‹ Philosophie du droit, ou, Cours d'introduction à la science du droitChapitre 6 sur 236 · II · texte numérisé non relu

II

Droit de Défense personnelle.

Ce droit, qui n'est qu'une conséquence du précédent, est celui que les anciens jurisconsultes appelaient jus inculpalœ tutelœ. Il m'autorise à faire tout ce qu'exige la défense actuelle de ma personne et de mes droits, mais rien de plus. Je dois donc mesurer mes moyens de défense à la gravité de l'agression j et si je peux désarmer celui qui m'attaque, je ne dois ni le blesser ni le tuer.

Le droit de défense personnelle n'est ni un droit préventif ni un droit de vengeance. Il n'existe que tant que ma sûreté est actuellement compromise. 11

DROITS DE h HOMME COMME HOMME. 17

cesse, une fois l'attentat consommé, pour faire place au droit de répression, qui n'appartient qu'à l'autorité sociale.

Je n'insiste pas davantage sur ces principes déjà développés dans le volume précédent

Droit de Liberté.

Dire que l'homme est libre n'est rien autre chose que d'affirmer qu'il peut faire tous les actes nécessaires à sa subsistance, à sa défense, et même à son bonheur, dans les limites tracées par la raison. .

Si l'homme était seul sur la terre, sa liberté serait infinie, et le droit, qui n'a pour objet que de la régler, n'existerait pas. Mais, dans ses rapports avec ses semblables, la liberté des autres fait contre-poids à la sienne, et la nécessité d'entretenir l'équilibre crée le pouvoir social , auquel il faut que les individus obéissent aux dépens d'une partie de leur liberté, pour s'assurer la conservation du surplus.

La liberté, réglée par le droit, est conforme à la raison; illimitée, elle serait l'anarchie, qui constitue l'oppression de tous par tous.

L'homme ne peut pas plus aliéner son droit de liberté qu'il ne peut aliéner son droit d'existence ou de défense personnelle. L'esclavage volontaire n'est pas plus licite que le suicide. On a donc dû proscrire

toutes les conventions qui y tendraient ou qui produiraient un résultat analogue.

Il y a plus : l'homme ne peut pas plus aliéner sa liberté pour la partie que pour le tout, comme il ne pourrait pas plus aliéner son droit d'exister pour le tiers ou pour le quart que pour la totalité. Il peut seulement régler par des conventions l'usage qu'il doit en faire. Le peintre qui s'engage à faire un tableau, le domestique qui loue ses œuvres, règlent l'usage de leur liberté d'une manière obligatoire pour eux : non pas en ce sens qu'on puisse précisément les contraindre à faire ce qu'ils ont promis; mais en ce sens, du moins, qu'ils seront contraints de dédommager celui à qui ils causeraient du préjudice en ne pas tenant leur engagement.

S iv.

Droit d'Egalité.

Si tous les hommes sont libres, ils sont tous égaux, la loi qui limite leur liberté devant être la même pour tous, puisqu'elle est l'expression de la raison universelle.

Mais cette égalité; qui tend de plus en plus à devenir l'âme de toutes les législations modernes, est le dogme du droit le plus facile à mal interpréter, si on ne l'accompagnait des correctifs nécessaires.

Il y a une égalité absolue et une égalité proportionnelle : la première fait à tous une part invariable; la

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