DE QUELQUES QUESTIONS RELATIVES AU MARIAGE
Si le Législateur doit encourager les Mariages.
Les économistes n'ont vu dans le mariage ni une institution morale, ni un droit d'association inné pour tout homme, mais seulement un instrument de population. Tant que l'idée de pousser à la population a prévalu dans l'économie politique, les législateurs ont favorisé de toute manière, non-seulement les mariages /mais encore les mariages féconds. De là ces récompenses accordées, suivant les lieux, là au septième enfant, là au douzième, comme une prime à la production.
Malthus remonta le cours de ces idées, en faisant voir que la population s'accroit dans une proportion plus rapide que les moyens de subsistance. Et de fait, les Etats modernes, ceux surtout où le commerce fleurit, voient s'accroître leur population avec une rapidité faite pour inquiéter. L'expérience démontre que là où la prospérité est très-grande, comme là où la misère est à son comble, ce mouvement ascensionnel est rapide, dans un cas par la certitude même d'un avenir assuré, et dans l'autre par l'insouciance qui accompagne le désespoir \
Malthus demanda qu'en présence de ce danger,
i C'est ce que prouve l'Irlande, pays d'extrême misère et d'extrême population.
l'on n'encourageât pas les mariages des pauvres. Si Ton punit celui qui vole, disait-il, n'est-on pas en droit de punir celui qui met au monde des enfants qui ne pourront que voler? Ses élèves complétèrent sa pensée, en prétendant établir que l'Etat avait le droit de ne pas permettre sans garanties le mariage des citoyens dénués de moyens de subsistance f .
On doit tenir pour vrai tout ce qu'ont dit les économistes de l'accroissement menaçant de la population ; on doit avouer que ce serait une grande erreur aujourd'hui que d'encourager les mariages, et surtout les mariages des pauvres. Mais on ne doit pas en conclure que la loi puisse prendre des mesures pour s'opposer aux mariages, et cela par deux raisons principales :
La première, c'est qu'elle n'en a pas le droit, parce que la faculté de s'associer avec la femme est pour l'homme un droit primitif qu'il ne tient pas de la société et que la société ne peut pas lui ravir, comme beaucoup plus précieux que toute la protection qu'elle lui accorde.
La seconde, c'est que le législateur n'obtiendrait rien par ce moyen. Le nombre toujours croissant des enfants naturels démontre qu'on n'aurait rien gagné en entravant le mariage, mais qu'on apprendrait seulement aux ouvriers à s'en passer, pour vivre de plus en plus dans ces unions passagères, tout aussi
* SisitoNDt, Nouveaux Principes d'Economie politique, t. h,