CHAPITRE IV
• Le GbristUniime.
Pendant que Sénèque écrivait, il y avait déjà des chrétiens dans Rome*; et quand âaintPaul arriva dans la ville étemelle, il y trouva une com-* ipunion d'hommes qui s'étaient rassemblés àû nom de Jésus- Ghrist et pratiquaient une vertu nouvelle. Le dernier et le plus pur efforfdu pa*-
* Nous n'ayons pas besoin de la prétendae liaison entre sfi^t Paul et Sënèque pour expliquer le caractère si profond de la moràledu pliilosophe.Les temps étaient arriyés, etSenèqùe aboutissait par la ptiUosophie au pressentiment du cbristianisme. Comme Plan ton^ U poussait la morale antique à la rejioontre d'une morale noa. Telle. Ainsi ya le cours des choses ; ainsi marchent la nature et Tes. prit humain, opérant leurs réyolutions par des transitions qui rap^ procbent les termes, plaçant et distribuant les grande li<Miipies aussi bien à la fin d'une ciyilisation qui s'en ya, qu'à l'aurore d'un ordre nouveau qui s'élèye; et les grands hommes forment ainsi la chaîne des idées.
66 LE GHRISTIAinSME.
ganisme avait enfermé llionimë dans une exalta*tion solitaire ; mais il ne suffit pas de poser avec noblesse devant le genre humain, il faut le ser- •vîr, l'entraîner et le convaincre : or voici une doctrine qui non-seulement purifie l'individualité comme le stoïcisme, mais la vivifie, la console et la relève par la promesse formelle d'ouvrir les cieux à l'homme pour réparer l'injustice de la terre. C'est autre chose qu'une opinion philosophique sur la vraisemblance de la divinité de l'âme ; c'est l'annonce positive d'une autre vie : il y a là un langage inconnu et supérieur aux autres philosophes. Mais non contente de redresser la personnalité humaine, en l'abouchant avec Dieu, la nouvelle doctrine enseigne que tous les hommes sont frères, et sont égaux devant celui qui les a créés; elle apporte ainsi un principe iiouveau de sô<»abilîté. Sénèque lui-même, qui avait f)arlédu droit de l'humaniié {jus humanum\ est dépassé par l'avénétaent de cette fraternité naturelle, de cette égalité des hommes entre eux: principe tellement fécond qu'encore aujourd'hui â n'a pas porté tous ses fruits, et que le travail du siècle est de lui demander ses dernières conséquences.
J'ai déjà considéré * rétablissement politique
* Lif . ui, chap. 3.
du ehristiaDisme, la nécessité da droit çatiamip3e^ et les fruits de la réforme. Il faut examiner ici comment s'est développée dans la tête des penseurs la sociabilité du cbristianism^v^t le& tliéories politiques qui sont orties tant de l'ancienne loi que de la nouvelle.^
Ëvidemmeut une doctrine qui contenait Tabolition virtuelle de toute inégalité contraire à, la nature des choses, qui niait la légitimité de l'esclavage, fondement de la société antique, portait dans son sein une suite inépuisable de révolutions. Mais pensant que chaque jour suffit à sa peine, marchant avec patience et naïveté dans sa large voie^ le christianisme s'accononocfa^ longtemps des institutions au milieu desqueHes il 6if obligé de passer son enfance et sa première jeu*^ nesse. Jésus avait dit : Rendez à^Cé&iar ce qui spl^tient à Césiir. On avait tenté dç.&ire de |ui un tril^un poUtique; i\ ne donna pas.dans ie{>iége,; il rendait à César ce qui lui appartenait,. p^cç qu'il avait l'ambition de fonder quelque chose de plus grand que César*
Saint Paul consulté par des chrétiens qui ne savaient comment accorder leur nouvelle doctrine avec la domination qui pesait sureuic^ Itomains opprimés par Tibère, Claude et Néron, et qui avaient encore quelques! souvenirs de la li-
6s ui.csiusiïuifjdjfs.
berté antique, leur r^oommiuEide d'obéir aux |>uki^ aancea du monde :
ce OamU anima poteatatibus sublimioribus sub« » 'dîtasit : non eatenim poet^tdâ^ntsià Deo^ quio »^ autem sunt, à Deo ordinatae sunt
' » Itaqué qui resistit potéstati, Dei ordinationi » re^stit. Qui autem resistunt, ipsi sibi damna* >i tionem aequirunt :
» Nam principes non sunt timori boni operis, » sed mali. Vis autem non timere potestatem ? » bonum fac et babebis laudem ex iila :
M Del eoim miniater eat tibi in bOnum^ ai au^ n tem mialum feceria^ time : non enim. sine cau^sa » gladium portât, Dei enim miniater est» vindex M. io iriUB et qui malum agit.
