CHAPITRE V
Dm Différences de Religion.
De la IdberU de Conscience. — Réflexions générales.
Celui qui voudrait écrire l'histoire de la liberté de conscience, n'aurait pas à remonter bien haut pour trouver son point de départ II semble que toute conviction vive et profonde soit persécutrice
de sa nature, et que le dogme de la tolérance dérive plutôt de l'indifférence religieuse que des progrès de la raison humaine.
On a dit que le polythéisme faisait exception; qu'il ne s'inquiétait pas des nouveaux cultes; que toutes les divinités de la mythologie vivaient entre elles de bon accord; que, loin de redouter les innovations, les pontifes païens sacrifiaient aux dieux inconnus; que saint Paul même prit texte d'un autel qui portait cette inscription, Deo iGNOTO,pour prêcher à Athènes la doctrine de l'Evangile 4. Mais le polythéisme suivait sa loi : outre que ses croyances n'étaient pas ferventes, une divinité de plus ne faisait que peupler son Olympe, sans porter atteinte à ses principes. Quand une religion incompatible avec ces principes menaça d'envahir la société, il sentit se réveiller en lui-même l'instinct de toutes les religions, et saint Paul éprouva ce que valait sa tolérance.
Je ne dis point cela pour nier le droit de liberté de conscience, mais pour montrer que le polythéisme n'eut aucune supériorité à cet égard. Le dogme de la liberté de conscience est une conquête moderne, et ce n'est que de nos jours qu'il a été donné de voir les esprits les plus sincèrement religieux reconnaître aux autres le droit de ne pas partager leurs croyances.
On a fini par comprendre que la liberté de con-
i Saint Jérôme (m JEpist. div. Pauli), rapporte ainsi cette inscription : Dits Jisiœ, et £uropœ, etJfricœ, Diis ignotis et peregrinis.