien élégant et débile, qui veut mener à bien sa petite gloire et sa petite destinée. Non; Rousseau se débat doulou»»

J.-l. ROtJS8EAIT< SI05

reusement soas le génie qui i*oppresse; s'il arrive à saisir le sceptre de la philosophie, ce n'est pour ainsi dire qye malgré lui et poussé par une insurmontable fatalité. Pendant que Voltaire, seigneur de Ferney, fertilise ses terres, entend la messe dans sa chapelle, et correspond avec les rois de l'Europe, Rousseau, au cinquième étage, copie de la musique; c'est l'homme du peuple; îl en porte dans son cœur toutes les misères et tous les droits. Que de contradictions se pressèrent dans son âme pour la déchirer ! Il travaille pour les hommes, il les hait et les fuit; il émancipe son siècle et il le maudit; philosophe, il tonne contre la philosophie; novateur auda« cieux, il condamne et combat la réforme qu'accomplissait Voltaire"; penseur indépendant, il se brouille avec Diderot, Hume et d'Alembert : toujours malheureux, toujours défiant, il a écrit quelque part qu'il étouffait dans la nature; il étouffait aussi dans la société, où il ne voyait autour dé lui que trahisons, embûches et calomnies.

« Non, je ne serai point accusé, écrit-il à M. de » Saint-Germain^ point arrêté, point jugé, point » puni en apparence; mais on s'attachera, sans M qu'il y paraisse, à me rendre la vie odieuse, in- ». supportable, pire cent fois que la mort : on me » fera gardera vue ; je ne ferai pas un pas sans » être suivi ; on m'ôtera tout moyen de rien sa-

4o6 J.-J. mocasEAu-

j» yoir^Qt de ee qui me regarde et de ce «pn ne ê me regarde pas; les nouveliofr publiques les A plus ittdif£érente8, les gazettes même me se-f M ront interdites : on ne laissera courir mes lelK n très et paquets que pour ceux qui me trafaiff^ )) sent; ou coupera ma correspondance avec tout >> autre ; la réponse universelle à toutes mes ques» » tions sera toujours : qu'on ne sait pas; tout, se » taira dans toute assemblée à mon arrivée, les » £emmes n'aurcmt plus de langue^ lea barbiei^ n seront discrets et silencieux; je vivrai dans le n sein de la nation la plus loquace comme cAieGi p un peuple de muets. Si ^e voyage, on préparera «tout d'avance pour disposer de moi, partout » où je veux aller : on me consignera aux passai» ngers> aux cochers, aux cabarerîers; à peine » trouverat-je à manger avec quelqu'un dans les n auberges; à peine trouverai-je un logement qui » ne soit pas isolé; enfin l'on aura s^ûn de ré* )».pandre une telle horreur de moi sur ma route; n qu'à chaque pas que je ferai, à chaque objet n que je. y errait mon âwe soit déchirée, ce qui » n'empêchera pas que^, traité comme Sandio, je H »e i;eçoive partout cèaat courbettes moqueuses Aayec autant de conkpliiiieBS,de respect et d!fà^ n miration : ce sont de ces politesses de tigres qui » semblent vous sourire au moment on ils vont M vous déchirer. » Si Rousseau vivait aujourd'hui,

te» nicran puUîqiies i»e lui donneraient pas le tempsi de s'occuper ainsi de lui-même; la société' qui u^rche n'a plus le loisir de s*arréfer au spec-' tacle des soseept^lités; des tourmens «t de ré-" goisme du génie. *