» Ideo neceaaitate aubditi estote, non aolùm » propter iram^ aed etiam propter conscient )i tiatn.
» Ideôenîm ettributa praestatis; minîstri enim » Dei aunt, in hoc ipsum aervientes. •
, » Keddite ergo omnibua débita : cui tributum, 9 tribntum ; cui vectigal, vectigal ; cui timorem^ D timorem ; cui honorem, honorem.
I» Nemini quîdquam debeatis, niai ut invicem
U CHBffSTIlLVISXI. %
» diligatis; qui enim ditigH proxinmmv legem » implevit *. >i
Ainsi tout pouvoir vient de THûn, ttlw Mpérimîtéa socii^s prdTienoent dé la of^ure des chosed. Résister au pouvoir^ à Tidée de pouvoÎF^ c'est résister à ce qui a été décrété par Dieu> et prononcer ainsi soi-^même sa propre condamiUH tion» Il n'y a pas à craindre les puissances de 1^ terre, quand on veut faire une bonne œuvre, mais seulement quand on veut en £aire une mauvaise. Voulea-vous donc n'avoir rien à appré' hender du pouvoir ? faites le bien, et vous serez loué par cette même puissance. Ainsi donc prenant votre position dans la nécessité politique, soiimettez-vous au pouvoir de &it, ttoo-seulement à cause des dangers que poqrraH faii^ oourir la colère du prince, mais en vertu du prineipe même de la moralité intérieure. Bappele«ivous que ce que vous devez^ constaouneût k votre, prochain est de l'aimer* Daos^ cet amour sont compris tous les devoirs et la plénitude de la loi.
On le voit, saint Paul ne voulait pas engager les destinées de sa doctrine dans les sentimens et dans les chances de la résistance. En disant :
* Mpist, ad Mûmanoii ctp. la
70 I.B CSRISTIAHiSMB.
Sounàett6z-*Tous aux puissances, car toute puissance vient de Dieu, il n'était pas sans penser qu'il viendrait un jour où sa propre doctrine deviendrait aussi une puissance, où alors en vertu de ce principe juste et vrai, quand on Fentend philosophiquement^ omnis potestas à Deo, qui cherche la raison du pouvoir dans la raison géiiérale, elle fonderait quelque choâe d'autrement novateur et d'autrement subversif de l'antiquité, que s'il appelait ses sectaires à une insurrection immédiate. Cette politique de saint Paul, tout ensemble prudente, transitoire, philosophique et générale, anima constamment l'Eglise chrétienne; cette cité de Dieu s'accommode des misères et des nécessités de la cité terrestre, en attendant l'heureux moment où elle pourra la régir et la dominer; et le principe de saint Paul, omnis potestas à Deo, sera tour à tour disputé et cominenté par la théocratie, le génie monarchique et les théories républicaines.
