DE LA TRANSMISSION DBS BIENS IMMEUBLES
les emphytèoses, les emphytèoses sur les fiefs, qui jouent eux-mêmes par deux ou trois mouvances jusqu'au seigneur primitif, sans compter les dîmes, les retraits, les banalités, les commises, les droits de haute et basse justice. Comment la propriété pouvait-elle se mouvoir sous ce fardeau? Pas un morceau de terre où vingt personnes n'aient à réclamer quelque chose, et chacune de ces vingt personnes pouvait plaider sa vie durant, pour peu qu'elle en eût le désir.
Quand le régime féodal commença, tous les grands domaines étaient concentrés dans quelques mains puissantes. Les possesseurs en firent des concessions d'abord à temps, puis à vie, puis héréditaires. Dans tous les cas, les services à prester, le mode de transmission, dépendaient de la concession primitive. Le seigneur, qui avait pu ne pas la faire, avait pu ne la faire que sous telle ou telle condition, ou s'y retenir tel ou tel droit. Tout l'esprit de la féodalité est là. Voilà pourquoi les règles des fiefs étaient si diverses: ici dévolus par droit d'aînesse, là partageables entre tous les enfants ; là tombant en quenouille; là ne pouvant être possédés que par des mâles. La volonté du seigneur en décidait. Quand le possesseur put à son tour démembrer sa concession pour faire des arrièrefiefs, la confusion s'accrut. Joignez à cela que chacun des droits réservés dans ces transmissions successives était considéré comme un immeuble, et, comme tel, irrachetable et perpétuel; que la propriété dominait l'homme; qu'elle était la source de la no-