DAWS SES RAPPORTS 9 ETC. 2'J
cette prîsoii magnifique, il cherchera à la franchir, semblable à ces âmes, dont parle Platon *, qui tournent autour du réceptacle des idées éternelles, et s'efforcent de plonger leur regard dans les régions supérieures du ciel où sont les essences divines.
La religion n'est donc pas la politique, et la législation, qui dans lés premiers âges du monde se confondit avec elle, s'en distingué aujourd'hui. La loi civile, régulatrice et maîtresse dans la société, doit laisser à la loi religieuse toute son indépendance dans les choses spirituelles, mais la tamener toujours à l'obéissance en ce qui concerne les intérêts et les influences politiques. Sur ce poii)t la justiée du législateur consistera dans là distinction exacte de la liberté légitime du sanctuaire et de l'autorité de la cité.
La législation ne se confond pas non plus avec la philosophie, mais il est entre elles deux des rapports nécessaires. Dans le premier âge des sociétés, les philosophes étaient législateurs; aujoùrd'hui le législateur, qu'il représente le peuple sur le trône ou dans les comices, et le publiciste, doivent être philosophes. La science de Thomme peut seule mettre en état de le rendre heureux et libre. De la philosophie d'un siècle dépendent
* Phèdre, ou de la Beauté.
fX'jS DE tJL LlâGlSLATIOïr
ses réformes en législation; tes idées que se fait le publiciste sur la nature humaine déterminent la direction de sa^olitique. Si Montesquieu eut été métaphysicien, s'ileûtmieux connu Thoinme^, 11 n'eût pas tracé ses divisions arbitraires entre les lois divines, humaines, naturelles et ci^viles; il n^eût pas écrit ces lignes :« La loi naturelle » ordonne aux parens de nourrir leurs enfac^ » mais elle n'oblige pas tle les faire héritiers. Le » partage des biens, les lois sur ce partage, les » successions après la mort de celui qui a eu ce )) partage, tout cela ne peut avoir été réglé que » par la société, et, par conséquent, par des lois » politiques ou civiles. Il est vrai que Tordre poli- )) tique ou civil demande souvent que les en&BS }) succèdent aux pères, mais il ne l'exige pas tou* » jours ^. » Mais comment la société eût-elle constamment établi que les enfans hériteraient de leurs pères, si elle n'avait cru reconnaître dans cette succession un fait naturel et raisonnable? La distinction entre les lois naturelles et les lois civiles est entièrement £iusse, si on veut contirarier les unes par les autres, puisque la mardieet les progrès des lois consistent à exprimer <ie plus
* Nous lui avons déjà fait ce reproche dans Vlntroductioft' à V Histoire du Droite chap. 14. .
** Esprit desloit^ Uy. xzvi> chap. 6.
DÂrXS SES H APPORTS^ ETC. ^79
en plus les. lois satufelles. La société ne saurait être autre dans ses principes foudamentaux que l'homme même. La y>ciabiUtéest lanatureméroe; l'art de la politique ne consiste pas à créer im fantome pou9 l'opposer à la nature, mais à élaborer la nature connue, à en suivre les lois. et les besoins. Or si la nature ordonne .aux parens de nourrir leurs enfans^ elle l'ordonne aussi auxaniinaux. JAais d'où vient que la nourriture, chez L'homme^ est autre jchose que la nourriture chez la brute; qu'elle concerne l'âme comme le corps; que la. sollicitude paternelle et maternelle dans l^espèce humaine ne se borne pas à k sustentation physique, mais qu'elle s'attache à la destinée vinorale de l'enfant, au développ^oaent.de son imagination el de son cœur î^ Ce £iit incontestable e^ aussi naturel, ce me semble. 11 s'est trouvé naturellement encore que, dans, les soc^étésnormales et constituées, la nourriture intelleotueUe ^ physique de l'enfant avait pour conséquence l'héritage; l'héritage est donc un fak aussi naturel q«Ni la nourriture, et, comme la nourriture, il deviendra l'objet d'une prescriptioa civMe. Je le demanderai à Montesquieu : si la*législatjon sot les successions n'avait pas sa raison dans la nature, d'où viendrait son ubiquité dans les institutions sociales de tousles peuples historiques? comment expliquer cette unanimité sur une disposition
28o DE LA LSeiSLAiPIOK
arintraire qui pouvait étrerràmme n-étre pas? il est doncMiécessaire aupublidstede prendre post^tkm dans la nature même % rkoimne^ de l'éta« dier dk-ectemeot^ au vif, en écartant Tautôrité et les textes^ les divisions arbitraires, en conveT'*geant le plus possible vers la vérité par l*indéptndance de sa pansée et la simplicité de sa mé-thode.