Quand en 1760 Tacadémie de Dijon demanda si les lettres airai^it eu une influence satûtatre' sur l'humanité y Rousseau répondit que non. Kl les conseils de Didenot, ni Tattrait du paradoxe et de la célébrité n'^tpliqueni ▼éritablement ce début. Son discours fbt le ^^emier cri de cette' opposition contre son siècle à laquelle le voiiait^ aim génk. Le morceau fit eitplosion; la hardiesse* du style et des affirmations, la vigueur de la diction, cette libertéxPallure Scandalisèrent le monde' aottiémique et littéraire, niais lé public applaudit.' KoiuveUe question de l'académie dijonaisé sur l'inégalité des conditions, autre réponse de Jean-' Jacques. Là, dan&mi sombre et pathétique ta- UfiiaUy iL montre Thomme dans son état primitif, dans l'état sauvage^ Kbre alors, et ne trouvant la' dépendance que dans là société civile; en un mot,c'est Hiobbes habillé d'une magnifique rhétorique.* Nouveau .scandale, nouveau succès. D'Alembert/ djms l'Encyclopédie, avait fait Téloge de Genève, et avait engagé cette petite république à se po-' lîwr de plus en pins par le cotnmerce des lettres et des arts* Rousseau rejette ces importations de'

!àoS J.-^J. IIOU96EAU.

Tesprit de VqI taire, il vaut saiiver l^ mwaphii^ démocratique de Génère, et par sa. lettre à d'A*» lembert, il se bromlle avec toute la philosophie contemporaine. Que n'a-t-on pas dit de la fatale influence de la Noifuelle Héloïsé sur la jeunesse et sur les femmes ! On oublie sans doute qu'à cette époque les payions n'étaient graves qu'-au théâ-' tre i que l'amoqr, distraction de salon, Êsmtaisîe passagère, triomphait de tous les obstacles, pour satisfaire ses caprices; et que sur ce point le mariage était de la meilleure inteUigence du monde avec la galanterie. Dans cette société ainsi faif^i il arrive qu'un homme jette un livre où deux jeunes gens vivant d^ns une petite ville au pied des Alpes, inconnus du monde et le connaissant bien peu, ont pour unique affaii:e de s'aimer avec une exaltation sérieuse ^ où l'amour parle vertu et philosophie. Ce roman, qui nous parait aujourd'hui si imparfait et si peu divertissant, çon-* tenait des dissertations sur le duel, le suicide, les spectacles et la religion naturelle; sermon pas* sionné, prédication ardente, livre moral qui pénétra souvent où on a pu s'étonner de sa présence. VEmile^ roman plus grave encore, suivit la correspondance dont Jean -Jacques se disaitl'éditeur. Ici le philosophe se déploie dans toute* sa force; il attaque directement son siècle sans détours et sans fictions. A la mollesse des mœurs,

j.-j. ROUSSEAU. log

À roubli de la dignité humaine, à la méconnais- Muée de Djieu, à rindifiérence des uns^ à l*hjpomsie des autres, il oppose Thomme même, la conscience la plus vive de sa personnalité, le sentiment individu^ de Dieu et de la religion, le retour au spectacle de la nature, aux magnifiques enseiguemens de la création. Il ^uve dans Téducation une puissance capable de changer l'homme de son siècle. Son enfant, son élève aura l'esprit libre, rame naturelle, le corps vigoureux et dispos. Il le dépouillera de cette politesse menteuse qui étouffe l'indépendance. Il l'instruira à vivre de son travail, et lui apprendra un art mécanique. Il écartera les interventions humaines pour le mener à Dieu directement, par la conscience même. Gomme les mœurs de son siècle' sont légères et coupables, il mettra Emile aux prises avec la plus rude adversité que puisse éprouver un homme dans son union avec un' autre être. Ainsi il l'arme contre tout, contre la société aussi bien que contre la nature; il a vou]u faire un ^homme, toujours libre, toujours simple et toujours courageux. Cette foisja j)hilosophie avait parlé trop haut pour que la religion pût garder le silence. Le discours,.sur.I|îiié-7 galité des conditions avait passé sans encombre i la Nouvelle Héloîse avait évité la censure ecclésiastique : VJEmile n'eut pas ce bonheur, et Chris-

aïO J.-J. ROUSSEAU.