En 354 naquit un Africain qui devait donner à l'Eglise chrétienne un corps complet de doctrine, combiner le néoplatonisme et l'Evangile , passer neuf ans dans le manichéisme pour le répudier et le combattre, et doter son siècle d'une philosophie religieuse où les Êiibles comme les forts pourraient trouver nourriture et consolation. Nous n'avons pas à noijs occuper de la théo-
JLB GHAISTIAVISlfE. Jl
logie même de ce grand homme. Mais il a consigné dans qne œuvre capitale le précieux témoignage de la pensée des chrétiens sur leurs rapports sociaux : la Gté de Dieu est un poème véritable. Je considère le fond et non pas le style, il est clair que saint Augustin n'écrit pas le latin comme Ci* céron ; mais sans nous embarrasser de ces soucis de rhéteur, cherchons l'esprit et la raison de la Cité de Dieu. C'était une rumeur générale qu'il fallait attribuer la décadence de l'Empire à ces chrétiens qui avaient renversé le culte des dieux, et qu'ils étaient coupables aussi bien de la détresse de la vieille société que de l'inondation des Barbares. Dans les dix premiers livres de la Cité de Dieu saint Augustin répond à cette calogdjpie. Il accuse à son4our le paganisme, lui demande compte de ses doctrines et de ses actes, le pour^ suit dans les idées et les vertus. dont il se glori-* fiait le plus, insplte à ses ruines par une polé^ mique victorieuse ; puis il établit que dans la nature des choses il y a deux dtés, la cité de Dieu et la cité de l'homipe ; que celle de l'homme a été enfantée par le mauvais génie de l'orgueil ; qu'au contraire celle de Dieu, incorruptible et pure, dont Torigine remonte aux premiers jours célébrés par l'Ancien Testament, est arrivée peu à peu à descendre sur la terre par le christianisme, tf Deux a^mours ont bâti deux cités, l'amour de
7^ U GBRlfTlAXIfMJE*
H ^oi'foéme juiqu'au mépris de Dieu, œUe de Ift H terre; et l'amojLir. de Dieu jusqu'au mépris de a> soi«raémey celle du ciel : car Tune se glorifie en n sQÎi^t l'autre dans le Seigneur; l'une brigue la » gloire des hommes» et l'autre ne veut pour toute » gloire que le tépioignage de sa conscience ; l'une » marche, la tête levée» toute bouffie d'orgueil, » et l'autre dit à son Dieu : Vous êtes ma gloire, » et c'est vous qui me hiie$ marcher la tête leu vée; çp l'une les princes sont dominés par ta » passion de dominer sur leura sujets, et en l'au- » tre les prince^ et les sujets se rendent de»asst^ Il ^tances mutuelles, ceu:iR-là par leur bon gouveri> nement, ceux-rci par leur obéissance ; l'une se 1» fls^e de sa vertu en la personne de sea souve- Vf rains, et l'autre 4it à Di^u : Seigneur, qui. êtes » ma vçrtU) je vous aimerai ^ n Saint Augustin faut de Gain le premier citoyen de la cité ter**» reistre, et d'Abel le premier citoyen de la cité de pieu.U déroule toutes les traditions de l'Ancien Jestan^ent,^ la suite des prophéties jusqu'à i'avé*xiement de lésus; puis il reprend l'histoire du ynqnde profane depuis Abraham, comparant sans cesse VesprU et {es mérites des deux cités. Mais comment en face des puissances de la terre, les habitans de la cité céleste se CQmporterant^ils?
* Ut. XIV, €lMip. M.
»^ CRRtSTIANISlK. 73
Voici la iséfionse.' ec Nous avoDs intérêt que le )i peuple qui mécDrinall le rrai Dieu jouiisse d'une » certaine paiiL pendant cette vie; parce' que, tan* n ài$^ que les deux cités sont niélèeâ ensemble, ». nous nous servons ndus^'tnémes de là paix de M^ Babylone à&at le peuple de Dieu est tellement Il séparé par la foi, qu'il demeure dans son eri- >i ceinte en lui restant étranger. C'est pourquoi » r Apôtre avertit l'Eglise de prier pour les rois et » les grands du monde, afin, dît-il, que nbus mé« » nions une vie tranquille , en toute piété et » ct^rité. £t Jérémie prédisant à l'ancieifi peuple » de Dieu sa captivité, et hri commandant de sa M ^art d!aUer en Babyknie, sans résister, afin de » hii donner cette preuve de sa patience, il Ta- » vertit aussi depriw pour cette ville, parce que, M àkAi, vous trouverez votre paix dans la sienne, » c'BSt<*à*<lire une paix temporelle qui est com- » mune aux bons et aux méchans '^. » Le christianisme ne songeait donc pas alors à gouverner la terre^ mais seulement à y vivre tranquille et à psurtager la paix des gentils et des infidèles.
De ce mépris un peu forcé pour l'empire de la terre, le christianisme passa successivement à la ctictature sous Grégoire YII, et à Tin^urrectîon pas* Luther; La papauté fit mieux que d'é-
* Lhr* XIX, chap. 26.
74 ^B GHRÎSTIAiriSME.