Un métaphjrskîen célèbre, M. Destutt de Tra<^, après avmr fait sortir de la faculté de vouloir les idées^e. personnalité etdepropriété, en fait sortir nos besoins et nos majr&is; et c'est de nos besoins «t de nos moyens que naissent les idées de rk^esse et de dénûment ; troîsiètpe filiation qui le conduit à ccHo^idérer la sodété sous le rapport économiques parce que le philosophe veut traiter des ocûois^ de l'homme, avant de s'oocuper dcises s^ntimens. 11 y a dans cette déduction qui donne le pas aux idées de personnalité et de pro*^ pidété sur nos besoins et nos moyens, un senti* ment juste de la natvire des choses^ et la raison de k difierence qui sépare la lé^slatioo propre* ment dite de l'économie poliitiqae^
En effet, l'économie politique se rapporte aux besOHks physiques de l'homme parce qu'elle <ai découle; elle se rapporte et à son bien-être et à ses intérêts matériels; àce.titre^. elle est une par* tie ess^itielle de la* science sociale, elle exerce
DAKS SMS RAPPORTS^ ETC. 28 1
une uifl^ence nécessaire sur les prescriptionsdes lois: ainsi quand Bentham démontre que Fusure ne blesse la liberté et les intérêts de personne, et qu'il estaussi licite de vendre Targentque toute autrçr marcbandisse^ l'usure doit cesser d'être un délit sp<;jal ; l'économie politique^ qui a aujôur^ d'buidans le.baut enseignement un vénérable et célèbre représentant % modifie dotlc la législatipn> mai» elle ne saurait ni l'absorber ni la constituer. .
Puisque l'économie politique cherche les moyeps de procurer aux sociétés la plus grande spmme possible de bien-^tre, il est évident qu'elle partage «vec la législation et la philosophie le sojn de. travailler au bonheur de l'homme. Mais l'hQmm^ ne va pas seulement de pain. Son bonheur n'est pas un élément simple, mais le résul-. tat c<Hmplexe des principes satisfaits qui le con^ stituenty de ses idées, de ses; sentimens, et de ses besoins. Sans doute, la satisfaction des besoins matériels et physiques est pour l'homme^ comme pour la sodétéy la condition de la vie; et voiI& pourquoi la science économique est la base même de la science sociale^ voilà pourquoi elle exerce sur eUe une influence nécessaire^ voilà pourquoi
^ M. J«^Bi Sày, pftfeMeup «u C<»llëge de France.
28a DE LA. XJSQlSIiA^IOSr
ses progrès modifiaroBt, pour PdniéKorer, la con^ dition matérielle :des sociétés modernes. Mais ni les besoins physiques, ni l'économie politique ne sauraient s'attribuer la direction de la société. Quand le fondateur du christianisme annonça l'égalité parmi les hommes, pourquoi l'humanité se ^jouit-elle? assuiïéixient elle ne fbt pas soulagée sur-le-champ daas ses misères matérielles, mais l'homme tressaillit à cette reconnaissance de sa nature et de sa dignité; et il en fut heureuts, .parce qu'il s'en trouva plus grand et plus libre. L'égalité de^ïant la loi doit-elliB être réputée une chimère, parce qu'elle n'ast pas une réalité pal- .pable et physique ? Eh! c'est prédsément l'exceW len£e de l'homme de concevoir le droit, sans y rattacher immédiatement la jouissance ; ainsi le peuple français est idolâtre de l'égalité, sans en* tacher son caractère des bassesses de- l'envie qui déchire l'âme et qui la corrompt.
La prétention qu'affiche en ce moment même l'économie politique à envahir la morale peut s'expliquer. Si l'industrie déploie aujourd'hui ses richesses, son orgueil, et se proclame reine abso- Iqe de la civilisation dont elle ne doitétrequ'un des premiers ministres^ sonjémancipation encore toute récente s'était fait attendre long-temps^ et jusqu'au moment de robJ;eiiir elle avait vécu dans.
BAKS âEft HAPPORTS, ETC. 283
une triste condition. Dans Tancienne monarchie elle gémissait sous le poids des dédains et de l'inconsidération que lui prodigaaient la robe et l'épée, et se trouvait maintenue^ pour ainsi dire, dans un état d'ignominie légale. Elle a passé d'une ' oppression inique et lourde à une émancipation brusque, et elle s'est couronnée de ses propres mains. Serait-ce donc parce qu'on lui a refusé long^terops d'être homme, qu'aujourd'hui elle se £ait dieu ?
Au moment où l'économie politique commen- ^it à se proclamer la science sociale par excellence, elle déployait une grande originalité : l'école du Producteur^ fondée par Saint-Simon, émettait des vues nouvelles sur la condition des travailleurs, sur les fermages, les loyers, intérêts et salaires, sur l'institution des banques, vues fécondes qui doivent améliorer sur certains points la législation industrielle et civile. Mais les conclusions de l'école vinrent bientôt déborder les prémisses, et elle voulut faire sortir une révolution morale, une refonte de la nature humaine, d'une réforme économique. Nous croyons qu'ici commença l'erreur. Au surplus cette insurrection de l'économie politique paraîtra naturelle, si l'on considère que depuis quarante ans en France ni la iégidation ni l'administratioB n'ont pas su tenir
â84 I>^ l'A LÉGISLATION^ ETC.
compte de ses progrès et de ses besoins ; les idées industrielles ont d'autant plus réagi qu'elles étaient plus injustement méconnues; sachez les satisfaire et les appliquer avec discernement et justesse, Féquilibre se rétablira.