DE LA PUISSANCE PATBRNILLB
l'expose. Même avant rétablissement du christianisme, les Sagas de la Scandinavie parlent d'une lustration qui consiste à verser de l'eau sur la tète de l'enfant1. Après cette cérémonie, qui le rend membre de la famille , il ne peut plus être exposé, mais il peut encore être vendu9. Le christianisme, qui avait défendu l'exposition , n'avait pas défendu la vente, et encore l'exposition parait n'avoir été considérée comme coupable que quand l'enfant avait été baptisé. De là la coutume de mettre du sel à côté de lui, pour montrer qu'il n'avait pas encore reçu le baptême, coutume qui s'était perpétuée très-tard dans le moyen âge \
Les peuples slaves eurent les mêmes usages. Ils exposaient les filles, et laissaient vivre les mâles 4. D'après la Pravda Rouska, la plus ancienne loi des Russes, le voleur est livré comme esclave, et avec lui sa femme et ses enfants 5; le père dispose comme il veut du bien de ses fils. A une époque beaucoup plus récente, ces idées s'étaient peu mitigées sous l'influence de la religion chrétienne , puisque l'Uloschénie statue que si un père entre dans un couvent, il ne pourra plus vendre ses enfants 6 : il en avait donc
1 Gunnlaug Saga, p. 202, 203. — Bords Saga, c. 7.
2 Les Capitulaires chrétiens de Charlemagne consacrent encore ce droit de vente. (Georgisch, 1513.)
3 Grimm , ubi supra, p. 457.
4 Nom crudelitate paganiea pueUas necare et mares reservare tolebant. (Vita B. Otton., p. 470.)
5 Macieiowski, Histoire du Droit slave, part, n, § 220.
* Uloschénie, xx, 45. — Ce Gode de lois russes fat publié par Alexis Michaëlovitch, père de Pierre I.
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le pouvoir en règle générale. Cette même loi loi reconnaît le droit d'affranchir par testament les esclaves qui peuvent leur appartenir *.
Il résulte de ce qu'on vient de lire., si je ne me trompe, que les idées des peuples primitifs sur la puissance paternelle, résultat du droit du plus fort et de l'esprit de propriété, furent partout à peu près les mêmes et partout également injustes.
Opinions des Philosophes sur la Puissance paternelle.
Les anciens expliquèrent le principe de cette puissance par le respect que nous devons à ceux de qui nous tenons le bienfait de l'existence *. Il faut avouer qu'il est difficile cependant de partir, en matière de législation, de cette idée, plutôt morale que juridique. Outre cela, on peut douter que cp soit un grand bienfait que le don de la y\e; on peut douter surtout qu'il y ait lieu à la reconnaissance, lorsque le bienfaiteur n'avait pas l'intention de rendre service : l'acte matériel de la conception n'est donc pas ce qui justifie la puissance paternelle.
Pufendorff prétendait la fonder <<. sur un consentement présumé des enfants, et par conséquent sur une espèce de convention tacite 5. » Mais il est clair que
1 Uloschénie, xx, 106.
* V. Xékophor, Entretiens de Socrate, liv. n, ch. ix.
* PtJPBKDORFP, liv. VI, ch. %