Gfire des théories, elle gouverna avec autorité. La réforme s'annonça aussi par^ des résultats positifs^ mais elle devait nécessairement unir la pensée ^ l'action , et communiquer aux intelligences un ébranlement fécond. C'est sûnsi qu'A* ristote, dont la philosophie s'était incorporée avec la discipline du moyen âge, dont les uns disaient que sans lui la nature n'eût pas été com^ plète, sur quoi d'autres ajoutaient qu'il était luimême une seccM^ie nature , qui eut le singulier privilège d'élre commeulé à la fois par le mabométisme et le christianisme, partagea l^sort de ce moyen âge, et, comme lui, vit son autorité répudiée. Luther ne tarit pas en invectives sur Aristote, et il ne l'aime pas plus que le pape. Ram us, au nom même de la philosophie, rompt avec le péripatétisme. Le mouvement est général pour réclamer la liberté de conscience et de pensée.
C'est alors que le catholicisme et la réforme se disputent à l'envi l'esprit et les textes du christianisme, et tour à tour s'autorisent de Dieu, les uns pour garder le pouvoir, les autres pour conquérir l'indépendance. L'Espagne, que nous n'avons pas encore nommée dans cette série dé révolutions et de théories, que nous n'avons pas rencontrée sur la grande route de l'histoire et des progrès, cette péninsule, si fière et si poé-
£E OHBIlITIAirfôlIiE. 'jS
tique dans seé superstitions naïves, qui smible m^Are sa gloire à tester volontairement immobile sous le sceptre dii mtfaolicisme êtxl'une légalité dont elle doit les origines! aux BariE>ares et aux Aomaîn^; rEsjiagne produit alors des ^uriscmisultes et des savanis qui tracent la théorie du dl'oit ditin , et s'efforcent d'opposer une digue aux innovations des réformés. Suarès compose son traité Z>^ Legibus et Deo Legùlaiore. Soto écrit un livre De JustUia et Jure. Mariana, de la compagnie de Jésus, dédie son traité De Regeet Régis InstitMthne à Philippe III, roi d'Espagne "^^^ Bans le sixième chapitre du premier livre, Mariana traite cette question : an tymmami opprimère /as sit? Il met en scène Jacques Clément, le montre frappant Henri III, et son récit dra«matique impliqué une approbation véritable.
Mais, ajoute-t-'-il, cette action a suscité une vive controversé; on a prétendu qu'il n'était pas permis de tuer un roi. Ici énuraération dés raisons qui appuient cette opinion. Sic disputant qui tyranni partes tuentur. Mais on peut leur opposer d'autres raisons aussi nombreuses et aussi fortes. Populi patroni non pauciorct neqite minora pra^ sidia habent. Alors Mariana établit qu'une fois bien constaté qu'un homme est un'tyran, îl est
"* L'éditién que nous atons sous lés yènx est la seixmde» de t«ll .
76 I»S CREISTIAlfISME.
paHEntement Iknte de le tuer. La difficoké, dH^il^ n'est pas desavoir s^U âiut tuerun tyran , mais bien de ccmstater si le ]M*ince oppresseur est véritablement ua ^an^ parce qu'il ne faudrait pas te tuer J^èremeiit. lia facti guaMio ùi cùntrof^ versia esty^uis merito tyraamts habeatur : juris in aperio/as/bre tyrannam perimere. Aussi Ma* riana estime que le meilleur moyen pour le peuH pie qui voudra se faire jtiatice sera de se réunir en assemblée, en osiwemiany pour délibérer sur le parti à prendre, et que ses résolutions doivent avoir force de lois, (c Atque ea expedita maxime net tuta via est, si publîci conventus faculias j»detur eommuni consensu statuendum sit quid )» deliberare : fixum ratum^ûe habere quod corn* )) mimi sententta steterit. » Mais, se demande le diéoricien^ s'il est impossible d'assembler uïie convention nationale, et si l'Etat est trahi, au moment de périr, quel moyen prendre? Mariant se &ît effort, mais enfin, conclut-^il, je crois, que celui qtii courra sus au tyran fera bien. Haud quaquam inique eum fecisse existiniabo. Ainsi voilà la société de Jé^is coupable non^ d'un ré*gieide, mais, ce qui est plus triste encore, de la théorie du régicide, s'attachant à établir par voie de raisonnement la légitimité philosophique d'un acte terrible auquel des peuples ont été emportés par une irrésistible fatalité. Saint-* Just était
préférable quand il'i}»aiti:<c.Il. ne s'agit {>as de »i;ji:^er Loois XYI; U s'agit de |fl||aervi» Mais Mariana, avec son apoloigie aeoisMeîeiiaé et ma-» rale^dnecchaat les raisot&s i^loso^biquefif daré^ gicide. poUr les eas futurs et possibles^ et £siisant d'avance, comuitt proviakiii de sopiusioest y^ik la. plus profonde aberration de lia pensée hu* inaine.
