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cueillir les mœurs, les coutumes et les lois; inslruisit Dion , tenta de corriger Denys : tour à tour voyageur, philosophe, politique, écrivain, il a abandonné la vie la plus complète pour l'immortalité la plus éclatante.
C'est au fond des temples de TÉgypte qu'il alla puiser les doctrines orientales, qu'il devait opposer à l'esprit de son siècle ; mais pour en parler, il faut attendre que la main chargée de lever le voile des sanctuaires de Sais ait livré ses trésors à l'érudition française *.
A côté de l'Egypte, et avec une égale importance pour l'intelligence de Platon, se place un fait jusqu'alors unique dans l'histoire de la philosophie. A l'entrée du golfe de Tarente, sous le beau ciel 4e la Calabre, a Crotone, arriva un jour un philosophe que les uns ont fait naître à Samos^ les autres ailleurs. Ce sage^ par sa parole, rassembla autour de lui d'innombrables disciples; on en compta jusque trois mille; il put
. ^ <x L'interprétation des monumens de TEgypte mettra encore 1) inieax^Q évidence l'origine égyptienne de9 sciences et des prin- » cipalea doctrines philosopliiqaes de la Grèce. L'école platoni- » cienne n'est que l'égyptianisme sorti des sanctuaires de Sais, et m la yietUe seote pythagoricienne propagea dès théories .psycdogi- » ques développées dans les peintures et les légendes sacrées qui 1» décorent les tombeaux des rois de Thèbes, au fond de la vallée » -déserte de Bihanel-Molouck. » ( Discours d'ouverture du cours d!«rchéologie de M^ ChampoUion jeune, au Collège de France*} ,
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fonder une école où ses disciples se soumettaient au noviciat le plus rigoureux, à une discipline constamment sévère, déposaient leurs biens aux pieds de leur maître, et formaient sous sa loi une communauté philosophique. Cette société eut d'abord la faveur populaire; jamais plus de vertus n'avaient brillé dans une multitude plus choisie, plus aristocratique de perfection et de sagesse. Mais bientôt elle fut accusée d'ambition et de nouveautés coupables. Pythagore fut proscrit, l'école dispersée; les disciples se répandirent et se propagèrent dans l'Italie et dans la Grèce. Platon vit les pythagoriciens, élèves comme lui des prêtres de l'Egypte; et il continua dans ce commerce de s'abreuver à longS^raits de cette sagesse orientale qui convenait si bien à son cœur et à so» génie. Alors plein de l'orient de l'Egypte et de cet autre orient élaboré par Py*thagore; disciple de Socrate, mais dépassant son maître ; poète et prophète de la philosophie dont Socrate avait été le moraliste et le martyr ; résumant la Grèce et son siècle pour les contredire et les ébranler, il jette son idéal entre le polythéisme et le christianisme^ artiste grec destiné à Tidolâtrie des chrétiens.
Quatre dialogues, le GorgiaSy les Lois^ la Répfd?lique^ le Foiitique^ nous livrent surtout la philosophie sociale de Platon. Je ne parle pas
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des lettres qui lui sont attribuées, dont Tauthen* ticité est tout-à-£ait suspecte, et qui d'ail-^ leurs ne font que reproduire sous la forme de conseils des principes établis ailleurs. Dans le Gorgiasj Platon a tracé la théorie de la justice, du juste en soi : idée éternelle , pure de toute utilité contingente; et^ comme conséquence, la théorie de la pénalité, dont le but est de ramener l'homme au juste, de le réconcilier avec le bien en l'instruisant et en le purifiant. Les Lois (et ce point est capital) furent écrites dans les derniers jours de la vieillesse de Platon, trouvées après sa mort, et ne circulèrent jamais de son vivant ni dans son école ni dans la Grèce. Elles présentent une espèce de transaction entre les théories absolues du philosophe et l'application possible et pratique; ou plutôt, dans notre pen* sée, elles sont la décadence du génie de Platon, dont le dogmatisme chancelait : car enfin il avait vu Aristote qui était venu l'entendre à FAcadé* mie; il avait pu être ébranlé par ce^énie obser* vateur, vouloir laisser un monument de politique plus positive, plus praticable et plus grecque. Oui, on peut se représenter ce grand homme dans les langueurs, les découragemens et les doutes de l'inspiration qui l'avait animé, suspendu entre lui-même et son disciple qui va devenir son rival, ne croyant plus tant à l'Orient,
