‹ Philosophie du droit pénalChapitre 21 sur 70 · LE SYSTEME DU DOCTEL'R GALL · texte numérisé non relu

LE SYSTEME DU DOCTEL'R GALL

il y en a un pour chacun des cinq sens qui nous mettent en relation avec le monde extérieur. Tous ces organes venant s'épanouir à la surface du cerveau, et le cerveau à son tour déterminant la forme du crâne, il suffit, avec un peu dTiabileté et d'expérience, de passer les doigts sur la tète d'un homme pour connaître à l'instant même ses qualités et ses vices, ses bons et ses mauvais penchants, les aptitudes et les infirmités de son intelligence. Afin de mettre ce genre d'investigation à la portée de tout le monde, le collaborateur et l'ami du docteur Gall, Spurzheim a dressé une carte cranioscopique, à l'imitation des cartes géographiques, où chacun des organes dont le cerveau est l'assemblage, et par conséquent chacune de nos facultés a ses bornes précises comme les départements de la France. Ces bornes nous font connaitre l'état régulier de notre âme et de notre esprit ; en deçà il y a lacune, au delà il y a excès.

Les conséquences morales de ce système ne sont pas difficiles à apprécier, et ont été franchement reconnues par les adeptes sincères de la phrénologie. Si nos facultés, toutes nos facultés, même la volonté, sont entièrement subordonnées à l'état de nos organes, au volume plus ou moins considérable des diverses parties de notre cerveau, il n'y en a pas une qui soit en notre pouvoir, pas une que nous puissions étendre ou circonscrire. Nous sommes, nous resterons toute notre vie ce que la nature nous a faits, et pas autre chose. Si par exemple la bosse de la destruction l'emporte de beaucoup sur celle de la Lienveillance, de la conscience, de la religion (car il y a aussi une bosse de la religion), nous serons nécessairement, inévitablement des hommes violents, des assassins. Si le même phénomène se présente dans la bosse de la propriété, nous chercherons à nous enrichir, n'importe à quel prix, et nous serons fatalement entraînés dans les voies de la fraude, de l'escroquerie et du vol. « Ne nous flattons pas, dit naïvement (1) le patriarche de la phrénologie, le docteur Gall lui-même ; ne nous flattons pas d'avoir sauvé la nature du reproche d'être l'auteur du penchant au vol; ce pen-

(1) Physiologie du cerveau, t. IV, p. 2i3.

4cS PHILOSOPHIE DU DROIT PÉNAL

chant est le résultai d'un très grand développement et et d'une activité très énergique du sentiment de la propriété. »Ge oe serait rien encore d'avoir tous les penchants plus ou moins funestes, si ea môme temps il existai! en nous une Lumière propre à nous éclairer sur leur perversité el un principe dominateur, absolument indépendant de La conformation de notre crâne, qui eûl La puissance do Les contenir dans les bornes de la justice. Mais La conscience, encore une fois, est soumise aux mômes conditions que nos autres facultés ; sa voix sera plus ou moins comprise, plus ou moins entendue selon Les dimensions de sa demeure, ou selon la place que lui auront lai puissances rivales. Et ce que nous disous de la conseil s'applique également à la volonté. Un penchant, un»' sion dans cet ordre d'idées, peut donc être considérée comme une force brute, inintelligente, qui produit inévitablement son effet quand elle n'est pas arrêt,.' dan marche par une force contraire. Tout penchant se manifestera nécessairement par les actions qui lui sont pro près.

Or, si l'homme n'est pas le maître de ses actions, il est tout à la fois injuste et absurde de l'en punir. Tout système pénal, sur quelque principe qu'il repose, est donc essentiellement vicieux. Il ne s'agit ni de punition, ni d'expiation, ni de contrainte morale pour un être entièrement privé de liberté, et dont le seul tort est d'avoir reçu de la nature ou un peu plus ou un peu moins qu'il ne lui était dû. Autant vaudrait punir ou intimider un homme qui boite parce qu'il a une jambe plus courte que l'autre, un homme qui louche parce qu'il n'a pas les yeux droits, un homme courbé sur lui-même parce qu'il est affligé d'une déviation de la colonne vertébrale. Que fait-on dans ces derniers cas? on ne punit pas, on cherche à guérir ; on a recours à des instruments et à des exercices qui, peu à peu, rendent à l'organe malade la force et la santé qui lui manquent, ou qui corrigent la forme vicieuse qu'il tient d'un caprice de la nature. C'est justement ainsi qu'il faudrait procédera l'égard de ceux que nous frappons de di- ■ bâtiments, et que nous couvrons d'infamie comme vicieux et criminels, tandis qu'ils n'ont que des infirmités :

Page 1