LE ROLE DU CERVELET D'APRÈS GALL
même temps, et par une conséquence nécessaire, il cherche à diminuer notre admiration pour les hommes que leur austérité, leur chasteté ont rendus célèhres dans l'histoire. Vous vous sentez pénétrés d'admiration a l'aspect de tant de saints et de saintes qui ont renoncé au bonheur de la famille et aux séductions du monde pour se donnera Dieu, et, après eux, d'un certain nomhre de grands homme- qui ont fait le même sacrifice dans l'intérêt de la science. Epargnez-vous ce tribut d'hommages; car, à leur place, conformés comme ils l'étaient, vous en eussiez fait autant. Sainte Thérèse, saint Bernard, saint Thomas A Kempis, Newton et Kant n'ont eu une vie si virginale que parce que leur cervelet se trouvait être d'un très petit volume. On peut s'en assurer par le faible développement que présente la nuque sur leurs bustes et leurs statues. On a trouvé, avec une conformation contraire, des enfants de sept et même de cinq ans, qui, malgré l'innocence et l'ignorance de leur âge, éprouvaient déjà tous les aiguillons et même les fureurs de l'amour. Mais voici que les expériences multipliées et incontestables de plusieurs illustres physiologistes viennent infliger à ces inventions le plus éclatant démenti. Le cervelet n'a mérité ni cet excès d'honneur ni cette indignité ; il n'a rien de commun avec la tâche délicate qu'on lui impose ; il est simplement un organe de locomotion, il maintient l'équilibre entre les mouvements multipliés de notre corps.
Mais en voilà assez et peut-être trop pour faire justice d'une doctrine déjà abandonnée par la conscience publique, et qui reçoit chaque jour, du côté de la science, du côté de l'expérience scientifique, de nouvelles humiliafions. Il suffit d'ailleurs, même quand on est étranger à l'étude de l'organisme humain, de jeter un coup d'œil sur les livres de Gall et de ses successeurs, pour voir sur quelles I îgères affirmations, sur quelles frivoles anecdotes est fondé leur système.
Faut-il faire plus de cas de l'opinion de quelques alié-
!S qui. aveuglés et absorbés par leur travail de chaque
jour, ne voient plus que des maladies de L'esprit dans tout
ité, dans tout' e, dans toute passion,
dans toute disposition qui dépasse les limites d'une
honnête médiocrité «le cœur el d'esprit \ Non ; cette doctrine n'est pas plus solide que La précédente; elle ae nie pas sur des observations plus exactes, 3ur des - plus certaines, sur des faits plus incontestab es, el elle révolte tout autant la raison, le sens moral, le sentiment inné et unanime de la justice, de la liberté, de la responsabilité personnelle, de Tordre social.
Pour savoir ce que vaut cette école quand elle explique le crime, demandez-vous comment elle explique le génie. Le génie, pour elle, est une excitation morbide, une maladie inflammatoire du cerveau et du système nerveux, ou, pour me servir des expressions mômes d'un médecin contemporain, « le génie est une névrose.» Les plus illustres d'entre les poète-, les orateurs, les artistes, les phijosophes, ne sont ou n'onl été que des malades. L'humanité leur doit plus de pitié que d";idmir;i lion, et SÏ l'on
faisait bien, au lieu de gloire, on leur dispenserait des médicaments; au lieu d'académies, où ils ne font qu'entretenir etexalter Leur mal, on leur ouvrirait des hospices. Hélas! sous ce rapport, il n'y aurait qu'un médiocre changement dans leur sort, car il n'y en a que trop d'entre eux qui meurent à l'hôpital. Un autre écrivain de la même école n'est pas éloigné de croire que les fondateurs de re- Ligions et les prophètes de l'antiquité étaient simplement des hallucinés comme ceux qu'on renferme à Bicètre et à Charenton, et qui, s'ils avaient vécu dans notre siècle de lumière et s'ils avaient été confiés à des soins intelligents, auraient pu être guéris à force de douches et de régime.
rr<»ut ce qui sort de la médiocrité ou des voies d'une
existence prosaïque et vulgaire étanl réputé folie, La vertu,
le dévouement, L'abnégation, devront être jugés d'après la
même règle et traités de La même manière que Le génie et
le crime ; car, enfin , la vertu n'est pas toujours d'accord
avec les conditions ordinaires de La vie, et l'on trouvera
bien des sages aux yeux desquels La conduite <\<^ mar-
«ne d'un ReguiuSj le dévouement d'un d'As-
iraltronl Le suprême degré de La démence.
is admettons pour un instant que Le crime soit une
forme de la folie, comment vous y prendrez-vous pour le
réprimer et mettre l'ordre social à L'abri d :.tre-
LE CRIMINEL EST RESPONSABLE 5a
prises 1 Le traiterez- vous avec rigueur'? Alors vous ne guérissez pas, vous châtiez, vous châtiez la folie! Si . au contraire, vous le traitez avec douceur, avec cette tendre
•itude que le médecin doit à ses malades, comment i'empêcherez-vous d'être contagieux, et que ferez vous pour rassurer les honnêtes yens, la partie saine de la société? Nous avons vu récemment, en présence du jury, un épouvantable scélérat qui s'était fait de l'assassinat un métier. Et pourquoi a-t-il exercé ce métier? Pour se procurer sans travail les douceurs de la vie. Pour lui, la Vie matérielle était tout. L'heure de son repas arrivée, il oubliait la solennité et les terreurs de l'audience ; il tirait de sa poche son pain et son lard, et les dévorait tranquillement devant la foule stupéfaite et muette d'horreur. Eh bien, que ferez-vous pour arrêter le bras de ce monstre et de tous ceux qui lui ressemblent? Vous lui laisserez voir en perspective une retraite non seulement calme, mais agréable ; une nourriture abondante et choisie, des soins attentifs, augmentés encore par la noble curiosité de la science. L'ouvrier laborieux et honnête qui succombe sous le poids de sa tache, qui suffit avec peine aux besoins de sa famille, qui est livré à toutes les chances et à toutes les lluctuations de l'industrie, sera réduit à envier s< m
Non, aucun effort de raisonnement, aucun genre d'observations, aucune sorte d'autorité ne pourront faire dis-
;tre la différence qui existe dans la conscience humaine entre la folie et le crime. La folie et le crime n'ont
Lument rien de commun, ils n'obéissent pas aux mêmes lois, ils ne se révèlent point par les mêmes signes, il< o'excitent point dans les âmes les mêmes sentiments. Le <•. . es! responsable, la folie ne l'est pas. Le crime suppose la liberté, la folie en est la privation pi: s moins complète. Le crime poursuit un but parfaitement déterminé et réfléchi, il y tend de toutes les forci intelligence ; .la folie, c'esl la déviation de l'intelligence, et quand elle a les yeux fixés sur un but, c'esl un but imaginaire qu'elle poursuit par des moyens insensés. La l'oli.-. quels que soient ses actes, n'inspirera jamais que la pitié; le crime inspirera toujours l'indignation et Thorreur.