De son coté la réforme composait Je livre de Uubf i^l Langoel;^ Findimce^ contra tjrrarmas^ ^iv€ De prindpi^ ni populum popuUque in principem légitima p&iestate \ L'Angleterre se jcfaai^^ea sisr* loiiÉ de répondre à l'Espagtie. Ce farentdfô hom^ iaesqui passaient leur vie<À chercher Je Seigneuv qui envoyèrent Charles P' à l'érhafandi Milton^ la £ible à la main, commente le meuiire du roiv Saumaise le maudit en s'a^puyioit sur d'autres textes. M1sk*e de res^M-it humain, s'acbarnant à une lettre étroite et incapable alots de saisir k vérité générale du ohiistianisiûé. Cinquante âus après, Sîdney payait de son sang les a^hes de rirrévoeable révolution qui devait, précipiier les Stuarls.:!! avait eu fort à eoéur de prouver ^ue la Uberté et la république étaient dedmit dirâï, que Dieu les avait étabiieë ches son peuple
* rojrei Bayle : Dissertation concerùant le litre de JUrtins Btu-
7$ LE . GHaiâTIAinSME.
dèle^ et que la constitutîoa de la Judée était ariis-: tocraticoKié||^[^ratique« Déjà Calvin avait entamé cette démonstration: «Mais^ dit Sidney, je puis » dire hardiment que Calvin n'est pas le seul qui »ait été. de cette opinion. Josèphe, Plxilcm et ))Maimoaîdes, aussi bien que les meilleurs au- » teurs juifs et chrétiens, ont dit la même chose » loug-temps avant lui. Josèphe dit positivement » que le premier crirne de Saiil fut d'avoir aboli » le gouvernement aristocratique; ce que ce » prince ne pouvait pas faire, si ce gouvernement h n'a vaî,t été établi parmi les Israélites avant lui. » Philon. attribue l'institution du gouvernement n. monarchique, tel qu'il était en Israël, non à » Dieu.ou.à sa parole, mais à un peuple insensé et n criminel. Abarbanel dit que ce. gouvernement »xi0it son. origine à l'idolâtrie à laquelle les vx)i* » sins des Israélites étaient adonnés, et qui iie i9:pQuyait:étret établie que. par un gouvernement ».Contraire à celui que. Dieu avait institué. Mai^ » monides dit souvent la même chose, appuyé » sur les paroles d'Osée : Je leur donnai des rois » dans ma colère. £t quiconque voudra. regarder )).cela comme uneJnstitutidn divine pourra don» )).ner le memenomià la peste et k la famine; ce » qui étant trop absurde pour être soutenu par » une créature raisonnable, j'ose dire^ sans crain- )i dre de me tromper, que les rois d'Israël n'ont
Ls <:hristianismb. 79
») pas été établis de Dieu, mais qu'ils ont été » donnés à ce peuple pour le punir du péché » qu'il avait commis en méprisant le gouveme- » ment que lui-même avait institué parmi eux*.» Sidney décrit ensuite la constitution antérieure à la monarchie qui vint affliger les Hébreux. «Ils «avaient im principal magistrat qu'on nommait » juge ou capitaine, comme Josué, Gédéon et les » autres, un conseil de soixante et dix personnes » choisies, et leurs assemblées générales de tonte » la nation**.» Le philosophe anglais poursuit la monarchie à travers toute l'histoire, la condamné dans les divers Etats du continent, et s'exprime ainsi sur la France : « Les Français sont en Bppan rence plus heureux, mais rien au monde ne sur- I) passe la misère où ce peuple est réduit à fabri » du soin paternel de son triomphant monarque. >j Semblables aux ânes et aux mâtins, le plus grand » bonheur dont ils jouissent, c'est de travaillèhet » de coïûbattre, d'être opprimés et massacrés M pour le plaisir de leur bon maître. Ceux d'entre. » eux qui ont de l'esprit, n'ignorent pas que leur n adresse, leur courage et leurs bons succès non-^* » seulement ne leur sont d'aucune utilité^ niais » mé^e que tout cela contribue à leur ruine, *èt.
