SI LES SUCCESSIONS SONT DE MOIT NATUREL
débauches, quand il saura que son épargne est destinée à grossir ce dont les hommes prennent le moins de souci, je veux dire le trésor public!
Vis-à-vis des enfants, cette loi n'est pas plus juste. A moins de scinder la famille, ils seraient élevés dans la maison de leur père, au milieu de l'opulence y ils y prendraient les goûts et les assujettisse* mente du luxe, et, lui mort, ils se trouveraient réduits au travail de leurs bras. Ces catastrophes douloureuses, qui précipitent quelquefois une fa» mille aisée dans la misère, seraient alors le spectacle qu'on aurait chaque jour sous les yeux.
Ce n'est pas tout Jamais la loi qui supprimerait les successions ne paraîtrait aux hommes assez juste pour qu'ils . désirassent s ^ soumettre. Tout propriétaire achèterait sous le nom de ses enfants; il vendrait fictivement à des tiers, avec clause de fidéicommis; il s'empresserait, en vieillissant, de réaliser sa fortune en espèces, afin de la transmettre de la main à la main à l'héritier qu'il choisirait; et le résultat le plus certain de la loi serait de provoquer à la fraude, c'est-à-dire à la démoralisation publique.
Le seul remède à cette fraude serait de priver l'homme du droit de disposer, du droit de vendre, du droit de donner : remède aussi injuste que violent, puisqu'on dépouillerait le propriétaire de l'exercice d'un droit naturel inhérent à la propriété. La société, d'ailleurs, en porterait la peine : car l'effet immédiat d'une pareille mesure serait de paraly-
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ser le commerce et les échanges , et d'arrêter l'essor de l'industrie. On peut hardiment prédire que le corps politique soumis à ce régime tomberait bientôt dans un marasme précurseur de son anéantissement
Les sectes philosophiques , qui ne reculent devant aucune mesure extrême, ont lié le système de l'abolition des successions à l'abolition de la propriété, et, afin d'empêcher les pères de thésauriser pour transmettre en fraude à leurs enfants, elles ont franchement décrété la suppression de toute espèce de monnaie. Les communistes n'ont pas dit s'ils supprimeraient aussi les diamants, les bijoux, et les autres objets précieux. Probablement, dans une société perfectionnée, ces colifichets seraient l'objet du mépris public. Et c'est cet état de choses, c'est un régime dans lequel on serait obligé de se priver des signes monétaires, qu'on prétend présenter comme un progrès de la civilisation!
Si les lois ne doivent pas s'incliner devant toutes les faiblesses des hommes, elles ne peuvent pas non plus heurter tous leurs sentiments, froisser tous leurs instincts, surtout quand ces sentiments sont honorables, quand ces instincts sont légitimes. I*a loi abolitive de l'hérédité ne peut se concevoir qu'en détruisant la famille. C'est aussi la première condition des novateurs, avec leurs plans d'éducation en commun et de promiscuité des sexes, afin que les enfants ne puissent connaître leurs pères. D'aussi monstrueuses combinaisons condamnent suffisamment les systèmes qui osent les produire.
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Il faut conclure de là que si les successions n'appartiennent pas au droit naturel nécessaire , elles sont du moins tellement du droit de la raison, que l'on conçoit difficilement un état social où elles n'existeraient pas.