PROPRIÉTÉ LITTÉRAIRE ET INDUSTRIELLE
poëme, et qu'elle a droit, pour le moins, à la même protection.
Ceux qui pensent, au contraire, que la propriété matérielle n'est pas le seul but des hommes ; que les Grecs et les Romains, par exemple, n'en étaient pas moins grands pour n'avoir pas connu les chemins de fer : ceux-là se refuseront à établir une comparaison entre ce qui procure les commodités de la vie et ce qui ennoblit l'âme, entre James Watt et Virgile ; ils croiront sans doute qu'un privilège de dix ou quinze années suffira pour garantir les intérêts de l'inventeur. ,
J'avoue que je me rangerais volontiers à ce dernier avis : car je me défie de cette prétendue grandeur industrielle qui mesure la valeur d'une nation à la quantité d'aunes d'étoffe qu'elle peut produire. Ce qui fait qu'un peuple est grand, c'est le génie, c'est la moralité, c'est le courage} et le livre qui allume dans les âmes la passion de ce qui est bien, de ce qui est beau, me parait un don plus précieux fait à l'humanité que la plus ingénieuse machine, dût-elle réaliser des merveilles de fabrication.
D'ailleurs, les œuvres littéraires du mérite le plus transcendant ne percent quelquefois qu'à la longue; et'je pourrais citer vingt noms célèbres pour qui la gloire n'a été que posthume. On ne trouverait peut* être pas un seul exemple d'invention industrielle à qui l'opinion ait fait cette injustice. Les académies des sciences et les jurys d'exposition constatent le degré précis d'avantage ou de progrès des procédés