* Discours sur le gouvernement, 1. 1, sect. 9» ** Ibidem*
8o LE CHBISTIANISME.
» qu'en travaillant à raecroissement de la puis^ I) $ance de leur maître, ils ne font qu'appesantir n leur chaine *. »
Mais voici venir le vengeur et l'appui de Louis Xiy : Bossuet seul soutient tout TefTort du protestantisme, l'attaque, profite de l'embarras où s'étaient' mis les premiers novateurs en présoitant leur réforine comme une œuvre définitive, relève les contradictions où ils étaient tombés ainsi que leurs successeurs, et triomphe de ces variations* Les réformés furent ainsi punis de n'avoir pas gardé le principe de liberté dont ils s'étaient armés dans leurs premiers travaux, et d'avoir voulu coi^ronner ube insur^ rection par le despotisme. Claude et Jurieu ne pouvaient pas eux-mêmes reprendre toute l'indépendance nécessaire. Aussi, comme polémique, l'histoire des Variations de Bossuet est irréfutable et immortelle. Mais elle ne conclut rien contre le génie même de la réforme. Il n'est pas plus philosophiquement juste de rept*ocher au protes* tantisine ses variations qu'au premier christia-^ nisme ses mille hérésies. C'eût été un étrabge début pour des novateurs que l'uniformité, et pour la réforme elle-ipéme, qui est le triomphe de l'indépendance, un véritable contre-sens.
* DiMoim sur k gouvernement, 1. 1, sect. de.
Ug CHEISTUmSMË. 8f
Le christianisme sous la plume de Tévéque français sera tout-à-fait monarchique, se sépa-* rera de l'esprit démocratique de la Bible et de la théocratie romaine^ pour fonder une Eglise nationale dont la royauté sera maîtresse en continuant d'honorer le Vatican. Bossue! , qui dans sa revue de l'histoire de la terre a sacrifié toutes les nations au peuple juif, sacrifie dans sa Politique toutes les institutions à la monarchie. Son livre, cqmposé de centons tirés de l'Ecriture sainte, et destiné à Tinstruction de Monsieur le Dauphin, enseigne que, s'il y a eu d'autres formes de gouvernement que la royauté, la mpnarchie est la forme la plus commune, la plus ancienne et aussi la plus naturelle. La Bible est invoquée, a Le peu- D pledisraêlse réduisit de lui-même à la monar- » chie, comme étant le gouvernement le plusuni- » versellement reçu. Etablissez-^ous un roi pour » nous juger ^ comme en ont tous les autres peuples. » Si Dieu se fâche, c'est à cause quQ jusque là il j» avait gouverné ce peuple par lui-même, et qu'il » en était le vrai roi; c'est pourquoi il dit à Sa-« » muel : Ce n* est pas toiqi£ils rejettent, c'est moi » qu'ils ne veulentpaspour régner sur eux. » Ainsi le même fait est tiraillé par Sidney et Bcjssuet ; Tua veut l'adapter à ses théories républicaines, l'autre le revendique pour la monarchie. Bossuet est ici au*dessous de lui-même; il s'autorise de RoMe ji. • 6
qu'il pfîpse avoir çpmrn^pfié par la monarehiei, el; q^ €|st enQii revenue çovnîf^^. h son état oiaturel^» Il rçmarqiie^ que les Suisses étaient auparavant sjijet& des priucQs, de laipaispn d'Autriche j que lç§ Provipces-Unieç nç fout«qi^ sortir de Ja domi* i^tipn d'Ësp^gia^ et dçceUQ de la mai3on de Bour^ -gogpe; méfue gjçnre de rai$Qnueaieutsur ks. villes libres d'Allemagpe et d'Italie; enfin, c^te l^Ué •ço^^usioA* <x>Xo^t le inonde donc domroencepat ^> des i9pnarçKie% et presque tout le^iUXM^es'y » e$t çpnserv^ popme dans l'état le plus natiireh I) Ausçl^aypps-nous iru qu'ila.slon ^K^domeut ^ It) sojp,modè)!ç à/ms l'empire, paternel, c'esttàrdire «) dan^Janaturje niéû)e;,lesbQn)mesnaissent.tauS ^ s^jet^9.,et4'eIApire ;patemel qui les ax^coutupoé i)Ji, obéir Içsa^^aoutume en méhie tenipis à n'avpir » q^'uii chef '^.n C'est uije, bien» pauvre , théorie ^m; la, sociabilité-bumaine: jque^d'en voir exclusi-^ y^mi^t l'idée dans Ja forme ^nonacchique^ sur U tp*pp^ de JU>uJs^I^,,et.de rapetisser leidbrJ^tia^ pisme aux proportions deJa royauté d^ Y^er^^ sailles! . ,;....