tophe de Beaumont, métropolitain au siège de Paris, lança ^n mandement contre l'œuvre de Jean-Jacques. L'archevêque ignorait où le mènerait cette affaire. Jean-Jacques, citoyen de Ge«. nève, répond par la presse et d^ant le public à Christophe de Beaumont. Chose inouïe ! çbscur étranger, iL apostrophe le premier prince du clergé de France, s'attache à lui, le poursuit de proposition en proposition, et l'Eglise catholique se trouve engagée dans une polémique qu'elle est incapable de soutenir; polémique acérée où le Genevois malmène sans pitié l'archevêque. De quelle ironie le réformé fustige cç prêtre! Comme il oppose à cette religion de mandement et de sacristie l'esprit de l'Évangiie, et comme il se montre plus religieux, lui laïc, que ce prince de l'Eglise affublé de ses dentelles et de ses superstitions ! Les Lettres écrites de la montagne concernent à la fois la religion et \d^ politique. Jean-Jacques y: défend V Emile et le Contrat social. Ces lettres, qui sont chronologiquement un de ses derniers ouvrages, peuvent servir, dans Tordre des idées, de transition entre la partie, morale et religieuse et la partie politique des œuvres du philosophe. Il y parle a la fois de la religion et de la liberté, de Dieu, du christianisme et de lui-même; et il teint ces abstractions générales des couleurs de sa person-

j.'-j; ROUSSEAU. an

nalité. Ses trois ouvrages politiques sont ses Lettres sur la législation de la Corse ^ ses Con^ sidérations sur le gous^rnement de Pologne et sur sa réformation projetée en as^ril 1772, le Contrat social. Jean-Jacques méritait bien d'être considéré en Europe comme un maître dans la science politique; et vers 17649 quand la Corse voulut régulariser, sous la conduite de Paoli, une liberté qu'elle avait si généreusement conquise, on s'adressa à Rousseau. Ce n'était pas la première fois qu'un philosophe moderne était consulté^ et sollicité de se faire législateur. Locke, en i66a vivait rédigé une constitution que lui avaient demandée les habi tans des Carolines. La charte du philosophe n'est pas bonne ^. Rousseau ne fit pas de constitution, mais il donna quelques conseils. Dans sa seconde lettre à M. Butta-Foco, il demande des documens qui puiss'ent servir à Fédîfier. w Je suis charmé du voyage que vous )) faites en Corse datis ces circonstances; il ne M peut que nous être très-utile. Si, comme je n'en » doute pas, vous vous y occupez de notre objet, » vous verrez mieux ce qu'il faut me dire que je

* NouB en atons parcouru non pas le texte entier, mais un"extrait. Locke, dans sa constitution, a imaginé les dispositions les plus arbitraires; il y a créé une sorte d'aristocratie féodale, un gouTemement oligarchique entre les mains des propriétaires qu'il partage en landgraves^ caciques et palatins.

a 1 2 J.-J, ROUSSBAU.

» ne puis voir ce que je dois vous demandée.

» Mais permettez-moi une curiosité que m'inspi*^ n rent l'estime et l'admiration. Je voudrais savoir >i tout ce qui regarde M. Paoti : quel âge a«t-il .^ » est-il marié? a^t-il des enfans? où a-t-il appris » l'art militaire? comment le bonheur de $a na- >i tion l'a-t-tl mis â la tête des troupes? quelles » fonctions exerce-t-)l dans l'administration po- }) litique et civile? Ce grand homme se résou- » drait-il à n'être que citoyen dans sa patrie, après » en avoir été le sauveur?» Rousseau demande ensuite qu'on lui envoie une bonne carte delà Corse, qu'on lui fasse une description exacte de nie : il veut connaître son histoire naturelle, ses production^, sa culture, sa division par districts, le nombre et le crédit du clergé, s'il y a des mai-* sons anciennes^ des corps privilégiés et de là noblesse, si les villes ont des droits municipaux et en sont fort jalouses, les moeurs du peuple, ses goûts,. ses occupations et ses amusemens, l'histoire de la nation jusqu'à ce moment, les lois, les statuts^ l'exercice de la justice, les revenus publics, l'ordre économique, la manière de poser et de lever les taxes. « En général, dit RousseaU; » tout ce qui fait mieux connaître le génie nâ- » tional ne saurait être trop expliqué. Souvent n un trait, un mot, une action dit plus que tout » un livre. Mais il vaut mieux trop que pas assez, n