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depuis qu'il a pu voir les premiers progrès de la monarchie macédonienne, écrivant dans cette disposition, d'une knàin mal assurée, une dernière œuvre incertaine, quelquefdis incohérente* où son génie semble expirer de lassitude, et non pas recueillir ses forces pour se Mrrer tout entier une dernière £ots*
Quoi qu'il en soit de la valeur de cette conjecture , c'est se tromper tout^à-£siit que d'aller diercher dans les Lois le véritable esprit de la politique platonicienne ^. Dans ce livre, Platon, après avoir montré l'importance des vertus mo-^ rates, du courage, de la justice, met la législa-
* Nous craignons que M. Cousin, par son éciectismey n'ait été conduit à etÙLcer un peu le caractère dogmatique et exdusif de la politique de Platon. Dans l'argument philosophique dont il a fait précéder les Lois, il nous parait trop enclin à faire tourner Platon dans le cercle des idées ordinaires et des institutions grecques ; ainsi il le compare A Montesquieu^ dontie gùuifernement ansioera-' tique de V Angleterre était l'idéal^ comme celui de tacédémone ^tait V idéal de Platon. H va jusqu'à dire que les Lois sont^ à proprement parler ^ le seul monument politique de Platon. Ce potot de yue ne nous «enible pas historiquement exact. Le yrai Platon n'est ni un parallèle de Montesquieu ni une nuance d^Aristote. Les draperies grecques ont trop caché à l'habile traducteur la statue égyptienne. Nous regrettons qu'il n'ait pas abordé le Politique ou la République arant les Lois; cette priorité eût été à la fois plus conforme à la hiérarchie rationnelle des théories platoniciennes et à leui^déTdoppement chronologique. Une fois entré'dans celte toie, le savant prqfraseur n'eût plus prêté à Platon des idées de milieu et de transaction» ou des principes modernes tels que Finstitution du Jury.
8 vLjLrojBfi
tion en nippcnrt' arec rhnperfection humaioe^ &it des excursions historiques dans la Crète et dans Lacédémone) passe à la pénalité propre;ment dite comme conséquence de la justice et de l'éducation, dresse une espèce de catalogue des délits sociaux à punir, et finit par établir un pouvoir suprême qui devra conserver le prin^ cipe constitutif de TEtat et le sauver des révolutions. Il serait ingrat et insensé de méconnaître dans les i/H> un riche trésor de faits et d'aperçus sur les mœurs et la législation de la Grèce, roé* rite précieux pour nous, et qui surtout avait frappé Montesquieu. Mais ce n'est pas là qu'il faut aller chercher le dogmatisme même de Platon ; entrons dans sa République.
La Hépublique, partagée en dix livres, est sans contredit le morceau le plus complet qu'ait façonné la philosophie artiste du fils d'Ariston. La pensée y déploie toute son audace, la poésie toutes ses richesses, l'art toute son industrie; comme le temps n'était pas bien loin où Socrate avait bu la ciguë, la spéculation n'avait pas tort fde chercher des voiles et des allégories. Le dialogue commence par une discussion sur le juste entre Glaucon, Polémarque, Adymante, Nicérate et quelques autres qui revenaient d'une fête célébrée au Pirée,,et il se termine par un magnifique symbole de croyance et de foi à l'im-
moTtsAité de l'âme. Quand Soarate a confcmda les sophistes? par ime ironie aussi divertissante et plus profonde que la plaisanterie d'Aristophane, quand il a établi qu'il y a une justice indépendante des accidens humains et des caprices du paradoxe, il laisse entrevoir qu'il au« rait à montrer un modèle de république où les homines seraient parfaitement justes et heureux. 11 est pressé peu à peu par ses amis de dérouler, de développer sa pensée; il est merveilleux de saisir comment, dans le dialogue de Platon , Socrate est toujours forcé dans ses reiranchemens pour découvrir le fond de ses idées, pour se dé- - voiler lui-même, et comment ce qu'il y a de plus hardi et de phis novateur s'enveloppe et se sauve dans l'harmonie et la suavité des formes.
