‹ Philosophie du droit, ou, Cours d'introduction à la science du droitChapitre 98 sur 236 · SI LES SUCCESSIONS SONT DE DROIT NATUREL · texte numérisé non relu

SI LES SUCCESSIONS SONT DE DROIT NATUREL

milles a une tendance évidente à faire de bons citoyens; qu'elle met les passions d'accord avec le devoir; qu'elle excite l'homme au travail et à l'économie, en lui donnant l'assurance que le fruit de ses labeurs ne périra pas avec lui : l'on se convaincra que la loi des successions est aussi nécessaire qu'elle est universelle.

Cependant c'est précisément du côté des successions que ceux qui ont réclamé de nos jours l'abolition de la propriété ont dirigé leurs attaques : et cela était naturel, parce que ce mode d'acquérir montre uft grand bénéfice réalisé sans peine. Il ne faut pas croire, du reste, que les philosophes contemporains aient inventé ces attaques, qu'on trouve déjà dans les mêmes termes chez ceux du siècle dernier :

ce Un homme qui a terminé sa carrière peut-il avoir des droits? En cessant d'exister, n'a-t-il pas perdu toutes ses capacités? Le Grand Etre, en le privant de la lumière , ne lui a-t-il pas 6tè tout ce qui en était une dépendance? et ses volontés dernières peuvent-elles avoir quelque influence sur les générations qui suivent? Non. Tout le temps qu'il a vécu, il a joui et dû jouir des terres qu'il cultivait. A sa mort, elles appartiennent au premier qui s'en saisira et qui voudra les ensemencer. Voilà la nature. ...

» Entre les différentes institutions possibles sur l'héritage des citoyens après leur décès, il en est une qui trouverait peut-èlre des approbateurs: c'est

que les biens des morts rentrassent dans la niasse des biens publics, pour être employés d'abord h soulager l'indigence; après l'indigence, à rétablir perpétuellement une égalité rapprochée entre les fortunes des particuliers, et, ces deux points importants remplis , à récompenser les vertus, k encourager les talents \ »

Cette rêverie de Raynal, qui a fait le fond des prédications saint-simoniennes, sans qu'on y ait beaucoup ajouté^ aurait le triple inconvénient d'être injuste à regard du père, injuste à l'égard des enfants, nuisible à la société en général. On peut ajouter qu'elle serait difficilement praticable. C'est ce que j'essaierai de faire sentir en peu de mots.

La famille de l'homme, c'est l'homme lui-même. Il s'identifie avec ses enfants. Un sentiment plus fort que toutes les lois le porte à se préférer, lui et les siens , à tout le reste de ses semblables. Otezlui l'espérance de leur transmettre son patrimoine: vous violerez en lui le sentiment de la propriété autant et plus que si vous lui retranchiez la moitié de ce qui lui appartient.

De quel découragement une loi pareiHe va le frapper ! Croit-on qu'il se livrera au travail avec la même ardeur , qu'il conservera l'esprit d'ordre et d'économie, qu'il ne s'endormira pas dans l'indolence, qu'il ne dissipera pas son capital dans les

% i Rayiul, Histoire philosophique des Etablissements des Européens dans les deux Indes, t. vm, Uv. yi, p. 245-247.

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