Le cleirgé^ daiis le siècle, où Michel Le Teiiier dégrada la justic^^ s'était.donné l'impardonnable tort de persécuter au^.lieu de persuader; sosi im t0lér^ce,:qyi avait chassé Ibin du sol natal tant
:: * PfHti^iW t»ée ée TEcritiire attete/liT. u> profiMitiM» S^ASi
LB CHEISTIAV fSME. 83 -
de F^rançais, laissa daris'Fesprit; de lanatiop un liess^itiment vif, uh.dégouliprofoqd i^soniin^ suffisance, quand Fénelùw^et Boasuet eur^t dm. paru; le livrèrent ^aînstdéfense aqx attaques d^aii jeune homme qoçlque ped hard^ et assez ingé^ nieuk. Certes, qiiand ^dtairefaisai^ïBre à Jecasle pour consofer 0Ë^di)>8 : ^ > :
' If 08' prêtres ne sbiit '^as ce qufkm. vain- péaple pense t ' ' Vdtre cnédnlitéiait^tgute lei^ «cience;
pas plus que Ludier au début de sa rélbnrie^i il'ne mesura de l'oéîl l'étendiie dé la carrière oùil s'engageait; il né prévoj^it pascettp guerre qpiniâtredèolacee non-seulement au clergé, mai$> aux principes i même du chrîstlaniisme. La pen-t sée même de TexpéditionMé Voltaire' &ttl'indé«; pendance de Tesprithumain : à ce titre ^rentre^ prise est isacirée.: Cette ' f^lise iiitoléi^nteret, qui censurait toutes les productions du géniç nétio^. nal, ces ordres monastiques qui avaient cam¥ raencé par instruire et civiliser le monde^ ftâiis nfof&aiènt plus qu'une collectioa de môtnes^et dé: capucins malpropres et ignorans, Yoltaine. leur infligea la persécution du ridicirie, et af* franchit complètement la philosophie. Œuvre excellente. Mais, dan$ les emportep^ens et d^ns les précipitations de sa colère, il ne s^aperçut
84 LE CflniSTlANlSII£.
pas que ses coups portaient trop loin : il né comprit pas que le christianisme, si dénaturé, si travesti par ses représentans, au fond était une pensée d'émancipation et de liberté qu'il ne faU lait pas envelopper dans une proscription philosophique. Nous verrons Jean-Jacques résister sur ce point avec efficacité et défendre le spiritualisme religieux.
Le christianisme, dans son essence et dans sa grandeur, est une pensée pure, indépendante de toutes les forme3; il console et relève l'homme individuel ; il tend à établir dans la sociabilité humaine toute l'égalité possible : c'est-à-dire qu'à l'heure qu'il est, il reste l'idée la plus générale qui se soit encore produite. En ce sens Schelling a eu raison de dire que le christianisme com^ prend l'universalité des choses *. C'est frappé de cette supériorité de la doctrine chrétienne sur les autres doctrines connues qu'un philosophe célèbre, Saint-Simon, a écrit son Nouveau chris-tianisme.
Il est intéressant d'observer comment ce penseur original arriva au sentiment religieux; il avait débuté par l'athéisme : mais après avoir long^temps vécu , mais fatigué de tous les spec-
* ScheHÎDg, ForlesuHgen ûher die Méthode des ùeademischen Studium^ cbap. 8.