^.-J. ROUSSEAir. m 3

Pour un tbéoricieu , Jean- Jacques ne se montre pas mal clésireux de çonnattre les Êiits. Au sur** plus, la Corse avait frs^ppé son imagination par l'héroïque insurrection qui l'avait affranchie des Génois, m II est encore en Europe un pays capa- » ble de Içgislatioa; c'est l'île di^ Corse, éçrit-il » dans le Contrat social"^. La vafeur et ta coft- >i stance avec laquelle ce brave peuple à su re* » couvrer et défendre sa liberté, o^éri^raient i^ bien que quelque homme sage lui apprft à ta n conserver. J'ai quelque pressentimei^ qu'un » JQur cette petite île étotinera TEurope. w En tyj^r dans la même année où fut signé & Saint- Pétersbourg, le :i5 juillet en vieux style, le partage de la Pologne, Bousse/tu écrivait sur le gouvernement et la réformation de ce pays pour lequel aujourd'hui la boache inanquis de louanges et les yeux n^ont plus de^ larmes. Pressé par le comte de Wielhpr^i d'indkiuer les moyens et les institutions qui pouvaient opnjPier aux Polonais les véritables mœurs de^ 1^ liberté, il leur rècom* mande de garder daujs le coeur l'amour de l'indépendance et de leur répjiiblique au milieu des plus accablantes disgrâces* « Youç ne sauriez em- » pécher que les Russes ne vous /jmgloutissenf : i> faitesau moinsqu'ils ne puissent vous digérer...

* Lif. I, chap, 10.

» Si vous faites en sorte:qti'un.;Poldnais,ne pui^i^e » jamais ^evemr.un Rass<e, je vous i;épond$ que » la Rus^e ne subjuguera pas la Pologne. » L'éducatipn^ upe éducation nationale lui paraît le plus ppissant, moyen de développer chez les Polonais ce leifoin qui n'est pas encore éi/enté par des .mfixim^^ corrompues^ par de^ institutions usées y par ^wie philosophie égoïste qui prêche et qui tue. Il indique ensuite con^ment on peut maintenir la ponstitutiop; il voudrait que tous les membres du gouvernement fussent assujettis dans leur carrière à une marche graduelle* Après avoir montré. les réformes à tenter, il s'exprime ainsi : « Ce n'est qu'en supposant que le succès I) réponde au courage des confédérés et à la jus* w tice de leur cause qu'on pçut songer à Ventre- >i prise dont il,s'agit.„ Vous ne serez jamais libres >) tant qu'il restera un seul soldat russe en PqIo- ».gne^ et .vous serez toujours menacés de cesser >»deretEe tant que ja Russie se mêlera de vos, » affaires. » C'est dans le Contrat social que Jean* Jacques devait condenser toute la substance de sa politique; jamais morceau de philosophie ne fut plus artistement façonné^ dans un cadre plus harmonique^ où la force se limite elle- méme^ d'autant, plus sensible qu'elle se modère, où Iç, style tantôt éclate en mouvemens de l'âme, tantôt se pose en formules et en déductions, mé-

^>J . ROtTSSE AU. a I 5

làtige de passion et dé dialectique. Machiavel dans son Prince n'a pas cette rigueur; Hobbes et Spi* nosa ont revêtu un fonds original d'une forme classique et latine; Rant et Fichteont une lan«gueà part; Hegel, qui sacrifie tout à la logique, en est opprimé, et substitue pour ainsi drre aux mouvemens de la vie deâ ressorts mécaniques; mais Bx)usse9u, logicien et poète, toujours pen* seur, mais toujours tribun, a laissé dans le Conc trat social le plus beau fragn>ent d'art politique qui ait été créé depuis Aristote et Platon;