Mais laissons de côté ces délicate^es de l'art; brisons cette économie ingénieuse pourabstraif^e du dialogue même les idées fondamentales qui le constituent. — Comment l'état dbnt vous parlez, Socrate, est-il possible? A cet interlocuteur, Socrate ne craint pas de répondre que peut-être cet état est vraiment impraticable, et que, si la république qu'il se représente est impossible , c'est que jamais on ne verra une société gouvernée par les philosophes. Cependant à la philosophie seule devrait être remis le gouvernement des choses humaines. Mais, pourrait Socrate,
1 PLATOir.
bien que nous ne devions jamais voir une société ainsi réglée , construisons tcmjours une république que gouvernera la philosophie. C'est-à-dire que Platon ne craint pas d'élever une société idéale qui contrarie sur tous les points la légalité non^seulement athénienne^ mais grecque.
Or la philosophie que Socrate appelle au gou* vernail est la science du bien en soi^ le triomphe de l'homme sur toutes les passions, la pu*^ reté la plus éclatante de l'âme , sa ressemblance la plus complète avec Dieu, Brec le type éternel. C'est revêtue de cette gloire immortelle que la philosophie conduira la société, divisée en trois classes , les magistrats, les guerriers et le peuple. Les magistrats seront sages par excellence ; les guerriers défendront la patrie; le peuple s'ap^ pliquei*a surtout à l'agriculture, méprisera les métier^ et les arts mercenaires. Cette division découle de la triplicité des facultés morales; ta raison est représentée par les magistrats, le courage par les guerriers^ et les passions par le peqple : ainsi passions et peuple , courage et sot-^ dats, magistrats et raison, voilà la sodété idéale conçue par Platon. Vous êtes tous frères, dit Socrate aux citoyens de sa république ;mais le Dieu qui vous a formés a fait entrer de l'or dans ceux d'entre vous qui sont propres à gouverner, voilà pourquoi ils sont les plus précieux ; il a mêlé
PI/ATOH. 1 1
de l'argent dans la formation des guerriers, du fer et de l'airain en façonnant les laboureurs et les autres artisans, Éerre /xèv yJcp $h T^dv^eç oc iv
t^y aXX' ôeoî TrXrfriwv^ odoi fjiev v/xwv btovot àpyeiv, -jfjpuahv h xh yeïf&jst Qiàjut,ivii^v dcuxoïç^ 8ti xifjmkcaoi tin mv • &JOi (î' èTTiJioypQiy (kpyvpov • fft&jpov & xai x^xhœv xoïç xs yjmpyoîç iuxi xoïç âXXo($ ^yiftiovpT/oTç *. AlorS,
dans une déduction subtile et laborieuse, Platon établit un rapport qui est parfait entre l'homme individuel et l'État^ Koi iaccaoç apa ovJip^ «Ttxataç nokeoiÇy x«t! 0uxè xo z^ç (îix<xio<Tvy>j$ eîiàç, iAâhf J^votr xj^, cOX SfjLotoç &sxai ^. L'homme et l'État seront ju^^ aux mêmes conditions. La justice de l'âme résultera de l'accord et de la subordination de la i^isioay du courage et des passions : xi layi'atiKovy to $^fjioeiSiçy xo èasiBupLïixutoy. La justice de rjÊtat sortira de Tbarmonie hiérarchique entre ceux qui pensent et gourernent (xo jâouXfivrixoy), cemx qui défendent la, cité (xè hiKoupuiv), et ceux qui . l'enrichissent (xo xpi^iiaxiaxatâv). La même trinité aninae l'âme et la république : xgu ià[xîv è!i:am&ç ^(jiohyzlrai j xà âvT« jxèv èv Ttolei^ xi oanà S*, hf évi hfuxçxtà TJT 4'^X? Y^^ mtvat x^ct ïaa xov
'^ 06 RepiUklieâ, llb. ut.
*^. n^B Repfdi>licA> liJbu w.
