DROITS DE LHOMM£ COMME HOMME
sa famille, envers lui-même. S'en affranchir par la mort, c'est avouer qu'ils sont trop pénibles, et qu'il renonce à les accomplir. Mais quand la loi du devoir commande, il n'est pas permis de s'y soustraire, même par ce moyen.
Le suicide, quand il n'est pas un acte de folie, est toujours un acte de désespoir ou de lâcheté. Un ancien le comparait à la désertion du soldat qui abandonne le poste où son chef l'avait placé \ Je ne crois pas même, avec quelques auteurs, qu'il y ait eu de beaux suicides, et que cette action, comme toutes les autres, soit grande ou vile, glorieuse ou condamnable, selon les motifs qui l'ont dictée3. Dans toutes les circonstances, l'homme, en supportant courageusement la vie, peut encore honorer sa condition, racheter ses fautes, et servir ses semblables. Il ne sait rien de l'avenir, et le sort a des retours qu'il ne peut prévoir.
Mais si le suicide est condamnable en morale, il ne s'ensuit pas qu'il soit contraire au droit. Le droit n'est blessé, la répression sociale ne commence, que là où les hommes se nuisent entre eux. Par sa nature même, le suicide en général échappe à tout moyen de punition. Mais cette punition fût-elle même possible, s'agît- il, par exemple, d'une tentative qui aurait échoué, la société n'aurait pas le droit d'in-
Vttai Pythagoras injussu imper atoriê, id estBei, deprœsidio ac stationevitœ décéder e. (Cicer., de Senect. , cap. 73.)
* Lherbette, Introduction philosophique à V Etude du Droit, p. 89.
16 LIVRE f. CHAPITRE f.
Aiger une peine, parce qu'il s'agit dune action qui n'a rien d'agressif contre la société, La crainte de ces peines agirait bien peu, d'ailleurs, sur celui que la crainte de la mort n'a pas retenu.
Cela ne signifie pas que le suicide soit dans le droit de l'individu. Si quelqu'un l'empêchait de consommer son attentat, il ne pourrait pas se plaindre que ce secours a violé son droit. Le vers célèbre du poète,
Invitutn qui servat, idem facit oceidenti ,
est aussi paradoxal pour le fond que pour la forme. Loin que ce fût violer le droit que d'arrêter le bras d'un homme armé contre 9es jours, ce serait une Tacheté que de le laisser faire d'un œil indifférent.