Voilà énumérés les principaux ouvrages de notre philosophe , ceux qui nous importent. Je n'ai pas parlé des R^î^eries et des Confessions^ miroir où se réfléchit l'homme même, confident des douleurs et des manies du génie. Je me sur^ prends sur la tombe et sur les ouvrages de cet homme, sourd à ses tourmens et à ses angoisses, curieux seulement de ses idées et des conquêtes de sa pensée. Grands hommes^ ne perdez plus votre temps à vous plaindre; les révolutions em-portent vos cris; souffrez en nous servant, et mourez en silence.

La liberté naturelle de l'homme, son indé* pendance sauvage au sein de la nature, la narture' commune à tous inspirèrent surtout Jeanr Jacques : la société ne lui sembla pas naturelle, mais plutôt contraire à la naturejla civilisatioa

!rr6 J.^j; hou»sea«i

ne fat potir lui qa^tine destra<;tioii de^b libeMé^

an lieu d^en être le dévdoppement Sous le

diarme de cette idée, .il éci^t ces lignés ; « L#

n pi^emier . qui ,' ayant enclos tin terrain, s'a^iseï

ji de dire, Ceci est à moiy et trouva des gens asseal

n simples pour le croire, fut le Vrai fondateur

» de la' société dvile. Que de crimes, de gâerres^

^ de meurtres, (|ùe de misères et d'horreurs

» n'eût point épargliës au genre humain celui

1^ qui; arrachant les pieux oo comblant le fossé^

n eût crié à ses semblables : Gardez^vous d%*

i» coûter <eet imposteur; vous êtes perdus si vous

» oublier que les fruits sont à tous, et que là

» twre n'egt à personne. Mais il y a grând^^ ap«^

w parfence qu'alors les choses en étaient déjà

I) venues au point de ne pouvoir plus duret*

» comnre elles étaient; car cette idée de pro-

Dpriété, dépendant de beaucoup d'idées ànté^

» rieures qui n'ont pu naître que successivement,

VI né se forma pas 4otit d'un coup dans^ l'esprft

>) humain : il fallut faire bien des progrès, ao-

» quérir bien de l'industrie et des lunïîères, les

)ï transmettre et les augmenter d'âgé en âge,

M avant que d'arriver â ce dernier terme de l'état

» de nature.*. » Mais si là proprîété-n'a pas sa

^ison dans le développement immédiat de la

t Discours sur Pinçait fé des conditions. Seconde partie»

«rture minie àp Tlioiiiiite^ pourquoi^ dans todtM les l»^es et dâQfi tous les de^s de, société, b tien et le mimPJJhomme est libre / et fious^ soàu le sa^ laieus que personne ^ car il «rie & êou siècle : Ilhomme estJiAre, etparipui il est éam les fers; car il est arrivé au sentiment de la liberté, directe0ient|Sa»3 détour et sans dé« duction, ^xHmme après loi a i^t Fiobtè; car il éerit dans le Cimtrat sootal : c Renoncev à sa » liberté, c'est renoncer à sa qudiié d'homme, n aux droite de rbumaaké, même k ses devoîrsv n II n'y it nul. dédpmmagemeat possible pour M ^ioùMpie renonce- k tout. Une telle rencm* AGÔation est incompatible avec la nature de n Tbomme, et .c'est àt&r toute nKiralitétà ses ac* » tions que d'ôter toute liberté à sa volonté-. » Mais si la liberté de l'homme est naturelle, la propriété doit l'âtre aussi : si vous nie2 celle-ci, vous niez la liberté que tous ave^ accordée d'a<bord. Mirabeau, qui s'était formé à l'école de Jean -Jacques, estimait aussi que la propriété n'esâstait pas par la loi de la nature, mfBS était ime création sodale'^'^. Erreur. La propriété^ ^ns son principe philosophique, est antérieure aux

* Contrat social, llTre i, chap. 4.