Que se passera-t-il dans cet Etat ainsi 6onstî'<> tué? des choses assez singulières. Tout y sera en commun ^ les biens , les femmes et les enfans. L'Etat développant sa pe^ée philosophique par l'éducation, formant les magistrats, les guerriers et le peuple à leurs différentes vocations, loi et raison universelle, est partout, au sommet, au centre, à la base; il absorbe les individus qui n'empruntent leur valeur que de lui seul; il en* vahit la famille, il dévore tous les droits de l'humanité; et le despotisme philosophique auquel l'élève Platon en fait, suivant l'expression d'Homère , un véritable mangeur d'hommes , <r>7fio6^ poq jSacjtXeiîç. Pas de propriété j car les membres de l'État ne doivent participer que dé lui ^ ne vivent que d'une vie commune, dénués d'une indépendance qui troublerait Tordre et l'harmonie. H faut donc que l'individu n'ait rien en propre , qu'il ignore le tien et le rnien , que tous les biens soient communs, appartenant à tous et à personne. Mais le système ne s'arrêtera pas là; car la logique est donnée pour enfanter les erreurs , comme les vérités. Platon passe des biens à l'humanité même, aux femmes et aux enfans; il est sans pitié ; il les dépouille de leur personnalité, qui est pour ainsi dire leur vêtement et leur robe, et il les livre nus et dégradés à ce^e impitoyable communauté qui doit en fairecomme
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tm patrimoÂne social. Il faut chercha: dans la République ntéme ks détails et les combinaisons de ce mélange, délire de la métaphysique platonicienne'^. Il est donc vrai que c'est seulement au début du monde moderne , sous la double influence du. christianisme et des moeurs germaniques, que l'humanité a eu le sentiment piiofond et unanime de Tindividualité humaine » puisque Yoilà le spirltualiste et mystique Platon qui méconnaît le caractère sacré de la femme, son égalité naturelle avec l'homme , Findividua- Uté du père transmise, aux enfans^ et qui se montre aussi ignorant que le dernier esclave païen sur les. droits les plus chers à. la nature humaine. ' Sociale, à la fin du quatrième livre, avait parlé ^es diverses formes de gouvernement:; mais Adi- «nante et Polémarque Tavaient interrompu et l'avaient engagé dans une longue digression sur les philosophes, la philosophie et le souverain bien. Au commencement du huitième livre» Glau^ oon- rappelle à Socrate qu'il n'a pas expliqué sa prisée sur les formes de gouvernement, et celui-ci se met en devoir de satisfaire $oninterlo-
' * liTrev: « Le3. gardiens (hommes ou femmes) se chargeront » de la nourriture d^ enfans, conduiront les mères au bercail, » tant qu'elles auronffu lait, et feront en sorte qu'aucune d'elles « iù^ plisse rec^mnaltre son enfant. • Hâvav ^ffl.Hh fADx^viopjvet
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cuteur; il n'était ni dans tes convenances, m dans la méthode de la philosophie de Platon d^exposer directement, sans détours et sans voile, la supériorité du gouvernement monarchique.
Aussi le philosophe établit un rapport entre cinq espèces de caractères de l'homme, et cinq es*pèces de gouvernemens politiques. L'ari^ocratîe ou la royauté, car Platon les confond, correspondent à l'homme qui ssÀt triompher de toutes ses passions, obéit à la raison et déploie un caractère véritablement royal ; le gouvernement timocratique, à l'homme possédé d'une am^ bition politique qui peut être utile à son pa]^^ l'oligarchique, à l'homme qui descend de l'ambi^ tion à l'amour des richesses et à l'avarice; le démocratique, à celui qui fait de la liberté ou fliâ-^ tôt de la licence son idole et s'abandonne sans frein à ses désirs; enfin, la tyrannie est c(Mnpa*> rée à un pauvre jeune homme que le tumulte tle ses passions précipite dans le plus complet esclavage, qui devient leur jo«^, se débat dans \ une impuissance douloureuse, sous une tyrannie "^i ne lui laisse pas la disposition de Im-méme. Allant continuellement de l'Etat à l'homme mo-
