‹ Philosophie du droit pénalChapitre 22 sur 70 · LA PIIRENOLOGIE ET LA MORALE · texte numérisé non relu

LA PIIRENOLOGIE ET LA MORALE

une particule cérébrale ou trop longue ou trop courte, ou trop grosse ou trop petite, ou trop faible ou trop vigoureuse, un cerveau trop étroit, un cervelet trop large, ou tout autre vice semblable. Mais y a-t-il des remèdes contre les infirmités de cette nature comme il y en a contre celles qui affectent le reste du corps? Oui, sans doute, quand elles ne sont pas trop radicales ni trop invétérées. En s'appuyant sur ce principe, qu'on développe par une activité bien dirigée un membre trop faible; qu'un autre, dîme dimension ou d'une énergie excessive, peut être ramené à des proportions régulières par un certain système de repos et de debilitatiou ; on excitera par tous les moyens les organes encéphaliques qui manqueront de substance et de vigueur, et Ton mettra à la diète ceux qui menaceront de prendre trop d'extension et de devenir un danger pour la société. Il y aura des maisons d'orthopédie morale et intellectuelle, comme il y en a aujourd'hui d'orthopédie physique ; on redressera les penchants et les sentiments, comme on redresse la taille. Des hospices particuliers remplaceront les prisons et les tribunaux, et le code pénal sera détrôné par un nouveau système de thérapeutique et d'hygiène.

La doctrine de Gall a d'abord contre elle toutes les notions de la saine raison , tous les principes de la morale, toutes les clartés de la conscience. L'on n'enlèvera à aucun homme sain d'esprit cette conviction naturelle et inébranlable qu'il est l'auteur responsable de ses actions, que le bien et le mal qu'il a fait, il aurait pu ne pas le faire: que, par conséquent, il mérite, dans le premier cas, l'approbation des honnêtes gens et de sa propre conscience; qu'il a encouru, dans le second, leur mépris et leur blâme, et que la société a le droit, non pour le corriger et le guérir, mais dans l'intérêt de l'ordre et de la justice, de lui faire sentir la rigueur de ses lois. Une conviction aussi unanime, aussi indestructible, si la nature humaine était telle que la phrénologie la comprend, serait le miracle le plus incompréhensible et le plus impénétrable de tous les mystères; ou, pour mieux dire, elle suffit à elle seule pour renverser de fond en comble ce vain échafaudage. Avec un système qui fait dépendre nos actions de nos

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penchants et nos penchants de la conformation de notre cerveau, noD seulement il n'y a pas de Liberté ni de responsabilité, mais il n'y a. ni bien ni mal ; car le bien, c'est la loi universelle de tous les êtres intelligents h Libres, une loi qui n'admet ni exception, ni suspension, ni privilège. Or, comment parler d'universalité Lorsque tout est soumis aux hasards de l'organisation, etquandnous voyons l'organisation elle-même soumise cà l'influence des climats et de mille circonstances extérieures? Il y a plusieurs races humaines nettement distinguées les unes des autres par la couleur de la peau, par la forme de la tète et des yeux : pourquoi n'offriraient-elles point le même degré de différence par le nombre et le volume de leurs organes cérébraux ? Si donc la majorité avait l'organe de La destruction et du vol plus développé que celui de la bienveillance et de la conscience, aurait-on le droit de dire que le vol et l'assassinat sont des crimes? Ce n'est point la faculté, ou, pour parler plus clairement, ce n'est pas Le principe, ce n'est pas L'idée qui fait l'organe; c'est, au contraire, l'organe qui fait l'idée. Il suffirait donc que l'organe vintà faillir ou à décliner quelque temps, ou à être dominé par un autre plus développé, pour que l'idée morale, la loi du devoir cessât d'exister ou d'être obligatoire. Elle ne serait plus obligatoire du moment qu'elle ne serait plus universelle. De quel droit, alors, viendrait-on môme accuser de folie ceux qui refusent de lui obéir, ceux qui céderaient aux penchants les plus désordonnés et les plus pervers?

Enfin, en séparant les unes des autres, pour les loger dans autant de centres distincts, toutes nos facultés intellectuelles et morales; en plaçant ici la mémoire, ailleurs la raison, plus loin l'imagination, plus loin .encore la conscience ou Les facultés religieuses, La théosophie pour parler comme Spurzheim, La phrénologie décompose L'âme, <■'. st-à-dire la personne humaine, comme elle décompose le cerveau. De notre moi unique, elle en fait plus eursqui n'ont entre eux aucun rapport, qui n'exercenl L'unsur l'autre aucune influence. Mais, en dépit du scalpel de (iall et de la carte cranioscopique de son ami, notre conscience proteste de son unité, et sa voix suffit pour faire justice de toutes ces divisions arbitraires.

