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CHAPITRE XII

De la Polygamie.

On appelle polygamie le mariage d'un homme avec plusieurs femmes.

Cette institution, qui a régné chez la plupart des peuples, et qui règne encore sur une grande partie du globe, a induit les philosophes et les économistes à en étudier les causes.

Les uns ont prétendu y voir un moyen de perpétuer la famille et de favoriser là population. Il est difficile de croire cependant que dix femmes appartenant à un seul homme soient plus fécondes que si

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elles avaient chacune un mari. Et quant à l'idée de perpétuer la famille, le divorce fournissait le moyen de remplacer une épouse stérile, sans qu'il fût besoin d'en prendre simultanément plusieurs.

Les écrivains de l'école physiologique, cherchant dans le climat la cause de toutes les institutions, croient la polygamie propre aux pays du Midi, par deux motifs principaux : le premier, que les femmes y naissent en plus grand nombre que les hommes, tandis qu'en Europe le contraire a lieu; le second, que la chaleur du climat y allume dans le sang des passions plus vives.

Mais, d'abord, rien n'est moins certain que les conjectures des voyageurs sur la statistique des pays de l'Orient. Il est vrai que les recherches des savants paraissent avoir constaté en Europe un petit excédant des naissances mâles sur les naissances féminines, à peu près dans le rapport de 106 à 100 '.Mais loin que le climat y exerce de l'influence, cet excédant serait plus considérable dans les pays les plus chauds de l'Europe, tels que le royaume de Naples, que dans la Suède ou en Angleterre2. Quant aux

* Villemuve-Bargemoivt, Du Paupérisme, t. r, p. 220.

2 D'après les résultats tirés par M. Bickes de pins de 70 millions d'observations, il naît, pour 100 filles, en France, 106 garçons 55/100; en Autriche, 106,10; en Angleterre, 104,75; en Suède, 104,62; dans le royaume de Naples, 106,18. —À quoi tient cet excédant des naissances mâles? 11 semble résulter des recherches de M. Hofacker (J finales d'Hygiène, juillet 1829) et de M. Sadler (the Lato of Population, t. ir, p. 343, London, 1830), que, quand le mari est plus

contrées d'Asie ou d'Afrique, sur lesquelles nous ne savons rien de positif, en admettant même que le rapport fût renversé, ce ne serait pas sans doute cette circonstance, ignorée des anciens législateurs, qui suffirait pour justifier une telle opposition entre leurs usages et les nôtres.

Je ne crois pas davantage qu'il faille rejeter sur la vivacité des passions des peuples méridionaux la cause de la polygamie. Et, pour le dire une fois pour toutes, si l'influence du climat était si magique, elle se ferait d'abord sentir sur les choses qui ont avec la température la relation la plus directe. Comment s'expliquer cependant que les Turcs s'habillent plus chaudement que nous; que les immenses turbans soient en Perse, où il fait 35 degrés de chaleur, et les chapeaux de feutre à Paris? Comment s'expliquer que les Espagnols et les Italiens ne plantent point d'arbres, tandis que les Anglais, dans leurs brumes, se plaisent au milieu des jardins ombragés qui leur doivent leur nom? Il y a plus : puisqu'il est question de la vivacité des passions, la statistique peut encore nous apprendre si elle suit les variations du thermomètre. Loin de là : les tables de la criminalité montrent que, sous le soleil brûlant de l'Espagne, les attentats à la pudeur sont deux fois plus rares qu'en Angleterre, et six fois plus que dans

vieux que la femme, les garçons prédominent, et que ce sont les filles, au contraire, quand la femme est plus Agée que le mari. Serait-ce pour cela qu'il naît plus de garçons que de filles en Europe?

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