rai et de l'homme à l'Ëtat, Platon est conduit par cette industrieuse anaiogiel^ conclure la supériorité du gouvernement monarchique. « Vour lez-vous, dit Socrate, que nous fassions venir
M un héraut, ou que je publie moi-même à haute ») vQÎx que le fils d'Arîston a décbcé le plus heu-^ M r^ux des bommea c^ui qui est le plus juste et » le plus vertueux, c^eslrà-dire celui qui est vrai- » meut miutre de lui-même, et qui se gouveriie H selon les principes de l'état monarchique; qu'il » a jugé que le plus malheureux était celui qui 41 est le plus injuste et le plus méchant, c'est'-à- I» dire celui qui , étant d'un carai^ère très-tyran* >v nique ^ ejierce sur lui-même et sur les autres » la plus cruelle tyrannie '^^V » Quelle est la conséquence naturelle à déduire de cette morale, si ce n'est que la .meilleure forme de gouvernement ^t l'état monarchique? Platon craignait petit* être de le dire expressément, mais il ose le lais^ ser entrevoir. Ou peut remarquer aussi qu^il accouple expressément. la monarchie et l'aristipM. 4:ratie. « Je comprends ces deux noms sous une » seule forme de gouvernement , parce que soit » que le ocmmiàndechent sbit entre les maiiâs d'un » seul 7 ou lestnains de plnsîëors, ou ne cfaadt^ n géra rien aux loisfondamentales-derEiaf, taiit n que les principes d'éducation que nous avoiis » donnés y ^seront en usage '^*. » Il est < vraisem^
** Fin du livre iv. Je me fiers, dans les citations de la Républiamf de la traduètiôn de Grou, dont Tetcellent travail sur les Lois vient d'Miw repicoMt et révisé pur 11. Cousin.
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blable que Platon, daiis im traité tout^à-fait po« litique, ait trouvé prudent ^e^confondre l'aristocratie et la royauté, soin qu'il ayait négligé dans le Politique. Mais toujours ni Lacédémone, ni la Crète, ni Lycurgue, ni Minos ne sont pour lui le type idéal de sa philosophie. A ses yeux ils ne sont à vrai dire.qi]^ minima de maïis. Il s'autorisait de l'exemple de Sparte et de la Crète, où l'autorité plus concentrée se rapprochait quelque peu de cette. dictature philosophique qui lui était si chère binais il rêvait bien autre chose, il rèvatt l'Orient avec sa théocratie et son spiritualisme^
Yoilà déjà, ce me semble, assez d'innovations, et, cependant il s'en rencontre de plus scanda*- Içuse^ encore pour le génie de la Grèce. C'était peu de proscrire philosophiquement la démo* crutte; Platon s'élève, contre la religion nationale et ,scaimet sa propre république à une inspiration religieuse, étrangère à son pays^ C'est un Imu commun, que Platon a. banni Homère et les pqèt^s de sa république. £t pourquoi cette exclusion? parce que les poètes représentant les diei^^c r^ptpUâ.de passions, et les. hommes. suivit leur exemple ; paixe que les poètes amollissent les âmes, les corrompent par l'imitation dramatique des malheurs d'autrui, de leurs passions et de leurs douleurs, loin de les fortifier et de les retremper par des poésies vigoureiues
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SÛRS mcdlessê et sans vohtpté. «r Ainsi, mon cher » GrlauGon, dit Socrate, lorgne vous entendrez D âke aux admirateurs d'Homère, que ce poète » a formé la Grèce, qu'on apprend en le lisant à » se gouverner et à se bien conduire dans les » événemens de la vie, et qu'on ne peut rien a foire de mieux que de se régler sur ses pré- » ceptes, il faudra avoir toutes sortes d'égards » et de complaisances pour Ceux qui tiennent ce » langage, croire qu'ils travaillent autant qu'il » est en eux à devenir gens de bien, et leur ac- » corder qu'Homère est le plus grand des poètes » et le premier des poètes tragiques. Mais en 9 même temps souvenez-vous qu'il ne faut ad-> » mettre dans notre république d'autres ou- » vrages de poésie que les hymnes en l'honneur » des dieux et les éloges des grands hommes *. » £a proscrivant Homère, Platon proscrivait le polythéisme, la religion de son temps et de son pays; il demandait que les livres d'Homère, à la fois cosmogonie, épopée, histoire et poésie domestique des Grecs, ne fussent pas reçus dans sa république, c'est-^à-dire qu'il fondait un Etat philosophique, novateur, révolutionnaire. Jamais utopie plus audacieuse n'a été offerte à un pays : aussi avec quel ménagement, avec quels