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C'est peu pour la phrénologie d'être en contradiction avec la morale, avec la philosophie, avec la conscience du genre humain ; elle n'est pas repoussée avec moins d'énergie sur son propre terrain au nom de L'anatomie et de la physiologie, au nom des faits sur lesquels se fondent toute son assurance et tout son orgueil.

Pour l'anatomie et la physiologie, il me suffit de la renvoyer à ses juges naturels, c'est-à-dire aux hommes qui, depuis le commencement de ce siècle, ont fait h s recherches les plus profondes sur les fonctions du cerveau et du système nerveux, et qui sont en possession, dans cette branche des sciences naturelles, de l'autorité la plus incontestée, aux Burdaeh et aux Millier, à M. Flourens et a M. Lélut. Les deux ouvrages de M. Lélut : Qu'est-ce que la phrénologie (1) ? Rejet de l 'organologie phrénologique de Gall et de ses successeurs (2), et celui qu'il a publié sous le titre de Physiologie de la pensée (3), peuvent dispenser celui qui les a lus de recourir à d'autres preuves. Je veux citer seulement quelques faits pour montrer avec quel succès la phrénologie, dans certaines circonstances éclatantes, a invoqué le témoignage de l'expérience.

Il n'y a personne en France, ni même en Europe, qui n'ait gardé avec horreur le souvenir de Fieschi. Quand la tète de ce scélérat tomba sur l'cchafaud, les amis comme les adversaires de la phrénologie la soumirent à un examen minutieux. Un procès-verbal authentique de cette autopsie fut dressé immédiatement et conservé avec les précautions nécessaires. Sait-on ce qu'on découvrit sur cette tète infâme, qui, après avoir médité froidement un des plus grands crimes qui aient épouvanté les hommes, en résolut avec le même sang-froid l'exécution? On y découvrit l'organe de l'amour des enfants, c'est-à-dire de la tendresse paternelle et de la religion ou de la théosophie. C'est un fait également connu dans l'histoire de la phrénologie que le crâne de Napoléon ne présentait que les dimensions d'un crâne ordinaire, et qu'il a été impossible

il) l vol. in-8. Paris, 1S3G.

{i) 1 vol. in -S. Paris, 1SU.

(3, 2 vol. in-8. Paris, 1802.

d'y découvrir aucun des organes qui auraienl du être le ■ de son génie, soil politique, soit militaire. D'un autre côté, sur La tête d'un obscur chanoine, qu'on croyait être celle de Raphaël, on a signalé toutes les facultés qui appartiennent au prince de La peinture.

11 y a quelques années, un célèbre phrénologiste voulut visiter, à la prison de la Force, un certain nombre de bandits et d'assassins qui y recevaient alors L'hospitalité, il prend .jour avec le directeur de La prison, homme d'esprit, qui lui fait le meilleur accueil et commence par l'inviter à dé euner. « Monsieur, dit-il au disciple de Gall, en attendant que nous soyons servis, ne vous plairait-il pa jeter un coup d'œil sur les infirmiers que voilà et dont je désirerais bien connaître l'horoscope? » La proposition est acceptée; on palpe minutieusement cinq ou six crânes ; on n'y trouve rien de remarquable. On se met à table, on mange, on boit, on cause gaiement; puis, voyant que la journée s'avançait: a Et mon inspection ? demanda □ homme, — Votre inspection! lui répondit-on, il y a Long* temps qu'elle est faite. Ces infirmiers que j'ai eu l'honneur de vous présenter, c'étaient les scélérats sous un costume [ui leur permit de paraître devant vous. »

Avec quelque bonne foi que ce récit nous ait été transmis, je comprends qu'il puisse être contesté, car, naturellement, nous ne le connaissons que par un adversaire de la phrénologie; ce n'est pas l'apôtre pris au piège qui aurait lui-même publié s:t mésaventure. Mais voici un l'ait dont l'autorité est irrécusable, parce qu'il est pris dans Les entrailles du sujet, et qu'il est aujourd'hui universellement acquis à la science. Dans le partage qu'ils ont fait des diverses facultés et des différents penchants de : espèce, entre les organes renfermés dans notre crâne, l'école de Gall a reserve au cervelet, placé dans la partie inférieure et postérieure de la tête, derrière la nuque, le rôle le plus important de la vie animale ; c'est celui qui préside aux fonctions de la reproduction. Celte assertion fournit à Gall les moyens de justitier ou tout au m d'excuser une foule de dérèglements que la société, la religion et la morale poursuivent de leur réprobation, parco qu'elles en ignorent la cause fatale et irrésistible. Mais en

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