INFLUENCE DU SEXE SUR LA CAPACITÉ CIVILE
pas singulier qu'elles prétendissent au droit d'envoyer les hommes se faire tuer sur le champ de bataille? Ceux qui sont appelés à supporter les charges ont droit aux compensations.
3° Pudeur naturelle au sexe, — Peut-être trouverat-on que c'est là un préjugé. Cependant c'est un préjugé bien général et bien vivace, et Ton sent qu'il ne convient guère que les femmes discutent toutes les questions, se mêlent de toutes les affaires qui font la matière de la politique. Une assemblée délibérante., mi-partie d'individus des deux sexes, mettrait en mouvement bien des influences occultes, et les apostasies s'y renouvelleraient fréquemment1.
H° Paix intérieure des familles. — Si une femme pouvait être promue à des fonctions élevées, pendant que son mari végéterait dans un emploi subalterne, la paix du ménage serait en danger. Que serait-ce si? la politique s'en mêlant, le mari votait pour le ministère, et la femme pour l'opposition?
Tels sont les motifs qui justifient l'incapacité des femmes quant au droit public. Sous le rapport du droit privé, l'on ne trouve rien dans la raison qui doive leur assigner une position inférieure : car elles ont droit à la même protection que les hommes pour leur personne et pour leurs propriétés.
Cependant on n'en juge pas ainsi dans plusieurs pays où la condition des femmes est surchargée d'in-
* Finum et muliere s apostat are faciunt sapi entes. (Eccikuast., c!9,v. 2.)
58 LIVBK 1. CHAPITRE VI.
capacités de toute espèce, notamment en Suède et enNorwége, où elles sont en tutelle toute leur vie, où elles ne peuvent tester, de peur que les biens ne sortent de leurs familles, et où elles sont inhabiles aux professions commerciales, par suite de leur incapacité d'aliéner. Les jurisconsultes chargés d'ap- j pliquer ces lois en vantent les effets salutaires, qui sont, suivant eux, de fortifier le lien de famille; d'inspirer aux femmes de la retenue , de l'amour pour la retraite, et un esprit de résignation ; de leur donner une grande foi dans la probité des hommes et du respect pour leur autorité 1. Tout cela est possible, quoiqu'on ait peine à s'expliquer pourquoi les entraves de la loi, qui pèsent exclusivement sur les filles et sur les femmes mariées , se lèvent comme par enchantement pour les veuves. Mais quand il serait très-désirable d'inspirer aux femmes du respect pour l'autorité des hommes et de la résignation, il nest pas clair que la loi ait le droit en toute justice de les tenir en tutelle perpétuelle, et de les priver du pouvoir d'aliéner leurs biens, pour atteindre ce but dont elles ne sentent peut être pas elles-mêmes la haute convenance.
Les différences établies entre les deux sexes ? soit pour la capacité politique, soit pour l'obligation aux charges de l'Etat, soit pour l'aptitude à certains contrats, ont attiré l'attention de quelques législateurs
1 V.un article de M. Schweigaard, professeur à Christ iapia, dans la Revue Fœlix. t. u, p. 193.