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artifices n'amène-t^il pas ses^ pfopdsiticms les pkis dioquantesl Au oommenf^ment, Socrate avidt jeté en passant que tout devait être comiâun > la propriété, les femmes et]les enfàns. Un des interlocuteurs le tirant par le pain de sa robe : Socrate^tnl n'iras pas plus loin; il faut t^expli-* quer là--dessus. C'est seulement sur cette provocation que Socrateî expose la théorie de la communautés Dé mfeine|il [a vMt annoncé dans le& premiers chants du dialogue qu'Homère et les poètes devaient être bannis d'une république parfiiite; on le ramène aussi là^dessus, et c'est encore une] sommation nouvelle qui précède cette digression délicate. Là morale est invoquée par Platon pour expliquer l'exil d'Homère, mais ii y a derrière une pensée plus profonde que la morale, la pensée religieuse. En condamnant les passions dramatiques des héros, Platon renversait la théologie grecque, qui est un indivisible ntélailge des dieux et des hommes, et qui ne poirvait résister aux réformes de ce ëpiritualîsrae égyptien. Au surplus, dans tous les temps, toutes les théologies se sont élevées contre les arts d'imitation, quand ceux-ci ont cessé de les servir et de les célébrer exclusivement. Elles ont condamné la poésie dramatique, reflet orageux de toutes les passions humaines. Bossuet tonne contre les spectacles et les défend aux catho-
Uques; Taustère Oenère se souffire pas de théâtres dans ses mars, et Bx>iisteau signifie à M. de Voltaire d'aller faire jouer ses tragédies ailleurs. U n'y a pas de transactioi^ possible eotre les grandes ferveurs du spiritualisme rdigieux et la liberté de Fart. Accordez un peu^ si vous pouves^, Bessuet et Molière ;f Aristophane et Platon.
Il 7 a si bien une pensée raligieitse dims la proscription d'Homère, que Pkton aussitôt après; «iseigne l'immortalîté de l'âroçt la rémunération de l'homme dans d'autres vies qui doivent suivre son existence actuelle^ et que dans un mjrthe ingénieux, dans le récit de la vision de Her, irménien, originaire de Pamf^lie, il oppose la pureté de ces croyances à la frivole indÛPérence desonsi^esur la destinée future* <c Cette hisr- )M€nre, mon cher Glauoon>. s'est consm^vée jusw qu'à nous; et, si nous y ajoutons £ch, elle est » très'propre à nous conserver nous-mêmes.
M Nous passerons heureusement le fleuve d'où-» M bh, et nous préserverons notre âme de toute p souillure; si nous nous en tenons à ce que j'ai » dit, nous croirons que notre âme est immor- Bielle, et capable par sa nature d'un grand » bonheur ou d'un grand malheur. Nous mar- M cherons toujours par la route céleste; nous M nous attacherons à la pratique de la justice et
ao PLÀToir»
» de la sa^sse; par là nous serons en paix avec » nous-mêmes et avec les dieux; et, après avoir N remporté sur la terre le prix destiné à la » vertu , semblables à ces athlètes victorieux n qu'on mène en triomphe par toutes les villes^ » nous serons encore couronnés là-bas, et nous n goûterons une joie délicieuse dans ce voyage » de mille ans dont nous avons parlé *. »
C'est encore dans la Républiquejcpiey non content de montrer ainsi l'aurore d'un dogme nonveau, Platon à travers de nouvelles images laisse apercevoir les mystères de son ontologie. 11 enseigne en substance que ce monde où nous pa-^ raissons est contingent et périssable, et qu'il est l'émanation altérée, mais ressemblante, d'un monde supérieur. Ce monde au-dessus de nos tètes est le monde des idées et des essences; ces idées ne sont pas seulement des conceptions et des souvenirs de l'esprit**, mats des types éclatans revêtus de gloire ^t de lumière, types dont les exemplaires dégénérés constituent le monde que nous habitons. Plus haut encore, par-delà le monde idéal, est le un^ bonté, vérité, beauté, qui n'est ni une idée, ni une essence, mais qui, supérieur aux essences et aux idées, les a toutes
* Fin de là République^ Ifr. x.