^DiscourssurVégaUté des partages dans les successions en ligne directe*

:2l8 J.-J. ROTOSEA0.

législations politiques. Et cette proposition est capitale; car il suit que, si les lois sociales peu-^ vent et doivent modifier le droit de propriété y' elles ne sauraient le détruire^ parla raison qu'elles ne l'ont pas créé : il faut que le législateur reconnaisse toujours dans la propriété la liberté humaine elle-même; qu'à ce titre, il l'aime et la cultive, la développe et la perfectionne *.

L'idée de Dieu, c'est*à-dire l'idée la plus haute et la plus générale que l'homme puisse condevoir, fiit ramenée à sa place par le spiritualisme de Rousseau. Il restaura, dan^^ son siècle, la conscience et le sentiment religieux. Comme l'enseignement officiel du catéchisme ne partait que des lèvres et point de l'âme, il ne veut pas parler de Dieu au jeune homme avant qu'il puisse le comprendre; il le conduit, quand il a déjà passé par J[0$ orages du cœur^ sur le haut d'une montagoe^ à la pointe du jour, les rayons du soleil colorant déjà la nature et les Alpes, et là, par la bouche d'un prêtre tolérant et bon, il lui apprend qu'il est un Dieu. Assurément Mtte scène n'est pas une règle d'éducation. La connaissance de Dieu se proportionne à tous les momensde la vie; le petit enfant la reçoit de sa mère qui la dépose tendrement dans son cœur; il là retrouve

* f^oyez livre ii, chap. 4, de la Propriété.

j,-jr, ROUSSEAU. 219

dans les fêtes et les pompes du culte paternel. Mais quand Jean -Jacques écrivait r^/m/e, il avait à sauver la conscience de Dieu des traditions d'une lettre corrompue, à la réveilla* dans l'âme par.des scènes solennelles et par de grandes apostrophes. Le christianisme fut pour lui la r^ligion de l'homme; non pas celui d'aujourd'hui, ditil, mais celui de l'Évangile^ qui est tout différent ^ Maia^^sur ce point, il fut dans une grande perplexité; au Ibnd/il eut voulu,. comme Locke et comme Kant, accorder le christianisme avec la rsysoB et la philosophie^ mais il n'avait pas lebon sens paisible da premier, dont il avait lu le Christianisme raisonnable.; il n'avait pas non plus la profondeur du second : aussi oppose-t-il la religion à la philosophie, il dégrade même cette dernière et invective contre elle. ((. J'avoue que la sainteté de l'Évangile est un ar- >> gunient qui parle à mon cœur, et auquel j'au- » rais même regret de trouver quelque bonne » réponse, "^yez les livres des philosophes avec }y toute leur pompe : qu'ils sont petits près At * » celui-plà! Se peut-il qu'un livre à la fois si su- » blime.et si simple soit l'ouvrage des hommes? n se peut-il que, celui dont il £ak l'histoire ne » soit qu'un homme lui-même...; Qaels préjugés^

* Contrat social^ livre iv, ebap. 8. . ,

^ qinel aveuglemeadt, ou quelle mauvaise foi aie

» &ut«il pas pour avoir usé comparer Je âis de

j^SophronUque au^^s de Marie? Quelle distanee

Ji.de Vnn à l'aide! Socrate, mourant sans doo-

n leur, sans ignominie, soutient jusqu'au bout

» son personnage;, et^ ^i cette focile mort n'eût

)» hoiaoré sa vie, on dout^raU si Sacriae, at^eo

n tout son fi^rk , fut aul^e chose qu'un SO-

a PHIST£. Oui, 4 la vie et la mort de Socrate

n sont d'an S£^, la vie et la mort de Jé^xks sont

M^ d'un diect... Ai^ea tout cela , ce ràême Évjcmgile

)i est plein de. choses inerojrable^, de choses qUi

n répugnent à la raison, et qu'il est impossibhà

M ttçiut homme sensé de eoncepoir ni d'admettre.

