RÉFUTATION DES SYSTÈMES SOCIALISTES
A une époque tout à fait contemporaine, les saintsimoniens tentèrent quelques essais de leur système, quoique en général ils aient plus espéré de la prédication que de la mise en pratique. Ce n'est pas que les nobles dévouements et les sacrifices pécuniaires leur aient manqué. Je ne crois pas cependant que la mairie saint»simonienne ait jamais été organisée. Quatre mille ouvriers environ , affiliés, dit-on , à la foi nouvelle, travaillaient dans des maisons spéciales pour le compte de la communauté, qui se trouva posséder une valeur de 600,000 fr. d'immeubles provenant de donations volontaires. Mais ces ouvriers, attirés par la promesse du bien-être matérielle montraient nonchalants par cette assurance même. L'indiscipline se glissait parmi eux; ils étaientsanft respect pour la hiérarchie. Le bien-être promis ne se réalisant pas, ils diminuèrent de jour en jour. Vers l'année 1851, la discorde éclata entre les deux chefs de la religion, MM. Bazard et Enfantin. Le rôle assigné à la femme dans la société future en était l'occasion. M. Enfantin , abandonné de son coopérateur , puis bientôt de ses autres disciples de quelque valeur, qui protestèrent contre l'immoralité de ses doctrines, objet lui-même de poursuites judiciaires pour le même motif, se retira dans sa maison patrimoniale de Méni (montant; d'où le saint-simonisme ne sortit que pour venir expirer sous un arrêt de condamnation de la cour d'assises.
Robert Owen poursuivit avec plus de ténacité la réalisation de ses plans, pendant près d'un demi-
siècle. Après avoir obtenu de grands succès à New- Lanark, village manufacturier d'Ecosse qu'il dirigeait; et où il fit une fortune de plusieurs millions, il conçut le projet de fonder une société complètement dans ses idées. New-Lanark n'avait été qu'un établissement industriel parfaitement conduit, où des réformes heureuses avaient été pratiquées dans les habitudes de la classe ouvrière ; mais enfin c'était un village régi par les lois anglaises. M. Owen passa en Amérique pour avoir toute liberté dans l'exécution de ses plans. Il acheta, dans l'état d'Indiana, au milieu d'une contrée fertile, trente mille acres de terre où s'éleva la nouvelle colonie de New-Harmony j les populations y lurent conviées j elles y affluèrent Mais , sait que les nouveaux colons n'appartinssent pas à la classe la plus morale et la plus laborieuse, soit que l'absence de tout mobile religieux produisît son effet , soit que trop de confiance dans l'avenir leur ôtàt l'aiguillon du travail, bientôt des symptôme» de désorganisation se manifestèrent. Sous le rapport pécuniaire, la colonie était loin d'être une spéculation avantageuse. Le fondateur, découragé, l'abandonna en se dépouillant de la propriété au profit de ses enfants. Lui-même revint en Europe, toujours confiant dans son système , essayer de le propager par la presse et les meetings, en rejetant son insuccès d'Amérique sur les éléments vicieux dont il avait été forcé d'accepter le concours. Vers l'année 1827, un nouvel essai de société coopérative fut tenté à Oobiston, près d'Edimbourg, sous la direction d'un