** Fuyez le Menon,
PLATOfTk ai
engendrées; raison unÎTerselle et ornière de tout ce qui est.
Un autre dialogue du philosophe athénien^ qu'il a pu écrire austâtôt après avoir Tisité l'Égypte^ suivant l'ingémeuse conjecture de Tennô* inann> présente d'une manière plus resserrée > inoins adoucie^ la théorie de lamonarchie tl^ocratique. L'homme d'Etat doit se modeler suv Dieu 9 modérateur du monde et pasteur des ^^liommes; se façonner autant que possible à cette 4ivine ressemblance, et se sauver de toute ana^ logie avec Je peuple qui est gouverné et non pas gouvernant. Semblable à Dieu^Thomme d'Etat est la loi vivante ; il la constitué et se confond avec elle. Platon semble avoir concentré dans le uPolitique toute la subslance de la socidbiiité orientale. Ast, dans son essai sur la vie et les ouvrages de Platon % remarque fort bien que le philosophe a dépose dans ce dialogue le germe de ses derniers et plus beaux ouvrages. Ainsi il y fait découler sa politique de l'ordre de la nature ; il met en présence l'univers et la soda- InJité, et veut régler l'humanité sur l'harmonie divine qui vivifie le monde. Plus tard Platon a distingué ce qu'il réunit dans le Politigue.Dans sa République, il développe à part sa morale et
* PlatODS Lebeii und Schriften, Leipsig, l^te.
aa PLATON,
son utopie de l'pat; dans le Timée il chante là nature et en déroule la magnifique universalité pour en faire le type d'une sociabilité rationnelle à laquelle doit s'élever l'humanité. Enfin dans le Critias il réunit de nouveau la nature et la sodiété dans le mythe d'un monde primitif.
Il s'est donc trouvé un homme, contemporain de la guerre du Péloponèse et qui mourut vers le tempà oà Démosthène prononçait sa première phiHppique^ qui, au sein de la démocratie athé-"* menuet a fait la théorie philosophique de la monarchie du sacerdoce, a innové contre le polythéisme, et s'est fait le chantre d'un mysticisme plein de poésie et de mystère, entre Péridès et Philippe de Macédoine^ Dans cette position il a efficacement réagi contre la démocratie grecque et la corruption du paganisme, en ramenant dans la législation l'ordre, la morale et Dieu. Ces sociétés capricieuses et pétulahtes de la Grèce oubliaient dans Fétourdïssement de leur liberté arbitraire les idées immuables de l'humanité , sacrifiaient la raison à la volonté populaire et aux inépuisables sophisme du génie national.
Platon, majestueux éomme un préti*e de Sais, oppose à cette légèreté des enseignémens nouveaux qui changeront la philosophie et prépareront le christianisme. Débarrassez cet Athénien des voiles brillans dont il couvre sa pensée, vous
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serez surpris de la trouver déjà si chrétienne , et tellement chrétienne ^ que plus tard les néoplatoniciens accuseront le christianisme de s'être emparé des doctrines du fondateur de TAcadé-r mie , et que de Jeijr çôt^ les chrétiens revendiqueront Platon pour le placer dans leur Eglise. C'est en considérant ainsi toute la profondeur des nouveautés platoniciennes que l'on arrivera à ne plus s'étonner des étranges erreurs où est tombé ce grand homme. Platon est si fort préoccupé de Dieu, qu'il méconnaît l'homme; de l'ordre universel, qu'il outrage la liberté de l'individu ; de l'Etat, qu'il efface la famille; il assimile telle- Qijesit l'htmiamité à la nature^ cpi'il veut &ire Vivre dans ,1a sùçi^é les hommes d'une vie coimvitiine, ç<mme le^ arbres, d'une vaste forêt, dont la végétation appartient à la fois au ciel et à la terre. Ainsi toutes les variétés inviolables de la liberté humaine seront étouffées dans ce despotisme no^ vateur qui^semble n'avoir pu retrouver l'ordre , qu'en ckmandant k la nature de Fhomme les plus sanglans sacrifices. >
* rqy€z, «Btc^ autres déCail^ la célèbre peintiu^ du juate et 4e sa destinée, au Hv.. ii de la République*