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RÉFUTATION BES SYSTÈMES SOCIALISTES

foi et l'incrédulité une lutte qui peut durer éternellement. Mais si les théories sont faciles, elles glissent facilement aussi sur la couche épaisse des opinions arrêtées. La société n'écoute pas toujours les discours des philosophes; au contraire, les essais réalisés viennent s'implanter d'eux-mêmes au milieu des hommes, qui ne dénient jamais les bons résultats obtenus. Voyons donc ce que nous apprendront les tentatives de réforme qui ont eu lieu à plusieurs époques : car ce n'est pas d'aujourd'hui, comme on l'a pu voir, que datent les prétentions de reconstruire la société.

Les premiers et les plus heureux des réformateurs furent les fondateurs d'ordres monastiques : ils réalisèrent dans leurs retraites le travail en commun, la fraternité èvangélique et la suppression de la propriété. Mais ils n'y parvinrent qu'à l'aide du sentiment religieux, et en détachant les hommes de la famille. Us ne prétendirent jamais, du reste, agir sur la société en masse, mais seulement sur quelques âmes d'élite, puisque la première de leurs règles était celle du célibat.

Les frères moraves sont aux monastères ce que la religion protestante est au catholicisme. Leurs maisons, répandues dans les deux hémisphères, où elles portent les noms bibliques de Bethléhem , de Génésareth, de Mont-Liban, présentent des communautés de familles entre qui tout est commun. Chaque frère exerce une industrie; mais à sa mort, ce ne sont pas ses enfants qui héritent, c'est la communauté. La

jeunesse reçoit une éducation commune; les mariages se décident par la seule convenance, et jamais par des motifs d'intérêt. Tous les métiers sont exercés dans ces maisons, où règne l'égalité la plus complète. Un maître, élu par tous les frères , dirige l'administration générale, et une maltresse, qui ne peut pas être sa femme, est chargée de la surintendance des soins domestiques. Les repas se prennent en

commun 4.

Mais il faut remarquer que ces communautés sont animées d'un zèle religieux très-fervent qui fait le principe de leur force; qu'elles reposent sur une association purement volontaire, gage de ce zèle luimême; qu'avec tout cela, elles ne sont pas en voie de progrès; que plusieurs d'entre elles souffrirent de luttes intestines, et que les frères finirent par s'en retirer dans un profond découragement9.

Une expérience a été pratiquée sur une plus grande échelle dans les missions du Paraguay, qui comptèrent deux siècles d'existence sans propriété privée et sous le régime du travail en commun. On sait les éloges qui leur furent donnés par les philosophes du siècle dernier, et entre autres par le sceptique Raynal, qui les proclamait le plus bel édifice du nouveau monde8. Cet exemple serait sans doute le

* Rbtbàud, Etudes sur Us Réformateurs, t. i, p. 29*

2 Lirocoefodcadlt-Liahcourt, Voyage aux Etats-Unis, t. tu, p. 13 et 18.

* Ràtiul, Hist pkilos., t. iy, liv. vin. Cet exemple est aussi celui qu'a cité Hugo dans son Droit de la Nature, pour prouver que la propriété n'est pas indispensable dans l'état de société.

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