» Que faire au milieu de toutes ces xxiintradic-

)»:tions? Bti*e toujours modeste et circoaspecty

j^ mon en£uit : respecter en silence ce qu'ion ne

Il èaurait ni rejeter ni comprendre, et s'humilier

% devant le grand Être qui seul s$it la vérité ^. »

* Quand Rousseau £iit presque an Socrate ^im so^

phiste, quand il abaisse Ja philosc^jûe pour élé^

^ ver la religion, il ne s'étend pas Tui-méme; il

ue'voit pas qu'en ravalant l'esprit humain tous

une &tç^ il s'attaque à la cause universelle des

choses, toujours sacrée et toujours la même- à

des dcigrés di£Sârens. -

^J^fûman de foi du vicaire iaçoyaré. '

. be lardiigioti, je fiasse ii la politique du {rfiflo^ spphe; Jjhommeest primitivemeDl dans l'état de nature; sHi ensort^ c'est par son consentement^ par un acte de sa volonté. Donc toute société est fimdée sur un contrat, sur un pacte ; et l%onime ^t sociable parce qu'il veut l'être. Si la volonté est le fondement de la sociabHité individuelle^ elle est aussi la base de l'Etat. Toutes les volontés individuelles consentant à la société formeront une volonté générale qui constîtu^ia la souveraineté : souveratnefé utte et indivisible dans son èxpressicna, incommunicable^ et qiH ne saurait se délé^ guéh Jean^làcqùesa pris soin lui-^éme (terésumer sa politique darislasixième âes Lettrestileiafnon** iagne T m Qu'est" ee qui Mt que TEtat est uti ? c'est » l'unionde ses membres. Et d'où naltl>uBion de n^es membres? de l'obligation qui les lie. Tout >r est d'accord jusqu'ici. Maisquel est le follement n de cette obKgation PYoilà où les auteurs sé^i-- » visenti Selon les uns, c'est la force j s^n d'au*- » très, l'autorité patei*nelle; selon d'autres, la' Il volonté de Dieu. Chacun établit son principe et » attaque celui des autres. Je n'ai pas mpinnéitie » &it autrement; et, suivant la plus iaine partie » de ceux qui ont discuté ces matières, j'ai posé M pour fondement du corps politique la convenu* » tion de ses membres ; j'ai réfaté les principes » différens du mien.u... L'établissement 4a con-*

aaa j.-j. rousseait.

» trât social est un pacte dHine espèce particulière, >i par lequel chacun s'engage avec tous; d'où s*en- »suit l'engagement réciproque de tous envers » chacun, qui est l'objet immédiat de l'union. Je » dis que cet engagement est d'une espèce parti- » culière, en ce qu'étant absolu, sans condition, » sans réserve, il ne peut toutefois être injuste, » ni susceptible d'abus, puisqu'il n'est pas possi- » ble que le corps se veuille nuire à lui-même,

» tant que le toutne veut que pour tous La

» volonté de tous est donc l'ordre, la règle su- » préme, et cette règle générale et personnifiée » est ce que j'appelle le souverain. Il suit de là » que la souveraineté est indivisible, inaliénable, ^ et qu'elle réside essentiellement dans tous les » membres du corps. Mais comment agit cet être » abstrait et collectif? Il agit par dès lois, et il ne )) saurait agir autrement. Et qu'est-ce qu'une loi? m è^st une déclaration publique et solennelle de » laivolbnté générale sur un objet d'intérêrcom-

» mun Mais l'application de la loi tombe sur

M desobjets particuliers et individuels. Le pouvoir » législatif, qui est le souverain, a donc besoin » d'un autre pouvoir qui exécute, c'est-à-dire qui

» réduise la loi en acte particulier Ici vient

)) l'institution du gouvernement. Qu'est- ce que le

» gouvernement ? c'est un corps intermédiaire,

,» établi entre les sujets et le souverain poui' leur

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