CHAPITRE V
QUE LE DROIT DE PUNIR NE RENTRE PAS DANS L'ART DE GUÉRIR. ET QUE LE CRIMINEL N'EST PAS UN MALADE •SYSTÈME DU DOCTEUR GALL).
En face de la doctrine qui ne voit partout que des coupables apparaît celle qui n'en voit nulle part. Les' extrêmes s'appellent et se touchent, ils répondent l'un à l'autre, comme Fabime répond à l'abîme. Une loi fatale, ou plutôt providentielle, oblige les plus dangereuses erreurs de l'esprit humain à se détruire mutuellement.
Si, dans les idées de Joseph de Maistre, tous ceux qui sont frappés par la main de Dieu ou par la main des hommes, tous ceux qui ont été touchés par l'adversité, et les malades même, nous sont représentés comme des cri-
mincis, il y a une opinion entièrement opposée où les criminels, quels qu'ils soient, si odieux et si réfléchis que puissenl être Leurs forfaits, nous sont peints comme malades, comme des infirmes, comme des victimes d'une organisation altérée ou vicieuse, auxquels Les secours de la médecine conviendraient mieux que Les rigueurs de la justice Celle opinion est professée depuis environ cinquante ans par deux écoles très-distinctes, el qui ne se touchent que par ce seul point : par les phrénologistes et certains médecins particulièrement occupes des maladies mentales, ou, pour me servir d'un ternie consacre, certains médecins aliénistes.
Il suffit, pour le but que je me propose en ce moment, de rappeler d'une manière sommaire les principe- sui quels repose cette science imaginaire que le docteur Gall, au commencement de ce siècle, enseignait à Paris avec tant d'éclat, et qui, répudiée par l'opinion publique aussi bien que par les savants vraiment dignes de ce nom. est restée dans les bas-fonds du monde intellectuel, et continue d'être cultivée avec un véritable fanatisme par certaines sociétés spéciales. Il n'y a pas longtemps que j'ai entendu moi-même un de ses apôtres, au sein d'une société ethnographique, exposer sa doctrine avec une conviction, une ferveur, un ton d'autorité que j'aurais cru un peu découragés par une longue suite de lamentables échecs. Chacun des attributs qui caractérisent notre espèce et que nous avons coutume de rapporter à une substance distincte du corps, bien qu'ils existent en grande partie chez les animaux, chacun de nos instincts, de nos penchants et de nos sentiments, chacune enfin de nos facultés intellectuelles est matériellemenl circonscrite, on, comme on dit, localisée dans une partie du cerveau dont elle dépend entièrement; en sorte, que nos facultés sont dans une proportion exacte avec la place qu'elles occupent dans l'encéphale, faibles ou fortes selon les dimensions de l'organe qui leur est assigné par la nature, complètement absentes quand l'organe esl absent. Aucune de dos facultés n'échappe à cette loi, pas même la conscience, pas même la volonté, c'est-à-dire qu'il y a un organe particulier de la volonté, un organe particulier de la conscience, ce..